CHAPITRE IX
de colère, en me menaçant de son fouet Je
ferai pour mon maître tout ce qu'il sera de son bon plaisir de in ordonner, comme le doit un honnête fermier; mais je ne peux pas donner mon vote à un homme qui m'a menacé de me donner des coups de fouet... Et pourtant, n'en déplaise à Votre Honneur, voilà que moi, ma femme et mes trois enfants, nous allons être jetés à la porte, et Dieu me pardonne si je sais comment leur avoir du pain. Je suis un pauvre laboureur qui ai travaillé toute ma vie, à qui on n'a rien à reprocher, que je sache, et sûrement cela est bien dur. Le squire Underwood me renvoie de sa ferme; et, si Votre Honneur n'a pas la volonté de me prendre, je ne vois pas un des gentilshommes du canton qui veuille de moi, de peur, disent-ils, d'encourager leurs fermiers à devenir des rebelles. »
Cette dernière représentation ne laissa pas de faire effet sur M. Tyrrel.
a Bien, bien, l'ami, reprit-il; nous verrons ce qu'on peut faire. L'ordre et la subordination sont de fort bonnes choses; mais il faut aussi que les maîtres sachent se conduire. D'après le récit que vous me faites, je ne trouve pas que vous soyez tant à blâmer. Marlow n'est qu'un fat, plein d'impertinence : voilà la vérité;
el quand un homme ne se respecte pas, ma foi, tant pis pour ce qui lui en arrive. Je liais comme la peste tous ces faquins francisés, et j'avoue que je ne suis pas trop content de voir mon voisin Undervvood prendre le parti de ce drôlelà. Hawkins..., n'est-ce pas là votre nom?... Eh bien! allez demain trouver Barnes, mon intendant, et il vous parlera de ma part. »
En disant cela, M. Tyrrel se rappelait qu'il avait une ferme vacante, à peu près de la même valeur que celle qui avait été louée à Hawkins par M. Underwood. Il consulta aussitôt son intendant, et, trouvant l'affaire convenable sous tous les rapports, Hawkins fut sur-le-champ admis au nombre des fermiers de M. Tyrrel. M. Underwood fut vivement piqué de ce procédé, que personne autre que M. Tyrrel n'eût osé se permettre, comme étant contraire aux usages reçus entre gentilshommes de campagne. Il dit que, si l'on encourageait les fermiers dans des actes de désobéissance aussi inexcusables, il n'y avait plus de règle ni de bon ordre à espérer. Il n'était pas question ici de tel ou tel candidat, vu que tout gentilhomme vraiment ami de son pays devait préférer de succomber dans une élection plutôt que de faire une pareille chose, qui ne manquerait pas, si elle pas-