‹ Caldéron (volume 4)Chapitre 66 sur 82 · DON JUAN DE MENDOCE, GARCÈS · texte numérisé non relu

DON JUAN DE MENDOCE, GARCÈS

MENDOCE

- On a toujours tort de se livrer à l’emportement- GARCÉS. .

Ne cherchez pas á vous disculper. Vous lui avez mis la main dessus, vous avez très-bien fait ; il ne faut pas que, quoique vieux, celui qui est nouveau chrétien pense pouvoir se jouer à un Gonzalès de Mendoce.

MENDOCE

Il existe des hommes qui, se confiant dans leurs

richesses , sont fiers, arrogans et osés.

Ñ GARCÉS.

C'est pour ces sortes de gens que le connétable don Ignigo portait toujours (le-trait est admirable ) deux épées ; l’une était à sa ceinture , l’autre lui servait de canne. On lui demandait un jour à quoi

JOURNÉE I, SCÈNE 111. 387 bon cet appareil. Il répondit : Celle que je ceins est pour répondre à ceux qui la ceignent comme moi >

celle qui me sert de báton , pour chátier ceux qui n'ont pas d'autres armes.

MENDÓCE. .

Il montrait bien que les cavaliers doivent -avoir deux épées pour deux sortes de querelles ; 5 cependant moi, au milieu de toutes les miennes,. je n’ai point Varmes “9, Fais-moi le plaisir de me prêter ton épée, afin qu’à tout événement; je ne me trouve pas désarmé quoiqué prisonnier.

GARCÈS.

La voilà : je suis bien aise d’être revenu dans ma patrie, dans une occasion où je puis vous servir si vous avez des ennemis.

-MENDOCE

Dans quel état, mon cher Garcés, te trouves-tu après la bataille de Lépante (e) ?

GARCÉS.

Comme un soldat qui a eu Pinestimable bonheur de combattre dans une journée aussi mémorable, sous les ordres du rejeton de cet aigle divin, dont le vol infatigable et rapide couyrait de. ses ailes le

monde entier (“?, MENDOCE. -

Comment est revenu le seigneur don Ju uan d Autriche 2 GARCÉS.

Satisfait du succès de son courage'et de ses talens.

Cette bataille a-t-elle été réellement aussi importante ?

GARCÉS.

Écoutez-moi avec attention. La sainte ligue... MENDOCE.

Arrête : une femme voilée entre dans cet appar-

tement.

GARCÈS.

C'est jouer de malheur. J'avais beau jeu pour commencer un conte, voilà qu'il retourne d'une figure qui va tout déranger.

(Isabelle entre voilée.) ISABELLE.

Seigneur don Juan de Mendoce, sera-t-il permis à une femme, qui vient vous demander seulement de vos nouvelles, de savoir comment vous vous trouvez dans cette prison ?

| MENDOCE

Pourquoi non? Va-t'en, Garces.

GARCES

Soit ; mais songez, seigneur, que peut-étre... MENDOCE. o, Ne crains rien, je l'ai reconnue à la voix.

| GARCÉS.

Puisqu'il en est ainsi, je pars.

" (I sort.) MENDOCE. .

Adieu. Mes yeux et mes oreilles, charmante dame, me tiennent dans un doute égal. Si j'en crois

' JOURNÉE I, SCÈNE II. 389 mes yeux, vous ne paraissez pas ce que vous êtes ; si jen crois mes oreilles, vous n'êtes pas ce que vous paraissez. Veuillez donc faire disparaître le léger nuage qui Couvre vos appas, afin que si la lumière dissipe cet obstacle, je puisse dire qu'aujourd'hui le jour s'est deux fois levé pour moi. pe.

| ISABELLE. - Pour que vous n'ayez point, don Juan, à chercher quelle est celle qui peut venir vous trouver, je me hâte de me découvrir : il en coúterait trop à ma jalousie, si vous pensiez devoir cette attention à quel

, 7 ue autre qu à mol.

E q” (Elle se découvre.) MENDOCE, |

Isabelle! c'est vous! vous dans ma demeure ! vous dans ce costume, hors de la vôtre! vous daignez venir me trouver! Comment, sans orgueil, aurais - je pu croire á tant de bonheur 097 J'étais forcé d'en

douter.

ISABELLE

Depuis que j'ai appris les événemens qui sont arrivés et voire arrestation, mon amour ne m a pas accordé un moment de repos ; et profitant de l'absence de mon frère, don Alvar Tuzani, je suis venue avec une seule femme. Voyez ce que peut mon affection pour vous.

MENDOCE

Quand je reçois une telle faveur, que m impor- .

tent les malheurs que j'éprouve...

(Inès entre. )

Ah ! mademoiselle.

INES.

3go LE SIÈGE DE E'ALPUJARRA,

ISABELLE

Qwas-tu , Ines? | INÉS.

Don Alvar, mon maître, vient d'entrer.

ISABELLE

Aurait-il pu me reconnaître malgré mon : déguisement ?

MENDOCE

Quelle nouvelle aventure !

ISABELLE

S'il m'a suivie , je suis morte.

MENDOCE

Que craignez-vous auprès de moi ? Entrez dans cette salle , et fermez la porte ; s’il vient vous y chercher, soyez sûre qu'il n’y pénétrera qu'après m'avoir donné mille morts.

ISABELLE

Dans quel péril je me trouve! O ciel! secourez-

moi. é (Elle s'enferme avec Inés. Don Alvar entre.) DON ALVAR.

Seigneur don Juan de Mendoce , je voudrais vous

parler en particulier.

MENDOCE

Je suis seul.

ISABELLE, á part.

Quelle páleur couvre sa figure !

DON ALVAR

Vous me permettrez alors de fermer cette porte.

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