TROISIÈME SOLDAT
C'est juste.
PREMIER SOLDAT
Écoutez. Moi je ne voudrais pas avoir de querelle avec des camarades pour des motifs d'intérêt. Qu'il y ait seulement un homme qui dise que c'est bien, et je me tais.
DBUXiiME SOLDAT.
Le premier venu sera boa pour cela. {A Àlcouxeottz.) Holàl soldat?
aïO AIMER APRÈS LA MORT.
ALGOOiGOUz, à part.
Lui parler à moi; mais moi pas répondre. Pas si sotl
UlUXlàMK SOLDAT.
' Vous ne rëpondei pas?
ALGOtJCGOm.
AliUai-^Alitliil
nUEMttft SOLOATi
Il est moet.
ALQOOzoout, ûpart.
Eu pas savoir la feinte.
DON ALYAR.
Le mallieureiix me perdrait si je le laissais faire. Allons à son aide. {Haut,) Cavaliers, excusez, je vous prie^ mon domestique : il ne peut pas vous répondre, il est muet.
ALCOUZGOUZ, à part.
Moi, pas muet ; mais en pareille circonstance, moi être pic, repic et capot»->-et pas un mot.
PREMUn SOLDAT.
Il s'agit d'un point douteui sur lequel vous pourriei nous satisfaire mieui que lui.
DON AL VAS
Je suis flatté que vous désiriez mon avis.
PREMIER SOLDAT
Voici. Jouant pour mon camarade et pour moi, j'ai gagné contre de l'argent ce cupidon de diamans.
DON ALVAE, à part.
Ah! malheureux!... Ah I ma chère Malécal.é.. tesjojaui de noces sont devenus les dépouilles de ta tombe!... Comment découvrir l'assassin, puisque les indices vont depuis le soldat jusqu'au prince?
PRBWBR SOLDAT.
Maintenant que nous en sommea à partager le gain, j'ai voulu lui donner ce cupidon pour sa part; lui, il refuse en disant qu'il ne veut pas de bijoux. N'est-il pas' juste cependant que, comme c'est moi qui ai gagné, j'aie quelque préférence dans le partage?
DON ALVAR
Je veux mettre fln à votre discussion , puisque je suis arrivé à temps pour cela, et je vous achète ce Joyau au prix pour lequel il a été mis sur ce jeu. Mais c'est à une condition : c'est que vous me direz d'abord de qui vous le tene^, afin que j'aie toute sécurité dans mon emplette.
hWaiikia soiDAt.
Tous les bi}ottt que nous jouons aujourd'hui peuvent s'aehetei fans ctainte : Ua ont été pris sur ces ehiens de Morfsques dans \t tac de Galère.
DOH ALVAB, à pOTt,
Bl votlà» grand Dieul oe que je doia entendre et aapportvt
àlcouzcooz.
Moi pottYoir pas le tuerl... et même moi pouvoir pas lui répondre.
PREMIER SOLDAT
Je vais vous mettre en rapport avec celui qui Ta eu le premier. A telles enseignes que d'après son dire, il a enlevé ce bijou à une belle Morisque qu'il a tuée dans l'assaut.
DON ALVAa« à paru
Hélas l
PREMIER SOLDAT
Venez ; lui-même va vous conter cette histoirt.
DON ALVAR, à JHtTt»
Je ne lui en donnerai pas le temps. Au premier mot, dès qu'il se sera fait reconnaître, je le frappe de mon poignard.
PREMIER SOLDAT
Marchons.
UN SOLDAT, du âêhoft* Arrêtez I
UN AUTRB SOLDAT.
Arrière 1
Oo «oteBd u oUqvetb d'épéss.
UN SOLDAT, du dehoTi.
Je le tuerai, dût le monde entier le défendre I
PREMIER SOLDAT
Il s'est mis du côté de notre adversaire.
DEUXIÈME SOLDAT
£h bien I mon cher, tuons-le.
GARcÈs, du d$hor$* Peu m'importe qu'ils soient tous contre moi ! je puis me défendre contre tous.
Entrent 6ARGËS et DES 80LDAT8.
Quoil tous contre un I... c'est une lâcheté. Arrêtez-vous, soldats, ou, vive Dieu 1 je vous forcerai à vous arrêter I ALcouzGouz, à part.
Le beau voyage!... Ne rien dire et se trouver dans des disputes!
UN SOLDAT
Je suis mort.
Entre DON LOPE DE FI6UER0A.
DONLOra.
Quel est donc ce tapage?
