DONNER
Dieïs T RIO!U P E A'UUX.
L ANS ce mois , les brebis commencent à agnéler , c’eft alors qu'il faut en avoir grand foin, les turneps doivent leur être donnés avec abondance ; car la plupart des fermiers ont eu jufqu’à ce tems-ci aflez d'herbes , foit en plein-champ , foit en bordures (1) pour les nourrir, mais pour les moutons que l’on veut engraifler , & les brebis pleines , il faut au mois de Janvier les mettre aux turneps.
Une méthode affez ufitée en Angleterre , eft de charrier les navets à mefure qu’on les arrache, & de les jetter fur une pâture feche & unie, où lon mene les troupeaux deux fois par jour, en ayant foin de leur faire manger ces racines , en petite quantité à la fois, pour qu'ils ne les foulent pas aux pieds & n’en rebutent aucunes. En
(1) En Angieterre, où toutes les terres font entourées de haies, il eft d’ufage de faire des bordures d’herbe , à laquelle lombre ne fait pas le tort qu’elle feroit aux grains.
donnant cette nourriture avec économie , elle fe confervera fort avant dans l’hiver.
Dans des terreins bien fecs, des fermiers, pour éviter de fumer les terres qui ont porté des turneps pour y mettre de l’orge, culture qui les fuit ordinairement , les font manger aux troupeaux dans les champs, en faifant une enceinte de ce qu'ils doivent manger chaque jour , avec des claies qu’on tranfporte plus loin le lendemain ; cette méthode épargne beaucoup de frais, mais on ne peut lemployer que dans un fol extrêmement fec , fans quoi le mouton gâteroit plus la terre quil ne la fumeroit.
Cependant, dans les terreins les plus fecs où l’on pratiquera cette méthode , le profit des turneps fera toujours bien moindre , car la fiente de la brebis, & fon trépignement furtout, gâteront une partie de ces racines.
Il faut en outre avoir deux parcs pour mettre féparément les brebis pleines, & les bêtes à l’engrais pour le boucher , & doubler la nourriture à ces dernières.
Dans les tems humides, d’orages ou de grandes neïges , les moutons doivent ètre nourris avec du foin; quelques fermiers les mettent dans les Bois de huit à dix ans , ce qui les abrite & les nourrit en même tems ; d’autres leur donnent le foin dans des rateliers portatifs, & leur en don-
nent
JaNvtiEen 17
nent une certaine quantité chaque jour au parc.
C’eft une excellente méthode , de leur donner
.chaque jour une petite quantité de foin dans ces
rateliers , malgré qu'ils foient nourris aux turneps; mais cela n’eft pas abfolument néceffaire.
Il y a même dans quelques parties du royaume, des fermiers qui, quand les brebis ont leurs agneaux , les nourriflent de fon ou d’avoine & de turneps tout à la fois, mais il faut pour cela qu'ils foient d’une bien belle race , qui dédommage de cette dépenfe.
Du Parcage, ù
Beaucoup de fermiers dans ce royaurie, quoi»
qu'ils entendent parfaitement l’objet du parcage, ne le pouflent pas aufli loin qu’ils le pourroient, ils font rentrer les troupeaux dès la fin de Novembre , ou au cofmmencement de Décembre au plus tard , tandis qu'ils pourroient poufler avec fuccès le parc très -avant dans l'hiver jufqu’aux premières neiges.
Dans des fermes où il y a des herbages trèsfecs, il n’y a aucun inconvénient à les faire parquer l’hiver entier | &t l’herbe en reçoit le plus grand engrais ; il n’en feroit pas de même d’un pré bas, ni d’une terre labourable humide,
Il y a un autre moyen de tirer un grand profit du parcage , fans que la qualité du fol y fafle rien , c’eft d’avoir un très-grand enclos fermé de murs ou de paliffades , bien garni de litière de chaume , de paille ou de fougère, pour enfermer le troupeau la nuit; vous avez par ce moyen vos moutons fainement & en bon air , & en ne ménageant pas la litière , vous aurez du fumier de quoi engraifler autant de terrein que vous en auriez pu parquer ; car cent bêtes nourries ainf, avec du foin & des turneps , vous feront du fumier pour deux acres de terre au moins par mois , fi on a foin de les rentrer de bonne heure & lâcher tard, ce qu'ils n’auroient pu faire en parquant les mémes terres (1).
