ACTE II, SCÈNE VI
M—. MONIQUE
C'est ce que je ferai.
Et que nous voyons partir ce baron ou cet enfer, qui semble avoir bouleversé toutes les têtes.
M»«. MONIQUE
Quand il voudra, il trouvera la porte ouverte.
DON PÉDBO.
Et s'il ne veut pas ?
M"*. MONIQUE
S'il ne veut pas, je ne suis pas assez de'honte'e pour le chasser de chez moi. Un seigneur de son caractère, et à qui je suis redevable de tant de bontés, penses-tu donc qu'il soit convenable de lui faire une pareille insulte? Toi, avec ta grammaire et tes livres, tu en sais sans doute beaucoup; mais en fait d'urbanité et de savoir-vivre , tu sais fort peu de chose.
DON PÉDRO, s'asseyanl.
Ainsi donc réellement, la nouvelle en question n'est pas fausse.
M«'. MONIQUE
Quelle nouvelle ?
DON PEDRO
Celle que tu es entichée de l'idée que le baron doit être ton gendre. On n'a jamais vu d'illusion semblable. ... Maudite vanité, qui nous ôte ainsi le jugement et nous mène à notre perte ! Un homme d'une si illustre origine, cousin de comtes et de
ThMiretU Moratin. 2n
4i8 LE BARON,
ducs , arrière-petit-fils de dona Urraca ^'^ , et descendant au quatrième degt*é du roi don Silo, venir nous faire la f;râce de se marier avec ta fille!... Quelle extravagance !
M—, MONIQUE
Qu'appelles-tu extravagance? Trouverais-tu mauvais , par hasard , qu'on saisît une occasion favorable lorsqu'elle se présente ? Sera-ce la première fois qu'un gentilhomme se mariera avec une femme sans naissance? Qui ignore ce que peut faire faire une passion véritable ?
DON PEDRO
Il s'agit bien ici de passion! prends donc garde, femme ! . . . Où as-tu vu des passions taillées sur ce modèle? dans les comédies, où il vient des princes de Danemarck habillés en jardinier, qui enragent d'amour pour quelque petite bergère avec sa panetière et ses chèvres. Us se disent des choses toutes fleuries; il y a des jalousies, des brouilleries, des pleurs, des changemens;... ils se marient, enfin, et ensuite ils s'en vont en vous débitant sottement que la jeune personne se trouve être fille du duc de Transilvanie, et autres folies semblables; mais dans le monde il n'arrive rien de pareil.
M«^ MONIQUE
Non?
DON PEDRO
Jamais. Et quand quelque grand seigneur parle d'amour à une jeune fille jolie, orpheline, plébéienne et pauvre, il ne faut pasy regarder deux fois pour connaître qu'il y a là quelque piège. Non, non,