ACTE I, SCÈNE ill. a
DON ELEUTERI».
Non^ monsieur; maintenant , dans la saison des chaleurs^ on ne donne pas davantage; si c'était dans rhiver>... alors...
DON ANTONIO
Comment ! quand il commence à geler^ les comédies augmentent donc de valeur'? Il en est de même jiour les poissons qui viennent de Biscaye.
DON ÉLEDTERIO.
Écoutez donc y quoique les comédiens donnent si peu de chose ^ l'auteur s'arrangerait bien volontiers pour faire à ce prix toutes les pièces dont la troupe jurait besoin ; mais il y a tant de jalousies I Les uns favorisent celui-ci^ les autres celui-là.... Et il faut tant de soins et d'adresse pour se maintenir dans les bonnes grâces des premiers sujets^ que.... vraiment ! Et ensuite, voyez-vous, il y a tant de gens qui écrivent! chacun tâche de débiter sa marchandise; et puis ce sont les engagemens , les gratifications , les rabais.... Maintenant même il vient d'arriver un étudiant galicien , avec des besaces pleines de pièces manuscrites, comédies, inibroglios, petites pièces^ saynètes ^'^... Que sais-je quelle capilotade il nous apporte I Et il ne cesse de solliciter les comédiens pour qu'ils lui achètent son assortiment à raison de trois cents réaux par chaque pièce , l'une dans l'autre. Je vous le demande, quel moyen de tenir tête à un homme qui travaille à si bon marché?
DON ANTONIO
Cela est vrai , mon- cher. Cet étudiant galicien doit faire bienxdu tort aux auteurs de Madrid?
a84 LA COMÉDIE NOUVELLE,
0ON ÉLEUTERIO.
Un tort horrible. Vous sayez à quel prix sont les comestibles.
DON ilNTONIO.
Assurément.
DON ÉLEUTERIO,
. Ce que coûte un méchant habit que l'on veut se donner.
DON ANTONIO
En effet.
DON ÉLEUTERIO,
Le loyer.
DON ANTONIO
Oh ! oui f le loyer ! Les propriétaires sont cruels.«
DON ELEUTEQIO.
Et si on a de la famille.
DON ANTONIO
U n'y a pas de doute; si on a de la famille^ c'est une chose terrible.
DON ÉLEOTERIO.
Allez donc lutter contre l'autre, qui avec trois sous de tripes et un demi-pain par jour a toute sa dépense faite. '
DON ANTONIO
Et quel remède à cela ? U n'y en a pas d'autre que de se mettre à l'ouvrage sans désemparer, et d'écrire de bonnes pièces : qu'on les représente , que le publie en soit ébahi, et nous verrons si on ne peut pas couler à fond le Galicien. Ce n'est pas que je doute que celle de ce soir ne soit excellente ; %t je parierais que....
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