Cour de la Ferme.
Dans ce mois-ci on doit avoir grand foin de tous les beftiaux de la cour (2), c’eft-à-dire , de
(1) Je ne fuis pas de l’avis de l’auteur anglois en cette occafon , d'autant que fi, au lieu de mettre un troupeau dans ce clos , on l’eût fait parquer , on auroit eu la paille de refte pour faire la litière à d’autres beftaux. L:
(2) Les cours des fermes angloifes font immenfes , &
JANVIER. 19 éeux qui y font lâchés ; qu'ils foient régulièrement fournis de paille, que l’eau ne leur manque “pas, ayant pour cela attention d’avoir le nombre de batteurs proportionné , pour qu'ils aient de la -paille fraîche tout l'hiver , la cour devarit toujours être couverte de paille ou chaume renouvellée journellement, pour que les beftiaux fe couchent à fec , ce qui eft néceflaire à leur fanté, & augmente les engrais.
| Des V’aches.
Plufñeurs de vos vaches vêéleront probablement ce mois-ci; lorfqu’on les voit bien prêtes à mettre bas , il faut les rentrer de la cour dans l’étable & les raflourer (1) deux fois par jour en nourriture verte, c’eft-à-dire, en choux, turneps, carottes ou pommes de terre : lorfqu’eilles ont vêlé , 1l faut les féparer des autres, dans une étable ou une cour à part. On nourrit celles qui élevent des veaux , avec des turneps & de la paille,
les beftiaux y font lâchés tout l’hiver , chaque efpece dans un petit enclos de paliffades.
(1) Terme technique que l’on ne peut guère rendre autrement, & qui fignifie garnir les rateliers, & mangeoïres de nourriture.
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mais point de foin, il tarit le lait. Quand à celles que lon trait, on retranche les turneps qui donnent mauvais goût au beurre , & on les nourrit de choux & de carottes , ce qui augmente fort le lait, les premiers furtout font la nourriture la plus économique ; en ne leur donnant que le cœur , cela donne au beurre un goût exquis, & fi on ne les nourrifloit qu'avec du foin, cela emporteroit tout le profit de la laiterie.
Des Befliaux a l'engraïs.
Dans ce tems-ci, les fermiers qui font ce commerce, font dans le plus fort de leur ouvrage. Il . y a trois méthodes à fuivre pour engraifler les beftiaux avec des turneps , choux ou carottes. La première , de les donner fur une pâture feche, comme “on a dit pour les moutons ; mais il eft bien rare qu'il y en ait d’aflez feche pour porter les bœufs: la feconde eft de les lâcher dans la cour de la ferme ; & la troïfième , de leur donner ces racines dans de grandes auges , fous des hangars où les beftiaux font attachés (1). Les deux dernières méthodes font les meilleures.
(1) On a la plus grande attention en Angleterre de tenir toute l’année les beftiaux le plus à l’air que l’on peut.
Si vous nourriflez dans la cour , vous mettez ces racines dans des auges, & donnez en outre de la paille dans des berceaux , fi le foin vous manque ; mais fi vous en avez, vous ferez bien payé de la dépenfe en leur en faifant manger. La même regle doit être fuivie dans les étables ouvertes, avec le foin feulement de changer fouvent la litière , fans quoi la peau fe gâteroit , & les beftaux ne profiteroient pas bien. Dans aucun cas il ne faut épargner la litière , le fumier dédommage au centuple de cette dépenfe.
Des Porcs.
Voici la principale faifon d’avoir des porcs, foit pour élever , foit pour engraïfler ; la dernière méthode étant traitée dans les autres mois , je ne parlerai ici que des truies & des éleves.
Les truies doivent être féparées, avec bien de la litière, & nourries avec des lavures de laiterie, &t des carottes ou pommes de terre que l’on aura eu foin de récolter exprès pour cela. Ces végétaux leur font très-falutaires , & valent autant que des pois & de l’orge qu’il faudroit acheter exprès pour eux , & même du fon ne les engraifferoit pas mieux. Les truies doivent toujours avoir à manger autant qu’elles en veulent , fans quoi les
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petits en fouffriroient | & même être tenues proprement & bien conchées , leur fanté en dépend ; & la grande quantité de cette efpece d’excellent fumier vous dédommagera encore de ces foins.
