II
1 T septembre. — [Malva augustiflora). Saint Lambert.
Le patron de Liège, mort vers Tan 709, est un des saints les plus vénérés de la Belgique. Cent trente-quatre églises lui sont consacrées, et sa fête se célébrait autrefois partout avec la plus grande solennité. La procession qui avait lieu ce jour à Liège était une des plus magnifiques de tout le pays. Jusqu'à Tépoque où la principauté de Liège fut rayée de la liste des États européens, les seize chambres, chacune composée de trente-six membres, substituées par un règlement qui date de 1684, aux trente-deux métiers et représentant la généralité de la bourgeoisie, s'assemblaient chaque année à la Sainte Lambert, pour l'élection de la magistrature. L'élection de l'un des deux bourgmestres appartenait au peuple, celle de l'autre au prince; l'un était plébéien, l'autre tiré de la noblesse. Les noms des trois citoyens qui réunissaient le plus de voix, étaient jetés dans une urne pour être tirés au sort, et celui dont le nom sortait le premier, était proclamé bourgmestre.
Les noms des trois candidats proposés par le prince, étaient, de la même manière, tirés au sort.
Cette opération terminée, le nom des élus était annoncé au peuple par les trompettes de la ville et le peuple y répondait par des acclamations. On courait chercher les nouveaux magistrats et on les amenait à Téglise de Saint-Jacques.
C'est là que l'on gardait les anciennes chartes de la ville et que les bourgmestres prêtaient serment de fidélité aux franchises de la commune. On montre encore dans l'église le double escalier en spirale travaillé d'une manière ingénieuse qui conduisait les deux chefs de la ville à la petite tribune du haut de laquelle ils devaient
prononcer leur serment, sans qu'ils dussent se rencontrer, ni céder le pas Tun à l'autre (1).
Dans le duché de Limbourg, on aime à semer le blé en ce jour, qui passe pour être heureux.
Le dimanche après la fête de saint Guidon est le jour de l'ancienne kermesse à Anderlecht; les cérémonies qui y avaient lieu étaient les mêmes que celles du lundi de la Pentecôte, époque actuelle de la grande kermesse (2).
Le dimanche après l'octave de la fête de saint Guidon avait lieu à Anderlecht, la procession solennelle de la confrérie de ce saint, dont, ce jour-là, la châsse était portée dans l'église, accompagnée du clergé et du peuple. Cette confrérie fut instituée par l'archevêque Boonen, le 24 août 1631. L'infante Isabelle, s'en déclara la protectrice et le pape Alexandre VIII lui accorda des indulgences. A la tête de la confrérie étaient deux prévôts, nommés par le curé et les membres ; chaque année, l'un d'eux sortait de fonctions (3).
1 © septembre. — {Aster pendulus.) Saint Joseph de Cupertioo , sainte Sophie; saint Thomas à Villanova.
A Verviers se célèbre l'anniversaire du prodige que l'on attribue à l'image de Notre-Dame de Miséricorde, honorée dans l'église des Pères Récollets.
Le 18 septembre 1692 les secousses d'un terrible tremblement de terre effrayèrent presque toute l'Europe. Les habitants de Verviers
(0 Bovy, t. F, 492-3; U Meuse belge, p. 2Î0.
(2) Coremans, p. 87.
