‹ CalderonChapitre 63 sur 93 · LB CORREGIDOR · texte numérisé non relu

LB CORREGIDOR

Seigneur don Fernand, un mot suffit pour arranger cette affaire : c'est qu'il n'y a point d'offense possible dans le palais du roi, pas plus que dans une salle de justice. Cela est reconnu, et cette consi* dération doit tout terminer.

DON ALYAR, bai, à Clara.

Vous entendez ?

CLARA

Oui.

DON FBRNAND.

Voici un moyen que j'imagine et qui me semble préférable à tout autre. Veuillez m'écouter.

MALBC, à pairU PauYre honneur que celui qui a besoin de tels remèdes!

DON FERNANDE

Don Juan de Mendoce, caYalier aussi noble que Yaillant, n'est point encore marié. Don Juan Malec» dans les veines duquel coule

le gâDg def rois de Grenade, a une fille non moins célèbre par fon esprit que par sa beauté. Si don Juan Malec yeut une satisfaction, personne, vous le savez, ne peut prendre en main sa vengeance que celui qui sera son gendre. Si donc Mendoce épousait doua Clara. •• DON ALVAR» à part* Ciell qu'entends-je?

DON FXRNAND.

Tout serait ainsi arrangé ; car vous, don Juan, ne pouvant vous venger par vous-même, et celui qui vous a outragé entrant en partage de votre offense en devenant votre fils, il n'existe plus dès lors personne à qui vous puissiez demander satisfaction. En même temps Mendoce sera satisfait, parce que nul ne peut se venger de lui-même et se donner la mort. Ainsi se trouvera rétabli Tbonneur de touB deux.

DON ALTAR, hoê, à Clara.

Je vais répondre.

Au nom du ciel, reitei là ; vous me perdriez!

ut GORR^CmOR.

Cet arrangement me parait convenir à tous deux.

MALBT..

Je crains encore un obstacle. J'ignore les sentimens de Clara.

CLARA, à part.

Le ciel vient remettre en mes mains la vengeance.

IIALBC.

Je ne sais si ma fille voudra accepter pour époux un homme contre lequel elle a tant de motifs de haine.

Entre DONA CLARA.

CLARA

Oui, mon père, je Tacoepterai. Il importe peu que je vive dans la tristesse, pourvu que vous ne viviez pas dans le déshonneur. Si j'eusse été votre fils, j'aurais su, n'écoutant que le ressentiment le plus légitime, tuer ou mourir ; étant votre fille, je dois satisfaire à mes obligations par le seul moyen qui soit en mon pouvoir. C'est pourquoi j'accorde ma main à Mendoce; et ainsi, mon père, je sauve votre réputation, et l'on dira que si je n'ai pu vous venger en tuant votre offenseur, j'ai rempli mon devoir en donnant pour vous ma vie.

LE CORR^GIDOR.

Dans cette manière de raisonner l'on reconnaît votre esprit

DON FERNAND

Je ne doute point du succès. Écrivons ce qui a été convenu ici, et je le porterai à Mendoce.

LE CORRÉOIDOR.

Vous el moi nous l'accompagnerons*

Sm AIMBR APRÈS LA IHOBET.

«ÂtBCy âpari, PendMf ce tenip» mas f^onmii pvipMer riMiimetM*

GràeM à nesfotiM, fwpènv toat efllâ Èoîinïêm^

Tow wnettl, èP«zoeption de dona Clara.

Maintenant qu'ils se sont retirés poor écrire dans la pièce voisine, Yous pouvez sortir, don Alvar.

Evm IKNI ▲(4YAIL

BON ALfàau

Otti, certes, J« sortirai, et pour ne FiWff janiifti Mie> liae ««s» ineoBstuito unie à um eesnr ii géBéreoi* Akl si j* ae ma tu» point montré tout-à-coup, lorsque vous me frappiez d'un coup mortel» e» n'a pas été par égard, «s n'a pas été p«f «»staninte... c'est que je n'ai pas voulu qu'une femme comme vous...

Ahl don Alvar, quolliBftge!

DOIT Ai^Âm^

Non, je n'ai pas voulu qu'on pAt èir« qot mm jf^têiê êkmé mut femme qui, au mépris de ses serBMQ»^ offrait sa main à un homme dans le moncBl même oti eHe e» avàH m autn eiiHméins m chambre.

