OCTOBRE
Le dixième mois de Tannée, qui était le huitième dans l'ancien calendrier, comme son nom l'indique, a conservé en flamand le nom de u wijnmaend, » mois des vendanges, que Charlemagne lui donna, quoique depuis longtemps la vigne ait disparu du pays flamand. Les autres dénominations, telles que « aerzelmaend, » mois de déclin (du verbe « aerzelen, » hésiter, reculer), « herselmaend, » ^ rozelmaend » mois delà graisse (de « russel ou roetsel, rosel, » graisse) et « eiker ou eikelmaend, » mois des glands, sont plus ou moins tombées en désuétude.
Les Anglo-Saxons désignaient ce mois du nom de « vintirfylliih. » commencement de Thiver.
!«' octobre. — {AmaryUiê humili*.] Saint Da?oa; saint Piat ; saint Remy.
Saint-Remy, surnommé Tapôtre des Francs, des mains duquel Clovis reçut le baptême, dans la cathédrale de Notre-Dame de Rheims, est très-vénéré en Belgique, où plus de quatre-vingts églises sont consacrées en son honneur.
Saint-Piat, dont nous aurons encore Toccasion de parler, fut martyrisé vers l'an 287.
Saint-Bavon, auquel vingt-trois églises sont dédiées, est le patron du diocèse de Gand.
AUoïn, qu'on surnomma Bavon à cause de son amabilité, était un seigneur riche et puissant delà Hesbaie, allié de près à Tillustre famille des Pépins.
Quelques auteurs prétendent qu'il se nommait a Adhileth » et qu'il devait le surnom de « Allowyn, » qui vainc tout, et Tépiihète de brigand redoutable, que ses biographes lui ont donné, à la féroce énergie de son caractère et h ses exploits militaires.
Il est très-probable, que les chants de Halewyn, des plus populaires de la Flandre et du Brabant, et en même temps des plus anciens, qui nous soient parvenus, rappellent les aventures de ce terrible jar.
Mais le farouche guerrier ne put résister à l'éloquente parole de saint Amand, et après le décès de sa femme, il renonça entièrement
au monde, distribua de grands biens aux pauvres et aux églises et fonda à Gand, en Thonneur de saint Pierre, une abbaye qui prit son nom dans la suite. Devenu membre du clergé, il n*en devint que plus désireux de cacher sa vie : un chêne creux de -la forêt de Mendottck devint sa demeure, un peu de pain et d'eau lui suffirent pour sa nourriture.
Revenu au monastère, il se tit enfermer dans une cellule, où il pouvait à peine se tenir debout et y continua sa vie de recueillement et de contemplation, sans refuser cependant des conseils à ceux qui recouraient à son expérience.
Il mourut en 654 le l""' octobre, jour où Ton célèbre sa fête principale, et son corps fut élevé par saint-Éloi (1).
A Gand, où depuis 1336, en vertu d'une ordonnance de Tévêque de Tournai, André Ghine, la fête de saint Bavon se célèbre avec la plus grande solennité, le curé de Saint-Jacques allait jadis, tous les ans, à Toffrande, dans Toratoire de Saint-Bavon, pour présenter à 1 abbé un cierge du poids d'une livre avec une monnaie d'argent (2).
A Bouchout, en Brabant, où le chapitre de Saint-Bavon de Gand possédait de grands biens et prélevait les dîmes, l'église de Saint- Bavon attire ce jour un grand concours de pèlerins. On y invoque saint Bavon pour la coqueluche et lorsque dans les environs, un enfant est attaqué de cette maladie, la mère s'empresse de le transporter à l'église de Bouchout, où le curé ou son vicaire dit quelque prière et laisse boire à l'enfant quelques gouttes d'eau bénite contenue dans une corne» appelée « la corne de saint Bavon. »
D'ancienne date on avait dans la Campine la coutume de laisser commencer ou renouveler les baux des fermes, métairies et terres en culture le l*' octobre ou « Bamis » et ce bail avait pour
(I) De Smet, M. d. M., p. 423-4 S5 ; De Goussemaker, p. 448; Gaz«t, p. 36-78. Lokeren, p. 40.