reconnaissant rinutilité de toutes les précautions coururent se prosterner aux pieds d'une statue de la Vierge, placée alors au frontispice de Téglise des Récollets. Cette statue tenait un sceptre dans la main gauche et dans la droite Tenfant Jésus ; tous deux avaient la face tournée vers les suppliants. Quand cessa le tremblement de terre, la position de la statue était entièrement changée. L*enfant Jésus s'était retourné vers sa mère et fixait sur elle des regards de tendresse; ses mains ramenées sur le sein de la Vierge semblaient y être retenues par elle. Plus de six cents personnes vinrent à cette époque témoigner par écrit de la vérité de ce fait, et les chroniques ajoutent que pendant toute la durée du désastre on vit la statue changer plusieurs fois de visage et agiter les lèvres comme une personne qui prie avec ferveur. Depuis cette époque cette image porte le nom de <( Mère de Miséricorde. » En son honneur on érigea, dès Tannée 1698, dans Téglise des Récollets une confrérie sous le titre de Notre-Dame de Miséricorde, confrérie qui fut gratifiée de nombreuses indulgences par bref apostolique du 28 juin 1698. Un autre bref du pape Clément XII daté du 3 décembre 1739, accorda une indulgence plénière à tous ceux qui visiteraient Téglise des RécoUels le 18 septembre, jour anniversaire du prodige que nous avons rapporté (1).
19 «eptembre. — [Scabiosa êuccisa). Saiot Janvier; sainte Constance.
Fête de Notre-Dame de la Salette dans toutes les chapelles où Ton honore la Vierge sous cette invocation (2).
W DeReume, p. ÎÎ9-Î30.
(2) Diest, I, 254.
A Diest la chambre de rhétorique du Lis (de Leliebloem) faisait célébrer chaque année, le 19 septembre, une messe à laquelle elle assistait « in corpore. » Une rente annuelle de cinq florins en charge de Norbertas Michiels à Scherpenheuvel était allouée à cette messe.
90 septembre. — (Coîchicum autumnale ) Saint Eustache, auquel les églises de Sichem, près de Diest, et de La Gleize (Roannes), dans le doyenné de Stavelot sont consacrées.
A Ostende on fête ce jour un jubilé en commémoration de la capitulation de la ville au prince Albert après le fameux siège qui dura trois ans. Ce fut surtout celui de cent cinquante ans que Ton célébra en 1754 avec la plus grande solennité. On érigea des arcs de triomphe, on décora toutes les maisons et on illumina la ville ce qui attira une immense affluence d'étrangers (1).
A Vliermael, grande paroisse du doyenné de Looz dans le diocose de Liège on célèbre la fête de saint Agapite, patron de Téglise.
91 septembre* — {Passiflora cilcata.) Saint Mathieu.
Saint Mathieu, que dans plusieurs villes, entre autres à Mons, -à Namur, etc., les ébénistes et les menuisiers ont adopté pour patron. Son jour est un grand jour de sort, mais il s'y attache des idées
(f) Boweost, II, p. 129.
pénibles. Car c'est le a winterdag, » jour d'hiver, que se célébrait jadis la fête de l'équinoxe d'automfie.
A minuit les jeunes filles se rendent près d'un ruisseau. L'une porte une couronne de pervenche, ou de roses de Notre-Dame entrelacée de lierre. Une autre porte une couronne de paille, une troisième lient en main une poignée de cendres. Ces trois objets doivent être jetés dans un vase rempli de Teau du ruisseau.
Puis les filles, les yeux bandés, dansent trois fois autour du vase, Tune après l'autre et silencieusement se baissent et saisissent dans l'eau soit la couronne de pervenche, qui est la couronne nuptiale, soit celle de paille, couronne de malheur, soit enfin des cendres symbole de mort. Dans le premier cas la jeune fille continue à interroger l'avenir en jetant dans l'eau des grains d'orge, qui signifient des garçons, et en observant avec la plus grande attention comment ses grains se réunissent ou se séparent.
D'autres jettent à minuit dans l'eau trois feuilles marquées qui désignent le père, la mère et la fille. La feuille qui s'engloutit la première annonce la mort de la personne qu'elle désigne (1).
A Huy on célébrait jadis ce jour-là une fête libre pour « tous allants et tous venants » en commémoration de la dédicace de l'église du Neufmostier (2), qui eut lieu le 21 septembre H33. Cette fête commençait chaque année, la nuit qui précédait le jour de Saint Mathieu, dans le cloître du couvent et dans le champ attenant à
(!) Coremans, p. 34, 87,88. Wolf, II, 372.
