‹ Calendrier belgeChapitre 6 sur 38 · HO · texte numérisé non relu

HO

qui le releva et il vint habiter dans un endroit près de Morlanwelz, que Ton nommait le « Champ du Potier. »

Il y bâtit, avec des branches d'arbres, un petit ermitage où il vécut longtemps ignoré, se livrant à des exercices pieux et ne prenant d'autre nourriture que des fruits et des racines sauvages; il poussait même l'austérité de sa pénitence jusqu'à marcher comme les animaux de la forêt, si l'on en croit les légendaires.

Plus tard, la veuve d'Euslache de Rœulz, dame Berthe, ayant connu la réputation du pieux anachorète, lui accorda la permission de choisir dans son domaine un emplacement qu'il pourrait cultiver et dont les produits serviraient k ses besoins. II se livra donc assidûment à la culture d'un champ, en même temps qu'il adressait au ciel ses ferventes prières, et l'ancienne légende raconte que dans ce champ cultivé par ses mains il recueillit trois espèces différentes de grains bien qu'il n'y eût semé que du seigle.

Jean de Bélhune, évêque de Cambrai, informé de la perfection du saint ermite, lui conféra par degré tous les ordres jusqu'à la prêtrise. Après son ordination, Jean-Guillaume entreprit la construction d'une église en pierres, avec les largesses des fidèles, sur un terrain qui lui fut concédé par la dame Berthe et son fils. L'édifice achevé, des religieux de l'ordre de Saint- Augustin sollicitèrent la faveur de s'y établir, sans pouvoir l'obtenir de l'ermite qui s'adressa à Tabbesse de Fontenelle. Celle-ci lui envoya quelques religieuses, mais le pays ne leur convenant pas, elles reprirent le chemin de leur monastère.

Quelque temps après, survint une famine qui désola le pays. Le Seigneur, dit la légende, consola son serviteur dans son extrême misère et lui envoya du ciel un pain qui le rassasia.

A la fin l'ermite vit aussi accomplir son projet: à sa demande, sept religieuses de Moustier-sur-Sambre vinrent se ranger sous sa direction; l'institution fut incorporée à l'ordre de Citeaux, une abbesse y fut élue selon l'usage, et l'endroit, qui auparavant s'appe-

lait simplement « TErmitage, » reçut le nom de Tabbayede « TOlive » (1220 ou 1240).

Nombre d*hypolhèsesontété faites sur Torigine de ce nom. L'une d'elles le fait venir de la vertu qu'on attribuait, pour la guérisondes ulcères, à l'huile d'olive qui se trouvait dans la lampe suspendue devant l'image de la sainte Vierge : ce qui attirait beaucoup de monde, à l'église du monastère.

Le fondateur de l'abbaye mourut en 1240, le dix février, k Tâgc de 66 ans, et fut inhumé dans l'église du monastère.

L'abbaye obtint, en 1245, par une bulle du pape Innocent IV, de grands privilèges et subsista jusqu'à la révolution française qui l'anéantit avec tous les couvents du voisinage (1).

Le même jour les religieux dits Guillelmites ou Guillemins célébraient autrefois la fête de leur fondateur saint Guillaume de Malaval qui mourut le 10 février 1187. Après la mort de ce saint, son disciple Albert et un médecin nommé Renaud s'appliquèrent à pratiquer ses maximes, de pieux personnages se joignirent à eux et ils fondèrent un ermitage sur le tombeau de leur vénérable maître.

Telle est l'origine de l'ordre des Guillemins ou Guillelmites qui se répandit rapidement en Italie, en Allemagne, en France, et dans les Pays-Bas.

Les religieux jeûnaient pour ainsi dire continuellement, allaient nu-pieds et portaient un habit blanc.

Ils s'établirent en 1269 à Nivelles (2). Outre ce couvent de Sainte- Catherine à Nivelles, les Guillelmites avaient encore en Belgique : la maison du Val'Sainte-Marie à Wallincourt, fondée en 1255; la maison de Nazareth à Peene, diocèse d'Ypres, fondée en 1261; la maison du Mont-Notre-Dame, à Flobecq, fondée en 1283 ; celle de Sainte-Marie de la Wastine, à Biervliet ; celles de Saint-Ursmar à

[1) Annales du Cercle archéologique de Mens. Mens, 4858, 1. 1, p. 295-303.

(2) Lemaire, p. 89-90.

Alost; de la Sainte-Trinité, à Beveren; de La Motte Notre-Dame, ï Liège et de Bernaphay ou Bernardfagne, dans le Condroz (1).

A Liège le cercle artistique célèbre depuis quelques années, ce jour-là, l'anniversaire du jour de naissance deGrétrypar une grande fête musicale.

11 février. — [Primula vema rubra,) Saint Adolphe; saint Désiré; saint Sévérin ; saint Yédaste.

Saint Désiré, en wallon saint Jtmé est le patron de Latinne, paroisse du doyenné de Hannut dans le diocèise de Liège; saint Védaste celui d*Houpperdingen, village situ^prësde Looz dans le pays de Limbourg.

15^ février. — [AneimoiM hvpaxita.) Sainte Eulalie ; saint Modeste.

Le jeudi avant le carême s'appelle en quelques endroits « ve^lendonderdag, » jeudi gras, comme en France, tandis que dans d'autres localités on désigne de ce nom le jeudi avant le jeudi saint.

La dénomination de « vetten, » gras, provient de ce que c'était un jour gras par excellence, parce que d'ordinaire le carnaval y prenait son commencement. Dans le seizième siècle on promenait ce jour-là

dans les rues de la ville d'Anvers un grand bœuf qui, en 1571, pesait 33 quintaux. A Paris cet usage s'observe encore.

Les pères de l'ancien hospice de Postel,près deTurnhout,qui dans la suite se changea dans Tabbaye de ce nom, distribuaient autrefois le jeudi gras une quantité énorme de grains et de pains (1).

