‹ Caldéron (volume 5)Chapitre 154 sur 250 · ACTE I, SCÈNE ill. a · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE ill. a

DON ELEUTERI».

Non^ monsieur; maintenant , dans la saison des chaleurs^ on ne donne pas davantage; si c'était dans rhiver>... alors...

DON ANTONIO

Comment ! quand il commence à geler^ les comédies augmentent donc de valeur'? Il en est de même jiour les poissons qui viennent de Biscaye.

DON ÉLEDTERIO.

Écoutez donc y quoique les comédiens donnent si peu de chose ^ l'auteur s'arrangerait bien volontiers pour faire à ce prix toutes les pièces dont la troupe jurait besoin ; mais il y a tant de jalousies I Les uns favorisent celui-ci^ les autres celui-là.... Et il faut tant de soins et d'adresse pour se maintenir dans les bonnes grâces des premiers sujets^ que.... vraiment ! Et ensuite, voyez-vous, il y a tant de gens qui écrivent! chacun tâche de débiter sa marchandise; et puis ce sont les engagemens , les gratifications , les rabais.... Maintenant même il vient d'arriver un étudiant galicien , avec des besaces pleines de pièces manuscrites, comédies, inibroglios, petites pièces^ saynètes ^'^... Que sais-je quelle capilotade il nous apporte I Et il ne cesse de solliciter les comédiens pour qu'ils lui achètent son assortiment à raison de trois cents réaux par chaque pièce , l'une dans l'autre. Je vous le demande, quel moyen de tenir tête à un homme qui travaille à si bon marché?

DON ANTONIO

Cela est vrai , mon- cher. Cet étudiant galicien doit faire bienxdu tort aux auteurs de Madrid?

a84 LA COMÉDIE NOUVELLE,

0ON ÉLEUTERIO.

Un tort horrible. Vous sayez à quel prix sont les comestibles.

DON ilNTONIO.

Assurément.

DON ÉLEUTERIO,

. Ce que coûte un méchant habit que l'on veut se donner.

DON ANTONIO

En effet.

DON ÉLEUTERIO,

Le loyer.

DON ANTONIO

Oh ! oui f le loyer ! Les propriétaires sont cruels.«

DON ELEUTEQIO.

Et si on a de la famille.

DON ANTONIO

U n'y a pas de doute; si on a de la famille^ c'est une chose terrible.

DON ÉLEOTERIO.

Allez donc lutter contre l'autre, qui avec trois sous de tripes et un demi-pain par jour a toute sa dépense faite. '

DON ANTONIO

Et quel remède à cela ? U n'y en a pas d'autre que de se mettre à l'ouvrage sans désemparer, et d'écrire de bonnes pièces : qu'on les représente , que le publie en soit ébahi, et nous verrons si on ne peut pas couler à fond le Galicien. Ce n'est pas que je doute que celle de ce soir ne soit excellente ; %t je parierais que....

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