‹ Caleb Williams, ou, Les choses comme elles sontChapitre 32 sur 130 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

doit se figurer que le monde a été fait pour lui tout seul. Prenons donc les choses comme nous les trouvons, et accommodons-nous sagement aux inconvénients que nous ne pouvons éviter. — En vérité, monsieur, voilà qui est parfaitement Lien dit; mais je reviens à mon texte : nous sommes comme Dieu nous a faits; je ne suis, moi, ni philosophe ni poète pour aller niaisement me façonner autrement que je ne suis. Quant aux conséquences, il en sera ce qui en sera ; nous ferons comme nous pourrons : il faut faire son pain selon sa farine. Ainsi, voyez-vous, je ne me creuserai pas la tête sur ce qui arrivera; mais je me tiendrai, pardieu! en honne posture d'attendre tous les événements. Tout ce que je puis vous dire, c'est que, tant que je vous verrai vous jeter devant moi, toujours à la traverse, je vous haïrai comme une médecine noire; et, Dieu me damne, si je ne crois pas que je vous hais encore plus pour être venu aujourd'hui avec vos diahles de formes pragmatiques, quand personne ne songe à vous, pour me prouver seulement que vous êtes plus sage que tout le monde enscmhle.

— Monsieur Tyrrel, j'ai fini. J'ai prévu de fâcheuses conséquences , et je suis venu amicalement vous en avertir. Je me flattais qu'une

(,<i CAL EU WILLIAMS.

explication franche n'aurait l'ait que ramener entre nous la bonne intelligence. Je vois que je nie suis un peu trompé; mais je crois encore pourtant que, quand vous réfléchirez de sangfroid à ce qui s'est passé entre nous, vous li niiez par rendre justice à la pureté de mes vues, et par sentir que ma proposition n'était pas déraisonnable. »

M. Falkland se retira. Dans tout le cours de cet entretien, il s'était conduit, sans doute, de manière à inspirer une véritable confiance dans ses paroles. Avec cela, son caractère bouillant n'avait pas été sans effet dans cette scène, et, dans les moments mêmes où il avait fait voir le plus de retenue, il y avait dans sa manière une sorte de hauteur qui ne pouvait manquer d'irriter son adversaire; l'élévation qu'il déployait, esi se montrant maître de lui, était une espèce de reproche indirect. Les plus nobles sentiments lui avaient dicté cette démarche; mais, sans contredit, elle n'eut d'autre effet que d'envenimer la plaie qu'il s'agissait de guérir.

Quant à Aï. Tyrrel, il recourut à sa ressource ordinaire, et alla se débarrasser dans le sein de son confident des idées tumultueuses qui le tourmentaient. « Voilà encore, disait-il, une non velle ruse de cet homme pour prouver sa pré-

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