Cet hospice, exclusivement destiné à la bienfaisance, ne recevait pas seulement tous les voyageurs pauvres, qui se présentaient, mais il était aussi une vraie providence pour tous les indigents des villages environnants, qu'il secourailde nourriture, de vêtements, et d'argent. Un vieux chroniqueur raconte que quelquefois plus de 4,000 pauvres se rendaient dans une seule journée à Postel et ne le quittaient pas sans avoir éprouvé la charité des bons Pères. Il n'est pas étonnant que l'hospice reçût le surnom de « celeberrimumhospitale, » l'hospice le plus célèbre. Mais il n'est pas étonnant non plus, que les religieux, pour pouvoir continuer leurs aumônes, comme d'habitude, furent obligés, en 1600, d'implorer le secours du gouvernement. Un rescrit de l'archiduc Albert et de l'infante Isabelle, son épouse, en date du 9 septembre 1617, leur assigna des fonds et ordonna que l'hospice devrait à l'avenir distribuer deux fois par an, le jeudi gras et le jeudi saint, des pains et des grains à tous les pauvres des environs.

Mais les pauvres qui se présentaient aux jours fixes à la porte de l'hospice étaient en si grand nombre, que les Pères se voyaient hors d'état de satisfaire à toutes les demandes, et résolurent d'envoyer vers l'époque des deux distributions de l'année une quantité fixe de pains appelés « prove, » pains des prébendiers, à chaque commune (2).

(4) Coremans, p. 57.

(«) R.Snieders, Betkind metden Belm. Antw., i85î,p. 469-17I.Heuvelmans. Kronyken der slad en vryheid van Turnhout,

1 d février. — {Primula polyantha.) Sainte Catherine de Ricci : sainte Euphrosine.

D*après la chronique de Despars on appelait le 13 février 1361 le (( mercredi froid » ou a koude woensdag, » à cause du froid excessif de ce jour (1). Pour la même raison les Malinois donnèrent ce nom au 20 janvier 1361 (2).

l'A février. — (Crocus Moeêiacus,] Saint Valentin, patron de trois

églises.

Ce jour, qui en Angleterre est le jour de fêle par excellence de la jeunesse et des amants, n^offre point de particularités en Belgique. A peine si le dicton populaire : « Loop voor Sint-Velten, » va à Saint-Valentin, rappelle encore le temps, où Ton invoquait ce saint comme patron contre Tépilepsie, en expliquant son nom par « valt heen, » il tombe (3).

(0 Goremans, p. 55.

{%) Azevedo.

(3) Tuinman, I, 24.

IK février. — [Crocus sulphureus.) Saint Faustin ; saint Sévère.

Le samedi qui précède le mardi gras s'appelle à Bruges « vrouwkens zaterdag, » samedi des femmes. En revanche les jours qui le suivent, portent, à Bruges, le nom de : « mannekens zondag, n dimanche des hommes, « meisjens maendag, » lundi des filles, et « knechtjens dinsdag,» mardi des garçons, dénominations qui, k Tinstar de celle du samedi des femmes, ont leur origine dans Tusage de « thomassen, » c'est-à-dire d'enfermer tour-à-tour les personnes dont le jour porte le nom, afin d'en obtenir un régal.

Les hommes offrent ordinairement du « fiips, » boisson bien connue, faite de bière, de sucre et d'oeufs, — les femmes du café ou du chocolat avec des gâteaux aux corinlhes.

A Courtrai, où le même usage existe, les quatre jours avant le carême s'appellent « wyvckens-zaturdag, mannekens-zondag, meiskens-maendag » et « knechtjens dingsdag. »

A Eecloo et à Fumes on ne connaît que le samedi des femmes, appelé à Eecloo « Vrouwkens zaturdag, » à Fumes « wyvekens zaturdag, » et à Eecloo ce jour donne lieu à des réjouissances toutes particulières. Toutes les femmes mariées se réunissent à deux heures de relevée pour prendre du café avec du « koekkebak, » et pour jouer aux cartes. Ce n'est qu'à huit heures du soir que les maris sont admis. Alors on prend du genièvre brûlé, on chante et on danse des rondes qui se continuent encore quelque temps dans les rues , puis on quitte le lieu de réunion, pour retourner chez soi.

lO février. -- {Primula acaulis plefia,) Sainte Julienoe ; saint Ooésime.

Les trois jours qui précèdent le commencement du carême sont en Belgique les vrais jours du carnaval. Les flamands les appellent « veitedagen, «jours gras, bien qu'à Fumes on ne connaisse que « de vettezondag wet « de vette maendag, » — le nom bien répandu de mardi gras ou « vette dinsdag » n'y étant pas en usage.

A Gand on nomme le lundi « zolten maendag, » lundi des fous, nom qui dans les environs de Termonde est synonyme de lundi perdu,

La dénomination de « vastenavond » veille du carême, ne désigne pas seulement, comme le nom semble l'indiquer, le mardi gras, autrement dit « carême-prenant, » mais encore, à l'instar de carêmeprenant, les trois derniers jours du carnaval et quelquefois même toute la semaine avant carême, appelée aussi en flamand « duivelsweek, » semaine du diable. Toutefois pour distinguer les jours, on dit « eerste vastenavonddag, etc. »

Quant au nom de « Carnaval » qui en plusieurs pays désigne tout le temps des divertissements qui précède le carême, à partir de rÉpiphanie ou même du jour de saint Etienne, il tire son origine, d'après l'opinion la plus généralement admise, des mots latins : (( Garni vale dicere, » dire adieu k la chair.

Quelques auteurs allemands l'expliquent par a carrus navalis, » char naval, en le rattachant à la coutume assez répandue au moyen-âge, de promener, durant le carnaval, un navire placé sur des roues.

D'autres encore le mettent en rapport avec l'ancienne expression de (I karn varn » conduire les chars, employée chez les Germains

païens pour désigner les cortèges des idoles qu'on organisait vers le commencement du printemps (1).