(2) Celte église du Neufmostier, dédiée au SaiDl-Sépulcre, jouissait jadis d'un privilège assez singulier; tous ceux qui, ayant fait vœu de faire le pèlerinage de Jérusalem, ne pouvaient, faute d'argent, de temps ou par tout autre empêchement physique, s'acquitter de leur promesse, avaient en vertu d'un bref octroyé par le patriarche de Jérusalem et les chanoines du Saiut-Sépulcre, la latitude de s'acquitter dans celte église, avec jouissance pleine et entière de toutes les grâces attachées au pèlerinage (i).
(i; Gorrissen, p. 76.
l'église; elle durait huit jours et était appelée la a neuf feste, » nouvelle fêle, par opposition k celle du vieux monastère. Mais en 1273, celte fête populaire, dont les joyeux ébats troublaient le sommeil des moines, fut rendue par eux avec toutes les franchises et tous les droits y attachés, aux échevins, aux jurés et à toute la communauté de la ville, et transférée à la nuit de Saint-Remi (1).
A Tronchiennes on célèbre le même jour, la fête de Saint-Gérulphe, patron de cette commune. Ce Saint, que le peuple invoque surtout contre les fièvres, naquit à Merendré, village situé à deux lieues de Gand, dont Luilgilde, père de Gérulphe était alors seigneur. Dès sa première enfance, Gérulphe se distingua par sa piété. Un jour il se rendit à Gand avec une joie indicible pour y recevoir le sacrement de confirmation dans Tabbaye de Saint-Pierre; en retournant chez lui il passa près du sanctuaire de Marie, que Saint- Amand avait fondé à Tronchiennes, et demanda à son parrain qui l'accompagnait, la permission de saluer la Vierge. Il l'irrita même tellement par sa prière prolongée qu'en le revoyant, le parrain plongea son épée dans la poitrine de son filleul. Le jeune martyr eut à peine le temps de pardonner à son meurtrier et de demander à son père qui accourut en hàle pour recevoir le dernier soupir de son fils, que son corps fût enseveli près du sanctuaire de Marie et son bien donné à Tabbaye de Tronchiennes. Il mourut le 21 septembre 748.
Ses restes reposèrent toutefois quelque temps à Merendré et, tous les ans encore, on y a le soin pieux de joncher de fleurs le lieu de sa tombe. Les miracles se multiplièrent, quand ses reliques furent transférées à l'abbaye.
La confrérie qui y est érigée en l'honneur de la Vierge et de Saint Gérulphe, comptait en 1861 plus de deux mille membres. Renouvelée en 1629, elle fut favorisée par Urbain VIII de beaucoup
(I) Gorrissen, p. 75-6.
d'indulgences, surtout pour la célébration de la fête du saint qui a lieu le 21 septembre (1).
I^lè septembre* — {Bolettis arboreus.) Saiot Maurice, patron des teinturiers, auquel vingt-trois églises sont consacrées.
On ne sème pas de froment le jour de sa fêle, car il ne tarde pas à roussir (2).
A Gand, les Bénédictines anglaises célébraient l'anniversaire de la fondation de leur couvent, qui eut lieu en 1623.
Les religieuses étaient venues de Bruxelles, et fournirent, à leur tour, des sujets au couvent dTpres, qui existe encore aujourd'hui et qui est connu sous le nom de maison des dames irlandaises. Les religieuses s'y sont vouées avec succès à l'éducation (3).
f^3 eeplembre. — {Aster dumotus.) Saint Lin ; sainte Thècle.
A Bruxelles, commencent ce jour les fêtes dites « de Septembre » qui illustrent chaque année l'anniversaire de la révolution de
(1) Het Leven en de Miraekelen van den heyligen en glorieusen Martelaer Gerulphus, patroon van de vermaerde prochie van Dronghen. Cent, ^843.— DeSmot, M.d.M.,p. 47-49.
(î) Coremans, p. 88; R. P , IV, 22.
