‹ CalderonChapitre 19 sur 93 · SCÈNE n · texte numérisé non relu

SCÈNE n

Une antre èhu^tn dans h iMiMB de don l«tA.

Entrent DOfÏA BÉAtRIX et DON D1È6UB.

OOIt]

Qaoil Béatrii, m'enToyer ehercher , m pui craindre que Von ne Toie entrer dwi tous en plein Jonr , fûre garder ?oire •ppartement et me recefoir dam celui de Totre frère! voilà de singulières préciutiotti. EâUfib de votre part bienveillante ou perfidie?... est-ce pour mon bien ou pour ma perte?

VàkTKVL.

Ne vout étonnez pat de ce changement, seigneur don Biègue, et non plus de ce que je puis vous recevoir à cette heure dans ma maison... Quant à l'appartement de mon frère , si je l'ai choisi de préférence au mien , c'est que j'attends aujourd'hui une visite de Violante, et je ne veui pas qu'elle vous voie... Non» don Diègue, vous n'avez tien à craindre de moi ; et loin de vouloir vous imposer mon amour, je ne pense plus qu'à seconder de tout mon pouvoir eeloi que vous ressentez pour une autre. Je veux vous servir en amie, n'aspfrant plu» à un autre titre qui appartient à une dame plus heureuse.

noKniÉaniL

Lorsque fai reçu votre billet, j'ai éprouvé des doutes... lorsque j'ai vu comment vous me receviez , de nouveaui doutes me sont venus ; les discours que vous me tenez m'en donnent d'autna encere. Je ne sais plus où j'en suis, et je vous prie de vous expliquer. Doii GiALOS, à part.

Que pemerde ced t Parleiii-Ua de leiin «BBiila on dai «tel?—

âivouf aineeomprenegpaiv i«igne«rden DIégM > quoique je TOUS parie Ibri ekiretteat, e'«t que vowa ne vMte pas ne eoaiprendmj mais pour que voua an'entendiet enfin, je vais «ont vnua dire.,. Léooor a pour vo«a abandoniié la mniion paleraelle, pwdu ses pareui^ mb i^m» eoB hoBiie«lr.»« Don Junn a le droit de ae plaladre de voua; don Garloa est ofiensé; mol» vo«a le savez , j« pourrais auasi vnua «dreseer des reproehea, sait à eattie de voire abandon injurieux» soit è CMiae de l'iMulte que voua avez fiUte à ma maison*., enfin, pour achever» le père de Léenor est à VaieBce. De toutes paru voua étea entouré de dangers; «t avec tana d'enn»» mia réunis contre vous» il vous tàmi o« voua décider è périr, ou épouser Léooor. Voua l'aiiMi, elle partage vos aentimeua : ai Iorh que tout conapire votre perte, votre aariafe avne aile aauve teut. fie conpraifls-voua jualàteuaut ?

DON DIÈGUE

Après un tel langage , il serait difficile de ne pas vous comprendre. Mais permettez-moi de vous répondre.

BÉATRIX

Parlez donc.

DON CARLOS, à part.

Qu'est ceci, grand Bieu ! Ainsi don Diègue et Béatrix s'aimaient! Mais n'ai-je pas assez de mes chagrins sans aller m' occuper de ceux des autres? Ecoutons. Ici, du moins, il n'y a pas de feinte... Béatrix n'aurait point parlé de ses secrets les plus chers si elle m'avait su caché près d'elle. *

DON DIÈGUE

Je voudrais bien, Béatrix, pouvoir en ce moment me partager en deux pour remplir à la fois les obligations de cavalier et celles d'a- . mant; car elles se contrarient mutuellement, et je ne sais comment répondre avec des sentimens si opposés qui se combattent et divisent mon cœur. Si je veux vous parler comme amant, vous ne me croirez pas ; vous serez persuadée que ma tendresse cherche à vous abuser... Je vais donc vous parler purement et simplement comme cavalier, car enfin je suis noble avant d'être âimoureux... De plus , Béatrix, je vous en supplie, imaginez-vous que ce n'est pas à vous que je pense; oublions tous deux, moi mon amour, vous votre jalousie. Je ne veux que me souvenir de mon devoir , de mon honneur ; et de votre câté , veuillez supposer que c'est une autre personne qui m'a interrogé, et que c'est à une autre que je réponds. DON CARLOS, à part. Voilà bien des précautions.

