‹ CalderonChapitre 68 sur 93 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

DeTant les mon de ftal^.

Eotrent DON ALYAR el ALCOUZCOOZ.

DON AlVAR.

Aleouzcoaz, je confie à tes soins ma TÎe et mon honneur ; car si Ton apprenait que j'ai quitté Gabia pour venir ici, je perdrai^ tout à la fois l'honneur et la vie. Garde ma jument; je ne fais qu'entrer dans ce jardin, et je reviens aussitôt. II nous faut être de retour à Gabia avant qu'on s'y soit aperçu de notre absence.

ALCOOZCOUZ.

Toujours prêt à te servir, bien q«ie tu ne m'aies pas laissé le temps d'aller déposer à mon logis cette besace. Moi rester sans bouger k mon poste.

nOIf ALVAR.

Si tu t'éloignais seulement de trois pas, vive le ciel I je te tuerais de ma main.

DOJiA CLARA eDtr'ouvre une porte.

GI.AIU, Est-ce toi ?

non ALVAB.

Quel autre pourrait venir à ce rendez-vous T

CLARA

Entre à l'instant. Si tu t'arrèiaif sur la rempart on pourrait te reconnaître.

lU «orient, ALCOOZCOnZ, $$UÏ.

Vive Allah! moi prêt k dormir. Attendez; moi n'être pas à vus odres, seigneur Sommeil. — Il n'y a pas de pire métier que celui d'Alcahuète^ Dans les autres métiers on travaille pour son propre compte; dans celui-ci on ne travaille que pour autrui... Holà! ho! jument! — Revenons à mon histoire pour chasser le sommeil... Le cordonnier faire parfois des souliers pour lui; parfois le tailleur se couper un habit ; enfin de temps en temps le cuisinier goûter ses ragoûts, et le pâtissier manger ses pâtés... seul l'Alcahuète ne rien faire pour soi : lui assaisonner le plat et point le manger; coudre l'habit et point le revêtir. — Holà! ho! Holà ! ho ! jument!... La voilà partie! Holà, juments reviens ; fais ce que moi demander à toi, et moi faire pareillement la première chose que toi demander à moi. — Impossible de la rattraper. Ah l pauvre Alcouz- C0UZ l belle besogne que tu as faite là pour le retour de ton mat-

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tre. Il me tuera, c'est sûr ; car à présent lui ne pouvoir plus arriver à temps à Gabia.— Moi me figurer que lui reparaître ici et me dire : « AIcouzcouz, mon cheval? — Maître, moi pas l'avoir. — Qu'en astu fait?— Moi, maître, lui s'est échappé.— Par où ?— Par ces montagnes. — Toi mourir. » Et puis , v'Ian , moi être enfoncé avec un coup de dague dans le cœur.— Eh bienl Atcouzcouz, s'il faut mourir, mieux vaut choisir sa mort. Au lieu de l'acier prenons le poison ; la mort être plus douce. Avalons. ( // tire une outre de sa besace et boit,) Meilleur mourir ainsi; au moins le mort n'être pas baigné dans son sang... Gomment te va? pas trop mal... Le poison n'être pas assez fort, et moi en prendre encore un peu. {il boit.) Déjà moi brûler... l'estomac tout en feu... Pour mourir plus vite du poison, prenons-en encore un peu. (// boit.) Bon ! le voilà qui me ravage. Je sens ses effets. Mes yeux se troublent, ma tête s'embarrasse, ma langue s'épaissit... mais puisque moi mourir, moi achever le poison ; car moi pas assez méchant pour vouloir empoisonner les autres... Mais quoil où donc être ma bouche ? moi ne la trouver plus.

On entend du bruit derrière la scène.

UNE YOTX, dans le lointain.

Sentinelles de Galère, aux armes I

ALCOUZCOUZ.

Qu'est-ce que cela?... des éclairs!... Alors bientôt entendre le tonnerre.

Entrent DON ALYAR et DOf^A CLARA.

CLARA

. Seigneur, les sentinelles ont allumé les feux sur les tours.

DON ALVAR

Sans doute les Espagnols , profitant de la nuit , auront marché sur Galère.

CLARA

Pars, mon ami ; déjà toute la place est en mouvement.

DON ALVAR

En vérité, ce serait à moi une belle action que de laisser ma dame dans une place assiégée I

Hélas I

DON ALYAR.

Ce serait un bel exploit que de fuir en ce moment!

CLARA

Oui, ton honneur est à défendre Gabia ; c'est peut-être sur /îe point que l'ennemi s'est porté. Cher Tuzani, songe à ton devoir.

DON ALVAR

Quelle horrible situation ! D'un côté, c'est l'amour qui me retient; de l'autre, j'entends l'honneur qui m'appelle.

CLAAA.

If' écoute que Thonneur.

DOIf ALYAR.

Je les satisferai tous deux à la fois.

Par quel moyen?

DON ALTAB.

Je vais remmener avec moi. Si je me perds également, soit à rester, soit à partir, que mon honneur et mon amour courent en ce our même fortune. Viens, partons; j'ai un cheval qui nous portera tous deux avec la rapidité du vent. *

CLARA

Que risqu*-je avec mon époux? Je te suis.

DON ÀLYAR.

Holàl Àlcouzcooz!

ALCOUZCOOZ.

Qui m'appelle?

DON ALYAR.

C est moi. Donne-moi vite la jument.

ALGOUZCOUZ.

La jument?

i^v * . ^^ ALTAR.

Dépêche ; qu'attends-tu ?

. ALCOUZCODZ.

Moi, attendre la jument; elle m'avoir dit qu'elle aller revenir.

^, , DON ALYAR.

OÙ donc est-elle?

. ALconzcouz.

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