CHAPITRE VI
à lui retirer entièrement leur appui. Son mari s'était trouvé n'être qu'un véritable aventurier; il avait dissipé toute la fortune de sa femme, que la haine irréconciliable de la famille avait diminuée fort au-dessous de ses espérances, et f infortunée était morte de douleur. Sa fille était restée encore enfant sans aucune ressource au monde. Dans cette situation, les personnes auprès desquelles elle se trouva être placée parvinrent à obtenir de Mrs. Tyrrel qu'elle reçût cette jeune orpheline dans sa maison. En équité, peut-être celle-ci avait droit à celte portion de fortune dont sa mère avait été privée par son imprudence, et qui était allée grossir la part de la ligne masculine. Mais cette idée n'était jamais venue dans la tête ni de la mère, ni du fils : Mrs. Tyrrel s'imaginait faire un acte signalé de bienfaisance en donnant à miss Emilie, dans sa maison, une sorte d'état équivoque, qui n'était pas précisément une situation de domesticité, mais qui n'était pas non plus ce qu'aurait pu attendre une personne de la famille.
Cependant l'orpheline n'avait pas essuyé d'abord toutes les mortifications auxquelles sa situation pouvait l'exposer. Mrs. Tyrrel était impérieuse et hautaine, mais n'avait pas un
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mauvais cœur. La femme qui gouvernait la maison sous le titre de femme de charge était une personne qui avait autrefois vécu dans l'indépendance, et qui était d'un caractère droit et aimable. Elle conçut de bonne heure de l'amitié pour la petite Emilie, qui, dans le fait, était presque exclusivement abandonnée à ses soins. De son côté, Emilie répondit de tout cœur à l'affection de son institutrice, et apprit avec la plus grande docilité tout ce que Mrs. Jakcman pouvait lui enseigner. Mais par -dessus tout, elle prit d'elle son caractère franc et enjoué. Comme Mrs. Jakeman, elle s'accoutuma à voir tous les événements de la vie du côté le plus agréable et le plus consolant. Aucune pensée indélicate ne souillait cette àme naïve, et elle n'avait aucun besoin de déguiser ses sentiments. Outre les avantages qu'Emilie retirait des soins de Mrs. Jakeman , elle avait encore la permission de prendre des leçons des maîtres qui venaient à Tyrrel-Place pour l'éducation de son cousin ; et, comme le jeune gentillâtre avait toujours quelque indisposition de commande pour se dispenser de les écouter, ils n'auraient eu pour l'ordinaire rien à faire au logis sans la présence de miss Melville. Mrs. Tyrrel encouragea donc pour cette raison