‹ Caldéron (volume 4)Chapitre 70 sur 82 · CHOEUR DE MUSICIENS · texte numérisé non relu

CHOEUR DE MUSICIENS

Des que je vous aperçoi, Mon cœur vous sent disparaitre ;

On voit bien que c’est pour moi Que le destin vous fit naître.

(Les instrumens continuent à jouer l'air pendant le dialogue suivant. ) MALÉHA, à elle-même.

Combien je souffre d’avoir entendu ces chants! TUZANI, de même.

Quel sinistre présage m'offre ce couplet! .

Au moment où mon père vient conclure mon mariage... | TUZANJ; Au moment où l'amour s'apprête à couronner mes feux....

MALÉHA.

Bonheur que j'espérais ; écoutez.

TUZANI.

Écoutez, désirs impatiens....

CHOEUR., Des que je vous aperçoi, Mon cœur vous sent disparaitre ; On voit bien que c’est pour moi Que le destin vous fit naître.

MALECH, à Aben-Humeya.

L'amour se plaît à mêler ses jeux aux jeux sanglans de Mars; et je viens, sire, te prévenir que Maléha va recevoir de ma main Pépoux que sen

coeur a choisi. , ABEN-HUMEYA.

Qui est assez heureux pour l’obtenir ?

MALECH.

Sire , Tuzani, ton beau-frère.

-ABEN-HUMÉYA.

Je suis bien aise que ta prudence ait approuvé leurs feux. Ils n'auraient pu vivre l'un sans l’autre. Qu'ils approchent.

MALÉHA.

Je tombe, sire, á tes pieds.

pr"

Accorde-moi l'honneur de baiser ta main.

ABEN-HUMÉYA.,

Venez dans mes bras, mes amis; et puisque d'après la sainte loi de l’Alcoran , dont nous avons repris Póbservance, la seule cérémonie du mariage est la délivrance des arrhes, je veux que Tuzani les donne sous mes yeux à la divine Maléha.

Ce que je puis t'offrir est peu pour toi; il n’est rien qui ne cède à ton éclat; et en présentant au soleil de ma vie des diamans, je ne fais que te rendre ce qui t'appartient. Voici un Cupidon armé de ses flèches : même formé de diamans, Cupidon cède toujours à ton pouvoir. Ces perles de l'Orient sont les larmes de l’Aurore ; elle ne les regrettera pas lorsqu’elle t'en verra parée. Cet aigle d'émeraudes indique par sa couleur mon espérance ; l'aigle seul a le droit de regarder le soleil. Ce clou de rubis servira à retenir tes cheveux d'or : je n’en ai plus besoin; pour moi la fortune a fixé sa roue. Ce souvenir... Mais, non, ne le prends pas; j'espère que tu conserveras mon souvenir sans que je te le donne.

MALÉHA.

J'accepte les arrhes, Tuzani; et, reconnaissante de

ion amour, je te promets de les garder jusqu’à la mort.

LIDORE.

Recois, mon amie,. mes félicitations de cette union. ( 4 part. ) Elle aggrave encore mon mal.

Allons, que l'union de vos mains soit le gage de celle de vos âmes.

TUZANI, à Malech.

Tu me vois à tes pieds.

MALÉRA, à Tusani,

Tes bras vont m'enchainer à jamais.

TUZANI ET MALÉHA, ensemble. 2, -

Je suis au comble de mes vœux.

(Au moment où ils se donnent les mains, on entend le bruit du tambour. )

TOUS

O ciel! qu entends-je ?

MALÉHA. .

C'est le bruit des caisses espagnoles qui fait retentir ces rochers; ce ne sont point nos tambours. TUZANI. |

Fut-il un malheur égal au mien ?

ABEN-HUMÉYA.

Suspender les fêtes, jusqu’à ce que nous sachions ce qui se passe de nouveau.

| TUZANT.

Ne le devines-tu pas, sire? Qu'y aurait-il de plus nouveau, de plus étrange, que mon bonheur? Au moment où le soleil commencait à éclairer ma bonne fortune, les armes de l'Espagnol viennent

éclipser ses rayons. | | Tom. YI, Caldéron. | 27

(Aleouseons entre avec une bessce.) ALCOUSCOUS, à Aben-Humeya.

Grâces à Mahomet et Allah, me voilà à tes pieds.

TUZANI.

Où étais-tu, Alcouscous ?

ALCOUSCOUS.

Enfin, être tous réunis.

. 0» ABEN-HUMFYA.

Que test-il arrivé?

ALCOUSCOUS.

Aujourd’hui être à mon poste, et arriver comme par la poste, un Espagnol qui me prendre parderriére. Eux être trois, et me conduire à don Juan ; moi feindre le cretin, dire croire en Dieu : eux laisser la vie à Alcouscous, et moi rester captif du soldat qui ne sen vantera pas. Lui se cacher de ses camarades, et demander à moi en secret le chemin de l'Alpojarra ; moi tout prêt à le conduire; et quand me trouver en assez mauvais chemin, prendre mes jambes à mon cou, grimper sur es rochers, et laisser lui sans esclave et sans déjeuner : les voilà. Lui vouloir me suivre, mais frères à moi arriver, et moi détaler, et venir te dire que je laisse tout près don Juan d’Autruche, avec le marquis de Mont-de-Chair, celui de La Belette , et celui qui dompte les soldats les plus phlegmatiques, don Lope de Figue-ronde, et Sanche-l'Habile avec lui 6, Tous vont arriver contre toi, dans l’Alpojarra; ainsi, ta majesté, tiens-toi sur tes gardes.

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