CHAPITRE II
tranquillement. Elle avait été habituée à rencontrer partout de la déférence et de la soumission : et quand elle eut surmonté cette première impression de terreur que lui avait d'abord inspirée le ton impérieux sur lequel elle s'entendait catéchiser pour la première fois, son mouvement fut celui du plus vif ressentiment. Elle ne voulut pas prendre la peine de répondre à l'insolent questionneur, et elle se permit même de laisser tomber exprès quelques mois obliques propres à fortifier encore ses soupçons. La présomption et la folie du comte furent un moment tournées en ridicule; et, après lui avoir lancé quelques sarcasmes des plus amers, changeant tout à coup de style, Lucrelia lui défendit de jamais se présenter devant elle autrement que sur le pied d'une simple connaissance, en lui déclarant qu'elle était déterminée à ne plus s'exposer dorénavant à s'entendre traiter d'une manière aussi indigne. « Il était fort heureux pour elle » qu'il eût enfin développé son véritable carac- 33 tère, et elle saurait très-bien profiter de l'ex- 3) périence qu'elle en faisait pour éviter à l'ave- 33 nir de retomber dans le même danger, r Toute cette explication se ressentit des premiers mouvements d'une colère mutuelle, et Lucretia
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n'eut pas le temps do réfléchir à la conséquence d'exaspérer ainsi son amant.
Le comte Malvcsi la quitta en proie à toutes les tortures de la fureur. Il s'imagina que cette scène était préméditée pour trouver un prétexte de rompre un engagement solennel; ou plutôt mille conjectures opposées déchiraient son cœur dans tous les sens. Tantôt il rejetait la faute sur Lucretia et tantôt sur lui-même; il s'accusait, il accusait sa maîtresse, il accusait tout le monde. Ce fut dans cet état qu'il courut à l'hôtel du cavalier anglais. Le moment des éclaircissements était passé, et il se sentait entraîné d'une manière irrésistible à justifier la précipitation de sa conduite envers Lucretia, en prenant pour une chose convenue et hors de doute que Falkland était son heureux rival.
M. Falkland était chez lui. Les premiers mots du comte furent l'accusation de duplicité et une provocation en duel. L'Anglais avait une sincère estime pour Malvesi, qui était vraiment un homme de beaucoup de mérite, et qui avait été une des premières connaissances de Falkland en Italie, car ils s'étaient d'abord rencontrés à Milan. Mais une chose le frappa plus vivement encore, et ce fut la conséquence qu'un duel pouvait avoir