La nourriture des porcs étant une des branches de commerce la plus utile dans une ferme , économe ne fauroit y donner trop de fois. Je vais en peu de mots donner le détail du meilleur fyflême à fuivre.
Un fermier qui veut faire le commerce des porcs, doit fe précautionner de plufeurs truies , & préalablement faire une fuffifante récolte de racines propres à les nourrir, comme carottes , pommes de terre, navets, & même de l’orge. Dans une ferme ordinaire, on a une truie ou deux pour confommer les iflues de la laiterie ; mais quand il s’agit d’en faire commerce, c’eft différent. On doit avoir d’abord des pommes de terre pour les nourrir depuis la fin d’Oftobre jufqu'en Mai; alors on a un champ de trefle ou de luzerne où on les met jufqu’après la moïflon , en leur faïfant manger en détail dans des claies que l’on change. Par ce moyen, toute l’année fe trouve remplie de ces deux manières, fans compter ce qui tombe ordinairement des granges, qu’ils ramaflent devant les portes. |
Quand les truies cochonnent , on les met à l’eau blanche avec de la farine d'orge, dans l'été, &
JFARN v 1'E'R 23 däns l'hiver oh ‘y mêle des pommes de terre bouilliés; pour les petits, on les nourrit de même , en ñe mouillant prefque pas leur nourriture: fi on a des vaches à lait dans la ferme , on fe fert de lait clair au lieu d’eau.
+ D’après ces regles, un fermier doit proportionner fes éleves de porcs à fes récoltes, ou plutôt difpofer fes récoltes fuivant les éleves qu'il veut faire, &t s'arranger pour que fes truies cochonnent deux fois par an , en Avril & en Août, afin que les petits puiflent avoir de l'herbe en naiffant.
Dans cetté combinaifon , la vente des porcs maigres fe fera en Oétobre lorfqu'ils fortent de Phérbe, pour les charcutiers qui les achetent pour engraïfler , fi le fermier ne le fait pas lui-même. = Le fort de la cochonnerie (1) doit confifter alors dans les truies, & les petits nés en Août , qui doivent courir çà & là dans la cour pour profier des pailles de la grange, & on leur donnera des pommes de terre, fi cela ne leur füffit pas.
Des Chevaux.
Le des plus utiles leçons que lon puiffe Fi
(1) On excufera , dans un ouvrage purement agricole, d'employer ces fortes d’expreflions.
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ner à un laboureur , eft de toujours tenir fes chevaux à un ouvrage régulier ; la dépenfe d’un attelage (1) cft fi grande , que s'il ne fuit pas cette regle il y perdra. Janvier eft le mois où tous les lbours doivent cefler,
Si les gelées prennent dans ce mois, il faut en profiter pour charrier les fumiers, furtout les compots (2), fi on en a de prêts, pour les terres à orge, car cette récolte demande à être fumée.
C’eft auffi le moment de charrier les fagots qui proviennent des haies, & les terres forties des foflés de bordure que l’on aura rafraïchis,
Si au lieu de cela le tems eft humide , en doit s’occuper des charrois fur les grandes routes , pour mener du grain au marché, & en même tems ramener du fumier acheté à la ville, que lon dépofe fur le bord des terres, pour ne pas les fouler en y entrant, & enfuite en faire des compots.
(x) Je n'ai pu rendre micux le mot anglois qui ex+ prime la totalité de chevaux ou bœufs qu’a un fermier pour fon ouvrage.
(2) Compots , eft un mot anglois, que l'on ne peut rendre que par une périphrafe ; ce font des tas de fumiers mêlés par couche avec de la terre, que l'on forme devant la porte de la ferme, & que l'on coupe par tranches lorfqu’elles ont quatre pieds de haut , pour mener fur les terres,
- Ces regles peuvent avoir des exceptions, mais en général cette occupation fera trés-avantageufe dans des terres où on n’a rien à faire. La même chofe doit s’obferver pour les attelages des bœufs; & en général on ne peut trop recommander aux fermiers que ces animaux foient bien fournis de litière , fans quoi leur fanté en fouffrira , & les engrais manqueront à la fin de l’année,
Du Barage.
