‹ Caldéron (volume 5)Chapitre 99 sur 250 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

MUGNOZ.

Je vais vous le dire clairement et en peu de mots. C'est que je ne veux pas me mettre à faire Tespion; je ne veux pas faire dés rapports entre mari et femme. Je connais parfaitement ces sortes d'affaires. Un mari jaloux devient un véritable diable de l'enfer à l'égard de celte par qui il se crc^t trompé-: pour éclaircir ses soupçons, il charge un domestique d'observer les paroles et jusqu'aux pensées de sa femme. Celui-ci observe, écoute, raconte ce qu'il a vu , et il s'ensuit une complication de tous les diables^; il y ^ des disputes, des cris, des pleurs, des joremens, des coups de bâton. La femme reconnaît bientôt (et cela n'est pas difficile) que toute cette bourrasque a été causée par le misérable délateur. Elle ourdit une intrigue ; si bien que le mari , devenu furieux , s'indigne contre l'espion, l'accable de reproches et le chasse de la maison. Bonsoir, Yoilà sa place perdue ; et qu'on me dise que les femmes n'ont pas les moyens d'amener ce résultat (piand il leur plaît ! Le mari jette feu et flamme ; et ^e croyez-vous tenir? rien. La* dame arrive, il entre en fureur, fort bien; mais viennent ensuite les minauderies , les é vanouissemens , les larmes , les protestations d'amour; que sais-je ? si bien qu'elle détruit en un moment tout ce que le maître et le valet avaient projeté. Et je crois' que , quand un mari a la cerveUe à moitié dérangée par ces nfaudites caresses, les affaires du pauvre diable de domestique sont en bien mauvais état; car la femme ne perd pas de temps. On commence a dire que le

i8o LE VIEILLARD ET LA JEUNE FILLE, malheureux faiseur de rapports est un indigne imposteur, raisonneur, pareWux, sale, même un peu ivrogne , et c[ui plus est, un peu voleur. Le mari en est alors à ne pouvoir plus dire qtxainen; et il n'y a pas de remède. Elle obtient de cette manière tout ce qu'elle veut; et.... suffit, je m'entends.

DON BOCH

Mugnoz , pour l'amour de Dieu !

MUGNOZ

Quand je vous dis que je ne puis pas; non, je ne puis pas; c'est une chose dite ; il n'y a point à y re* venir : on perd son temps à appeler un vieux chien qui ne veut pas venir.

Écoute, Mugnoz, prends une corde....

MUGNOZ.

Pourquoi faire ?

DON ROCH

Et pends^moi.

MUGNOZ.

Quand à soixante-dix ans on se marie avec une jeune fille aux yeux noirs, on n'a besoin ni de corde, ni de poison. •

|30N ROCH

Toujours à: m'attaquer sur mon âge.

MUGNOZ. ^

Toujours à me demander conseil.

DON ROCH

Toi-même tu m'as conseillé tout à l'heure sur ce qui est arrive' hier soir, et' tu m'as dit....

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