ACTE I, SCÈNE I. i
Il y a un mois , personne ne se souvenait de Mugnoz, et maintenant.... On a bien raison de dire que tout est changement dans cette vie. Combien de longues et brillantes assemblées il y a eu ici ! quelles merveilles, quelles louanges sur le compte de la mariée ! Parmi tant de barbons qui se réunissaient chez vous 9 il ny en a pas eu un seul qui vous ait dit : Don Roch , considérez combien est peu sage la résolution que vous avez prise devons marier. Vous avez déjà enterré trois femmes; n'en prenez pas une quatrième qui vous enterre vous-n^ême. Renoncez-y, au nom de Dieu; ce qui serait tout naturel à un autre âge est tout-à-fait déplacé dans on âge ^ussi avancé; c'est une extravagance.
DON ROCH
Mugnoz, laissons là le passé; dis-moi ce que je dois faire.
MUG^OZ«
PTa-t-on pas lieu de rire en voyant un septuagénaire infirme qui se marie ? Et avec qui encore se marie-t-il? avec une enfant qui brille à peine de l'éclat de ses dix-neuf ans. Et ensuite, sans songer au danger qui le menace, il reçoit chez lui un homme qui la connaît depuis le berceau^ qui a passé son enfance près d'elle , et qui a toujours eu , et qui entretient encore avec elle des relations agréables à l'un et à l'autre.
DON ROCH
Quoi donc î cette amitié date de si loin ?
i^S LE VIEILLARD ET LA JEUNE FILLE,
Comment, vous ne savez donc pas qui elle est?
DON KOGH.
Je sais qu'elle e'tait au pouvoir de son tuteur^ , don Juan Antonio de Lara , qui l'a çlevëe.
MUGNOZ.
Fort bien ; mais vous saurez aussi que la jeune fille allait fort souvent chez votre ami don Alvaro, dont elle était très-proche voisine. Cest là qu'elle a connu l'heureux neveu : lui , bien entendu , lui rendait ses visites; car c'est un jeune homme attentif et galant. On formait de petites réunions; et pendant que les papas faisaient la partie, eux jouaient aussi de leur côté, et ce n'était que danses et divertissemens. Enfin, leur attachement mutuel naquit dans le jeune âge ; ^'il est répréhensible, s'il y a lieu de soupçonner que des petits jeux il puisse passer à des choses plus sérieuses, transition qui, à leur âge, ne serait pas bien étonnante , c'est à vous d'en juger , car pour moi je n'y entends absolument rien.
DONROCH. ^
Ah! Mugnoz, que Dieu ait pitié de moi! Je vois ce que c'est. J'allais si rarement dans cette maison , qu'il -est tout simple que j'aie ignoré ce qui s'y passait; et quand j'y allais je parlais d'affaires avjsc don Alvaro.... Allons, allons, cette inclination ne date pas d'hier. En vérité, rien n'empêche qu'il n'y ait au moins seize ans que leur amour a commencé.