DON DIÈGUE

Me trouvant à Madrid, je visLéonor, et sa beauté fit sur moi assez d'impression pour m'attirer nuit et jour dans la rue qu'elle habitait. Je vis, je regardai, je persistai, j'écrivis ; mais elle répondit à mes avances avec tant de hauteur, que ce n'était plus dédain, mais véritable mépris. Je me sentis blessé , j'eus peine à supporter qu'on ne m'accordât point ces légers égards que les femmes savent conserver même pour ceux dont elles rejettent l'hommage ; art charmant qui rend le dédain même agréable.... Cet art, Léonor ne l'employa pas avec moi. Irrité de me voir ainsi repoussé , j'eus recours au moyen ordinaire , c'est-à-dire aux suivantes de ma dame ; et l'une d'elles, que j'avais mise dans mes intérêts par le don de quelque bijou , me dit que les mépris de Léonor venaient de ce qu'elle avait un autre amant. Alors j'éprouvai de la jalousie... Et ici, Béatrix, malgré la demande que je vous ai faite en commençant, je consens que ce soit vous-même qui m'écoutiez ; et j'espère que mon aveu ne me nuira point dans votre esprit ; car dans les rivalités d'amour, celui-là est infAme qui voit froidement qu'un autre possède ce qu'il n'a pu obtenir... La suivante ajouta que sa maltresse

JOURNÉE III, SCÈNE H. 6tf

se proposait de se marier à son amant, et que sur cette confiance elle souffrait que celui-ci vtnt la trouver la nuit dans sa maison. Moi, Béatrix, seulement pour me venger je résolus de m'en assurer... n'ayant d'ailleurs d'autre but que de lui faire savoir que je connaissais son secret , afin qu'elle ne se donnftt plus les airs d'une beauté orgueilleuse qui repoussait tous les hommages. Sa suivante me fit cacher dans un cabinet de son appartement; de là je pus bientôt la voir qui sortait pour aller dans une autre chambre... Je la suivis dans l'espoir d'entendre quelques mots que je pusse ensuite lui répéter.— Ici, Béatrix, ce n'est pas à vous que je parle ; ignorez à jamais que don Diègue, pour se venger d'une femme, ait pu s'abaisser jusqu'à méditer un outrage. — Léonor m'ayant entendu, elle revint sur ses pas, son amant la suivit, et vous savez le résultat de la rencontre ; il est inutile que je vous le répète. Enfin, après tant d'aventures, je revins à Valence ; et je vous le jure, en me vouant si je mens à la colère du ciel, j'ignorais l'arrivée de Léonor dans cette ville. RéOéchissez, pour vous en convaincre, que je suis venu vous voir la nuit où je fus obligé de me jeter par ce balcon. Cependant, Béatrix, comme vous aviez tout appris, moi, dans le désir de dissiper vos soupçons, je vins hier au soir pour tenter de vous parler ; presque au même instant, don Juan, que ma mauvaise étoile semble exciter contre moi, entra à ma suite. En voulant me retirer, je rencontrai Léonor; mais, malgré la surprise que j'éprouvai en la voyant, et surtout en la voyant sous ce costume, je conservai cependant assez de sang-froid pour substituer Léonor à vous-même. Au milieu de ces événemens imprévus survint don Carlos. — Pourquoi donc, Béatrix, vous qui savez tout cela, me proposez-vous d'épouser Léonor,— une femme qui m'a toujours abhorré , une femnie dont les mépris ont causé tous mes malheurs, une femme qui est venue à Valence avec un autre amant, une femme que je n'ai rencontrée dans votre maison que parce que je venais vous y chercher?... Était-ce à vous surtout de me faire une telle proposition? Si, pendant mon absence, vous avez donné votre cœur à un autre plus heureux, et que vous preniez mon aventure de Madrid pour un prétexte afin de rompre avec moi, eh bien ! Béatrix,* abandonnez un homme qui vous aime, à la bonne heure 1 mais ne vous occupez point de me marier» car ce n'est pas de votre main que je dois accepter une femme.