Modérez-vous, Alvar; vous vous tbvsez. Bientôt je vous donnerai stttisfiMiio».

DON ALVAR

n n'en est point pour de pareilles offenses.

CLARA

Ne le croyez p^s.

DOK AtVAR.

C(HBmawtt a'tirje pas entendu que Toqa étlen. prête à épouser Men4osft9

£0 eCEot» jâ Tai dit ; mais vous ne savez pas dans quel dessein.

Ce 9éà pouvait ètsa fue pom mon hmUiou, Ghereiiei; maiiitenaftt à yous justifier. Mendoce a 6té l'honneur à votre père , et par lui vous me tuez.

CLARA

Le temps, Alvar, le temps prouvera ma constance. L'avenir montrera 900 vous seul ants manqué à la foi jurés*.

DON ALVAR

Voilà bien de l'audace I... Quoi! n'avei^vous pas accordé votre main à Mendoce?

JOURNÉE I, SrÈNB 111.

CtARA.

uni.

DOIf ALTIK.

Dans un moment ne sera-t-il pas TOtre époux 7

CLABA.

Jamais.

Beir ALTAS.

Mais quel noyé» T.. .

Ne m'interrogez pas.

DOIV A&YAB.

Un homiM à ^i Tons aeeordit rotn mais m sera pat f olre époux I

El si Je aehrf *«MM«amahiq*epo«r Wfcappait.-*ÊÉea.vi*a satisfait à présent?

IKNf AIiVAft.

NoBf ear, Toye»-Y«», pmtà Wwil ttovri» dan» ¥«• Iwaisarait le sort le plus beeretn, «n sort ptéfértMa è laplaa MIa viet... «av^ dona Clara, vos bras sont si beaux I Mais il n'aura pas un tel bonheur : c'est moi qui le t«arai

C'est là noire araavr f

BON AIViA*

C'est B«» koBBonr \

C'est là votre tendreiMt

non AAJEAB.

C'est ma jalousie I

retenir près de moi l

»QN ALVAJI.

Ah!. vous n'aurez point de Mina è f éussir.

tiiionaat

scÈK£ m.

0ne salle de l'Al^anibra.

Entrent DON JUAN DE MENDOGEet GARCES.

La colère a toujours tort.

GARCÈS.

Vous êtes bien bon de vous justifier l vous avez très-bien fait de lui meure la main éessw. 11 serait plaiaaaa qn^i» «owaM càrétieu, parce <ju'il aurait des cftevem Wancs, je^jsâ^ joiiroîr se i<^ner à un Gonçalès de Mendocel

MBNDOCB.

Il 7 a beaucoup d'hommes qu'une certaine fortune remplit d'orgueil, d'arrogance et de présomption.

GARcàs.

C'est pour ces hommes-là que le connétable don Inigo, dans une prévoyance admirable, portait toujours deux épées, l'une a sa ceinture, l'autre en guise de canne. Et comme on lui demandait un jour pourquoi ces deux épées : « C'est que, dit-il, il m'en faut une pour ceux qui la ceignent également ; et celle qui me sert de bAton est pour ch&tier un malotru insolent. »

MBNDOGB.

Il montrait ainsi qu'un cavalier doit avoir deux sortes d'armes pour deux sortes de querelles. Cependant moi, au milieu de toutes mes affaires, je n'ai d'armes d'aucune espèce. Prête-moi ton épée, afin qu'à tout événement je ne me trouve point dépourvu, même en prison.

GARCÈS.

La void. Je me réjouis de me trouver auprès de vous en un moment où je puisse vous servir si vous avez des ennemis.

MBNDOCB.

Dans quel état, Garces, reviens-tu de Lépante ^ ?

GARàs.

Comme un soldat fier du bonheur d'avoir, dans cette journée immortelle, combattu sous les ordres du rejeton de cet aigle divin qui dans son vol sublime couvrait de ses ailes le monde entier %

MBNDOCB

Où en est le seigneur don Juan d'Autriehe?

GAKGJ»

Satisfait du résultat de l'entreprise.

MBNDOCB.

