‹ CalderonChapitre 73 sur 93 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Le camp des Espagnols.

Entrent DON JUAN D'AUTRICHE, DON LOPE DE FIGUEROA, DON JUAN DB MENDOGE, et des Soldais.

DON JUAN

Galère est prise, ou pour mieux dire, elle est la proie de l'incendie» et elle sonble un fragment détaché de la région du feu. Ne nous

arrêtoDf pas davantage. Demain, dèi que Taurore aura verië ces larmes brillantes qui en tombant dans la mer s'y traoaforment en perles précienaet, que toute l'armée prenne la route de Berja. Mon ecrar aident et indompté ne pourra gofttar de repos que lorsque je Terrai à mei pieds Aben-Huméya mort ou yaineu.

DON LOFI«

Si TOUS TOttlez, seigneiir, faire de Berja te que tous aTez fait de Galère, voua pouTet compter sur nous, et voua n'aves qu'à donner l'ordre du départ. Mais si j'ai bien eompria la Tolonté du roi, il n'est pas dans ses intentions de détruire des gens qui, après tout, sont ses Tassaux; il ne Tout de punitions que pour l'exemple, et il désire que les cbÀtimens soient tempérés par le pardon >.

MBIIDOCE.

Je suis de l'avis de don Lope; il faut, monseigneur, voua mon* trer tout à la fois sévère et pitoyable. Vous avez fait voir aux rebelles le châtiment, qu'ils voient aujourd'hui le pardon; que leur grâce témoigne de votre générosité. "Tempérez votre rigueur ; la démence ajoutera à votre courage un nouveau lustre qu'il ne trouva rait pas dans l'emploi de la force.

DON jour.

Mon frère m'ordonne, il est vrai, d'apaiser ces trouble» ; mais je ne sais point prier sans armes. Cependant, puisqu'il me laisse le pouvoir de pardonner et de punir, le monde me sera témoin que désormais je réserverai le châtiment à la réTolte, aux prières le pardon. — Don Juan l

MBNDOGI.

Seigneur I

DOIC lUAlf.

Allez à Berja, où se tient Femand de Talor, et dites^oi de ma part que je Tais marcher sur cette place. Vous annoncerez publiquement et la grâce et la punition , le bien comme le mal. Vous lui direz que s'il se rend k quartier, j'accorderai une amnistie à tous les rebelles, avec liberté de revenir vivre parmi nous dans les mêmes fonctions et le même état qu'ils remplissaient auparavant; que pour aujourd'hui ma justice se contente de cetle satisfaction ; maïs que s'il refuse de se soumettre, je soufflerai sur Beija les cendres de Galère.

MENDOCE

Je vais exécuter vos ordrea.

Il sort.

DON LOPB.

Jamais la sae d'une ville n'a rapporté plus de profit. U n'est pas un soldat qui ne soit riche.

* D'après l'hisloire, Philippe II n'était nnlifluMot dispose à tant d'indulgence. Le iO octobre 1569, il avait doDaé ïotdte dm iliife lagaenr» àfm *$à a^ng {èmmgnY

jouRNâË m, SCÈNE nr« 9n

DON JUAN

n y atait done det tréion enfouis à Galère?

DON LOPB.

Croyez-en la joie des soldats.

Comme je serais bien aise d'offrir à ma soeur et ma reine quelques trophées de cette guerre , je vais faire acheter aui soldats les objets qui me paraîtront le plus dignes de lui être envoyés.

DON LOPB.

Dans la même intention j'ai fait moi aussi quelques emplettes. Permettez, monseigneur, que je vous offre ce collier de perles, que j'ai acheté d'un soldat qui l'avait gagné au jeu. 11 serait difficile de trouver un cadeau plus convenable.

DON JUAN

Ce collier est fort beau. Je ne le refuse pas, afin que vous-même ne refusiez pas plus tard quelque chose de moi. Il faut bien que je vous apprenne à recevoir, puisque vous m'apprenez à donner.

DON LOPB.

Ce que je désire le plus, monseigneur, e^est qae tous usiez comme il vous plaira et du collier et de moi.

Entrent DON ALYAR et ALGOÙZGOUZ ; towdeux portent l'habit des soldats espagnols.

DON ALTA&

Je n'ai voulu que toi, Àlcouzcouz, pour compagnon et confident de mon entreprise.

ALCOUZCOUZ.

Vous avoir bien fait de vous confia à moi , quoique moi pas savoir ce que votre courage avoir entrepris. Mais chut l moi voir sa hautesse.

DON ALTAA.

C'est don Juan?

ALGOUZCOUZ.

