ACTE II, SCÈNE I. i
Quelle patience il faut avoir !
DON kOCH.
De sorte que je ne sais comment sortir de cet embarras. Je sais bien qu'ils finiront par s'en aller; mais^ en attendaqt^ il n'est pas bien que don Juan et Isabelle, quand je leur en laisse le temps, aient de longues conférences ensemble; et justement aujourd'hui pour me 'tourmenter ce diable d'Anglais veut me remettre l'argent des laines.. J'y suis allé , il était déjà sorti ; de sorte qu'il faut nécessairement que j'y retourne. Il ne s'agit de rien moins que de dix mille réaux ; je suis bien force d'y retourner. ^
MUGNOZ.
Çt que veut dire cela?
DON ROCH
Qu'il faut que tu m'aides. Mugnoz^ je t'en prie au nom de Dieu. Un stratagème... Je l'ai médité dans la rue en revenant; un stratagème m'est venu à l'idée , et il est admirable pour le but que je me propose.
MUGNOZ.
Qu'est-ce que c'est que ce stratagème ?
DON ROCH
Une bagatelle, qui doit réussir à merveille.
MUGNOZ.
Eh bien , dites la bagatelle.
DON ROCH
Comment?
i84 LE VIEILLARD ET LA JEUNE FILLE^ Dite&-la bien vite.
DON ROCH
U s'agit seulement de faire tout à l'heitre <»mme si nous sortions tons deux : tu ref^aras ensuite ton manteau , et tu iras te cacher dans ta dianibre. Moi, je m'en vais. Alors, obserrant si le silence règne dans cette pièce, tu montes pas à pas, et, voyant qu'il n'y a personne ici , ta te caches en prenant bien garde qu'on ne puisse t'apercevoir. Enchantées de ce que tu es aussi sorti, elles viendront ici bavarder sans aucune contrainte. Isabelle découvrira ses secrets, Béatrice causera avec elle , et de cette manière nous saurons tout ce qu'il y a à savoir.... Tu ris ?
MDGNOZ.
Ah ! que je suis peu disposé à ricaner ! Cependant parfois il n'est pas an pouvoir d'nn homme de garder son sérieux.
DON ROCH
Mais . • . à quel propos .... qu'est-ce que c'est que ce rire?
MUGNOZ.
U est en situation , monsieur.
DON ROCH
Pourquoi ?
MUGNOZ.
Pourquoi? ce projet d'embuscade est charmant. Une chose seulement m'inquiète, mais il est vrai qu'elle est peu essentielle.