L'INFANTE
Afin qu'on ne se doute de rien, je vais parcourir la forêt et chasser jusqu'à la nuit. De Ia sorte on croira que c'a été là le motif de mon voyage. — Ah I ma cousine, déjà près de vous mes chagrins ont dis* paru, et mes larmes se sont arrêtées* Je vous dois la vie. Adieu.
ElU Mrl.
HÉLÈNE
Dieu me soit en aide 1... Pourquoi donc me faitHsUe de si vifs remerciemens7*«» Mais j'aurai bientôt pénétré ce mystère.
Bntre PftÉDÉRlG«
FRÉDÉRIC
Madame, le prince est enfermé dans la tour.
BÉLÈNE.
Écoutez. J'ai deux mots importans à vous dire, et j'attends de vous un service.
FRiniRlc.
Parlez, madame; quoi que ce soit, vous êtes obéie.
HtlÀNMé
Sous préteite de ehalser dans la forêt* l'infiante Marguerite est venue, et elle désire avoir un moment d'entretien avec le prince. Il y a là-dessous quelque amour, j'imagine, et je voudrais m'en assurer. C'est une folle curiosité ; mais enfin je suis femme... Eh bien ! voici ce que je vous demande : c'est que vous vous placiez en un lieu d'où vous puissiez tout entendre, et, ne l'oubliez pas , - - vous me rapporterez leurs paroles mêmes.
frAd^ric
J'y ferai tous mes effortf.
HÉLÈNE
Je veux savoir d'où viennent ses relations avec un traître, et si, du moins, l'amour la justifie. -«^ Il y va de ma vie et de mon honneur.
Elle sort.
FRjÂDéRIC.
Quelle situation est la mienne !... Quelles sont donc» â ciel! toutes
lOURÏIÉE II, SCÈNE II. 8itt
ces étranges ayentures ? Il est des momens où il me semble que ce iont autant de réres. — Mais qui eroira qu'il se soit trouvé une femme aussi constante que la princesse Marguerite ? N'est-ce pas à tort que l'on accuse les femmes d'inconstance?... Médisans vains et légers» dont la langue maudite parle mal des femmes, Tenet, venez ici, soyez témoin d'un tel amour l... Pour moi, je suis curieux de voir jusqu'où va le dévouement d'une tendresse si noble el si généreuse. Elle pense que je suis lé prisonnier ; il faut donc qu'elle me trouve dans la prison. Faisons cette épreuve, el voyona ^uel est «on projet. — Voici la tour. {ApptianU) Roberto?
Bntre ROfiEltTO,
ROBERTO
Ah ! seigneur, est-il possible enfin que je vous Yoi«i <jue je vous parle?
FRioéRIC»
Oui, la fortune l'a permis. — Que faisais-tu là ?
ROBERTO
J'étais là avec ce grossier animal que l'on a renfermé dans la tour en votre lieu et place. Jamais je n'ai rien vu de plus stupide. Il dit que tout cç qu'il volt C9 sont des rêves.
FRÉDÉRIC
Et il n'a pas tort.
Et en même temps il se figure qu'il esl un prince, hiiun manant, un rustre I
FRÉMftRlC.
Qu'importe, Roberto? qu'importe ce qu'il est eflfectivement, pour qu'il ait de la vanité de ce qu'il croit être? Pour les hommes, les honneurs, les grandeurs ne consistent pas dans la réalité du titre, nuiis dans l'opinion des autres.
ROBBRTO.
C'est qu'encore il s'avise de me commander! Fort bien; je lui nbéirai tant que nous sefons devant du monde ; mais une fois nous deux seuls, c'est moi qui commanderai à mon tour I
FRÉDÉRIC
Laissons là cei foUei*
ROBERTO
Oh ! quand nous serons seuls, je prendrai ma reTanche.
FftÉpÉRIO.
Que dit-il en ce meoieiitf
ROBBRTO.
