CHAPITRE VI
saire, et dans tous les intervalles de la chasse et de la table, il se trouvait isolé et ennuyé quand la compagnie de miss Melville lui manquait. Toutefois la parenté qui les unissait et le peu de beauté d'Emilie empêchaient qu'il eût jamais pensé à jeter sur elle un regard de désir. Les talents qu elle avait étaient du genre le plus ordinaire et le plus superficiel; c'était la danse et la musique. Les dispositions qu elle montrait pour le premier de ces talents avaient engagé M. Tyrrel à lui donner quelquefois la place vacante dans son carrosse quand il allait à rassemblée du canton ; car sous quelque point de vue qu'il jugeât à propos de la regarder, il pensait que sa servante même, introduite par lui, devait trouver place, sans nulle difficulté, dans le cercle le plus brillant. Comme musicienne, Emilie servait souvent à le distraire; elle avait de temps en temps l'honneur de l'endormir avec un air, au retour de la chasse; et, s'étant aperçue qu'il n'était pas insensible à la musique, elle en lirait parti pour adoucir quelquefois les agitations auxquelles son humeur sombre le rendait si sujet. Au total, on pouvait la regarder comme une espèce de favorite. C'était à sa médiation qu'avaient coutume de recourir les domestiques et tenanciers qui avaient encouru le déplaisir
ss CALEB WILLIAMS
île leur maître; elle était la compagne privilégiée qui pouvait impunément approcher le lion rugissant Elle lui parlait sans craiute; et, comme ses prières partaient toujours d'un bon cœur et d'une àmo désintéressée, même en la refusant, M. Tyrrel adoucissait encore la sévérité de ses ! rails, et se contentait de sourire de sa présomption.
Telle avait été pendant quelques années la situation de miss Melville : traitée avec tant de clémence par son farouche protecteur, elle avait terme les yeux sur ce qu'il y avait de précaire sur sa destinée. Mais depuis rétablissement de \ï. Falkland dans le voisinage, le caractère toujours brutal de M. Tyrrel avait pris un nouveau degré de férocité. Depuis ce temps, il arrivait souvent que la pauvre cousine était traitée plus rudement qu'à l'ordinaire; les petits soins et les badinages qu'elle avait coutume d'empioyer ne réussissaient plus de même, et quelquefois M. Tyrrel se retournait vers elle avec un regard (\uv et impatient qui la faisait trembler. Cependant ces accès d'humeur cédaient bien vite ;'i son enjouement naturel, et elle revenait à ses anciennes habitudes.
Enfin, une circonstance vint contribuer à augmenter encore l'aigreur de M. Tyrrel, et