ACTE II, SCÈNE V
ISABELLE
Il est vrai , c'est ce que je craignaîs , et je le lui ai dit ; mais il voulait absolument la voir....
Eh bien , qu'y faire ? c"e'tait un malheur inévitable.
ISABELLE
Peut-être de plus grands malheurs m'attendent.
Vous saurez qu'il veut se battre avec le baron. Si
cela arrive.... s'il meurt.... ou s'il revient sous le
• poids d'une accusation d'homicide , quelle funeste
victoire ! quel horrible moment pour moi !
DON PÉDRO
Ne crains rien , chère Isabelle ; du courage. Penses-tu que le duel puisse avoir lieu lorsque moi je joue un rôle dans cette comédie ? non certainement. Notre baron n'aime pas les coups d'épée. Léonard, en sortant , lui a dit qu'il l'attendait à minuit. Cette résolution serait téméraire et dangereuse dans une autre circonstance ; mais comme il s'agit ici de l'inquiéter, de le vexer de toutes les façons, de l'obliger à s'en aller , à se désister de ses prétentions , et à nous dire nettement et en quatre mots qu'il est up • misérable , il fallait frapper de terreur ce lâche coquin , et nous y avons réussi. Il n'y a aucun danger. L'un tremble et veille à sa propre sûreté , et moi je veille à celle de l'autre. Tu peux t'en reposer entièrement sur moi.
ISABELLE
Ce n est qu'en vous que je puis avoir confiance.
4i6 LE BARON,
M-«. MONIQUE
Oui , toi.... Que lui disais-tu là ?
De souffrir ton humeur.
M—. MONIQUB;
Tu seras venu lui troubler la cervelle , hn remplir la tête d'illusions , afin qu'elle ne fasse rien de ce que je lui ordonnerai.
DON PÉDRO
Non , Traiment ; je suis venu , parce que tout le monde dit dans le viUage.qtle tu la maries avecle baron. On me fait un tas de questions à moi, qui ne sais pas un m'ot de ce qui se passe > et je j[oue un très-triste rôle... C'est une chose unique! on ne parle que de cela dans les boutiques , chez rapotiii- Caire, sur la place , à Taulierge , et tu ne me dis rien à moi de ce beau mariage.
M"«. MONIQUE
Tu le sauras quand il en sera temps ; et ceux qui passent leur vie à faire des caquets yernont ensuite s'ils se trompent ou s'ils devinent juste.
DON PÉDRO
Mais, si tu voyais comme cela les fait rire, et comme moi j'ai envie d'enrager ! Qui peut avoir assez de flegme pour souffrir patiemmerit qu'on dise de telles choses d'une sœur ? Je te dis la vérité ; si tu veux voir cesser tous ces bruits , et démentir les mensonges qu'on débite contre toi, marie4a bien vite.