CHAPITRE Vil
derez peut-être, mais peu m'importe : l'orgueil a besoin de temps en temps d'une petite mortification. S'il vous arrivait de faire quelque sottise, ce serait moi qui en porterais le blâme. »
Le ton dont parlait M. Tyrrel était si différent de celui auquel miss Melville était accoutumée, qu'elle se sentit tout à fait hors d'état de rien comprendre à ce qui se passait. Quelquefois il lui venait dans l'idée qu'il avait formé réellement le projet de la réduire à une situation dont elle ne pouvait même pas soutenir la pensée ; mais elle rejetait bien vite ce soupçon comme indigne de son parent, et finissait par conclure que c'était seulement une tournure qu'il avait prise pour la mettre à l'épreuve. Toutefois , elle résolut de consulter sa fidèle amie, Mrs. Jakeman, à qui elle raconta tout ce qui s'était passé. Mrs. Jakeman vit les choses autrement qu'Emilie ne se les était figurées, et elle trembla pour la tranquillité future de sa chère pupille.
u Bon dieu , ma chère maman ! s'écria Emilie (c'était le nom qu'elle aimait à donner à la bonne femme de charge), sûrement vous ne pouvez pas croire ce que vous dites... Mais cela m'est égal; il arrivera ce qui pourra : je n'épouserai pas M. Grimes.
MM GALEB WILLIAMS.
— Mais que ferez-vous pour l'empêcher?
mon maître vous y obligera.
— Gomment ! Croyez-vous parler à un enfant ! NP est-ce pas moi, et non M. Tyrrel, à qui on veut donner ce mari? Pensez-vous que je laisserai personne choisir un mari pour moi ? Je ne suis pas assez simple pour cela.
— Ah! Emilie, vous connaissez bien peu les désavantages de votre situation. Votre cousin est un homme violent, et il est capable de vous mettre hors de chez lui si vous le contrariez.
— Oh ! maman, ce n'est pas bien à vous de parler comme cela ; je suis sûre que M. Tyrrel est un bien bon parent, quoique de temps en temps un peu brusque. Il sait fort bien que dans une affaire comme celle-ci j'ai droit d'avoir ma volonté, et l'on ne punit pas les gens de faire ce qu'ils ont droit de faire.
— Oui, cela ne devrait pas être, ma chère enfant, mais il y a des hommes bien méchants et bien tyrans dans le monde.
— A la bonne heure, mais je ne croirai jamais que mon cousin soit un de ces hommes-la.
— J'espère comme vous.
— Et puis, quand cela serait. Eh bien, certainement je serais très-fâchée de lui faire de la peine.