CHAPITRE VI
les études d'Emilie; elle se figurait (railleurs que cet exemple de docilité et d'instruction agirait sur son bien-aimé Barnabas, seul mobile indirect qu'elle se permît d'employer avec lui, prévenant toute punition et ne devinant pas que la littérature et la science avaient des attraits par elles-mêmes.
Emilie, à mesure qu'elle croissait en âge, développa une extrême sensibilité, qualité qui aurait été, dans sa situation, une source de peines continuelles, sans sa grande douceur et la facilité de son caractère. Elle était loin d'être ce qu'on peut appeler une beauté. Sa taille était peiite et commune, son teint celui d'une brune, et son visage assez marqué de petite-vérole pour avoir perdu le poli et le velouté de la peau, mais non pas assez pour avoir perdu son expression. Quoiqu'elle ne fût pas jolie, elle avait pourtant quelque cliose de singulièrement intéressant. Sa figure respirait à la fois la santé et la délicatesse; ses longs sourcils noirs se pliaient avec facilité aux divers mouvements de son âme , et ses regards portaient à la fois l'empreinte d'un discernement actif et d'une franchise enjouée. L'instruction qu'elle avait reçue, étant le fruit du hasard et des circonstances, l'avait bien exemptée des défauts qu'entraîne l'igno-
rance, mais non pas de celle sorte d'ingénuité naturelle qui annonce une âme incapable, de songer au mal ou d'en soupçonner cbez les autres. Elle amusait, sans paraître penser à la finesse et à la justesse de ses observations; ou plutôt, n'ayant jamais été gâtée par dès éloges, elle brillait de ses qualités naturelles, suivait les inspirations d'un jeune cœur et d'un sens droit, sans songer le moins du monde à se faire remarquer ou admirer.
La mort de sa tante apporta très-peu de changement à sa situation. Cette dame prudente, qui aurait presque eu peur de commettre un sacrilège si elle eut regardé miss Melville comme un rejeton de la souche des Tyrrcis, ne fit pas d'autre mention d'elle dans son testament que de la porter simplement pour une somme de cent livres sterling à l'article des legs des domestiques. Kmilie n'avait jamais été admise dans l'intimité et la confidence de Mrs. Tyrrel; et le jeune squire, sous la protection duquel elle passait, semblait disposé à la traiter même avec plus d'égards que n'avait fait sa mère. Il l'avail vue croître sous ses yeux, et, quoiqu'il n'y eût guère (jue six ans de différence entre eux, i! avait pris une sorte d'intérêt paternel à son sort. L'habitude la lui avait rendue comme néces-