ACTE I, SCÈNE I
n'est pas effrayée de la différence d âge , si son ciioii est libre..,
Comment ne le serait-il pas , et que gagnerait-on â me tromper ? Tu as pu voir si la re^gieuse de Gaadalaxara est une femme de jugement. Pour celle d'Alcala^ quoique je ne la connaisse pas, je sais que c'est une dame pleine d'excellentes qualités : juge toi-même si dona Irène doit vouloir le bonheur de sa fille. •• Eh bien, toutes m'ont donné toutes les sûretés que je puis désirer. La domestique qiiî l'a servie à Madrid, et pendant plus de quatre ans au couvent, se répand en éloges sur elle, et surtout, elle m'a informé que jamais elle n'avait observé dans cette jeune personne la plus légère inclination pour aucun des hommes, peu nombreux à la vérité, qu'elle a pu voir dans cette retraite. Broder, coudre, lire des livres de dévotion , entendre la messe , courir dans le jardin après les papillons et jeter de l'eau dans les trous de fourmis , tels ont été ses occupations et ses plaisirs... Que dis-tu ?
Moi , rien , monsieur.
Et tu penses bien que , malgré tant de sûretés , je saisis les occasions qui se présentent pour gagner peu à peu son amitié et sa confiance , et pour obtenir qu'elle s'explique devant moi avec une liberté Ed>soIue... quoiqu'il y ait encore du temps... Seulement cette dona Irène est toujours à l'interrompre ;
l'MUtr dt Moratin. 2
i8 LE OUI DES JEUNES FILLES,
il n'y a qiie pour elle à parler; et cependant c«st
une bien bonne femme ^ bonne. . .
SIMON
Enfin, monsieur, je dësire que. tout réussisse comme vous le souhaitez.
Oui, j'espère, avec l'aide de Dieu, que les choses ne finiront pas mal, quoique le futur ne soit pas trop de ton goût... Tu prenais bien ton temps pour me recommander monsieur mon neveu! Sais -tu que je suiikbien fâche contre lui ?
SIMON
Qu'a-t-il donc fait ?
Il a fait des siennes ; et il n'y a que peu de jours que j'en ai été informé. L'année dernière, tu le sais, il fut deux mois à Madrid... et cette petite visite m'a coûté une bonne somme... Enfin c'est mon neveu , je n'y ai pas de regret; mais je viens au fait. Le moment arrivade retourner à Sarragosse, à son régiment... Tu dois te souvenir que très-peu de jours après son départ de Madrid, je reçus la nouvelle de son arrivée ?
SIMON
Oui, monsieur.
Et qu'il continua de m'écrire, bien qu'avec quelque inexactitude, toujours sous la date de Sarragosse?
SIMON
Cela est vrai.