CHAPITRE \. 1SÔ
disant cela, elle s'avança à la porte de la chambre du fond où Emilie était couchée; mais dès que cette porte fut ouverte, au lieu d'attendre que la mère parût, l'huissier entra avec la petite fille.
Mrs. Hammond leva les yeux.
« Qui êtes-vous? dit-elle; que demandezvous? Chut, pas de bruit !
— Il faut que je parle à miss Melviile.
— Cela ne se peut pas. Dites-moi de quoi il s'agit. La pauvre fille a eu la tète perdue toute la journée. Elle ne vient que de s'endormir, et il ne faut pas troubler son repos.
— Cela m'est égal. J'ai des ordres à exécuter.
— Des ordres! de quelle part? Que voulezvous dire?n
A ce moment Emilie ouvrit les yeux.
« Quel bruit faites-vous donc là? dit-elle : j'espérais que vous me laisseriez un peu dormir.
— Miss , il faut que je vous parle. Je suis porteur d'une sentence rendue contre vous à la requête du squire Tyrrel, pour onze cents livres sterling, s
A ces mots, Mrs. Hammond et Emilie restèrent muettes. Celle-ci n'était guère en état de
rien comprendre à ce qu'on lui disait; et quoique Mrs. Hammond comprît un peu mieux le langage de l'huissier, quand elle voulait lier des idées aussi étranges que celles qui la frappaient , elle ne pouvait guère mieux percer ce mystère.
« Une sentence! Comment pourrait-elle devoir à M. Tyrrel ? Une sentence contre un enfant!
— Ce n'est pas à nous qu'il faut faire toutes ces questions-là. Nous n'agissons que d'après des ordres. Tenez, voilà notre titre. Voyez cela.
— Seigneur tout-puissant! s'écria Mrs. Hammond. Qu'est-ce que cela veut dire? Il n'est pas possible que ce soit M. Tyrrel qui vous ait envoyé.
— Ma bonne dame, point de mauvais propos. Savez-vous lire?
— Tout cela est une ruse! c'est un faux papier! c'est un détour infâme pour enlever cette jeune demoiselle de mes mains, les seules où elle soit en sûreté. Procédez à vos risques et périls.
— Ne vous inquiétez pas, c'est bien ce que j'entends. Ilapportez-vous-en à moi, allez, je sais ce que je fais.