CHAPITRE XI
gagné. i\on que ce fût dans M. Tyrrel manque de courage , mais sa démarche allait être dans sa vie une époque trop importante pour qu'il voulût la compromettre par aucun risque.
A son entrée il se lit un bruit général dans l'assemblée, car il avait été convenu entre tous les hommes qui la composaient qu'on refuserait la porte à M. Tyrrel, comme à quelqu'un qu'on ne pouvait plus voir. Cette décision lui avait été notifiée par une lettre du maître des cérémonies ; mais avec un homme de la trempe de M. Tyrrel un pareil avis était plutôt un défi qu'une exclusion. Le maître des cérémonies, qui avait aperçu son équipage, vint au-devant de lui à la porte de l'assemblée, pour lui réitérer l'avertissement; mais M. Tyrrel l' écarta de l'air du plus grand mépris, et entra d'autorité. Tous les yeux se tournèrent sur lui ; il fut un moment entouré de tous les hommes qui étaient dans la salle. Les uns tâchèrent de le repousser dehors ; d'autres voulurent entrer en explication. Mais il trouva le secret de se débarrasser des uns et de réduire les autres au silence. Sa stature athlétique et cette longue habitude qu'on avait eue de se soumettre à l'ascendant de son esprit étaient autant de circonstances en sa faveur. Il se regardait comme
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jouant un coup de désespoir, et il avait fait provision d'audace en proportion de l'intérêt de la partie. Débarrassé de tous ces insectes bourdonnants qui l'avaient d'abord assailli, il se mit à traverser la salle en long et en large d'un air de maître ; et après avoir lancé de tous les côtés des regards sombres et courroucés, il rompit le silence : « S'il y avait quelque personne qui eût quelque chose à lui dire, il saurait lui répondre en temps et lieu convenable. Toutefois il conseillait fort à cette personne de bien prendre garde à ce qu'elle allait faire. Si c'était de lui personnellement qu'on eût à se plaindre , à la bonne heure ; mais il s'attendait bien qu'il n'y avait là personne qui eût assez peu de discrétion et de savoir-vivre pour se mêler d'affaires qui ne le regardaient pas, et pour s'immiscer dans des intérêts particuliers de famille. »
Ces paroles ayant l'air d'un défi, différentes personnes s'avancèrent pour y répondre. Celui qui était le premier commença à parler; mais M. Tyrrel, par l'expression de sa contenance, par un ton tranchant, par des mots jetés à propos, par des interruptions adroitement placées, le mil dans le cas d'hésiter d'abord et de finir par se taire. M. Tyrrel semblait marcher