‹ CalderonChapitre 30 sur 93 · II. ï · texte numérisé non relu

II. ï

serei-vous pas jalouse de celle à laquelle il s'attachera, la croyant une autre que tous?

IK^A SBRAFINA.

Non !•». quand il me verra, je Teui qu'il m'aime pour ma beauté ; hou de ma vue, je Teui qu'il m'aime pour mon eiprit, pour mes qualités morales, et dès lors je me dirai que c'est toujours moi qu'il

¥LOBA.

Un jour, ttiw guenon et sea amies...

DOÎTA SERATINA.

Laine là tel contes, Flora... Et pour rcTenir à ce que je te disais tout à l'heure, ce loir, habillée à l'espagnole» je feux aller... Mais qui entre Ikf

Entre LISARDO.

ffLORA.

Madame, è^eat le seigneur Gelio.

DONA SERAFINA

Je ne sais quelle conduite tenir avec lui. le suis toute bouleversée, et je sens cependant que j'aurais tort de me déclarer.

FLORA

Dissimulei de votre mieux.

DOÎ^A SERAFINA.

Je crains que mon visage ne trahisse mon trouble. {Haut.) Que cherchei-vous, cavalier ?

LiSARDo, à part,

A sa vue, mon courage m'al>andonne. Mais puisqu'elle fait semblant de ne pas me reconnaître, je dois avoir la même force* {Haut.) C'est votre hôte, madame, que je viens voir. Le prince mon seigneur m'envoie savoir de ses nouvelles.

DONA SERAFINA

Voilà son appartement.

Elle s'éloigne.

LISARDO.

Pardon, madame, je m© suis trompé ; c'est une autre personne que je cherche, en la priant de ne pas redouter ma folie, dont elle n'a aujourd'hui rien à craindre.

• DONA SERAFINA

Je sais bien que je n'ai rien à craindre, puisque je sais qui vous cherchez.

LISARDO.

Je ne vous comprends pas.

DONA SERAFINA

Ni moi. ~ Mais si ma sécurité dépend de ce que vous cherchez une autre personne, elle est facile à obtenir.

JOURNÉE II, SGÉNB 1. fit

LISARDO.

Quelle rigueur I..t mais elle ne me découragera j^s.

DONA SERAFINA

Que voulez-Yôus dire?

USARDO.

Je veux dire, madame...

DONA SERAFINA

Acheyez!...

LISARDO.

Que quelque jour vous-même vous me vengerei de voua»

DONA SERAFINA

Je ne vous comprends pas ; et rishdez-en ffrftces au ciel, car si je VOUS comprenais... Mais quelle folie  tbdi uë 1110 tlcHëfl — Allez avec Dieu, cavalier; et puisque nous av»ns tous deux besoin de don César, allez le chercher, et ce sera lui qui me vengera de vous.

Elle sort LISARDO.

Quand donc, Flora» mon amour poum-t-il triompher de tant de rigueurs 7

FLORA

Vous ne rougisaez pas» cavalier perfide» de m'adresser la parole ?

USARDO.

Eh quoi ! vous aussi, Flo|a« vous m'en voulez ?

FLORA

Est-ce que lorsque vous enleviet ma maltresse, vous n'auriez pas dû m'enlever moi aussi, par politesse, quand bien méiflé J'eusse été une négresse?

fille iôti.

LtSARlIO.

a Kôiiâ AVons tous détlt besoin dé don Gë^r^ âllëi le eheireher, et ce sera lui qui me vengera de vous. » Par ces mots, dona Serdflila s'est trahie, et elle a presque taxé de lâcheté ma conduite avec don César... N'est-ce pas affreux? Lorsque j'di pt{% hû autre nôhi et me suis donné une autre patrie pour mè venger plus sûrement, dois~je aller ainsi imprudemment tilé déëoûvrirf Ne doiS-Jé pas au contraire dominer tous les moûvemehs <}ui pOiirràletit Cbdiprotiièttré iiia Véhgeance?... Mais, vive Dieu! avant de savoir qui je suis, on saura, lorsque tioUs hous battrons édtpâ à corps dàhs le chaiHt»... Mais voici don César.

