CHAPITRE XI
suissûr... j'espère... Non, elle n'est pas morle... Avouez-moi seulement que vous avez voulu me tromper, et je vous pardonne tout... Je lui pardonne à elle-même, j'oublie tout... je l'aimerai plus que jamais. Je ferai tout ce que vous voudrez... Je ne lui ai jamais voulu de mal... jamais.
— Je vous dis qu'elle est morte. Vous avez tué la plus douce, la plus aimable créature qu'il y eût au monde. Pouvez-vous lui redonner la vie comme vous avez pu la lui ôter ? Ah ! si vous en aviez le pouvoir, comme vous me verriez à vos genoux, comme je resterais à vos pieds jusqu'à ce que vous me l'eussiez rendue!... Qu'avez-vous fait, misérable? vous étes-vous cru le maître de faire et défaire à votre gré, de changer les lois de la nature comme il vous plaît? »
Les reproches de Mrs. Hammond firent goûter à M. Tyrrel, pour la première fois, la coupe d'amertume que la vengeance céleste lui avait réservée. Ce fut là le commencement d'une longue suite de mépris, d'insultes et d'exécrations qu'il était destiné à endurer. Les paroles de Mrs. Hammond furent prophétiques, !1 fut aisé de voir que, si la fortune et la naissance servent de manteau pour couvrir beaucoup de crimes, il en est pourtant qui appellent à si
BW CALKB WILLIAMS.
linu(e voix l'indignation générale, que, semblables à la mort, ils mettent au niveau toutes les distinctions, et rabaissent le criminel à légal du dernier des hommes. M. ïyrrel ne fut plus regardé que comme le lâche et tyrannique meurtrier d'Emilie; ceux qui n'osaient risquer d'exprimer tout haut leurs sentiments contre lui n'en étaient que plus profondément pénétrés, et le maudissaient en murmurant, tandis que le reste jetait un cri général d'exécration et d'horreur. Lui-même fut frappé d'étonnement de la nouveauté de sa situation. Accoutumé à voir tous les hommes tremblants et soumis, il s'était imaginé que son empire ne devait pas avoir de fin, et que tous les excès possibles de sa part n'auraient jamais la force de briser le charme. Maintenant il regardait autour de lui, et voyait sur chaque visage l'horreur qu'il inspirait, prête à éclater comme un flot impétueux à la moindre provocation, et à briser toutes les barrières de la crainte et de la subordination. Toute sa fortune ri eût pu lui suffire pour acheter quelques témoignages de civilité de ses voisins, des paysans même des environs , à peine de ses propres domestiques. Enveloppé de l'indignation générale, il semblait poursuivi de toutes parts par un spectre qu'il ne pouvait éviter, et l'aiguillon