11 ronfle comme quatre. Il voulait se coucher; mais en voyant le Ht si riche et si élégant, il a é(é mA d'une sorM» de respect, et U s'est mis à doroÂr 9M Un«t
FRÉDÉRIC
Et pourquoi donc ne lui as-tu pas dit qu'il se couchÂt dans Le lit?
ROBBRTO.
J'ai fait mieux.
Comment?
aORBRTO.
Je m*y suis couché moi-mAme.
FRIÊDÉRIC.
Puisque cet homme me donne par son sommeil l'occasion que je désire, maintenant, Roberto, écoute. L'infante Marguerite va venir au château à mon intention. Elle s'imagine que c'est moi qui suis le prisonnier, et je tiens à ne pas la détromper en ce moment. Nous verrons ce que cela va devenir, et plus tard je me découvrirai, s'il le faut. — N'a-t-on pas frappé?
ROBBRTO.
Oui.
FRÉDiRIG.
Eh bien! va ouvrir*.
Frédëric l'anied dans nn fautevil.
Entre L'INFANTE.
ROBBRTO.
Qui demandez- vous, madame?
La princesse Hélène m'a permis d'entrer.
ROBBRTO.
Le gouverneur m'a ordonné, en effet, de laisser entrer la personne qui se présenterait au nom de la princesse.
l'infantb.
Quoi! c'est toi, Roberto?
ROBBRTO.
Quoi ! c'est vous, madame? — Et conmient votre altesse a-t-elle osé pénétrer jusqu'ici ?
l'infante.
Je suis entraînée par des sentimens plus forts que moi. Et ton
maître?
ROBERTO
Le voilà assis, et il se tient toujours de même dans ce coin; jamais on n'a vu pareille tristesse. Aussi je crains qu'il ne meure de
^ • Nous étions tout à l'hearo dans le parc, et tont-à-ooup nous Toilà Iransportea dans l'intérieur du chètean. Comme Frédéric et Roberto n'onLpas quitté le théfttre, il nous est impossible d'indiquer un changement de scène. Hais enfin le lecteur ett averti •OUI sommes maintenant dana le ohAteau de Belflor» ou de MiraBotf. '
mélaDColie, à moins qu'une aussi aimable visite ne lui mette, comme de raison» la joie au cœur.
l'infantb.
Frédéric 1
VKÉDÉKIC,
Quelle est cette douce voix qui m'appelle et qui charme tout mon être?— Mais que vois-je? est-ce mon imagination qui m'abuse? Sans doute ma fin s'approche, et l'heure de ma mort est venue, puisque je vois dans l'air ces images confuses, fugitives réalisations de ma pensée!... Peut-être aussi est-ce quelque astre charmant détaché du ciel qui est venu illuminer de son éclat les ténèbres de ma prison I Mais enfin , que ce soit un astre divin ou une trompeuse image, jamais la vue d'aucun objet ne fut plus douce A mes yeux, plus douce à mon cœur ; et s'il devait être l'annonce certaine de ma mort, je serais encore heureux de le voir.
l'infante.
Frédéric, ce n'est pas une vaine apparence que tu vois devant tes yeux; et alors même que ce ne serait que mon ombre , par cela seul qu'elle serait à moi, elle ne te tromperait pas.— Je suis l'infante Marguerite ; ne me sache' aucun gré de ma démarche, car les femmes de mon rang, les femmes qui me ressemblent n'aiment pas une fois pour oublier ensuite. Avant de t'aimer, j'aurais pu considérer les inconvéniens, les dangers, les périls ; mais à présent que je t'ai engagé ma foi, je ne resterai pas en arrière, et je te suivrai jusqu'à la mort. Je sais que tu as perdu ton cheval, je sais que Ton t'a trouvé parmi les rochers, je sais enfin que tu es prisonnier. De ton côté, tu sauras qu^^on père médite une vengeance, et que ta vie est menacée. Mais non, je m'exprime mal, c'est la mienne que l'on menace... Toi, si tu veux, tu es sauvé; par mon ordre un cheval est à la porte, qui t'attend ; dans l'arçon de la selle tu trouveras, avec les armes nécessaires, une bourse remplie de joyaux. Sors donc au plus tôt de cette forteresse. Moi je demeure résolue à souffrir seule, et je serai heureuse étant assurée que tu n'as rien à craindre.