Un service funèbre, célébré avec la plus grande solennité dans Téglise des SS. Michel et Gudule, en mémoire des citoyens morts pour la défense de leurs droits, ouvre les réjouissances qui durent quatre jours et dont le programme varie toutes les années.
«it septembre* — [Agaricus fumetarius,) Saint Gérard; fêle de Notre- Dame de la Merci ou de la Rédemption des captifs.
Cette fête se célèbre en mémoire des bienfaits rendus au christianisme par rOrdre de la Merci, dont les membres ont donné de nombreux exemples de dévouement héroïque.
Vers Tan 1200, les Sarrasins jetaient la terreur dans toute la chrétienté en réduisant en esclavage tout chrétien qui tombait entre leurs mains. II se forma, le 10 août 1218, sous Tinvocation et la protection de la Vierge, une association d'hommes qui se dévouèrent au rachat des prisonniers faits par les Musulmans. Ce fut Tordre de la Merci ou de Notre-Dame de la Merci. Ses membres recueillaient des aumônes pour payer les rançons; lorsque l'argent venait à manquer, on vit plus d'une fois des religieux de cet ordre prendre euxmêmes la place des esclaves, pour les faire jouir de la liberté (1).
Les vierges honorées sous le nom de Notre-Dame de la Merci dans l'église paroissiale d'£ecloo,.dans l'église Saint-Jean de Malines, dans l'ancienne collégiale Notre-Dame de Namur et dans l'église Saint-Quentin de Tournai rappellent encore aujourd'hui le souvenir de cette pieuse institution (2).
W Cornet, p. 249-250.
»» «eptembre. — (Ho/e/tis bovinun). Saint Firmin, évoque, auquel quatre églises sont consacrées.
A Louvain, les Chartreux faisaient depuis 1824 les vigiles de la messe solennelle de requiem pour Philippe le Bel; ils devaient les célébrer, pendant 60 ans, le 26 septembre, conformément à la condition sous laquelle Charles-Quint leur remit en 1824 le restant d'une somme qu*ils lui devaient.
Le couvent des Chartreux fondé en 1474 et richement doté en 1489 par les libéralités de Marguerite, veuve de Charles le Téméraire, de Marie Madeleine de Hamal, veuve de Guillaume de Croy, et de plusieurs autres personnes fut supprimé par Joseph II et servit depuis de magasin. Mais, en 1793, quelques caissons de poudre y sautèrent et endommagèrent les bâtiments à tel point qu'ils ne ressemblent plus qu'à une ruine (1).
t^e septembre. — (Soîidago gigantea.) Saint Cyprlen; sainte Justine.
A Tournay, se célèbre la fête de Notre-Dame de la Victoire.
En 1340, une guerre ayant éclaté entre la France et l'Angleterre, la ville de Tournay se vil bloquée par une armée de 120,000 hommes commandée par Edouard, roi d'Angleterre, les comtes de Hainaul et de Juliers, le duc de Gueldre et Jacques Van Artevelde; les habi-
(1) Piot,p.264-6.
lanls porlèrenl les clefs de leur ville dans Téglise de Notre-Dame et invoquèrent la Vierge pour qu'elle les délivrât des ennemis qui les assiégeaient depuis quarante jours. Leurs prières furent exaucées.
Bien que les Tournaisiens fussent tellement à bout de provisions qu'à peipe il leur restait des vivres pour trois jours, le siège fut levé subitement.
Le mardi après la fête de saint Mathieu se tient à Âth une foire durant laquelle « nulz manans dudit pays d'Haynaut n'y pourroit estre retenus n'y arrestez pour délites, ne fut que le débiteur se fut obligé durant la dicte foire. » Ce privilège avait été octroyé par le duc Albert de Bavière, comte de Hainaut, l'an 1368 et confirmé l'an 1450 par le duc Philippe de Bourgogne. Un aigle dressé sur le marché indiquait la durée de ce franc marché.
