‹ Caldéron (volume 4)Chapitre 78 sur 82 · UN SOLDAT · texte numérisé non relu

UN SOLDAT

Il y a un homme tué ; fuyons , qu’on ne nous arréte pas.

| ( Ils sortent. )

.. 458 LE SIEGE DE L'ALPUJARRA, GARCÉS, à Tuzani.

Je vous dois la vie, soldat, je m'acquitterai de

cette obligation.

(Il sort.) DON LOPE, à Tuxani.

Arréte!

TUZANI.

Je ne bouge pas.

DON LOPE

Donnez vos épées. ( 4 un soldat. ) Désarmez ces deux hommes.

Ah! ciel! Que votre seigneurie veuille bien remarquer que je n'ai tiré l'épée que pour mettre la paix, et que je ne suis pour rien dans la querelle.

DON LOPE

Bon! bon! Je vous trouve l'épée nue à la main,

et je vois un homme mort ; c’est bien assez.

TUZANI, à part.

Il m'est impossible de me défendre. Se peut-il que lorsque je viens de tuer un homme, ce soit en voulant sauver la vie à un autre que je me trouve dans ce péril !

DON LOPE, à Alcouscous.

Et toi, tu ne donnes pas ton épée? Ah! ah! tu parles par signes; c'est bon. Il me semble pourtant que je t'ai vu une autre fois, et que tu parlais. Que l'on conduise ces deux-lá en prison, pendant que je poursuis les autres.

ALCOUSCOUS, à part.

Etre moi fâché de deux choses : de me trouver

JOURNÉE III, SCÉNE IV. © 459 dans la querelle, et de ne pouvoir parler. Mainte-:" nant en voilà trois : le silence, la querelle et la prison.

( On les emmène. ) (Don Juan d'Autriche entre. ) |

DON JUAN

Que s est-il passé, don Lope?

DON LOPE

Une dispute de soldats dans laquelle un homme a eté tué.

y | DON JUAN.

Il faut châtier exemplairement ces délits, parce que sans cela, il y aurait chaque jour des milliers de meurtres. Cependant il est bon de n ‘employer qu'avec modération la rigueur que la justice autorise.

(Don Juan de Mendoce entre.) MENDOCE.

Que votre altesse daigne me permettre de baiser ses pieds.

DON JUAN

Eh bien ! Mendoce, que nous annoncez-vous? que

répond A ben-Huméya?

MENDOCE. -

Arrivé devant Berja, j'ai fait sonner un appel de trompettes, et une bannière de paix m'a répondu ; j'ai été admis avec sauf-conduit. J’ai été mené devant le trône d'Aben-Huméya, je dirais migux, son ciel, puisque la belle Isabelle Tuzani, aujourd’hui reine, sous le nom de Lidore , y était assise avec lui. ( Cruel amour, pourquoi réveiller dans mon cœur des flammes que je croyais éteintes?) Il m'a fait

placer sur un carreau, suivant les usages de sa nation, et à ordonné qu’on me rendit tous les honneurs qu'un ambassadeur peut obtenir, et que peut accorder l'autorité d’un roi. Je me suis acquitté alors de la commission que votre altesse m'avait donnée, et aussitôt que le bruit a été répandu dans la ville que vous accordiez un pardon général, le peuple, se réunissant dans les places et dans les rues, a commencé à donner mille signes de son alégresse. Le seul Aben-Huméya , rempli de courage et d'orgueil, furieux de voir à quel point les bruits d'un pardon général étaient reçus avec faveur par les Mores, m'a donné cette réponse :

« Je suis roi de l’Alpujarra ; cet état est petit pour mon courage , mais bientôt l'Espagne entière sera prosternée à mes pieds. Dis à don Juan que sil ne veut périr dans ces montagnes , il abandonne cette entreprise. S'il est parmi mes sujets quelque lâche qui veuille profiter de Pamnistie que tu annonces, tu peux l'emmener avec toi pour servir Philippe. Un ennemi de plus rendra plus illustre ma victoire. » C'est ainsi qu'il m'a congédié, et que j'ai quitté l’Alpujarra, en y laissant partout le peuple armé et divisé en partis; les uns ont pour cri de ralliement : Espagne! les autres : Afrique! et en ce jour la guerre qu’ils ont le plus à redouter, le mal le plus cruel qui puisse les affliger, la dissension intérieure el les factions sont dans leurs propres murs, et les font se déchirer de leurs mains.

DON JUAN

Jamais un tyran ne peut faire de plus grand pro-

JOURNÉE III, SCÈNE V,. 461 gres, ne peut subsister plus long-temps. Les mêmes ' qui Pont soutenu dans le commencement de son entreprise, sont les premiers qui l’abandonnent, quelquefois baigné dans son sang. Et puisque tel est l'état de P'Alpujarra, avant qu'ils ne se ruinent eux-mémes, que mon camp s'avance sur Berja. Triomphons d'eux avant qu'ils ne sentre-déchirent, et que leur perte du moins tourne à notre gloire,

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