FRÉDÉRIC
Marguerite, ce n'est pas moi qui pourrai plus long-temps vous celer la vérité lorsque vous me parlez avec cette noble franchise. Je ne suis point prisonnier^ je suis libre ; et afin que vous sachiez l'aventure la plus curieuse que l'on ait jamais vue dans les comédies espagnoles ', apprenez que l'on vous trompe. Mon cheval est tombé, il est vrai, du haut de ces rochers; mais j'ai dépouillé mon armure afin qu'elle ne me trahit point ; je suis arrivé à Miraflor, où dona Hélène elle-même me protège; quelque passant aura pris mes armes; les soldats, trompés par cette vue, l'auront sans doute ar-
* Mol à mot : Et afin qae tous sachiez l'aventnre la plus curieuse que l'esprit ingë uieux trace et met agi^ëablement en action dam les comédies espagnoles, etc., etc.
548 LE GEOLIER DE HOMitME.
fM; et «afin doSa Hélène m'ayant nommé goufernevr de ee bateau, on m'a confié la garde de cet homme que Ton croit être Frédéric. Voilà la vérité. Et si désormais je puis vous voir et vous parler librement tous les jours, comment voulez-vous que je sois assez lAche pour m'éloigner? Voua parlez de périls ; mais pour un amant le péril le plus grand» le plus grand dt tûiules maui> s'ot-ce pasl'absenoe?
' Un jour oa l'autre on iaifait par tout ddoottwir, al aloM ja redoute la vengeance de mon pèra.
11 y aurait ub moyen de aortir d'embarraa.
L'nifANTI,
fit lequelt
ROaWTO*
Confiez votre amour à une personne que vous chargerez de le dire au roi ; s'il prend bien la chose et qu'il consente à votre mariage, alors on pourra tout lui avouer; que s'il se f^cbe Qt veut se venger, eh bien! sa vengeance tombera sur un vUain lourdaud i et mon mettre demeurera en sûreté. Ainsi quel que soit le résultat, favorable ou non* pour vous est rav^ptage et le dM)|;@r pour un autre.
Cela est fort bien imaginé.
VKàDÈBK.
Ainsi, voilà qui est conyenu : vous m*4limereZ| qu, pour pieui dire, vous feindrez d'aimer mon représenUuit ç.Q pubUc» 9t vous donnerez des marques de ce sentiment.
I,'lN?ANTK.
Oui, et ce sera un bonheur pour moi, et je voua suis reconnaissante de m'y autoriser. C'est un horrible supplice que de caclier ainsi l'amour que l'on éprouve. Donc j'aimerai eu public le prisonnier; mais je l'aimer^} p^rce qu'il portera le non) de Frédéric ; autrement ni je ne l'aimerais ni je ne pourrais le feindre.
FRÉDÉRIC
Ainsi, pour lui?...
Un amour feint.
Pour moi?...
Un amour véritable.
FRÉDÉRIC
Vous m'aimerez, dites-vous f
l'mfanti.
Jç n'aimerai que yohSi
l*infantb.
frédéric, l'infantb.
wKÊaàsM,
nuiuÉBic.
VouK me le premetieif
l'infanti.
Sur ma vie et sur mon Ame.
FiUfcnftuG.
Mais pourquoi feindre un autre amour ?
l'infanti.
Pour vous sauver.
Songez-y, s'il devenait véritable, j'en mourrais.
l'infàhtb.
Vous ne le craignez pas ?
WKàhÈtaa.
J'espère que je n'éprouverai pas ce malheur.
L'iNFAlfTB.
Non ! je vous aime. Adieu t
FRinimc.
