ACTE II, SCÈNE I. i8i
Je me repens de ce que j'ai dit.
DON BOCH
Écoute , Mugnoz; aussi vrai que je suis chrétien , je ne puis plus te supporter davantage ; tu me fais maudire ma condition.
MUGNOZ.
Eh! qu'ai-je donc fait de mal? Est-ce moi qui ai £iit le mariage? ai-je donné mon consentement pour faire venir ici l'hôte , la sœur, le coquin de GinèSy et la servante qui rogne mes déjeuners? dois-je en supporter le châtiment , quand je n'en sais ni auteur ni complice? Que signifie tout ceci?
DON ROCH
Mugnoz, approche. Qui songe à t'imputer la faute de ce qui se passe? Je dis seulement que j'ai regretté que tu eusses mis si peu de zèle à faire ce que je tai recommandé : il est tout simple que sachant qu'ils restaient à la maison, et jugeant.... Le chien n'a-t-il pas aboyé ?
MUGNOZ.
Non , il n'a pas aboyé et ne pense pas à aboyer.
DON ROCU. ^
Je jugeai que le moyen le plus prudent était i observer
MUGNOZ.
Je me souviens fort bien qu'il n'y a pas dix mois, vous disiez : Mugnoz , les temps sont bien changés ; lue voilà veuf. Que je me trouve bien de n'avoir plus
i8a LE VIEILLARD ET LA JEUNE FILLE, ni .querelles y ni tracasseries! Il y a dix mois, pas davantage. Je n'oublie pas les choses si facilement. Cependant vous êtes marié, accable de soucis, le passé est oublié ; tourmenté de votre situation présente , indécis sur ce que vous devez faire , vous venez me dire : M ugnoz , que penses-tu ? donne-moi un conseil, un avis... Et à quoi bon? pour défaire ce qui est fait? il n'y a pas de remède. Ne vous êtesvous pas marié? Que celui qui vous a mis là vous en tire.
DON ROCH
Je ne te dis pas, Mugnoz, que nous devions cher* cher des moyens de me démarier; non , certes.
MUGNOZ.
G)mraent, non certes ? Ah ! voilà qui m'enchante. Ainsi donc le meilleur moyen d'obtenir du repos , qui était de se séparer d'elle...
DON BOCH
Ah I Mugnoz, ne me parle plus de cela. Nous séparer I non certes, sous quelque prétexte que ce soit. Les torts seraient de mon côté alors. ... Ce à quoi je prétends c'est à chasser de la maison tous ces hôtes incommodes; pour y parvenir il faut absolument cjue tu me secondes : voilà ce que je veux . Car quoique j^e dit à ma sœur de s'en aller, et que j'observe toujours soigneusement les paroles de don Juan, pour savoir quelle est son intention; Béatrice m'étourdit et me fait tant de beaux raisonnemens que je suis réduit à me taire ; et don Juan , affectant des manières mystérieuses, ne répond jamais nettement; de sorte....