(1 ] Selon toute probabilité le navire du carnaval notait qu'un souvenir des anciennes processions païennes en rhonneur d'une déesse, qui avait, à Tégal de Tlsis égyptienne, un vaisseau pour symbole. Sans trop conjecturer on peut supposer que le fameux navire dont le chroniqueur de Saint-Trond nous a laissé quelques renseignements, était de la même catégorie. Ce navire placé sur des roues, et construite Inden [plus tard Corneli munster) près de Juliers, arriva en 4433 par Aix-la-Chapelle à Maestricht, où on le perfectionna en y ajoutant un mât et des voiles, puis à Toogres et à Looz, toujours traîné par les tisserands des différentes villes. En vain Tabbé de Saint-Trond voulut-il détourner les habitants de le recevoir dans leurs murs ; les échevins y consentirent et les populations en masse se pressaient en chantant autour de ce vaisseau, qu'une troupe de musiciens précédait. Les femmes surtout se signalaient en dansant, les cheveux flottants, en son honneur. Enfin Godefroid le Barbu, comte de Louvain, ne permit pas qu'on le conduisit jusque sur ses domaines, et le vaisseau disparut sans que nous sachions ce qu*il est devenu.

Ce qui est remarquable c'est que les prêtres de l'Isis égyptienne, qui devait à son vaisseau la surnom de « Pelagia, » étaient des tisserands « linigeri », et qu'en Belgique on contraignit également les tisserands à traîner le fatal navire.

Peut-être les navires qui figurent encore aujourd'hui dans les cavalcades de plusieurs villes belges, entre autres à Anvers, à Bruxelles et à Malines, ne sontils que les derniers restes de l'ancien culte d'une déesse païenne qui, à ce qu'il parait, était très-honorée en Belgique. A en juger d'après le peu do renseignements que nous possédons jusqu'à présent sur Nehalennia ou Nal-ha-lennia, c'était cette déesse tour-à-tour habitant les forêts, régnant sur les eaux, maltresse des lois, patronne de la terre, divinité des bergers et des laboureurs, protectrice des chasseurs (Ardol-na), étoile des navigateurs, ou plutôt la déesse Naï ou Nas, à laquelle est dédié l'autel qu'un tribun militaire sous le règne de Caracalla a érigé à Nasium, et qui portait différents noms, suivant les lieux, suivant les peuples et les circonstances. 11 est probable que Surona (Sur-Naï) et Epona (Epo-Nal] n'est pas autre chose. Certains attributs de cette déesse étaient identiques chez les Celtes et chez les Germains. (^)

(*) Moke. Maurt, utagei, fétet et solennitét de* Belge*. Bruxelles, 11, 84-83; Coremans, p. 151 ; Wolf, 1, 149-163; Étudei hittoriquet sur Ut légenda Scandinaves de la province de Luxembourg, ArloD, p. 68 sq.

Ce qui est certain c*est que Tusage des réjouissances du carnaval ou « vastenavond » remonte en Belgique à une haute antiquité.

A Anvers, depuis le commencement du xv* siècle, les membres du magistrat se réunissaient annuellement durant les jours de carnaval, en permanence, dans une auberge de l'une ou de Tautre des rues les plus fréquentées.

En 1404, entre autres, c'était au Lys (Lelie) dans la « Camnierstraet, » rue où encore aujourd'hui le cortège passe annuellement, que les membres du magistrat veillaient à Texécution des lois on buvant ensemble du vin (1).

A Diest le mardi gras de Fan 1450 est marqué par le nom de « papen vastelavond,.» vastenavond des prêlres, parce qu'alors on nommait par respect souvent les prêtres « papen (2). n

AMalines le magistrat se vit déjà en 1470 dans la nécessité de mettre fin aux désordres occasionnés par les mascarades du carnaval en défendant, sous peine d'amende, de se masquer et de se déguiser les jours de « vastenavond (3). » Mais les joutes à la lance ou « steekspelen » qui avaient lieu sur la grande place le mardi gras ou le dimanche suivant, n'en étaient pas moins brillantes. C'est surtout de celles de 1517, que les chroniqueurs parlent avec beaucoup d'éloges. Deux cents jouteurs y prirent part, et l'empereur Maximilien I" en fut spectateur.

La joute de 1514 fut honorée de la présence du Jeune prince Charles, plus tard Charles V, qui, accompagné de sa mère et de ses sœurs, se rendit au « Swaen, » cygne, hôtel situé alors sur la grande place, pour y admirer les jeux et assister au banquet que le magistrat lui offrit (4).

A Namur le carnaval donnait lieu au célèbre « combat des

{i) Mertens,t.III, 474.

(2) Diest, p. 4 6<.

(3) Azevedo.

(4) Ibid.

éclmsses; ji ce jeu vi*aiment uational, qui faisait la joie et Torgueil de la jeunesse namuroise, se trouve mentionné dès les premières années du x\* siècle.

Les nombreux champions étaient divisés en deux partis, celui des « Mélans » et celui des « Avresses. » Les premiers, représentant 'ranciemie ville, telle qu'elle existait avant son dernier agrandissement» portaient pour couleurs or et sable. Les seconds, recrutés dans les faubourgs et dans la partie de la cité comprise entre le troisième et le quatrième mur d*enceinte, portaient des cocardes rouges €t blanches.

Chaque parti avait son capitaine et son « alfer » ou porte-étendard ; il se composait d un nombre indéterminé de brigades. Chacune de celles-ci, commandée par un brigadier et un sous-brigadier, comprenait cinquante à cent combattants, plus un nombre de « souteneurs » c'est-à-dire de camarades apostés pour les maintenir sur leur fragile monture ei les remplacer si une chute les mettait hors d*état de. courir à de nouveaux dangers. Ces brigades ont atteint parfois le nombre de douze de chaque côté, ce qui formerait un total de quinze cents à deux mille combattants.

