‹ Caleb Williams, ou, Les choses comme elles sontChapitre 86 sur 130 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

qu'il a dit lui-même depuis, fut de l'éviter; mais voyant qu'il fallait passer devant lui, il s'imagina qu'il y aurait de la faiblesse et une sorte de désertion de son devoir de ne pas lui manifester ses sentiments dans cette circonstance.

u M. Tyrrel, lui dit-il sans autre préambule, j'ai eu le malheur d'apprendre quelque chose qui me fait vraiment de la peine.

— Gela se peut bien, monsieur; mais qu'estce que cela me fait, s'il vous plaît?

— Beaucoup, monsieur. 11 s'agit d'un de vos fermiers, du malheureux Hawkins. Si votre intendant a agi sans votre autorisation, je crois qu'il est est à propos de vous informer de ce qu'il a fait ; et s'il a été autorisé par vous , je vous engage de tout mon cœur à réfléchir un peu plus aux suites de cette affaire.

— M. Falkland , vous feriez tout aussi bien de vous occuper de vos propres affaires, et de me laisser faire les miennes. Je n'ai pas besoin de mentor, je vous en avertis.

— Vous vous méprenez, M. Tyrrel, je m'occupe de mes affaires. Si je vous vois près de tomber dans un précipice, c'est mon affaire de vous en retirer et de vous sauver la vie. Si je vous vois dans votre conduite marcher dans une

voie fausse et injuste, c'est mon affaire de vous indiquer la bonne, et de vous sauver l'honneur.

— Pardieu ! monsieur, allez porter vos lieux communs ailleurs ! Cet homme est-il à moi ou non? Ma terre est-elle ma terre? si elle est ma terre, ne suis -je pas le maître d'en faire ce qu'il me plaît? Monsieur, je paye à l'état pour ce que je possède ; personne ne peut dire que je lui doive un penny et je ne me mettrai pas sous votre tutelle ni sous celle de qui que ce soit au monde, entendez-vous?

— 11 est très-vrai, M. ïyrrel, reprit M. Falkland, sans s'occuper de répondre à ces derniers mots, qu'il y a une distinction de rangs dans la société. Je crois que cette distinction est une très-bonne chose, et qu'elle est indispensable pour maintenir la paix dans la société ; mais quelque nécessaire qu'elle soit, nous ne pouvons nier qu'il en résulte pour les ordres inférieurs un lourd fardeau à supporter. N'cst-il pas bien pénible de songer qu'un homme est appelé par sa naissance à jouir de toutes les aisances et de toutes les superfluités , tandis qu'un autre, sans avoir le moins du monde démérité, n'aura pour son lot que travail et que privations, et cependant que c'est une chose

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