ACTE I, SCÈNE IV. iSg
rien de tout cela. Juste ciel, yoilà donc la rëcom-^ pense de tant d'amour I Je ne sais ce qui se passe en moi... Je ne sais.,.
GINÈS
Et lui avez-vous parlé tête à tête ?
DON JUAIf.
J*ëtais hier soir avec elle dans un de ses apparlemens. Qu'elle était belle ! comme llnfidèle cherchait à modérer ma fureur, et à me tromper de nouveau ! Biais à peine commençait-elle à s'expliquer, que son mari survint. Maintenant je ne puis ni neveux lui parler. Que pourrait-elle dire ? comment pourraitelle soutei^ir qu'elle n'a pas été inconstante , et qu'elle m'aimait sincèrement? comment...
Peut-être, monsieur, a-t-elle été contrainte par son tuteur; elle est bien jeune encore, et elle était si tyrannisée. •••
DON JUAN
Ah ! Ginès , il n'y a pas d'excuses à sa conduite; tu en chercherais vainement. Je suis malheureux. . . Mais une fuite précipitée va m'éloigner de ma patrie ; et elle, va rester libre et fière de son triomphe, sans que je puisse même lui dire qu elle est' une ingrate , une infidèle! Écoute, Ginès, rends-moi cette lettre.
GINÈS, lui rendant \v lettre.
Que voulez-vous faire ?
DON juan; Je ne sais. Mon esprit est si troublé^ que j'hésite, je tremble,, je forme mille résolutions; mille idées
i6o LE VIEILLARD ET LA JEUNE FILLE, ^
contradictoires bouleversent mon âme en même temps. Rentre , serre tous mes papiers dans la malle ^ * ceux qui ne sont pas ici sont restés à l'auberge. Me suivras-tu ?
Moi , monsieur , je vous suivrais avec joie au bout du monde. Je suis seulçment afflige de votre malheur; plût à Dieu que je pusse Falleger en queU que Façon I"
DON JUAN
Bien^ Ginès; ne m'abandonne pas.
Vous ne me verrez jamais changer; je tous ai toujours été sincèrement attaché.
DON JUAN
Fais ce que je t'ai dit. Combien de chagrins m'environnent ! La mort seule peut y remédier.