Plusieurs corps de métiers avaient des brigades qui portaient leur nom; d'autres fois, c'était le quartier qui constituait entre les différents corps la ligne de démarcation. Parmi les « Mélans » on comptait : « la brigade des Porte-faix ; n — celle des « Bouchers » coiffée de bonnets à poil ; — celle des a Soubises » recrutés dans la rue de la Croix et qui portaient une casquette de fer blanc ornée d'une grenade, rouge pour les simples échasseurs, d'argent pour le brigadier; — celle des « Grenadiers noirs » fournie par la place du Pied-du- Çhàteau et le quartier environnant; — celle des a Bateliers; » — celle de la « Plume » composée des avocats, procureurs et notaires; ces champions portaient la veste noire, la culotte blanche et le chapeau à cornes orné d'une plume dorée en guise de plumet ; — celle des brasseurs appelée vulgairement la « maison du roi, » parce que

ceux qui la composaient occupaient les postes d'honneuis portaient les culottes de satin rouge et le chapeau rond avec panache leurs chefs avaient, selon leur grade, une écharpe d*or ou d'argent ; aussi les accusait*on ordinairement d*aimer mieux parader que combattre; — enfin, celle des « Racasseux » formée de vétérans que Ton réservait pour les occasions décisives. Parmi les faubourgs un seul tenait parti avec les « Mélans, » c'était le faubourg du « Val- Saint-Georges, » dit aujourd'hui les Trieux de Salzinnes, qui formait la brigade des « Briqueteurs. »

Du côté des « Avresses, » on comptait les brigades des autres faubourgs, et notamment la brigade de « Jambes, » la plus forte du parti avec celles des « Tanneurs. » Cette dernière portail culottes blanches, veste et « hosettes » rouges. Puis venaient : la brigade du « prince de Ligne » formée par la rue du Pont-Spulard ; — celle des « Tailleurs de pierre; » — celle des « Écossais, » autrement dits « Montagnards » hors de la porte Saint-Nicolas, vôius de la manière qu'indique la première de ces dénominations; — celle de « Vedrin,» qui porlaitfcsur sa bannière la figure d'une vache, ce qui lui valut aussi la qualification de « brigade de la Vache, » enfin, celle de « l'Astalle, » composée des ouvriers bûcherons et autres travaillant au bois; elle se recrutait dans la rue Saint-Nicolas et tirait son nom de ce que, à défaut de plumets plus élégants, ces combattants portaient au chapeau un éclat de bois appelé en patois « astalle ».

Les deux partis avaient aussi une brigade de « Cuirassiers » et une autre de « Hussards » ou « Grenadiers rouges, » ainsi appelés ù cause de leur uniforme.

L'échasse namuroise était longue de huit à neuf pieds ; un patin y était fixé à environ trois pieds du sol, de manière que l'extrémité supérieure de l'échasse parvînt à la hauteur de l'épaule; les pieds posés sur les patins, le jouteur s'affermissait dans cette position en plaçant les mains dans l'espèce de garde qui se trouvait vers le haut de l'échasse.

De même que les tournois du moyen âge, les combats d*échasses avaient leurs règles; s*en départir était chose déloyale.

Ainsi, pour démonter un ennemi, ou ne pouvait que pousser avec le coude et a pitter, » c'est-à-dire frapper du pied de Téchasse contre le pied de Téchasse de son adversaire. Quelquefois, échauffés par le combat, les champions demandaient le « boute-à-tot. » C'était là un duel à outrance où il était permis de faire arme de tout, de frapper de la tête, des pieds, des poings, des échasses, etc., où Ton pouvait, enfin, culbuter une brigade entière en « donnant l'avion, » c'est-àdire en étendant une de ses échasses presque horizontalement au milieu de la mêlée, et en renversant ainsi tous ceux qui se présentaient pour avancer dans cette direction. ^

Le lieu ordinaire du combat était la place Saint-Remy. Les brigades de a Mélans » arrivaient par le haut de cette place ; celles des «c Avresses, » par la porte Hoyout. Chaque parti était précédé de la brigade particulière du capitaine. La mêlée commençait et les combattants s'y jetaient avec tant d'acharnement, que le maréchal de Saxe qui en fut témoin en 1748, s'écria : a que si deux armées étaient, au moment de s'entrechoquer, animées au point qu'il avait vu cette jeunesse, ce ne serait plus une bataille, mais une boucherie affreuse. »

Tant que le combat durait, les deux alfers, placés au balcon de l'hôtel de ville, faisaient alternativement flotter leur bannière lorsque la victoire semblait pencher vers leurs bataillons respectifs. Quand, après s'être entrechoqués pendant quelques heures, s'être repoussés, d'un côté, jusqu'au delà de la place Lillon, de l'autre, jusque dans les rues de Fer ou de Bruxelles, les deux partis se trouvaient harassés, l'un d'eux finissait par s'avouer vaincu. Alors, pour célébrer leur succès, les vainqueurs « levaient l'échasse, » c'est-à-dire sautillaient sur une échasse en soulevant l'autre de la maindroite. Enfin les tambours et les fifres jouaient une marche victorieuse, et la troupe entière a reppait, » ou, en d'autres termes, dansait entraînant fortement le pied de l'échasse sur le pavé.

— in —

L'une des plus célèbres joutes k échassos eut lieu le dernier jour du carnaval de Tan 1669. Elle a inspiré au baron de Walef un poème en quatre chants qui a élé réimprimé à diverses reprises.

Dans la seconde moitié du XYIII"*** siècle, le magistrat, qui ne voyait dans ce jeu qu'une source de querelles et de blessures, et qui depuis longtemps cherchait à le faire disparaître, ne Tautorisa plus qu'à des intervallesde moins en moins rapprochés, et tinitmëme par le proscrire entièrement. Bientôt éclata la révolution brabançonne, puis arriva l'invasion française, et le jeu des échasses tomba comme une foule d'autres vieilles institutions.