UN SOLDAT
n 7 a un homme de tué. Fuyons» qu'on ne nous arrête pas.
GARcÈs, à don Âlvar.
Je vous dois la yie» soldat; je m'en souviendrai à l'occasion.
IlBorU
DON LOPB, à don Alvar.
Arrêtez 1
DON ALVAR
Je reste.
DON LOPR.
Donnez vos épées. (A des Soldats.) Désarmez ces deux hommes. DON ALVAR, à part.
Ah ! ciel ! (Haut.) Que votre seigneurie veuille hieo remarquer que je n'ai lire Tépée qu'aBn de mettre la paii, et que personnellement je n'étais pour rien dans la querelle.
C'est hien I je vous trouve Tépée à la main, et je vois un homme mort. Il suffit.
DON ALVAR, à part.
Je n'ai rien à dire pour ma défense. — Se peut-il que lorsque je venais pour tuer un homme, je me sois eiposé à ce péril pour sauver la vie à un autre I
DON LOPS, à Ateouzcouz.
Et vous, vous ne donnez pas votre épée? Ah! vous parlez par signes , c'est bon 1... Il me semble cependant que je vous ai déjà vu une autre fois, et que cette fois-là vous parliez. Que l'on mette ces deux hommes-là au corps de garde pendant que je poursuis les autres.
ALCOUZCOUZ.
Tout-à-l'heure deux choses affliger moi : la querelle et le silence. Maintenant, si moi pas me ,tromper, en voilà trois : la querelle, le silence, et la prison.
Ils sortent.
Entre DON JUAN D'AUTRICHE.
DON JUAN
Que s'est-il passé, don Lope?
DON LOPE
II 7 a eu, monseigneur, une querelle dans laquelle un homme a été tué.
DON JUAN
Si l'on ne punissait pas les délits de cette espèce, on verrait chaque jour mille meurtres. Il faut cependant que notre justice ne soit pas trop sévère.
Entre DON JUAN DE MENDOGE.
MBNDOCE.
Je baise les pieds de votre altesse.
DON JUAN
Eh bien 1 Mendoce, quelle nouvelle ?••• Que répond Aben-Huméya?
MENDOGE.
ArriTé deYaot Berja, j'ai fait sonner un appel de trompettes. À ce signal un drapeau blanc a été déployé ; Ton m'a donné un saufconduit, et j'ai été mené devant le trône d'Aben-Huméya, je dirais mieux son ciel, puisque la charmante Isabelle Tuzani, aujourd'hui reine sous le nom de Lidora, y était assise avec lui. [A part,) Cruel amour ! pourquoi donc avoir réveillé dans mon cœur des flammes que je croyais éteintes? {Haut,) Suivant Tusage de sa nation, il m'a fait asseoir sur un carreau, et fait rendre tous les honneurs qu'un ambassadeur peut obtenir d'un roi. Je me suis acquitté de ma mission. A peine le bruit s'est-il répandu dans la ville que votre altesse accordait un pardon général, >que le peuple s'est précipité dans les rues et les places en donnant mille signes d'allégresse. Mais Aben- Huméya, plein d'un invincible orgueil» et, en outre, furieui de voir le contentement avec lequel la nouvelle d'un pardon général avait été reçue par le peuple, m'a donné cette réponse : « Je suis roi de l'Alpujarra. Si cet état est petit pour mon courage, bientôt j'aurai l'Espagne entière à mes pieds. Si tu ne veui pas voir don Juan périr dans nos montagnes, conseille-lui d'abandonner son entreprise ; et s'il est parmi nous quelque lâche qui veuille accepter l'amnistie que tu annonces, tu peux l'enHnener avec toi pour servir Philippe : ce ne sera qu'un ennemi de plus, et la victoire n'en sera pas plus difficile. » Sur ce, il m'a congédié; et j'ai quitté l'Alpujarra en y laissant le peuple partagé en deux factions , dont l'une a pour cri de ralliement : « Espagne I » tandis que les autres invoquent le nom de l'Afrique ; de sorte que désormais la guerre la plus redoutable pour eux, la guerre civile est dans leurs murs.
DON JUAN
Jamais un usurpateur ne peut avoir plus de forée et de durée ; car les premiers qui l'ont aidé à parvenir au trône sont les premiers qui l'abandonnent , quelquefois baigné dans son sang. Et puisque tel est aujourd'hui l'état de l'Alpujarra, que Ton marche sur Berja avant que ses habitans se soient entre-déchirés les uns les autres. Ne leur laissons pas le temps de se détruire eux-mêmes, afin que la gloire du succès soit à nous tout entière.