Cette victoire est-elle en réalité aussi glorieuse qu'on le prétend?

GAECÈS.

Veuillez me prêter votre attention. Déjà la sainte ligue...

MBNDOCB.

Arrête. Je vois entrer une femme voilée.

GARcàs.

Je joue de malheur. J'avais le plus beau jeu pour placer mon histoire, et voilà qu'il retourne d'une figure qui me fera perdre la partie.

«Entre DOJliA ISABELLE^ voilée.

ISABELLE

Seigneur don Juan de Mendoce, permettez qu'une femme qui dé-

* Il T a id an antcbronisme qne Galderon a reproduit plusieurs fois dans le coun de ton drame. Voyez la notice qui précède la iiièce.

' Don Juan d'Autriehe, le vainqueur de Lépante, éUit, comme on sait, fils naturel de CkailM-Qnint.

sirait savoir de vos nouvelles vienne vous demander i vous-même comment vous vous trouvez en prison.

HBNDOCB.

Très-volontiers. — Laisse-nous, Garces.

GARCÈS.

Cependant, seigneur, si c'était par hasard...

MBNDOCB.

Va, ne crains rien ; j'ai reconnu la voix.

GARCàs.

Alors je me retire.

HBNDOCE.

Adieu.— Mes yeux et mes oreilles, charmante dame, me tiennent dans un doute égal. Si j'en crois mes yeux, vous ne paraissez pas ce que vous êtes ; si j'en crois mes oreilles , vous n'êtes pas ce que vous paraissez. Veuillez, madame, détourner le léger voile qui couvre votre visage, et une fois que cette espèce de nuage ne vous dérobera plus à mes yeux, je pourrai dire qu'aujourd'hui j'ai vu le soleil se lever deux fois.

ISABELLE

Pour que vous n'alliez point , seigneur don Juan , vous égarer dans de vaines suppositions, je me hâte de me découvrir. Il en coûterait trop à ma jalousie si vous pensiei devoir cette attention à une autre. Maintenant regardez.

Elle se dëcourre.

MBNDOCE.

Quoi! c'est vous, Isabelle ?—yous chez moi! vous dehors dans ce costume!... Vous avez daigné venir?... Je ne pourrais sans présomption croire à un tel bonheur, et j'étais forcé d'en douter.

ISABELLE

Depuis que j'ai appris ce qui s'était passé et votre arrestation, mon amour ne m'a pas accordé un moment de repos; et profitant de l'absence de mon frère, don Alvar Tuzani, je suis venue avec une seule femme que j'ai laissée ici à la porte. J'espère, don Juan, que vous ne douterez point de mon amour.

MENDOCE

Non, adorable Isabelle, et en recevant une telle faveur, loin de me plaindre de mes disgr&ces, je m'en réjouis ; car je dois à ces dis' grâces mêmes...

Entre INÈS.

iNis.

ISABELLE

Ah ! madame !

Qu'est-ce donc, Inès?

INÈS

Don Alvar, mon maître, vient d'entrer.

ISABEU-B.

M'aurait-il reconnue malgré mon ^^guisement?

Encore une aventure I

S'il m'a fuiyie, je suis perdue I

IpENDOCB*

Que craignez-Toust n'étes-voqg pas près de moit Entrez là dans cette salle, et fermez la porte. S'il vient yous y cherclrer, çoyes aikxe qu'il n'y pénétrera qu'après m'a voir donné mille morts.

ISABPl.I.11.

En quel péril J9 m« trouTQ 1-.. ciel l protégeB<-moi > seooureimoi!

];U« iTçnferm^ avec Inès, Entre DON ALYAR.

DON ALYAR,

Seigneur dop )u4R d§ Mendoce, je YQ\idr9is TQys parlw en particulier.

Je suis seul.

^iA«W<B, 4 part. Comme U es( pâle I

DON ALTA|L

Je pull doQC termer cette porte?

MEUDQG»,

Comme vpm voudrait, (i part,) ^affairo a'angage hien.

DON ALVAE,

Maintenant venUUjt» JQ VQUf prie, m'^cauter avec aUantion, J'ai appris tout-à-l'heure qu'on devoir venûr ici vous parler.

IDDfDOGB.

Il est vrai.

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