Dans le battage des grains & légumes , l’économe (1) doit avoir foin de proportionner le nombre de fes batteurs à fes beftiaux , pour qu'ils aient toujours de la paille fraiche. Il doit fuivre de près fes batteurs , furveiller leur travail , & furtout leur probité : car il peut perdre beaucoup fi la gerbe n’eft pas bien battue, ce qui arrive fouvent ; ces gens étant à leur tâche, battent le plus facile , & lient enfuite les pailles avec moitié grain dedans. Cette manière de voler étant très-
(1) Econome , dans le cours de cet Ouvrage, dit tantôt le cultivateur, tantôt l’'économe , & fouvent le fermier, il faut favoir qu'on appelle en Angleterre, tout feigneur qui fait valoir , gentilhomme fermier , & il n’en eft que plus eftimé,
facile , le maître doit les veiller de trés-près , aller à fa grange plufieurs fois par iour, & aufh fe trouver le foir fur le chemm des batteurs, poug voir s'ils n’emportent pas de grain ; maïs furtout y venir toujours à l’improvifte. Une pareille attention rendra à la fois ces gens honnêtes , quand ils auroïent eu Pintention d’être coquins ; au lieu qu’un maître indolent qui n’y regarde pas, rend fripons les gens les moins enclins à le devenir.
Des Clôtures (1).
Voici le tems d'entretenir les haies & les fof-’ fés, foin auquel l’économe ne fauroit trop’fe livrer; car s’il y laïfle former des breches , autant vaut qu'il n'ait pas de clôtures, pour empêcher les beftaux d’autrui d'entrer dans fes champs , ou les fiens d'en fortir, ce qui eft de la plus mauvaife agriculture.
L'opération doit fe faire ainfi : un homme commence par dégager la haie de tous vieux boïs, ronces , & de toutes les branches qui s’écartent
(x) Pour entendre cet article, il faut favoir qu'en Angleterre , comme nous l'avons dit, toutes les terres font enclofes de foffés, fouvent doubles, plantés de haies que Fon rafraichit & tond de tems à autre.
par le bas, laïffant monter les branches les plus fortes pour former la banquette du haut , de diftance en diflance, furtout les noifetiers , les ormeaux , les chênes , les frênes, les hètres & les faules , mais pas à plus de vingt à vingt-quatre pouces lun de l’autre, à moins qu’il n’y ait quelques breches , auquel cas on les laïfle plus près ; cela fait , on rafraïchit les foflés , qui doivent avoir au moins trois pieds dans un fond fee , & quatre dans un terrein humide , jettant la terre fur la berge extérieure , hors de la haie , afin que l’on puifle l'enlever pour les compots ; mais 1l faut pour cela faire marché avec l’ouvrier , fans quoi il la laïfleroit fur le bord du foffé, ce qui gâteroit herbe des bordures (1). Si l’on a tondu la haie à uné certaine hauteur , on y entrelace des branches feches, avec des pieux pour la défendre jufqu’à ce qu’elle ait repouffé.
Cette pratique ne fauroit être trop recommandée, car les pieux que l’on met étant bien enfoncés , empêchent la haie de jamais pencher à droite ou à gauche, furtout fi on la fait de faules
(x) Bordures. L'on doit fe rzppeler que lufage de ce pays eft d’avoir une bordure de trois à quatre toifes le long des haïes, en herbage qui fait tout le tour de la piece.
on autres branches ils reprennent, & font de bien plus de durée.
L'on tond enfuite les branches qui dbaflont k en ne les coupant que ce qu'il faut pour les rendre flexibles & les entrelacer dans les pieux. Tout ce que l’on abat du bois, doit être employé pour regarnir l’intérieur de la haie, qui par ce moyen deviendra nmpénétrable.
La haie ainfi faite, & les pieux ayant repris, le fermier peut être tranquille fur fa clôture : c’eft pourquoi on ne peut trop recommander lufage des haïes vives , qui font bien fupérieures aux autres ; car les feches fe détruifent, & pourrifient en fort peu de tems , c’eft toujours un ouvrage à recommencer.
Des Tranchées pour Ls Defféchemens.