Adieu I
l'pcfahtiu
Le ciel vous protège 1
Qu'il velUoftttf.YOUit Je vais feindre TAmour.
FRiDÉBlC.
El mol je reste pour me garder.
I jatiwi w m.u luun i;
JOURNÉE TROISIÈME
SCaÈNl I.
Le parc, entrent FRÉDÉRIC et HËI«É{f^.
H^LiNE.
£h bien! que lui.a-t-elle dit)
VRiniuc.
Qu'elle était l'infante Marfuerite, et qu'attirée vers lui par la renommée saos égale de aou brillant courage» elle voulait» bMvant
la colère da roi, le rendre à la liberté; qu'un cheyal rapide l'attendait à la porte de la tour, qu'il n'avait qu'à s'élancer dessus, et qu'il serait bientôt hors de l'atteinte de ses ennemis. A quoi il a répondu qu'il était sensible à tant de bontés , qu'il en conserrerait une étemelle reconnaissance ; mais qu'en entrant en prison il avait fait serment de ne point chercher à s'évader, et qu'il voulait tenir parole.
H^LBNB.
Vous avez écouté avec attention?
FR^ÉRIG.
J'ai été présent à tout ce qui s'est dit, et j'ai tout entendu aussi distinctement que si j'avais parlé moi-même. Si elle vous rapporte la chose autrement, que votre altesse n'y ajoute aucune foi.
HÉLÈNE
Elle vient. Prenez garde d'être vu par elle.
FRIÊDIÊRIC.
Que le ciel fasse réussir votre projet I
Il sort.
Entrent LINFANTE et SERAPHINS.
l'infante.
Oui, Séraphine, le roi mon père va venir à Miraflor pour voir où en est ma tristesse, et j'attends de toi ce que je t'ai demandé , c'està-dire j'attends que tu instruises mon père de mes vrais sentimens ; cela est pour moi de la dernière importance.
SÉRAPHINE
J'obéirai, madame. «^ Eussé-je dû mourir mille fois, jamais je n'aurais révélé votre scjpret, et à présent je ne le dis que parce que vous l'exigez. [A part,) Ma foil c'est assez beau d'avoir gardé le
silence aussi long-temps !
EUeflorU HÉLÈNE.
Eh quoi! vous êtes seule, ma cousine?
l'infante.
Oui, charmante Hélène ; j'essaye de me distraire ainsi des ennuis qui m'accablent. L'amour est un philosophe dégoûté du monde qui cherche la solitude.
HÉLÈNE
Nous nous sommes promis de nous faire à la première occasion nos confidences mutuelles.
l'infante.
Eh bien! si vous le permettez, je commencerai, car je n'en ai que pour un moment.
HÉLÈNE
Je vous écoute de toute mon attention.
l'infante.
Surla renommée du prince Frédéric, j'ai éprouvé le plus vif désir
lOURNÉE III , SCÈNE I. 8Sl
de voir par moi-même s'il éuit traité dans sa prison d'une manière conforme à sa naissance et à son mérite ; c'est pour cela que je suis venue, et en entrant je me suis présentée comme la femme du gouverneur. Que vous dirai-je? je l'ai trouvé si spirituel et si aimable, que cette visite a décidé de mon sort.
Vous seule, ma cousine, lui avez trouvé cet esprit ci rare, cette amabilité merveilleuse. À moi, au contraire, on m'a conté de lui des actes qui annoncent un rustre grossier.
l'infante.
On vous aura trompée : Frédéric est aussi remarquable par ses qualités morales et par ses manières que par son courage intrépide. C'est ainsi que la renommée le représente, et c'est ainsi qu'il m'est apparu,— pourvu toutefois que nous parlions toutes deux du véritable ]E>'rédéric.
uiLÈNB.
Je ne veux pas disputer avec vous ; car, de mon côté, je le confesse, je ne suis pas plus raisonnable. Vous aimez, vous, un homme mai appris ; moi, j'aime un homme d'une humble condition. Le gouverneur que vous avez vu...
l'infantb , à part.