Entré mH FËLIt.

DON F^LÏX.

Qu'y a-t-il pour votre service, seigneur cavalier?

LISARDO.

Le prince mon seigneur m'envoie saVoir èommeht vous avez passé la nuit.

DON FÉLIX

Je baise les pieds à son altesse, et je vais aller la remercier de rhonneur qu'elle me fait.

usàrdo.

Demeurez avec Dieu !

DON FÛJX.

Qu'il TOUS garde I

LiSARDO, à part.

Ma résolution est prise, et maintenant que je connais son appartement, ma vengeance est assurée.

Jt tort.

DON FÉLIX

Voilà une singulière visite I

Entre TRISTAN.

Seigneur ? seigneur ?

DON FÉLIX

• D'où vient le trouble où je te vois? Qu'est-ce donc? Qu'est-il arrivé ?

TRISTAN

Je vous apporte la plus bizarre nouvelle... Vous ne me croirez pas. Don César est à la porte, qui demande après vous

DON FÉLIX

Qui? don César?

TRISTAN

Lui-même.

DON FEUX

Don César est à Milan !... Dans quel but?

; TRISTAN

' Je ne sais. Allez le voir. Je n'ai pas voulu tarder à vous annoncer la cbose.

DON FÉLIX

Tu dis vrai ; c'est bien lui.

i TRISTAN.

Nous voilà bien 1 1\ aura sans doute appris que vous vous amusiez sous son nom, et il vient s'amuser un peu aussi.

DON FÉLIX

J'entends qu'il me demande, et on lui refuse ma porte. Va lui ouvrir.

Entre DON CÉSAR.

£mbrassei-moi, don Félix*

DON FÉLIX

Gomment vous vois-je ici, don César ? Est-ce que le duc aurait appris par hasard que vous n'étiez point parti, et vous aurait donné l'ordre de venir?

DON CÉSAR

Plût à Dieu que ce fùt là le motif de ma yenue !

DON FEUX

Que s'est-il donc paisse?

DON CÉSAR

Personne ne nous écoute ?

DON FEUX

Personne, (il Tristan,) Mets-toi en sentinelle à la porte.

TRISTAN

Puisque je suis dans le secret...

DON FEUX

Tu sauras tout plus tard. {Tristan se r$tir$.) Eh bient qu'y a-t-ilî

DON CÉSAR

La plus incroyable, la plus cruelle et la plus horrible vengeance qu'ait jamais imaginée une femme. Dona Violante, que ni ma constance ni ma peine n'avaient touchée, me donna rendez-vous dans son jardin pour m'y faire périr, comme le serpent se cache sous les fleurs... Après votre départ, je laissais croire que c'était moi qui étais parti, et ainsi se passèrent et la nuit et le jour qui suivirent .. Cependant le lendemain, au moyen d'un espion que j'avais dans sa rue, j'appris le départ de son père ; et sur cette assurance, aussitôt que la nuit arriva, — nuit funeste dont je préférais les ombres au plus brillant soleil! — je me dirigeai vers son jardin, et la, après avoir fait le signal convenu, je vis s'ouvrir devant moi toute grande sa porte perfide. En même temps, par un de ces instincts qui sont inexplicables, j'éprouvai une sorte de crainte, que je combattis, mais qui eut pour effet de me faire tenir sur mes gardes. Ayssi, ayant remarqué que la voix qui me disait d'entrer n'était point celle de la suivante qui, dans mon idée, devait venir à ma rencontre, me couvrant le visage d'une petite rondache que j'avais ^ , je dis : « Qui va là? » Aussitôt, sur le soupçon que je témoignais, on me répondit par un coup de pistolet. Mais Dieu me protégeait sans doute, car il est miraculeux que l'on m'ait manqué de si près ; la balle frappa sur la rondache et la traversa de biais. Au même instant, un certain nombre de misérables m'assaillirent, et je fus bientôt obligé de reculer jusqu'au tournant de la rue, tout en me défendant. Cependant, au bruit du pistolet et au tumulte qui avait suivi, tout le voisinage s'était ému; et tandis qu'ils fuyaient pour n'être pas reconnus, je me retirai, afin de quitter Parme sur-lechamp. Vous me demanderez sans doute pourquoi? Le voici... Ces misérables qui m'ont attaqué si lâchement savent bien qui je suis ; mais ils ne le diront pas, j'espère, afin de ne pas révéler une si basse vengeance. Pour moi, afin de détourner les soupçons du duc

