CHAPITRE XIII
une image sublime de la véritable grandeur, et il mit toute son ambition à réaliser cette image par sa propre vie. Voyez-le donnant tout ce qu'il possédait quand il partit pour sa grande expédition, et ne se réservant autre chose, disait-il, que T espérance. Rappelez-vous sa confiance héroïque dans Philippe, son médecin; son amitié inaltérable et sans réserve pour Ephestion. Il traita la famille captive de Darius avec la plus douce affabilité , et la vénérable Sisygambis avec tous les égards et la tendresse d'un fils envers sa mère. Sur un pareil sujet, Williams, ne vous en rapportez jamais au jugement d'un pédant d'église, comme le docteur Prideaux, ou d'un juge de paix de Westminster, comme Fielding. Examinez par vous-même, et vous trouverez dans Alexandre un parfait modèle d'honneur, de désintéressement et de générosité. Vous y verrez un homme qui, par l'élévation de son âme et la grandeur de ses desseins, était fait pour rester seul l'objet de l'étonnement et de l'admiration de tous les siècles.
— Ah! monsieur, il nous est bien aisé, à nous qui sommes ici fort tranquillement assis, de faire son panégyrique. Mais voulez-vous aussi que j'oublie à quel effroyable prix a été érigé le monument de sa renommée? Ne fut-il
m OALEH WILLIAMS.
pas le perturbateur du repos de l'espèce humaine? N'a-t-il pas bouleversé des nations entières qui n'auraient jamais entendu parler de lui, sans ses dévastations? Combien de milliers de vies il a sacrifiées dans sa carrière! Que de choses à dire sur sa cruauté! Toute une nation massacrée pour un crime commis par ses ancêtres cent cinquante ans auparavant; cinquante mille hommes vendus comme esclaves ; deux mille mis en croix pour avoir défendu vaillamment leur pays! Il faut vraiment que l'homme soit une créature d'une espèce bien étrange, de ne jamais prodiguer plus d'éloges qu'à celui qui a semé la destruction sur la face de la terre.
— Votre façon de penser, Williams , est assez naturelle, et je ne saurais vous en blâmer; mais permettez-moi d'espérer que vous en viendrez à une manière plus grande et plus libérale d'envisager les événements. C'est mie chose très -révoltante au premier coup dœil que la mort de cent mille hommes; mais dans la réalité, est-ce que cent mille hommes de cette espèce sont plus qu'un troupeau de cent nulle animaux? C'est l'homme moral et intellectuel, Williams, c'est la génération des vertus et des connaissances humaines qui a des droits à notre