Ciel! que viens-je d'entendre?
HitàNB, à part.
Elle parait toute étonnée.
l'infante , à part.
Je n'ai pu cacher mon émotion. — {Haut,) Achevez donc, je vous prie.
H^ÈNB.
Vous me méprisez , je le vois ; mais enfin cet amour, du moins, peut s'avouer. Eh bien I oui, cet homme que j'ai vu arriver à mes pieds, malheureux et blessé, cet homme s'est emparé de mon cœur. l'infante.
Taisez-vous, Hélène ; cela est honteux ; n'achevez pas 1
HÉLÈNE
Moi, du moins, comme je vous le disais, je ne me suis pas oubliée au point d'aller le voir dans la prison, bien qu'il en soit le gouverneur. J'aime, mais je ne me suis point déclarée ; car je sais ce que je dois à ma réputation, je sais souifrir et me taire. Et bien que mon amour ne soit pas moins désintéressé que le vôtre, je ne me suis pas avancée jusqu'à lui offrir un cheval et de l'argent... Mais en voilà assez. Dieu vous garde !
Elk sort.
l'infante.
Comment ai-je pu ne pas me trahir? Comment ai-je pu me commander de la prudence? Comment ai-je pu rester maîtresse de moimèmet alors que tout mon cœur est ému, alors que toute mon àme
est soulevée r... O jalousie! est*ee done là U puisianeeY... Ton ombre seule a booleverié tout mon être; que eeralt^ee done si je l'avais vue (oi-méoiel
Entre FRÉDÉRIC.
VRÉDÂhlC.
J'attendais qu'H<$lène se fût retirée pour me présenter devant >ous, et vous rendre la vie que vous m'avez donnée, ^e puis enfin vous voir.
Et moi aus»i, perfide que vous êtes , je vous atteodaia «vee une impatience au moins égale, pour vous dire ce que mon cosur pense do vous,
HÉLÈNE iwrsU éerriére la (a^inene.
FRliDÉRIG.
Que signifie ce langage?
i'OffANTB.
Votre tralûson et votre outrage, ma douleur et ma jalousie. niijbiK, à part,
Marguerite, désapprouvant mon amour, va sans doute en parler au gouverneur; et je viens, agitée de mille craintes, pour voir ce qu'elle en pense. — Pendant leur entretien, ar}>ree venioyans, cachez-moi a tous les yeux,
FRÉDÉRIC
J'ai beau réfléchir, madame, je ne vous comprends pas. — £d quoi vous ai-je trabie? En quoi airje exeité votre jalouflet... Croyezle bien, si j'avais pu vous tromper et me rendre coupable envers vous d'une offense, j'en mourrais de remords.
L'iNTAHTB.
Amant ingrat, indigne chevalier, telle était done voira constance? Vous pouviei, disiei-vous, rester ici sans ètra recomin; tous ne vouliez pas vous éloigner?... C'était pour Hélène! ce n'était pas pour moi !... Vous vouliez mourir, si vous éties coupable? Nul ne le fut plus que vous, et vous avez en effet mérité mille morts 1
FRÉOÉRIC.
Oui, je mourrai ; car votre colère tue comme votre amour fait vivre. Mais comment vous ai*je offensée, moi qui vous adore? Quel crime ai-je commis envers vous, moi qui ne respire que pour vous ? l'infante.
Toutes ces protestations couvrent mal votre perfidie. N'aimezvous pas ma cousine Hélène ? N'est-ee pas pour elle que vous êtes demeuré? N'est-ce pas pour elle que vous cachez votre nom et votre rang, et que vous avez accepté d'humbles fonctions?... Eh bien,' soitl mais du moins ne cherchez pas à me tromper davantage, laissei-moi le plaisir de me plaindre et de vowi exprimer mon opiir une trahison aussi indigne.
jouaNÉfi m , SCÈNE i. an
FRiélUiRlCU
Un moment, de grâce t un moment l... YeuiUei m'écouUr, et ensuite disposez de ma vie.
l'iNFANTB.