5tT septembre*— {Aster multiflorus.) Saints Côme et Damien, patrons des coiffeurs, barbiers et chirurgiens.
A Vilvorde, le métier des barbiers ou chirurgiens ne fut organisé que par une ordonnance, du magistrat en date du 5 mai 1688 (1). Celui de Bruges est beaucoup plus ancien, puisqu'il fut obligé, dès l'an 1334 de se pourvoir d'une fosse à sang plus large. D'après les statuts de leur métier, il était défendu aux barbiers de raser ou de tondre le jour ou la veille d'une fêle. Aux repas communs que les barbiers de Bruges donnaient le jour du Saint-Sang et le jour de leur fête patronale, chaque assistant devait payer, suivant une ordonnance de l'an 1817, six gros; celui qui n'y prenait pas part, trois gros ou a grooten » (2).
(2) GaiUard, p. ns-na.
Outre les chapelles que dans les différentes villes, les métiers des barbiers ont dédiées à leurs patrons, il y a cinq églises consacrées aux saints C6me et Damien.
I^H septembre* — {Solidago sempervirens.) Saiot Wenceslas ; Fêle de dédicace de Notre-Dame de Cambron dans le Hainaot.
A Nivelles, la veille de saint Michel, on bénissait, après Toffice, dans Téglise de Sainte-Gerlrude, des bâtons peints en couleur que la plus jeune des chanoinesses distribuait ensuite aux autres chanoinesses, aux chanoines, au magistrat et à quelques personnes assistant à Toffice. Quand la distributrice était dans la première année de ses vœux, les bâtons étaient ornés de rubans et de cocardes (1).
1^9 septembre. — {Àiter lrade¥canU.) Saiot Michel.
L'archange saint Michel, <c praepositus paradisi » le préposé du paradis, comme on le nommait déjà dans les premiers siècles de rÉglise, est très-vénéré en Belgique. Les villes d'Anvers, de Brée, de Bruxelles, de Namur, de Neufchâleau, de Roulers, de Thourout et de Waulsort l'honorent comme leur patron (2); quarante-huit
(I) Schayes,p. 455.
^) Piot,T.A.,p. 10.
^lises lui sont dédiées, et plusieurs associations I*ont pris pour patron. Dans Torigine, I*Église célébrait deux fêtes en son honneur : le 15 mars et le 8 mai. Le concile de Mayence, en 813, en institua encore une troisième fixée au 29 septembre. La première fête perdit bientôt de son importance, la seconde ne se maintint que dans les calendriers et les livres d*office, et la troisième devint la fête principale, d'autant plus que sa célébration tombait dans le temps jadis sacré où les anciens Saxons faisaient leurs grands sacrifices (1). C'est ce qui explique aussi le grand nombre d'idées et de pratiques populaires qui s'attachent encore à la Saint-Michel.
Les filles mêlent des noix évidées, mais soigneusement refermées avec des noix pleines ; puis, fermant les yeux, elles en prennent une au hasard. Celle qui en tire une pleine aura bientôt un mari, car c*est saint Michel qui donne les bons maris (2).
Les paysans ouvrent ce jour les noix de galle ou le gui, pour présager l'année à venir. Quand elles sont pleines et saines, l'année sera abondante en tout ce qui est nécessaire pour la vie, lorsqu'elles sont vides et humides, Tété sera humide et froid ; quand elles sont maigres et sèches, le contraire aura lieu. S'il s'y trouve une araignée, une mouche ou des vers, l'année sera malheureuse, médiocre ou bonne. Quand on n'y trouve rien, il faut s'attendre à ce que l'année sert féconde en désastres.
D'autres prétendent que l'araignée ou o spinnekop » annonce des épidémies, la mouche la guerre, les vers la cherté. Lorsque les noix de galle sont en grande quantité, il faut s'attendre à beaucoup de neige et à nn hiver prématuré.