(S) Dierickx, t. II, p. 436-390.
nom « Baefmishuer, n parce qu'il y avait des baux qui dataient de Noël (tt Kersmishuer ») et d'autres datant de la mi*mars appelés, « Halfmaerthuer. » Par ces dénominations flamandes les campagnards connaissaient d'avance la diversité des stipulations selon les coutumes de Lierre (1).
A Bruxelles, suivant une ancienne fondation à l'église de Saint- Nicolas, le 1" octobre, après la célébration d'une messe solennelle, un ]^omme montait sur la tour de l'église, et jetait de là dans la rue plusieurs sacs de noix.
Cette fondation, dont on ne connaît pas l'origine, fut remplacée en 1760, par une distribution d'argent aux pauvres (2).
Les habitants de Bergues et autres lieux avaient l'habitude de payer tous les ans aux comtes de Flandres, le jour de saint Bavon, un tribut de douze deniers parisis. Mais Marguerite de Gonstantinople, qui mourut en 1279 très-regrettée à cause de sa charité, les en déchargea (3).
A Diest avait lieu l'élection annuelle des échevins.
Le magistrat de cette ville se composait, depuis 1289, d'un drossart (drossaert), d'un bailli ou écoulète (schout, scutterus), de deirx bourgmestres (burgmeesters), de sept échevins (schepenen), de dix membres du conseil (raedslieden), d'un pensionnaire (pensionaris) et d'un secrétaire. A l'exception des membres du conseil, que le peuple divisé en 22 métiers ou « ambachten » choisissait lui-même, le seigneur de la ville nommait tous les membres du magistrat. Le drossart et l'écoutëte étaient nommés à vie, les bourgmestres et les échevins changeaient chaque année. Les réunions et résolutions des bourgmestres, des échevins et des membres du conseil, s'appelaient comme ailleurs « weth en de raedt. » Le « weth en de raedt, » administraient la ville, et nommaient les autres officiers de la com-
(4) AvODtrood, Mss., p. 35-36.
(2) Schayes, p. «04.
(3) DeSmet^p. 43.
maoe, comme les deux trésoriers (rentmeesters), les quatre marguilliers (kerkmeesters), les quatre « H. gecstmeesters, » les 2 architectes, etc. (1).
A Malines se tient Tune des deux foires que le duc Jean de Bourgogne accorda à la ville, le 15 avril 1409. Elle s'appelle a Baefmisse, » foire de saint Bavon. Dans le principe elle ne devait durer que huit jours, mais à présent elle se prolonge jusqu^à quinze jours.
A Neder-Zellick, hameau près de Bruxelles, sur la chaussée qui conduit de cette ville à Gand, la lie du peuple de Bruxelles va tous les ans se disputer le prix de la gourmandise ; une dent d*or est donnée en prix au malheureux qui dévore le plus d*aliments. Cette fête qui s*est quelquefois célébrée à Dilbeek, s'appelle « smochterkermis, i> et se rattache sans doute aux festins qui avaient jadis lieu le jour de saint Bavon, jour où se tenait dans les villages un des trois grands plaids seigneuriaux (2).
De même que pour les Flamands la saint Bavon ou « Bamis, » la saint Remy sert aux Wallons de terme de payement pour les ventes.
A Mons les comptes du chapitre des chanoinesses de Sainte- Waudru étaient rendus, chaque année, à la saint Remy, et à Namur, au siècle dernier l'échéance des rentes était encore fixée au même jour.
Aussi dans la plupart des villes la saint Remy, à l'égard de la Bamis, mit-elle fin aux tirs et aux exercices d'été des différents serments.
A Courtrai, le seigneur de Spiere ou son député devait autrefois, le jour de saint Remy, entre le lever du soleil et midi, comparaître devant la maison des échevins, monté à cheval, revêtu d'une cotte d'armes rouge, nu-tête et une épée nue en main, et déclarer venir
(I) Diest, 1. 1, p. «8-230.
pour faire amende de Foffense commise par Allard, sire de Spiere au comte de Flandre, et à la ville de Gourtrai, en 1381.