Croyez-vous donc pouvoir vous justifier T
FRiD^aïc Oui certes» je le puis.
l'infânti.
Plaise à Dieu I
fihMZfà part.
Écoutons.
FRjâDiWQ»
Mol, j'aime votre cousine?... c'est pour elle que je suis demeuré?... Comment avez-vou^ pu concevoir une telle pensée?... Que la foudre du ciel m'écrase à ri]|st«nt, si de ma vie j'ai dit à Hélène un seul mot qui ne fût d'jmi^^^prviteur courtois et reconnaissant ; maif voilà tout I Et ne lui devais-je pa». cela, quand je songe que grâce à elle j'ai vaincu une élqil^ ennemie ; quand je songe que grâce à elle je puis vous voir ett^ous parler sans que j'aie à redouter votre père I
mÊLÈNB » à part.-
Qu'entends-je ? c'est moi qui le 8èrs dans ses amours! Mai« écoutons en silence pour savoir le reste.
FRiD^ftlO.
Le soleil est-il jaloux d'un de ses rayons? Le printemps est-il jaloux d'une fleur ? La mer est<elle jalouse d'un ruisseau ? Le ciel 'est-il jaloux d'une étoile?... Comment donc redouteriez-vous Hélène, toute belle et toute charmante qu'elle est?..* Je vois en elle une étoile brillante, un ruisseau aimable, une fleur gracieuse, un rayon lumineux ; mais je vois en vous tous les charmes du soleil, du printemps^ de la mer et du ciel !
HÉLÈNE , à part.
La oomparaison n'est pas trop flatteuse poar moi.
FRÉDÉRIC
Allons, de grâce, rendez la vie à un infortuné ; revenons à notre projet, et continuons cette feinte jusqu'à ce que tant de peines soient finies.
t'UVFAlITt.
le le veux bien , tout en étant persuadée que votis me trompez. Mais quand on aime, on croit au mensonge comme à la vérité, et je ne vous aimerais pas si je ne vous croyais piis >. Eh bien ! je vais
*NoD8 aTons Iradait exactement :
Con taher que me èngaHeu
Quiero ereerte al /in, pùffuê Hé fuêra
324 LE GEOLIER DE S0I-4M[ÊBfE.
feindre d'aimer ce rustre, pendant que j'éprouYerai une véritable Jalousie de vos relations avec cette coquette. H^LàNE, à part.
Tous deui font à qui mieux mîeui mon éloge.
L*INFANTK.
Songez-y, Frédéric, je vous aime à tel point, que pour vous je renoncerais au trône de Tunivers, et que j'aimerais mieux vivre avec vous dans une condition ob«cure. Mais, je vous en supplie, épargnez ma tendresse, et ne donnez point de prétexte à ma jalousie.
VKéDl&RÏC.
Vous m'avez offensé en doutant de moi.
L'mFANTR.
Je souifrais , j'étais éperdue.
Vos soupçons étaient injustes.
E^Fïim.
Je n'en mourais pas moins. "' '
Enfin, vous me pardonnes?
l'infantb.
li le faut bien ; car avec vos paroles vous m'avez de nouveau encbantée.
FRÉDÉRIC
Croire que je pouvais vous préférer Hélène!
l'infante.
Ohl ne prononcez plus ce nom; il me fait maL
FldD^RIC.
Eh bien î il ne sortira plus de ma bouche.
l'infante.
Vous me le promettez? Adieu.
Elle sort FRÉDÉRIC.
Ah! combien l'on a raison de dire que l'amour est aveugle, puisqu'il méconnaît ceux qui lui sont le plus dévoués.
Entre HÉLÈNE.
HÉLÈNE
C'est bien, seigneur cavalier! vous faites aux dames de belles pro messes, et je suis curieuse de vous les voir tenir! — Eh quoi!... gentilhomme ingrat, hôte sans cœur, la protection que je vous ai donnée, la bienveillance avec laquelle je vous ai traité, méritaientelles de vous une pareille récompense?