Les vignerons observent avec une grande attention les frimas qu se déclarent avant la Saint-Michel, parce qu'ils les supposent ei relation avec les gelées de mai. S'il gèle trois ou quatre semainei
(0 Wolf, I, p. 32-38.
(2) Coremans, p. 88.
avant la Saint-Michel, il gèlera trois ou quatre jours avant la Saiut- Philippe; si le froid se prononce trois ou quatre jours avant la Saint- Michel, il est incontestable que les gelées de mai nuiront aux vignobles (1).
L'usage de manger ce jour-là une oie, usage qui subsiste encore en Angleterre, a tout-à-fait disparu en Belgique. C'est chose naturelle du reste, puisque les oies, que les anciens Belges, après les conquêtes de César, conduisaient par troupeaux jusque sur les marchés de Rome sont devenues, au moins en Brabant, extrêmement rares. La coutume des gâteaux, qui se mangeaient à la Saint-Michel, s'est conservée en quelques localités de la Flandre; les enfants y trouvent, le matin, de petits pains blancs, appelés « voUert » sous leurs oreillers (2).
En plusieurs endroits le jour de saint Michel était la fête de la récolte, fête qui était exclusivement religieuse. Mais l'idée d'une fête générale de la récolte s'étant perdue dans l'église belge, il n'existe plus que quelques réjouissances à la fin de chaque récolte, soit de blés, soit de pommes de terre, qui dépendent entièrement du bon vouloir des propriétaires ou des fermiers (3).
En Brabant, par exemple, ou célèbre communément une fête des pommes de terre, appelée « pataten feest. » Au moment où la dernière tige est arrachée, on entend tout-à-coup un bruit étourdissant que font les laboureurs en choquant leurs sabots les uns contre les autres jusqu'à ce que l'on ait tiré quelques coups de fusil.
La soirée est consacrée à un souper splendide qui se compose de stockfisch avec des pommes de terre, de lait doux avec du pain de froment et de riz au lait; le repas fini, on s'amuse à divers jeux populaires.
(4) Toinmann, 0. Y., p. 9; Ck>remaDS, p. 89.
(2) Scbayes, L. P. B., 1. 1, 449; Coremans, p. 34.
(3) Wolf,I, p. 32-38.
La moisson de blé terminée, le dernier chariot est d'habitude décoré d*un grand mai, et suivi de tous les faucheurs et de toutes les faucheuses, qui l'accompagnent en chantant jusqu'à la métairie, où les attend un repas, que dans le pays de Limbourg, on appelle a haaseete, » repas du lièvre.
Dans les villes, le jour de saint Michel donnait et donne encore aujourd'hui lieu à plus d'une solennité.
A Bruges, la Société royale de Saint-Sébastien, célèbre par un grand banquet sa fête de « Septembre » à l'occasion de la clôture du tir aux oiseaux à la perche et de la reprise du tir au but.
A Bruxelles, sortait la quatrième procession solennelle, à laquelle devaient assister tous les métiers. Lors du grand festin qui, après la procession, se donnait à la maison communale, le chef-doyen des escrimeurs couvrait la table, car saint Michel , que les Écritures nous représentent comme un fort lutteur qui combat pour la gloire de Dieu contre le dragon infernal et les anges rebelles, était le patron du serment des escrimeurs à Bruxelles, comme presque partout ailleurs. Ce privilège valait tous les ans à la Compagnie, la somme de soixante florins (1).
A Liège ce sont les pâtissiers, les tapissiers, les tailleurs et les balanciers qui célèbrent à la saint Michel leur fête patronale,
A Louvain se faisait encore, au siècle dernier, une procession des plus singulières en Thonneur de l'archange. On y portait son imago depuis la paroisse qui lui est dédiée jusqu'aux remparts de la ville ; à chaque station on la tournait de tous les c6tés, et les assistants presque tous paysans des environs, criaient à tue-tëte : a Saint Michel daignez jeter un regard favorable sur mes navets. » Un curé de saint Michel manqua un jour d'être précipité des remparts par ces fanatiques pour avoir blâmé leur zèle bruyant. Après la procession les confrères de saint Michel se rendaient au cabaret et ra-
(0 Wauters, L.a S., p. 36.
rement la journée finissait sans querelles et sans contusions (1).