Néanmoins l'amusement favori des Namurois ne disparut pas subitement. A l'époque de l'empire, trois brigades parvinrent à se reconstituer. Les porte-faix, derniers restes des Mélans, prirent le nom de « bleus, n à cause de la couleur qui dominait dans leur costume ; les tanneurs, qui représentaient les Avresses, s'appelèrent « Nankinets, » par allusion à l'étoffe dont leurs vêtements étaient confectionnés. Ces deux brigades formaient un total d'environ cent cinquante hommes vêtus d'une espèce de iraban, d'une veste serrée et d'un large pantalon. La troisième brigade, aussi faible que les précédentes, prit le nom de « Hussards. » Le 3 août 1803, lors de l'arrivée deBuonaparte à Namur, ces brigades donnèrent une joute à laquelle le premier consul prit un assez médiocre intérêt. Enfin un autre combat, où le nombre des champions était encore diminué, eut lieu le 26 septembre 1814, pour célébrer l'entrée de Guillaume d'Orange à Namur. Ce fut le dernier. Depuis cette époque on n'a vu, à deux ou trois reprises, qu'une petite troupe de gens montés sur des échasses défiler fort tranquillement dans quelques occasions solennelles.

Encore un demi-siècle, et on aurait oublié jusqu'au nom de cette fête nationale, si M. Jules Borgnet(l), le savant archiviste de Namur,

(I) J. Borgnet, S. 1. a. T. N., p. 4î-48.

n'en avait conservé le souvenir par son excellent Mémoire, auquel nous avons emprunté les détails donnés ci-dessus.

AYpres il était autrefois d'usage de promener à Tépoque du carnaval la famille des géants pour augmenter encore la réjouissance générale.

Ces géants, qui jouent un si grand rôle dans les divertissements des villes belges, appartiennent à des temps très-reculés. On en trouve dans presque toutes les villes et même dans quelques villages du Brabant et des Flandres, et partout, en les conduisant, on chante avec plus ou moins de variantes une chanson particulière, dite le <( Reuze lied, » chant du Reuze, dont voici la variante telle qu'elle se chante à Ypres :

Âis de groote klokke luidt.

De klokke luidt,

De reuze komt uit, Keer u cens om, reusjen, reusjen,

Keer u cens om

Gy schoone blom (l).

Moeder zet den pot op't vier,

Den pot opH vier,

De reuze îs hier, Keer u cens om, reusjen, etc.

(0 A Anvers la chanson commence :

Morgen rydt de reuzenwagen, de reuzenwagen,

Einderenblyl Ed dan dragen wy kanteokragen, kantenkrageD,

Kôleren van zy I Keer u eens om, reusken ! reusken !

Keer a eens om,

Reazenbloml

Mocder geef den kaffépot,

Den kafTépot,

De reuze is zol, Keer u eens om, etc.

Moeder geef hem *aen boterham,

'Nen bolerham,

De reuze is gram, Keer u eens om, etc.

En al die zeggen dat reusjen komt,

Dat reusjen komt,

Die liegen er om, Keer u eens om, reusjen, etc (1).

Quelques écrivains pensent, dit M. de Coussemaker, que la chanson et la cérémonie se rattachent à des souvenirs Scandinaves. Ou trouve divers passages dans TEdda, où il est question des guerres entre les Reuzes ou lotes et les Ases ou Guds. Les Reuzes qui» suivant certains auteurs, n*étaient autres que les Finois, avaient fait à plusieurs reprises des tentatives d'invasion sur le territoire occupé par les Ases. Ceux-ci avaient fini par les repousser dans les déserts. Dfi là une antipalbie de race qui paraît avoir survécu chez les descendants des Ases, les Saxons et les Flamands-Saxons. Le Reus était pour le peuple le représentant d'un ennemi. C'est ce qui explique l'aversion exprimée contre les Reuzes, dans cette variante du Reuzelied, rapportée dans Willems (2) :

(») Aoa, 2cah p. 6-7.

(î) Die zeit : wy zyn van reuzen gekomen,

Zy liegen daer om,

Keert u eens om, reusken, reusken !

Keert u eens om, reuzeblom I

Die zcit : wyzyn van reuzen gekomen, Zy liegen daerom.

Ceux qui disent : nous descendons des Reuzes, en ont menti (1).

Mais le cours des siècles a fait oublier cette haine traditionnelle, et d'ennemis les géants sont devenus les favoris du peuple.

On aime ces images grotesques, on en parle avec un enthousiasme tout patriotique et on les regarde avec un plaisir inépuisable.

Aussi plusieurs villes ont-elles conservé l'habitude de montrer chaque année sous des noms, des formes ou des costumes différents, leurs énormes mannequins d'osier dont les physionomies ont chaque fois encore excité la curiosité publique.

Les géants les plus célèbres sont ceux d'Anvers et de Wetleren.

Sa moeder, zet den pot op 't vier 1 de reus is hier.

Keert a eens cm, reusken, reusken, Keert u eeos cm, reuzeblom !

Sa moeder, snydt 'nen boterham !

de reus is gram.

Keert u eens cm, reasken, reusken !

Keert a eens cm, reazeblom !

Sa moeder, tapt van *t beste hier !

de reus is gier.

Keert u eens om, reuskeo, reusken !

Keert a eens om, reuzebtom !

Sa moeder, stopt nu maer het val !

de reus is zat.

Keert u eens om, reusken, reusken !

Keert u eens om, reuzeblom ! (*)

( I ) De Coussemaker, p. U4 .

(•) H. V. F. N. V., p.3»9-3«0; Willems, p.î99.

A Courtrai on promène une géante : « Mevrov/ van Amazonie; » .'^ Ath « M*"" et M. Goujas » ou Goliath; à Bruxelles « Ommegan » et sa famille.

A Hasselt Tancien géant, a Lange Man, > a reparu en 1835 à Toccasion du jubilé; il était sur un char attelé de 4 chevaux, et assista à une distribution générale de soupe qui se fit en mémoire d une disette, dont les habitants avaient été frappés en 1638. A Rupelmonde il y avait autrefois un édifice dit « Reuzenhuys » ou « Pronkhuys, » destiné à mettre à couvert les géants, chameaux, dragons qui figuraient dans la grande procession (1).

Les villes de Lille, Douai, Cassel, Hazebrouck et Dunkerqueau nord de la France ont également leurs géants communaux ; ceux de Cassel et de Hazebrouck paraissent chaque année, le mardi gras (â).