FRÉDÉRIC, à part,
ciel ! n'avais-je pas assez de tant de peines et d'ennuis !
HÉLÈNE
Ah! lorsque je vous ai accueilli pauvre et blessé, lorsque je vous
JOURNÉE m , SCÈNE I. S25
ti accordé un aûle où tous fussiez à l'abri des rigueurs du sort, je n'aurais pas cru qu'un jour vous dussiez payer mes bontés de tant d'ingratitude? Pourquoi, après avoir excité ma compassion sous un nom emprunté, m'offensez-vous comme cavalier? Po)irquoi, aimant rinfante, vous étes-vous joué de moi ? Je sais qu'elle est tout à la fois le soleil et la mer, le printemps et le ciel ; mais ce n'était pas une raison pour vous conduire aussi mal à mon égard... Mais, sachez-le du moins, je me vengerai de ces indignités, je me vengerai avec éclat. Le roi saura ce qui se passe !
Charmante Hélène, daigne/ m'entendre.
BÉLàlCB.
Comment osez-vous prononcer mon nom?... Ne craignez-vous pas qu'il blesse votre bouche ? N'avez-vous pas peur d'affliger l'Infante ? FAioéaic.
Daignez m'entendre, madame, au nom du ciel ; et ensaite ordon* nez de moi ce que vous voudrez ; je mets à vos pieds mon honneur et ma vie! — Je suis un cavalier de la suite du prince Frédéric, qui est venu ici dans l'espoir de se faire aimer de l'Infante. Lorsqu'il fut arrêté, je parvins à m'échapper, en laissant mes vétemens dans la forêt; vous pouvez vous le rappeler, le jour où je me présentai devant vous, ce fut le jour même de son arrestation. Depuis, vous l'avez remis en mes mains. Et permettez-moi de le dire, car cela vous prouve ma Odélité et mon dévouement, — bien qu'il soit mon maître et mon prince, je l'ai gardé avec un soin sans égal, veillant à ce qu'il ne s'éloignât jamais de moi. Enfin je l'ai gardé comme si moi-même j'eusse été avec lui prisonnier. — Si donc j'ai rempli mon devoir en serviteur loyal et fidèle, de quoi pouvez-vous vous plaindre 7 et si je ne vous rends point d'hommage, ne suis-je pas pour vous un pauvre marchand ? — Quoi qu'il en soit, je vous ai voué au fond du cœur une reconnaissance infinie de vos bontés ; mais je ne puis pas vous la témoigner, lorsque je me donne pour le prince de Mantoue et l'adorateur de Marguerite.
OÉLàNE.
Ce que vous dites là ne saurait vous justifier,; car enfin vous avez manqué de franchise à mon égard, — vous m'avez trompée.
FRÉDÉRIC
De grâce, Hélène...
HÉLÈNE
Ne m'appelez pas par mon nom.
FRÉDÉRIC
Hélas ! voici le roi. Songez-y bien , si vous dites un mot, je suis mort.
HÉLÈNE. '
Eh bien 1 que la jalousie tue celui qui fait mourir de jalouiie !
FRÉDÉRIC
Quoi! décidément vous voulez ma perte?
HÉLÈNE
Oai l et ce n'es( pas assez pour punir vos mépris.
FRÉDÉRIC
£h bien ! puisque rien ne peut toucher votre coeur, je vous laisse.
Il sort.
HÉIÀICB.
n a beau fuir, il ne m'échappera pas. On ne sait paa jusqu'où peut atteindre la vengeance d'une femme offensée.
Entrent LE ROI et SÉRAPHINS.
SÉRAPBINB.
Daignez, sire, soulager ses ennuis.
' LE ROt.
Je suis combattu entre deux sentimens contraires : je voudrais •d'un côté punir le meurtrier de don Pèdre , et de l'autre je voudrais sauver ma 611e.