A Nivelles avait lieu, une procession, dans laquelle les assistants portaient des bâtons bénits et distribués la veille ; elle sortait à cinq heures du matin, et se rendait hors de la ville à une ferme appelée « le chapitre, » où on servait un excellent déjeûner froid, auquel pouvaient participer les étrangers et toutes les personnes liées avec les chanoinesses. La république française supprima Tabbaye et la procession (2).
Aux trois Fontaines, hameau voisin de Vilvorde, on célébrait autrefois une kermesse très-fréquentée. On y donnait des bals, où les habitants, de Bruxelles se rendaient en grand nombre, les uns en voiture, les autres en barque ; les auberges et guinguettes du lieu offraient Taspect le plus animé.
La belle fontaine, qui donna son nom k Tendroit et qui a été démolie, il y a quelques années, fut placée, en 1565, aux frais de la ville de Bruxelles ; elle se composait d'une colonne, surmontée d'une statue de saint Michel. Quatre jets d'eau jaillissaient de la colonne et s'élançaient dans autant de bassins autour desquels régnait une balustrade de fer (3).
A Goyck, commune du canton de Lennick, à quatre lieues de Bruxelles, se payait autrefois la redevance due pour la coursuerie, (curieservitus), cens analogue à la hofhongerye de Lennick, et qui plus tard porta le même nom.
Le laïque qui sous la dénomination singulière de coursiers ou cour-serf de l'église de Nivelles (curieservus ecclesi» Nivellensis), possédait à titre héréditaire, ce cens, dont le nom ne se trouve nulle part ailleurs, avait la charge de percevoir toutes les redevances que le chapitre de Nivelles prélevait à Goyck, et, en retour, il lui livrait annuellement 91 muids de blé et 97 muids d'avoine. S'il était en
(0 Schayes, p.469.
(2) Scbayes, p. 455.
(3) H. d. E. d. B., i. II, p. 528.
retard pour les payements, le chapitre pouvait envoyer des délégués à Goyck, et faire lui-même percevoir le blé et Tavoine dus par ses métayers; si, à la saint André, ceux-ci ne s'étaient pas exécutés, le « coursiers » devait « tant faire » que le payement eût lieu ; il ne pouvait prélpver, pour son compte, aucun cens ni aucune rente, aussi longtemps que le chapitre n*était pas satisfait.
Au quatorzième siècle, la « hofhongerye » de Goyck fut acquise par les seigneurs de la paroisse, qui la tenaient en fief du prévôt de Nivelles (1).
A Zèle, près de Termonde, se tenait autrefois une foire célèbre dans tout le pays pour les beaux chevaux, et la quantité de lin qui s'y vendaient (2).
30 «epteiiibre»— (i4mary//i« aurea,) Saiot Jérôme.
Dans plusieurs villes, entre autres à Mous, les vanniers (« Manderliers » en wallon) chôment ce jour leur fêle patronale (3).
A Saint-Hubert on célébrait autrefois la Translation des reliques de saint Hubert, fête qui ne s'est maintenue que dans le bréviaire.
A Saint-Nicolas les Hiéronymites ou Jéronimites chôment la fête de saint Jérôme, dont ils portent le nom. Leur ordre, qui fut fondé en Espagne vers la fin du quatorzième siècle, ne possède en Belgique que cette seule communauté, dont les membres s'occupent de l'instruction des pauvres et du soin des orphelins.
{%) Maestertius, p. 424.
(3) Hachez, F. P., à Mons, p. 25.
Le vendredi avant le premier octobre s'appelle « koude vrydag, » vendredi froid, probablement par rapport aux anciennes fêtes du « winterdag (1). )>
(4) Coremans, p. 64.