Le carnaval belge n*offre plus aujourd'hui que très-peu de particularités.

On y voit desmasquesquidepulslematinjusqu*ausoircirculentpar bandes plus ou moins nombreuses dans les rues,s*annonçant de loin par le son du cornet ou de la corne de bœuf; mais leur nombre va diminuant d*unc année à Tautre. Et puis, les mascarades n*ont plus en Belgique ce caractère de gaieté et d'esprit sarcastique qu'il leur faut. G*est à peine si à Anvers on se lance encore les uns aux autres des croquignoles. Dans les grandes villes on arrange presque chaque année des cavalcades, représentant soit un fait historique, soit une mise en scène de quelque question politique ou sociale, et qui pendant le carnaval font quelques fois le a tour » ou a toer ; » mais on le fait plutôt dans le dessein de profiter pour faire une quête pour les pauvres, de la grande affluence de curieux attirés par ce spectacle que par amour pour les folles gattés du carnaval. Il existe même en plusieurs villes des sociétés particulières n'ayant d'autre but que

(4) VandenBogaerd, t. III, H9.

(«) Clément, II, «50-2.

celui-là, telles que la « chambre des jcunos gens » ou « Jongman^ kamer » à Hasselt, la « clique infernale » à Diest, les « royalistes n ou «c konigsgezinden » à Anvers.

C'est peut-être une spécialité du carnaval belge que de ne pas se passer sans utilité pour les indigents. Car les collectes que font les différentes sociétés, surtout celles de cbant, pendant les jours de carnaval, en allant le soir, où tous les bals, les cafés et les estaminets regorgent de monde, d*un lieu public à Tautre, chanter et quêter, produisent chaque année des sommes assez considérables.

Mais, à Texception des bals masqués, donnés aux Variétés à Anvers, qui à bon droit jouissent d'une grande renommée, les divertissements du carnaval dans les villes belges ne se distinguent en rien de ceux qui ont lieu en toute autre ville catholique à la même époque.

A la campagne les enfants vont les trois derniers jours du carnaval, de maison en maison chanter et quêter en accompagnant leur chanson de la musique peu harmonieuse, mais très-populaire du « rommelpot. »

Cet instrument se compose d*nn pot de terre ou de faïence, surmonté d'une peau de vessie tendue, au milieu de laquelle est introduit un tupu de paille ou de jonc. Pour faire résonner le rommelpot, on mouille les doigts et le pouce, et on les promène le long du tuyau en le frottant, ce' qui rend un son ronflant. Les peintres flamands ont souvent représenté des scènes où figure cet instrument, qui en Flandre et dans les environs de Bailleul en France est aussi bien connu qu'au nord de l'Allemagne (1).

A Maeseyck et dans les environs de cette ville les enfants chantent avec accompagnement du rommelpot la chanson suivante dont nous devons la communication à l'extrême obligeance de M"' Schoolmeester à Maeseyck :

(4) De Goussemaker, p. 93-4.

Vastenoavend die komt aen,

Looit die meisjes vreug opslaen

Zy keiken hier, zy keiken daer,

Zy keiken romme dromme

Moeder staet me mutske wel,

Me lief zal dezen oavend kome.

Kumt ze dezen oavend neet.

Dan komtze den hielen vastenoavend neet.

Dan trouw ig met noaber Jensche.

Noaber Jensche zal op de dromme sloan.

De gek zal lierre danse.

Hoarrtte, dievelanskette,

Woa zuUe we die auw wiever opzette.

Op ein auw kokepan.

Dit joar eine schilling,

Het anger joar eine penning.

Yrouw en meister blieft gezond.

Zet die leyer aen die wan,

Sniet het spek drie elle lang

Loat het metske zenke

Doer die vette schenke.

Loat het metske valle

Doer die vette halle.

Hei ! vrouw eine gooye vastenoavendsbroog.

Jg heb zoe lang met de rommelspot geloupe, Ig heb ge geisch om brood te koupe.

Rommelspotterie, rommeispotterie, Geuf mig ein oirtsche dan goan ig verbie (1).

Dans les environs de Turnhout on accompagne une autre chanson (4) Celte chanson est écrite dans le dialecte du Limbourg.

du rommelpot. La voici lelle que M. le docteur Renier Snieders a eu l'obligeance de me l'envoyer :

VasteDavond, goede gebuer,

Ik beb nog geenea man.

Ik beb Dog een klein boentjen,

Dat moet er t'avond, aen.

Âls ik myn boentjen braden wil,

Dan is myn panneken vuil.

Aïs ik myn panneken scburen wil.

Dan tintellmynen duim.

Dan loop ik naer de gebureo,

En laet myn panneken scburen.

Dan loop ik naer de pannen,

En laet myn panneken dansen.

Vastenavond diekomt aen, KUnken op de bussen ; Hier eenen stoel en daer eonon stocl, Op uwen stoel een kussen ; Meisjen, boudt uw kinnebak toe, Of ik %h cr een pannekoek tusscben .

Dans les villages du pays de Limbourg, vers la frontière de la Prusse, les enfants munis d'un grand et d'un petit panier vont de porte en porte chanter la chanson très-ancienne :

Een kluitjen en een koolken,

Een voDkelbouljen, een !

Hier woont ook nog'ne ryke man.

Die ons nog iet geven kan,

Geeft ons iet en laet ons gaen, ^w .^

Laet ons oiet zoo lang hier slaen, / / }: i ^ ^

Wy moelen nog zoo wryd gaen. /£^ - '

V, / 'ir

i *^ ■ ^ i tt-* ; ;. • ' - .

/Gooi

La paysanne donne un « kluitjen, » espèce de briquette formée de terre grasse ou d'argile et de houille, ou bien une bûche et quelques œufs, afin de ne pas entendre les compliments très>pcu flatteurs que les chanteurs adressent infailliblement à tous ceux qui les renvoient les mains vides.