Janvier eft le tems propre pour ces ouvrages. H a deux efpeces de ces tranchées qu’on eft en ufage de faire dans les terreins fujets à être noyés. Je ne parlerai que de celles couvertes ; il y a deux manières de les faire , foit avec la charrue , foit à la bêche. Dans la première, une charrue st plufieurs fois dans le même fillon pour le creufer au niveau des eaux: ou bien on creufe avec une efpece de
HAN VIEN 29 bêche particulière (1), des rigoles de quatre pouces de large au fond , & s’élargiffant par le haut, fuivant la profondeur. Si un fermier a une terre où il n’y ait pas aflez de pierres pour arrêter la charrue , la première méthode fera moims difpendieufe ; mais il faut obferver que la charrue ne peut fervir que pour de petites tranchées , la bêche doit être employée pour les grandes.
Suppofons , par exemple , un champ d’une grande étendue , très-marécageux , coupé par plufieurs rigoles ou tranchées paralleles faites à la charrue , multipliées jufqu’à ce que la terre ait bien fon égoût; ces tranchées n’étant pas aflez larges s’ébouleront facilement , au lieu que, faites à la bêche & plus larges, elles feront plus durables , & dédommageront bien de la dépenfe.
Les prés marécageux font fujets à porter des jones & d’autres grandes herbes qui rendent le foin de peu de valeur ; cette opération les détruira. Les terres labourables dans le même cas , ne peuvent jamais donner rien de bon, elles font trop fangeufes & tiennent trop à la charrue , dans les tems mêmes où les autres terres font déja labourées & femées ; & dans les années molles, les ré-
(1) Bêche particulière, plus étroite par le bas que par le haut,
coltes y font trop médiocres pour dédommager des frais. de culture: quelque attention que vous donniez à faire des maîtres ,tant que le terrein fera mol, vous ne pouvez efpérer des récoltes avantageufes , il faut en venir aux tranchées couvertes. AA
La dépenfe de ces tranchées eft d'environ trois louis l’acre (1), faites à la bêche, de 32 pouces de profondeur, quatre de large dans le fond , & douze par le haut , & rempli de dix pouces de haut; ce calcul fait à fix fols la toife, en fe faifant dans la faifon où les journées valent vingthuit fols (2).
L’économe doit fe guider, pour le rempliffage des tranchées , fuivant les circonftances ; fi la pierre eft commune dans le canton , c’eft bien la meilleure manière de les remplir ; à défaut de cela, on peut fe fervir de briques ou d’offlemens, ou encore mieux de fagots d’énines , que l’on couche dans le fond, avec de gros gazons renver{és que l’on met par-deflus , & après l’on remplit le tout avec de la terre, &t on refleme de la graine,
(1) L’acre a cent foixante perches à la mefure de feize pieds la perche.
(2) Où peut juger par cette citation combien la maind'œuvre eft plus chère en Angleterre.
JANVIER. 31 f c’eft'un pré, ce qui ne fait aucune -perte de terrein (1).
On prétend qe dans le comté d'Eflex on en a rempli, rien qu'avec de la paille, qui ont duré trente ans. On peut encore, pour aller à léconomié , commencer ces tranchées avec la charrue , en la paffant plufieurs fois, & enlevant à la béche la terre qui retombe; on les finit feulement à la bêche , alors c’eft une dépenfe feulement de quatre fols la perche.
Des Feves.
Si les mauvais tems ont empêché de femer les feves d'automne , on peut le faire ce mois-ci, car le plutôt qu’elles peuvent être femées vaut le mieux. Ainfi le fermier doit profiter pour cela des premiers tems fecs , il y a des fols où il left beaucoup plus en Janvier qu'en Décembre ; on feme ordinairement les feves fur un chaume de bled ou d'orge, qui a eu une feule façon.