Ce fut dans cette année que, dans un bois tout près de Spiere, village à trois lieues de Gourtrai, un citoyen de cette ville, Karel Dinghe, tisserand de son métier, qui y alla le jour de la Chandeleur voir un parent malade, fut arrêté par les gardes-forèt du seigneur de Spiere, accusé faussement de braconnage et mis en prison, bien que suivant les privilèges de Gourtrai, aucun bourgeois de cette ville ne pût être jugé et puni que par les échevins de Gourtrai.
En apprenant cette nouvelle, le magistrat de Gourtrai expédia un messager avec une lettre munie du grand scel de la ville au seigneur de Spiere, afin de réclamer ses droits. Mais Allard, sire de Spiere, qui s*était déjà rendu odieux dans toute la contrée par sa violence, renvoya le messager après l'avoir forcé de manger toute la lettre avec le scel.
Le magistrat, encore plus irrité de celte nouvelle offense, s'en plaignit à Louis de Mâle, comte de Flandre, et celui-ci, après s'être informé du fait, donna, le 4 mars 1351, à Deynze un décret, qui se trouve encore aux archives de la ville de Gourtrai et qui mérite bien d'être communiqué en entier. Le voici :
« Nous, Loys, comte de Flandres, de Rethel et de Nevers, faisons savoir à tous que comme pour cause que ia piecha Messires Allard, sires Despire, en grand grief et vitupère de nos bonnes gens, prevosts, échevins et communautlé de nostre ville de Gourtray...
» Avons par bon et meur advys de conseil sur ce eu, en forme de rigeur, mais en la plus gratieuse manière que nous pouvons, bonnement ordonné, sententié et jugé, ordonnons, sententions et jugeons, que le susdict sire d'Espiere et ses hoirs et successeurs seigneurs d'Espiere, sont et seront tenus à tousiours mais perpétuellement de venir en nostre ville de Gourtray devant la maison des échevins le jour de saint Remy entre soleil levant et none en
leurs personnes ou erivoyeront un souffisant homme monté sur un cheval souffisant vestu d'un vermeisse cote teste découverte et un espé nue en sa main disans qu'en amendise don faict que jadis les sires d'Espiere fist en contre nous et à nosire ville de Courtray de ce qu'il fist manger le messagier de nostre dicte ville, la lettre et siîel qu'il y envoyoit il vient à ceste estât; item avons nous jugé et ordonné que le susdicl sire d'Espiere payera audict messagier dedans le jour de grand Pâques prochain venant soixante livres parisis pour les griefs qui luy fut fais comme dict est, lesquelles choses nous promectons faire ratifier et promectre le dict seigneur d'Espiere amchois qu'il soit délivré de la prison où il est à présent... En tesmoing des choses dessus dictes et pour ce qu'elles soient fermés estables et bien tenues nous avons a ces lettres fait mettre nostre dict scel.
» Donné à Donze, la veille de saint Adrien, l'an MCCCLI (1). »
A Merchten, tous les ans à la saint Remy, les doyens et les jurés de la gilde de la draperie devaient rendre compte au magistrat de la ville.
Ce métier a guide van de drapperyen ende lakenen, n a été établi et doté de privilèges et de droits par Antoine, duc de Brabant, Lorraine et Limbourg en 1409. II avait un doyen « deken, » trois jurés « gesworenen » et un valet « knaep, » qui l'administraient et dont l'élection dépendait du magistrat. Chaque pièce de drap devant payer un gros, pour être scellée, le duc recevait la troisième partie de ce revenu, la ville et le métier, les deux troisièmes. La même chose avait lieu au partage des amendes (2).
L'ancienne abbaye de Saint-Remy, près de Rochefort, une des plus belles et des plus riches du pays, fut fondée en 1206 par Gilles de Looz, comte de Duras, Clermont, Rochefort, etc. Des religieuses
(4) De bode van Kortryk en de iandbeer van Spiere in 4351, door Mussely- Boudewyn. De vlaemsche stem, i. II, p. 248-255. (2) H.d.E.d B,t. II, p. 68-69.