La quête faite, la troupe joyeuse se rend à la chaumière d'une pauvre veuve ou d'une autre femme indigente et lui donne le grand panier rempli de matières combustibles suffisant souvent pour le chauffage de quelques jours, à condition que le soir du mardi gras elle fasse, avec les comestibles que contient le petit panier, du « koekebak, » des crêpes, ou des a pannekoeken , » des omelettes, pour toute la compagnie.

Car la bonne chère est la condition essentielle du mardi gras. Comme les Provençaux ont sanctifié ce jour de bombance sous le nom de « saint Grévaz, » les Flamands, surtout ceux du nord de la France, l'ont personnifié sous le nom de « saint Pansart » ou « Panchard, » en représentant ce saint de leur fabrique avec une « panse » énorme, fruit de ses nombreux succès dans l'art des gourmands, qui lui valut son nom et son origine (1).

D'une manière toute analogue les Wallons ont créé « saint Charalampe. »

C'est surtout de « koekebak, » de pannekoeken et de gaufres que l'on fait, ce jour-là,une consommation énorme. «Zyheefthetzoodruk, als de pan te vastelavond » dit-on en tlamand, en parlant d'une personne qui travaille beaucoup, surtout dans la cuisine.

En beaucoup d'endroits on mangeait autrefois dans les familles une grande tarte appelée « vastenavondstaert, » tarte du carnaval, qui à l'instar du gâteau des rois contenait une fève. Celui à qui échéait la fève, devenait roi (2).

(1) Clément,!, 154.

(2) Tuinman, t. H, 32-156.

A Gand on avait autrefois Thabitude de faire des gaufres, et même au béguinage les béguines invitées par leur supérieure se réunissaient devant une grande table chargée de gaufres et de vin (1).

Dans le pays de Limbourg, surtout au plat pays, on fait des gâteaux à Thuile (oliekoeken), des boules à la graisse (smoutbollen), des galettes de sarrasin (boekv/eitkoeken) et des gaufres (wafelen), et on s'évertue à manger et à boire.

La meilleure tonne de bière est entamée, et Ton sert tout ce qui se trouve encore de jambons, de saucissons et de côtelettes dans la maison, valets et fermier, servantes et maîtresse de la maison, tous se mettent ensemble à table et mangent à Tenvi pour se préparer aux quarante jours déjeune (2). Car « Vastclavondsgezellen zyn Heeren van Kortryk » dit un proverbe flamand, pour exprimer que mardi gras n'est pas de longue durée (3).

Les personnes âgées se contentent d'un repas plus frugal, et vont à l'église pour y assister aux prières de quarante heures qui commencent déjà ce jour-là.

Dans quelques localités de la Gampine, entre autres à Meerhout, les écoliers faisaient combattre des coqs. Quelques jours auparavant ils allaient de métairie en métairie afin d'obtenir des coqs pour le combat, ce que du reste les fermiers ne leur refusaient jamais. Quiconque prenait part au combat, payait quatre cents au maître d'école qui lui donnait en revanche autant de feuilles de papier que de fois son coq était vainqueur. Gelui dont le coq comptait le plus grand nombre de victoires, devenait roi et recevait vingt-quatre feuilles de papier; celui dont le coq restait le dernier dans la lice, devenait a perkhouder » ou tenant, et recevait douze feuilles de papier. Heureux, deux fois heureux était celui qui devenait roi et le-

(4) Ploennies, p. 84.

(2) VolkBleesboek, p. 12-13.

(3) TuiamaD. I, 349.

nant tout à la fois, car il recevait trente-six feuilles de papier !

Les filles de leur côté achetaient une poule, la laissaient courir et la poursuivaient. Celle qui réussissait à rattraper devenait reine, et ses compagnes la conduisaient solennellement à la maison, où Ton passait le reste de la journée en prenant du café avec du gâteau aux corinthes en dansant et en chantant.

En d*autres endroits les iilles décapitaient un coq. Mais tous ces jeux ont été interdits par suite de Tinspection des écoles (1).

A Thielt, le mardi gras donne lieu depuis quelques années à un concours de chevaux, ou a paerdenfeest, » qui y attire une grande foule de peuple.

Un grand nombre dHdées populaires se rattachent au mardi gras ou vastenavond :

Si le mardi gras le temps est beau, les pois réussiront.

Si le soleil brille le mardi gras, c'est de bon augure pour le lin, pour les épis de blé et pour le froment.

Ce qu'on sème le mardi gras reste longtemps vert.

Si le soleil luit de bonne heure, les premières semailles réussiront.

Qui boit un verre de lait le mardi gras n'a pas à craindre, pendant l'été, les rayons du soleil ; il n'en souffrira nullement.

Qui veut rester exempt de fièvre, ne doit pas souper le mardigras.

Bonne entreprise se commence le mardi gras.

Le mardi gras est le jour de fête du millet; il est bon d'en manger une bouillie ce jour.

Si les ménagères filent en ce jour, leur récolte de lin ne réussira pas; car a fou de carnaval ne veut pas voir le rouet (2) »

(0 Lettre de M. Du Moulin à Meerhout.

(2) Coremaos, p. 50.

!■> révrier* — {Crocus sus ianus.) Saint Julien ; saint Sylvère: saint Sylvain ; saint Théodule.

Le jour des Cendres s'appelle en flamand « Aschdag, Aschewoensdag ou Eruiskensdag » (jour des cendres, mercredi des cendres ou jour des croix), noms qui tous se rattachent à la cérémonie bien connue de ce jour.

A Torigine, on ne distribuait des cendres qu'à ceux qui devaient faire pénitence publique et dont la pénitence commençait encore en ce jour ; car dans tous les temps on s'est servi des cendres comme emblème de la pénitence. Plus tard quelques chrétiens, par humilité et par dévotion, s'adjoignirent aux pénitents pour recevoir aussi les cendres. Enfin en 1091, il fut ordonné par le concile de Bénévent, que la distribution des cendres aurait lieu pour tous, afin de rappeler aux fidèles du commencement du temps de la pénitence et de leur enseigner l'humilité. C'est pourquoi, en donnant les cendres, le prêtre dit les paroles sacramentelles : « Mémento homo quia pulvis es et in pulverem reverteris. » (Souviens-toi, ô homme, que tu n'es que poussière et que tu retourneras en poussière).