BÉLÂNC.
Sire, daignez m'écouter. 11 est bon que vous connaissiez toute l'éitendue de votre malheur, et quel est l'amour de l'Infante.
LE ROI
Je sais, Hélène, tout ce que vous pourriez me dire , et ce que ^ous pourriez me dire n'aurait d'autre résultat que de m'aflliger inutilement. Je sais que, sans égard pour moi, Marguerite s'est éprise d'un traître.
HÉLÈNE
Eh bien! puisque vous savez tout, remédiez au mal. Il en est temps, ne tardez pas. Souffrirez-vous que l'infante épouse un traître, un meurtrier, alors que mon aang, — qui est aussi le vôtre,— dejnande vengeance ?
Elle tort.
LE ROT
Grand Dieu! quelle situation délicate! comment satisfaire en même temps à Marguerite et à Hélène? comment les contenter toutes deux, lorsque l'une désire sa vie, et que l'autre sollicite sa mort?... Mais faisons droit à la demande de Marguerite ; ainsi l'exige le bien de mon royaume. Le ressentiment d'Hélène se calmera peu À peu.
Entre LE CAPITAINE.
LE CAPITAINE
Apprenez, seigneur, ce qui se passe. L'infant Edouard de Sicile marche aujourd'hui sur Naples à la tète d'une nombreuse armée, et tout son royaume est prêt à le suivre. Il a juré de délivrer le prince son frère.
JOURNÉE III, SCÈxNE 1. 327
LB ROI
La eolère et l'orgueil m'engageraient à repousser la force par la force; mais il vaut mieui suivre les inspirations de la prudence, et je vais te confier mes intentions. L'infante Marguerite, — ainsi Ta voulu le eiel pour mon malheur, — l'infante Marguerite aime Frédéric, et de là est venue cette profonde mélancolie qui a mis sa vie en danger... Je tiens cela d'Hélène et de Séraphine, et je le savais d'ailleurs d'une manière positive... Mon projet serait donc de les marier.
LB CAPITAINB.
Sire...
LB ROI
Une seule chose m'arrête... c'est (pie je crains que l'on ne blâme oe mariage à cause de l'état déplorable dans lequel se trouve la raison du prince Frédéric.
LB CAPITAINB.
Désabusez-vous : ce sont ses chagrins qui l'ont mis en cet état. Une fois qu'il sera libre, il recouvreraaussitôtsa santé et son bon sens.
LB HOl.
Je l'espère. ~ Mais avant de lui donaer la main de l'infante, il faut que je fasse une épreuve. Justement voici Marguerite.
Entre L'INFANTE.
LE CAPITAINB.
La princesse parait bien triste.
LB ROI
Eh bien! mon enfant, comment va ta mélancolie?
l'infantb.
Hélas l toujours la même, et comme mes pleurs vous l'indiquenl, la joie ne peut plus rentrer dans mon cœur.
LB ROI
J'attends de toi un service.
l'infantb.
Quel est-il ?
LB ROI
Je crains beaucoup que cette prison ne soit fatale au prince Fréd^ic. Or, s'il venait à mourir, ne pourrait-on pas croire que j'ai . moi-même hâté son trépas? Que ne dirait-on pas en Sicile?
L'LNFA^TE.
Eh bien! qu'ordonnez-vous?
LB ROI
Si tu le voyais aujourd'hui, cela lui rendrait un peu de courage; sa santé et son esprit s'en trouveraient également bien. —11 faut que tu le voies. Je t'accompagnerai.
iJlnfantb.
Je vous obéirai, sire.
s» LE 6E0L1E& DE SOI-MÊME.
LB ROI, à part.
Elle a bien vite consenti , et je Tois dans ses yeai qu'elle en est toute heureuse. Mais ne nous trahissons pas.
l'infante , à port.
Une fois que mon père m'aura vue en présence de celui que j'aime, il ne pourra plus s'opposer à mon mariage.
Us sortent.