■ La MBdache {rodêU) éuit un p«til boucii«r de forme ronde.

et du pablic, j'ai cru devoir sans çbis de retard me rendre à Mil^n ; et c'est dans ce but que Je suis Tenu, me flattant de vous rejoindre avant que vous vous fussiez présenté au prince. MaU» en arrivait, j'ai appris que vous aviez déjà rempli ma mission, et que vous étiez logé ici , et je venais pour vous rendre compte de tout. A vous de voir maintenant ce que nous devons faire, et s'il y a quelque moyen d'arranger tout cela.

DON f]£lix. Je vous ai écouté avec toute l'attention dont jje suis capable, et je me suis ému en voyant chez une femme des sentimens aussi vindicatifs et ynç aussi noire trahison. Me^is pour laisser ce sujet, je vous approuve fbrt d*ètre venu ; car votre absence doit détourner les soupçons. Le mal est que, par suite d'une aventure non moins étrange, mais moins triigique, j'ai, comme on vous l'a dit, remis au prince la lettre du duc; et ainsi fbrce nous sera> pendant ce carnaval, que nous passerons à Mil^n, d'être, vous don Félix, et moi don César. Puis nous repartirons ensemble, et une fois de retour à Parme, persoiine ne s'inquiétera si cehii qui a remis les dépêches du duc était don César oi^ don Féli]^.

DON C^SÂR

Fort bien ! je vais tâcher désormais de ch^isser le souvenir d'une ingrate ç^ui m'pccupe encore malgré sa perGdie. — Mais, dites-moi ; comme à mon compte vous devez être arrivé d'fiier au soir, d'où vient donc que vous aves; si tôt rendu visite au prince, et comment vous trouvez-vous logé chez l'Intendant deU justice?

DON F^LIX

Il importe c(ue vous soyez au fait de tout ; écoutez-moi donc, et voi^s "verrez que pion aventure n!est pas moins extraordinaire que la vôtre. — Hier, en arrivant à Milan, et même avant d'avoir mis pied à terre...

IftlSTAN.

Y^ioi }fi «eignwc iîdoro.

je WiM vêfimyam c«U pKii l«rd.

KDire LIDOUO.

LIDORO.

Tristan, vos effets sont à l'hôtellerie de TÉtoile ; vous n^avez qu'à les y aller demander, et aussitôt on vous les rendra.

TRISTAN

Certes, Qui^ j'y vais tout de suite;; car j'ai là-bas toute ma fortune, et tci personne ne songe à moi.

«son.

LIDORO.

Pardonnes, don Gésar, si je me présente si Uré ehei ¥mis. Cesl

JOURNÉE II, 8CÈNB I. ^^^

le gouverneur qui m'a fait appeler pour une affaire importante, une affaire d'honneur, laquelle m'a empêché de venir plus tôt, et m'oblige à vous quitter à l'instant. Je suis chargé d'arrêter à Milan un homme sur lequel je voudrais mettre la main , dût-il m'en coûter tout ce que j'ai, et je ne sais de lui que son nom. DON riux.

Nous pouvons sortir ensemble dès qu'il vous plaira ; car je suif mof-méme obligé d'aller chez le prince.

LIOORO.

Qui est ce cavalier?

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