SCÈNE m
ii« ctmp de don Juan.
EotreDt DON JUAN D'AUTRICHE, DON LOPB DF FIGUEROA, DON JUAN DE MENDOGE, et des Soldato.
HENDOCE.
De ce pomt où nous sommes on reconnaît mieux les positions, surtout en ce moment où le soleil , sur son déclin , nous permet de contempler plus long-temps les objets. La ville qui est à main
* Averalguienporal
Quê quertr de este vtneno f Il esi irès-probable qae ces parolei da gracloio t'adretiaient aux specuieun.
JOURNÉE II, SCÈNE ni. 283
droite sur un rocher d'où, depuis des siècles > elle semble toujours prête à tomber, c'est Gabia. A gauche, c'est Beija, dont les tours se confondent a^ec les rochers au milieu desquels elle est située. Enfin, devant nous est Galère, à laquelle on a sans doute donné ce nom à cause de sa ressemblance avec un vaisseau ; et en effet , à voir la forme de cette ville, et pour peu qu'on laisse aller son imaginatioUy on se figure qu'elle vâ se mouvoir parmi la verdure et les fleurs.
DON JUAN
Il nous faut assiéger l'une de ces deux dernières places.
DON LOPB.
Allons, et décidons bien vite par laquelle il nous faut commencer. Et puis, vite, la main à l'oeuvre. Id, heureusement, les jambes ne sont pas nécessaires.
DON JUAN
Que l'on fasse venir le Morisque qui tai pris l'autre jour, et noui saurons bientôt s'il a dit la vérité. Où est Garces, à qui je l'ai donné à garder?
HICNDOCB.
Je ne l'ai pas revu depuis.
«ARcfts, du âêhon.
Hélas!
DONIUAN.
Voyez ce que c'est.
Entre GARGËS blessé.
GAHGÈS.
C'est moi qui arrive à vos pieds demi-mort.
HBNDPCB.
C'est Garces.
DON JUAN
Que s*e8t-il passé?
GARCÈS.
Daignez, monseigneur, me pardonner ma faute en faveur de l'tvis que je viens vous donner.
DON J1UN
Parlez.
GAECàS.
Ce Morisque que vous me donn&tes à garder avait dit à votre altesse qu'il venait dans le dessein de vous livrer l'Alpujarra. Désireux de connaître le passage et d'y pénétrer le premier , afin de pouvoir vous y servir de guide ( c'était là ma seule ambition ) , je lui ordonnai de m'indiquer ce sentier. Je le suivis seul au milieu de ce labyrinthe de précipices. Mais à peine nous fûmes-nous engagés entre deux haies de rochers, qu'il partit rapidement, poussa un cri, et à ce cri accourut une troupe de Mores, lesquels, comme des chiens qu'ils ^ont, s'élancèrent tous ensemble sur la proie isolée 11. 15
qu'ils voyaient devant eux. Toute défense fut inutile. Enfin, blessé et sanglant, je cherchais dans la montagne un bois qui pût me cacher de ses feuilles, lorsque je vis sous les murs de Galère, où j'arrivais en ce moment, l'entrée d'une §[rotte étroite et sombre, ouverture du rocher sur lequel la forteresse est assise. Je me jetai dans cdtte grotte; et les Morisques, soient qu'ils ne m'aient point tu, soit qu'ils m'aient cru mort, me laissèrent. C'est ainsi que j'ai pu reconnaître la place : Galère est minée par la main du temps, qui est pour les rochers le plus habile ingénieur » et en l'enveloppant vous pourrez faire sauter ses remparts, si nous parvenons, comme je l'espère, à nous emparer de cette grotte. Voua éviterez ainsi les longueurs d'un siège. Pour moi, si vous m'accordez la vie, que ma faute a mérité de perdre, je vous promets en retour celle de tous les habitans de Galère. Rien n'arrêtera ma vengeance, rien n'arrêtera mon épée ni ma rage, ^e gérai sans pitié pour les enfans , sans respect pour les vieillards» ei, ce que jo puis dire de plus, sans égard pour les femmes.
nOK 4UAIf , Qu'on l'emmène et que l'on prenne soin de ses blessures. [Garces sort.) Don Lope , je regarde comme d'un excellent présage d'avoir ces renseignemens sur Galère. Dès le premier jour où l'on m'a dit que l'Alpujarra contenait une place de ce nom , j'ai eu envie de l'assiéger, pour voir si je serais aussi heureux aYec les galères de terre ferme que je l'ai ét^ ^vec celles de la mer.
DON LOPB.
Eh bieni pourquoi attendre?... Allons sur4e-champ occuper les postes. C'est le moment le plus favorable ; nous pourrons, grâces a la nuit, nous approcher sans être vus. (A tin Soldat,) Que mon terce se mette en marche sur Galère.
mr SOLDÂT.
A Galère! Faites passer le mot d'ordre.
UN AUTHB SOLDAT.
A Galère!
tons.
A Galère! À Galère!
DON JUAN
ciel ! accorde-moi dans ces montagnes le même succès que tu m'as accordé sur les eaux, et que la renommée, racontant mes exploits aux Ages ftiturs , leur apprenne que je remportais vers le même temps deux victoires, mais qu'on ne saurait dire laquelle fut la plus belle, de celle que je remportai sur les flots de Lépante, ou de celle que je remportai dans les montagnes de l'Alpuyarra.
lOUKNËE II. SCÉNB IT. SW