CHOEUR DE MUSICIENS
Des que je vous aperçoi, Mon cœur vous sent disparaitre ;
On voit bien que c’est pour moi Que le destin vous fit naître.
(Les instrumens continuent à jouer l'air pendant le dialogue suivant. ) MALÉHA, à elle-même.
Combien je souffre d’avoir entendu ces chants! TUZANI, de même.
Quel sinistre présage m'offre ce couplet! .
Au moment où mon père vient conclure mon mariage... | TUZANJ; Au moment où l'amour s'apprête à couronner mes feux....
MALÉHA.
Bonheur que j'espérais ; écoutez.
TUZANI.
Écoutez, désirs impatiens....
CHOEUR., Des que je vous aperçoi, Mon cœur vous sent disparaitre ; On voit bien que c’est pour moi Que le destin vous fit naître.
MALECH, à Aben-Humeya.
L'amour se plaît à mêler ses jeux aux jeux sanglans de Mars; et je viens, sire, te prévenir que Maléha va recevoir de ma main Pépoux que sen
coeur a choisi. , ABEN-HUMEYA.
Qui est assez heureux pour l’obtenir ?
MALECH.
Sire , Tuzani, ton beau-frère.
-ABEN-HUMÉYA.
Je suis bien aise que ta prudence ait approuvé leurs feux. Ils n'auraient pu vivre l'un sans l’autre. Qu'ils approchent.
MALÉHA.
Je tombe, sire, á tes pieds.
pr"
Accorde-moi l'honneur de baiser ta main.
ABEN-HUMÉYA.,
Venez dans mes bras, mes amis; et puisque d'après la sainte loi de l’Alcoran , dont nous avons repris Póbservance, la seule cérémonie du mariage est la délivrance des arrhes, je veux que Tuzani les donne sous mes yeux à la divine Maléha.
Ce que je puis t'offrir est peu pour toi; il n’est rien qui ne cède à ton éclat; et en présentant au soleil de ma vie des diamans, je ne fais que te rendre ce qui t'appartient. Voici un Cupidon armé de ses flèches : même formé de diamans, Cupidon cède toujours à ton pouvoir. Ces perles de l'Orient sont les larmes de l’Aurore ; elle ne les regrettera pas lorsqu’elle t'en verra parée. Cet aigle d'émeraudes indique par sa couleur mon espérance ; l'aigle seul a le droit de regarder le soleil. Ce clou de rubis servira à retenir tes cheveux d'or : je n’en ai plus besoin; pour moi la fortune a fixé sa roue. Ce souvenir... Mais, non, ne le prends pas; j'espère que tu conserveras mon souvenir sans que je te le donne.
MALÉHA.
J'accepte les arrhes, Tuzani; et, reconnaissante de
ion amour, je te promets de les garder jusqu’à la mort.
LIDORE.
Recois, mon amie,. mes félicitations de cette union. ( 4 part. ) Elle aggrave encore mon mal.
Allons, que l'union de vos mains soit le gage de celle de vos âmes.
TUZANI, à Malech.
Tu me vois à tes pieds.
MALÉRA, à Tusani,
Tes bras vont m'enchainer à jamais.
TUZANI ET MALÉHA, ensemble. 2, -
Je suis au comble de mes vœux.
(Au moment où ils se donnent les mains, on entend le bruit du tambour. )
TOUS
O ciel! qu entends-je ?
MALÉHA. .
C'est le bruit des caisses espagnoles qui fait retentir ces rochers; ce ne sont point nos tambours. TUZANI. |
Fut-il un malheur égal au mien ?
ABEN-HUMÉYA.
Suspender les fêtes, jusqu’à ce que nous sachions ce qui se passe de nouveau.
| TUZANT.
Ne le devines-tu pas, sire? Qu'y aurait-il de plus nouveau, de plus étrange, que mon bonheur? Au moment où le soleil commencait à éclairer ma bonne fortune, les armes de l'Espagnol viennent
éclipser ses rayons. | | Tom. YI, Caldéron. | 27
(Aleouseons entre avec une bessce.) ALCOUSCOUS, à Aben-Humeya.
Grâces à Mahomet et Allah, me voilà à tes pieds.
TUZANI.
Où étais-tu, Alcouscous ?
ALCOUSCOUS.
Enfin, être tous réunis.
. 0» ABEN-HUMFYA.
Que test-il arrivé?
ALCOUSCOUS.
Aujourd’hui être à mon poste, et arriver comme par la poste, un Espagnol qui me prendre parderriére. Eux être trois, et me conduire à don Juan ; moi feindre le cretin, dire croire en Dieu : eux laisser la vie à Alcouscous, et moi rester captif du soldat qui ne sen vantera pas. Lui se cacher de ses camarades, et demander à moi en secret le chemin de l'Alpojarra ; moi tout prêt à le conduire; et quand me trouver en assez mauvais chemin, prendre mes jambes à mon cou, grimper sur es rochers, et laisser lui sans esclave et sans déjeuner : les voilà. Lui vouloir me suivre, mais frères à moi arriver, et moi détaler, et venir te dire que je laisse tout près don Juan d’Autruche, avec le marquis de Mont-de-Chair, celui de La Belette , et celui qui dompte les soldats les plus phlegmatiques, don Lope de Figue-ronde, et Sanche-l'Habile avec lui 6, Tous vont arriver contre toi, dans l’Alpojarra; ainsi, ta majesté, tiens-toi sur tes gardes.