Pour indiquer avec plus d'insistance le néant du monde et surtout la fragilité des plaisirs, il est de précepte qu'on doit se servir de cendres des rameaux bénits l'année précédente et qui ont signifié par conséquent l'entrée triomphante de Jésus-Christ à Jérusalem (1).

En Belgique, où les pratiques de dévotion sont mieux observées qu'ailleurs, les gens vont le matin à l'église pour y recevoir sur le front la marque d'une petite croix noire d'une matière liquide, composée de cendre et d'eau bénites de la main d'un prêtre (2).

(4) Cornet, p. 42-3.

(«) K.e. L., 4844, p. 43. Avondtroodt, Mss., p. 20.

Autrefois il y avait des prix destinés aux jeunes filles qui avaient les plusbelles croix, et « celle qui sait garder sa petite croix tout entière jusqu'aux Pâques, «disait-on proverbialement au pays dcLimbourg, « recevra de monsieur le curé un habit neuf » (die zyn kruisken lot paeschen toe gaef weet te bewaren, zal van mynheer den pastoor ecn nieuw kleed krygen) (1). Mais, au sortir de la messe, les classes inférieures, surtout les campagnards, ont coutume d'employer le jour qui devrait être voué à la pénitence, à boire dans les cabarets du genièvre et d'autres boissons spiritueuses , en vue de « noyer la petite croix » (het kruisken verdrinken), et les jeunes filles, au lieu de retourner à la maison, attendent leurs amants, à la sortie de l'église pour les accompagner au cabaret.

Unusage tout particulier se pratiquedans quelques localités du pays de Limbourg, entre autres à Maeseyck. C'est celui qu'on y appelle « heringbeeting, » mordre le hareng. De retour de l'église, on suspend à une certaine hauteur du plancher, au milieu d'une porte ouverte, un hareng, dont il faut arracher un morceau avec les dents en sautant à cloche-pied et les bras serrés contre le corps.

Comme le jour des Cendres, à l'égal du vendredi saint, est un grand jour d'abstinence, pendant lequel il est défendu de manger du beurre, de la crème, du fromage et généralement toute sorte de laitage, les fèves blanches et les harengs composent la nourriture principale de la journée.

En plusieurs endroits on fait alors de petits pains blancs tout particuliers qui à Anvers s'appellent « wekken, » h Namur « lunettes. » Dans cette dernière ville on se sert de préférence de « mélasse, » espèce d'hydromel.

A Diest se tient ce jour-là un marché aux chevaux assez considérable.

Cette ville avait, de temps immémorial, le droit d'un marché fi-anc

(I) Yolksleesboek, p. 44.

qui se tenait le mercredi de chaque semaine et auquel se rendaient bon nombre de chevaux. Mais au temps des troubles, des guerres de religion, les marchands de chevaux ne vinrent plus à Diest, choisissant d'autres endroits aux environs de la ville pour y vendre leurs chevaux. C'est pourquoi, en 1885, le magistrat de Diest adressa une requête au prince de Parme, et celui-ci renouvela à la ville, par un décret du 23 décembre de la même année, Tancien droit de tenir comme auparavant le marché franc du mercredi aussi bien que le marché aux chevaux. Ce décret fut confirmé, le 1"' mai 1608, par les archiducs Albert et Isabelle, et le 17 juin 1650 par le roi Philippe IV d'Espagne qui donna en outre, le 4 mars 1661, un édit concernant les fraudes des droits d'étape.

Le poète P. François Lyftocht, auguslin, natif de Diest, nous a laissé une histoire en vers de ce marché aux chevaux dans son ouvrage intitulé : o Het tweede deel van den Voor-winckel van Patientie in den droeven tegenspoet (Cologne, 1681) (1).

Un dicton populaire se rattache au jour des Cendres :« Le mercredi des Cendres le diable poursuit fillettes au bois(2). »

19 février. — (Veronica vivensis.) Saint SiméOD, évéque.

Le carême a été institué par l'Église pour préparer les fidèles à la fête de Pâques. Dans les premiers siècles du christianisme, le nombre des jours destinés à la mortification et à la pénitence variait d'après les usages des diocèses. Ici on jeûnait durant quarante jours, en sou-

(0 Diest, 1, 490-2.

[Vf CoremanSfP. 56.

venir du jeûne de Jésus-Christ dans le déi>ert; là le jeûne s^éteadait jusqu'à soixante-dix jours, parce qu*on avait coutume de supprimer quelques jours de jeûne pendant la semaine et qu*on avançait en conséquence le commencement du carême pour obtenir, en les additionnant, les quarante jours de rigueur. C'est pourquoi on a appelé les dimanches qui précèdent le carême a septuagésime, sexagésime, quinquagésime, » tout comme le nom de « quadragésime, n appliqué au premier dimanche de carême, indique que ce dimanche tombe pendant le carême de quarante jours.

Le pape saint Grégoire ordonna vers la fin de sa vie que le carême commencerait au mercredi appelé depuis « jour des cendres; n mais on a conservé aux dimanches qui précèdent le carême leurs anciennes dénominations, et dans Toffice divin, on les célèbre à peu près avec les mêmes cérémonies que ceux du carême.

La manière dont on a observé les jours de carême a varié selon les siècles et les pays (1).

En Belgique on a de tout tempjs observé le jeûne avec rigueur, et en 1S73 encore un Montois eut la tête tranchée pour avoir enfreint Tabstincnce du vendredi (2).

lO février. — (Veronica agrestis.) SaiDt Boniface; sainte Éléonore; sainte Eroestioe ; saint Gabin; sainte Véronique.

Dans les deux églises, qui sont consacrées à saint Boniface, on chôme la fête du saint évêque de Lausanne. Ce célèbre prélat dut quitter son siège pour avoir fait une oppo-

(4) Cornet, p. 39-50.

(5) Mons, par Paridaeos. Mons, 4819, p. 8Î.

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