‹ Caleb Williams, ou, Les choses comme elles sontChapitre 15 sur 130 · CHAPITRE II. B · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. B

un libre acres auprès d'elle, sans autre cérémonie que celle qu'exigent les bienséances. Mais surtout M. Falkland, en sa qualité d'étranger, et comme un bomme qui n'était pas dans le cas d'avoir des prétentions à la main de Lucretia, était admis sur le ton d'une grande familiarité. La jeune italienne, dans l'innocence de son cœur, ne se faisait pas scrupule de permettre des eboses sans conséquence, et se comportait avec toute la franebise et l'assurance d'une femme qui se sent au-dessus du soupçon.

M. Falkland, après avoir demeuré plusieurs semaines à Rome, se rendit â Napîes. Pendant ce temps, divers incidents différèrent le mariage projeté de l'héritière de Pisanî. Quand il revin! à Rome, le comte Malvesi était absent. Lucretia, qui avait extrêmement goûté îa conversation de M. Falkland, était douée d'un esprit actif; avide d'instruction, elle avait conçu, dans l'intervalle de ses deux séjours à Rome, une grande envie de savoir l'anglais; envie qui lui avait été inspirée par l'enthousiasme avec lequel elle avait entendu vanter nos meilleurs auteurs par leur compatriote. Elle s'était procuré tous les livres nécessaires, et avait fait quelques progrès dans son absence ; mais quand elle le vil de retour, elle se décida à profiler d'une oe-

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rasion qui ne se retrouverait peut-être jamais : elle témoigna le désir de lire des passages choisis de nos poètes avec un Anglais qui avait autant de goût et de connaissances.

Cette proposition amena nécessairement un commerce plus fréquent. Le comte Malvesi, revint à son tour, et trouva M. Falkland établi dans le palais de Pisani, presque comme un commensal de la maison. Il ne fut pas maître de lui dans une situation aussi critique. Peutêtre sentait-il en secret toute la supériorité du voyageur anglais, et tremblait-il que ces deux personnes n'eussent déjà fait dans le cœur l'un de l'autre bien des progrès, même avant d'y avoir songé. Il regardait l'alliance de Lucretia comme faite, sous tous les rapports, pour flatter l'ambition de M. Falkland, et il ne pouvait souffrir l'idée de se voir enlever par cet étranger d'au delà les monts celle qui faisait tout le charme de sa vie.

II eut néanmoins encore assez de prudence pour commencer par aller demander à Lucretia une explication. Celle-ci le reçut en riant, cl plaisanta sur son inquiétude. La patience du pauvre comte était déjà à bout, et il se mit à répéter ses interrogations dans des termes que Faîtière Lucretia n'était pas d'humeur à écouler

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