DON CARLOS, d part.

ciel! qu'ai-je entendu? Jamais homme fut-il mieux désabusé 1 Ah l Léonor, ma chère Léonor, oui, tu disais la yérité.

BÉATRIX

Et qu'espérez-yous faire contre tant d'ennemis f

DON DIÀGUB.

Quels sont ces ennemis ?

BÉATRIX

Moi* Léonor, don Pèdre don Carlos, et don Juan*

«ft LE PIRE N'EST PAS TOUJOURS CERTiJN.

De «out tm «bmbûs» Béakdi, je ne radoute que tous se«k.

«Utmx.

P««ufiMi nti ptaUi qu'une «utre?

•ON Blàfil».

Parce que mon ^lus frané «hegrio «'en de Tek l'ectifiU «toc laquelle veiis yeui eoeupei de oeite effilra»

Sntreot QlNto «i tMÈS, tbaemi p«r «ne tPMie dMMreuie. ftmis.

Seigneur!

cite.

Medame!

Biinux.

<}u'est-cedoiicT

DON Diàeitt.

QuoideaeuTeaut

Vokâ mon maître; je fai yu dans la rue.

GINÈS

£t le inrei c'est que le selgneor don Pédre M arec lot.

DON DKGUB.

^'élaîi pr^deetiné» on naissant, à tous les malheurs de ce genre.

M(ULTUX«

^Mi ifliporte q«e mon frère vous voie icL Mais pour don Pèdre, «^esi «scre ciMse.

GiMks.

^ Mnt Men le ^ère et le frèn les plus ponctuels que j'aie jamais ^s. .. SwrvieRt41 la «oindre «f«nture , «uisitôt les vUà. bon Diàam.

le vais m'^nftnMT un Marnant dam m %

«INfts^

Bon ! t'est Mas les josm deoêMel

flONDiàftn.

ciell... un homme eiièàl

Un homni^l».. Qui «e^^eatl-41 être f ■€RtNto>

C'est sans donte Hytndarralt qcd a totales ^xnraisaSn ta ne pas de trouver sans gtte^

DON DIÈGUB.

Ne jouei pas ainsi l'étonnement... Lorsque vous m'avez conduit • Allation* k l'ëpuode d'AbindarrOt, dam U DUmê ds Moiitenayw.

JOURKÉE III, SCÈNE 11. 67

chei votre fràre pour me proposer la main de Léonor» c'est que tous Youliez donner satisfaction au riyal qui est là caché, en lui montrant que vous vous occupez de mon mariage. Mais, vive le ciell...

Arrêtez, don Diègue!

Bntre LÉONOB.

fiMi ipfeiii 4Me « kmm MiflMf IMi ^M f9iH« t

BiATRa, à don Diègue, Je ne sais qui c'est.

non DliflOB.

Eh bien! j'aurai le plaisir ^ Yout l'apprendre... Oui, dussent se vêmir «eifliieiBoî «Mt «est iftA ont «Miuré m perte, il Int que

je voie l'homme si prudent ou si lâche qu'M se te woÊmÊn ^m Im»« qu'un autre le défie sous les jwn éê sa dame !

Entre DON CARLOS.

«DNGAAbOS.

Me voici. Je puis évilff «ne «flaire yar é§ards» nuîs peint par lâcheté.

IJONOR.

destinée! quand cesseras-tu de me poursuivre? Entrent DON JUAN et DON PJbDRB

Que se passe-t-il donc?

iN

Quelle étrange confusion ! je cherchais un ennemi, et j'en ai deux devant moi !... Traître don Carlos I vil don Diègue I si je ne puis me partager en deux pour vous frapper tous deux séparément , mettezvous du même côté, pour que Je puisse vous tiraipper tôt» deux du même coup.

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