‹ Caleb Williams, ou, Les choses comme elles sontChapitre 50 sur 130 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

coula plus d'une heure dans l'intervalle. Miss Melville n'avait jamais eu l'occasion de voir si bien M. Falkland; et le spectacle de tant d'humanité, de générosité, de courage et de justice, de tant de vertus réunies enfin dans un homme, était aussi nouveau que séduisant pour elle. Elle éprouvait aussi une secrète confusion en songeant à la manière dont elle avait agi au moment où AI. Falkland était venu à son secours; et ce trouble, joint à ses autres émotions, y ajoutait un charme qui les portait jusqu'à l'ivresse. Elle ne fut pas plutôt arrivée au château, que M. Tyrrel courut pour la recevoir. Il venait d'apprendre le triste événement qui avait eu lieu dans le village, et il tremblait pour son aimable cousine. Sa vue lui causa une de ces émotions involontaires qui sont communes à presque tous les individus de l'espèce humaine. 11 était tourmenté de la crainte qu'Emilie ne fût victime d'une catastrophe survenue au milieu de la nuit. Agréablement rassuré à sa vue, il la serra dans ses bras avec cette joie réelle qui succède à une effrayante incertitude. Emilie ne se vit pas plutôt rendue au lieu de sa demeure qu'elle oublia tout ce qu'elle avait souffert; dans l'exaltation de ses esprits, sa langue ne se lassait pas de parler de son danger et de sa déli-

s CALKB WILLIAMS.

vrance. Kilo avait déjà plus d'une fois mis M. Tyrrel à la torture par les louanges qu'elle prodiguait innocemment à M. Falkland; mais ce n'était rien en comparaison de son enthousiasme. L'amour n'agissait pas sur elle dans celte circonstance, comme il eut fait sur une personne accoutumée à rougir, et qui aurait eu dans le cœur moins d'innocence. Elle exalta l'activité de Falkland, sa promptitude à concevoir, sa prudence courageuse à exécuter. Dans son récit naïf, tout était féerie et enchantement; on y voyait un génie hienfaisant qui surveillait et dirigeait tout; mais on ne pouvait rien deviner des moyens humains qui avaient servi à l'accomplissement de ses desseins.

M. Tyrrel écouta pendant quelque temps avec patience les effusions de ce cœur innocent; il supporta même d'entendre applaudir l'homme duquel il venait de recevoir un tel service. Mais, par trop d'amplification, le récit finit par lui déplaire, et il ne put s'empêcher d'y mettre un terme par une remontrance un peu dure. Prohahlement lorsqu'il le repassa dans sa mémoire il le trouva encore plus insolent et plus insupportable qu'il ne lui avait paru à l'entendre ; le premier mouvement de reconnaissance était effacé : mais les louanges hyperboliques qui

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