Oui, ma foi!

DON ALYAR.

Je suis curieux de voir un homme d'un tel mérite et d'un si grand renom.

DON JUAN, é don Lope.

Comme toutes ces perles sont égales !

DON ALTAR

Ah ! maintenant je le regarderais avec une avide àtleAlloOy alors même que tel n'eût pas été d'abord mon désir. Ce collier que tu vois dans ses mains, hélas! je le reconnais, c'est moi qui le éoiiiiai à Maléca.

DON nAU*

Retirons-noiu , doa Lope. Gonune «e soldftt lit demewé saisi an maiigavdiiitt

168 AIMER ÀPRËS Lk MORT.

DON LOPB.

Que voulex-vous? il n'y a rien là d'extraordinaire. Tous ceux cfoi vous regardent font de même.

Don Juan et don Lope sortent.

DON ALYAR.

Je demeure interdit et muet.

ALCOUZCOUZ.

Être seuls, nous , à présent, seigneur; et yous dire à moi pourquoi vous descendre de FAlpujarra et venir ici.

DON ALTAR

Tu le sauras bientôt.

ALCOUZGOUZ.

Moi savoir déjà que vous être ici, et en savoir assez pour me repentir de vous avoir suivi.

DON ALVAR

Et pourquoi?

ALCOUZGOUZ.

Vous écouter, moi parler. Moi avoir été ici Fesclave d'un soldat espagnol, et si lui me voir, lui me tuer.

DON ALVAR

Comment te reconnattrait^il ? déguisés comme nous le sommes, et sous ce costume, nous pouvons traverser le camp sans exciter le moindre soupçon. Ils nous prendront pour deux des leurs, puisque nous n'avons plus rien de morisque.

ALCOUZGOUZ.

Oui , toi qui bien parler la langue, toi qui n'avoir pas été pris, pouvoir passer pour Espagnol. Mais moi qui mal prononcer, moi qui avoir été captif, moi qui savoir pas porter le costume, comment éviter le châtiment?

DON ALVAR

En ne parlant qu'à moi. D'ailleurs personne ne fera attention à un domestique.

ALCOUZGOUZ.

Et si quelqu'un demander à moi quelque chose?

DON ALVAR

Ne réponds pas.

ALGOUZGOUZ.

Moi pouvoir pas ne pas répondre.

Aie toujours prêtent à l'esprit le danger que tu cours.

ALCOUZGOUZ.

Mahomet seul pouvoir faire un muet d'un bavard comme moi.

DON ALVAR

Oui, je n'en puis douter , on m'accusera de folie , moi qui, adorateur idolâtre d'un astre pour toujours éclipsé « viens chercher au milieu de trente mille hommes on soldat que je ne connais pas, et

JOURNÉE III, SCÈNE lY. S69

qu'aucun signalement ne peut m'aider à reconnaître. Mais qu'estce qu'une chose étrange de plus, là où il y a tant de choses étranges ? Il ne m'est guère possible de parvenir à me venger, je l'avoue moimême; mais je dois tenter ce qui n'est pas possible... J'ai déjà découvert un indice qui ne saurait me tromper, mais cependant je ne puis y croire d'une manière absolue : celui à qui j'ai vu le collier de perles est trop noble pour avoir souillé sa main dans le sang d'une femme ; et il faut n'avoir ni noblesse ni valeur pour ne pas admirer la beauté, pour ne pas respecter la faiblesse. Ainsi donc ce premier indice est inexact. C'est un autre, oui, c'est un autre qui a été le lÀche traître, le féroce assassin.

ALGouzconz.

Quoi I c'est pour cela que toi descendre de l'Alpujarra?

DON ALVAH.

Oui.

ALGOUZQOm.

Eh bien ! alors nous pouvoir nous en retourner; car comment toi retrouver un homme sans le connaître?

DON ALVAR

Peut-être n'y réussirai-je pas ; mais, cependant, j'espère.

ALCOnZGOOZ.

C'est comme la lettre de la vieille : — « A mon fils Jean, habillé de brun, à Madrid. »

DON ALVAR

Tout ce que je te demande, c'est de te taire.

ALCOUZGOUZ.

Moi, parier par signes à tout venant?

DON ALTAR

Oui.

ALCOUZCOUZ.

AUah ! toi retenir ma langue.

Entrent DES SOLDATS.

PREMIER SOLDAT

De cette façon le gain est bien partagé. Celui qui tient les cartes, quoiqu'il joue pour deux, doit avoir quelque avantage

DEUXIÈME SOLDAT

Pourquoi ne partagerait-on pas le gain conune la perte?

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