La meilleure manière de les femer, en atten-
(1) Perte du terrein. On a pour cela en Angleterre des bêches de trois ou quatre grandeurs, pour achever la tranchée à mefure qu’elle fe rétrécit.
dant que l’on ait imaginé un bon femoir (1) , eft en faifant des rayons à la houe à dix-huit pouces de diftance , ou deux pieds , &t les feves mifes à trois pouces l’une de l’autre ; les raies doivent être bien droites à caufe du binage à y donner avec la houe à cheval , inftrument nouvellement imaginé , très-utile pour ces fortes d'ouvrages qui deviennent fort-difpendieux à bras d'homme. L'on doit trés-bien fumer la terre pour les feves, & l’on en fera amplement dédommagé par la récolte , d’autant que cela prépare la terre pour recevoir du bled : on la fume automne , ou dans ce tems-ci, fuivant le moment le plus propice.
Des Carottes.
Si le fermier juge à propos de donner deux façons pour les carottes, ce que je crois inutile, la feconde doit être donnée en Janvier , fi toutefois. le tems le permet.
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(1) Lorfque cet Ouvrage a été écrit , le femoir de M. Cooks n’étoit pas connu ; cet Anglois a imaginé un inftrument trainé par deux chevaux , qui feme douze à treize arpens par jour, & n’emploie que demi-femence : J'ai vu une ferme de quatre cens arpens, cultivée ainfi avec le plus grand fuccès,
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Des Pommes de terre.
Le même raïfonnement ci-deflus peut fervir à cet article , obfervant feulement que pour cette récolte le terrein a dû être labouré , & fi depuis ce tems les herbes y ont pouflé, il faut le labourer en Janvier ; c’eft aufli le moment de mener les fumiers que l’on a préparés, fi toutefois il gele, car en général on ne peut guère trouver ce moisci le moment de labourer.
Des eleves des Befliaux.
Les veaux de l’année dernière doivent à préfent être nourris au foin mêlé avec des turneps, des carottes & pommes de terre; il ne faut jamais les laïfler jeûner , ni manquer de litière, & les tenir propres. Tous ces foins font très-effentiels Phiver , pour ne pas retarder leur croiflance, que la meilleure nourriture de l’été ne feroit pas augmenter , s'ils avoient une fois pâti. Si le foin eft cher , on doit y fuppléer avec de la bonne paille , en augmentant la ration des racines; pour les génifles & les bouvillons de deux ans, ils peuvent être nourris au foin & à la paille, avec un
peu de turneps, ce qui fait qu'il faut les tenir féparés des veaux de l’année : plus les beftiaux font jeunes , mieux il faut les nourrir.
Des Bois.
[ y a peu de parties de l’Angleterre où il foit avantageux à un fermier de louer des bois, mais fouvent il ne dépend pas de lui de les prendre avec la ferme, ou de les laïfler ; dans le premier cas, il doit chercher à en tirer le meilleur parti poffble ; ce mois-ci eft celui où 1l doit toujours s’en occuper, & doit prendre fes ouvriers à la tâche.
[Il y a des cantons où l’on met feulement le bois en ramier, & on le vend comme cela ; dans d’autres endroits on le fait débiter en fagots, pieux, perches à houblon, claies, &rc. je crois cette dernière méthode plus profitable (1).
On eft fort divifé fur l’âge auquel on doit
(1) Plus profitable, L'ufage étant en général en Angleterre de ne brûler que du charbon dans les cheminées , on ne fait que peu de bois de corde, on fait feulement des fagots pour les fours ; excepté en Suflex & deux ou trois autres provinces, où les fermiers brülent de la corde.
JANVIER, 45 éoupet les bois , on le fait depuis neuf ans jufqu’à vingt-fept ; douze à quatorze c’eft l’âge le plus ordinaite.
J'ai vu des bois où on laïffoit à la coupe un brin fur chaque fouche , pour qu’à la feconde il ÿ ait de gros brins dans chaque ramier ; mais il eft à craindre que ces brins n’attirent toute la ‘feve, & ne faflent tort aux autres reiettons : en général , il y a plus d’efpece de marchandifes à faire dans un vieux bois que dans un jeune , & par conféquent le débit en eft plus für. La plus grande attention que doit avoir le fermier qui a des bois , c’eft d’en bien entretenir les clôtures ; car il vaudroit mieux pour lui que fon bétail s’échappât dans fes bleds que dans un jeune bois , où ils font un dégât réel pour trois ans.
Si le bois eft trop grand pour que ce foit une dépenfe trop forte de l’enclorre, c’eft alors le cas de le couper tard, puifqu’à douze ans les beftiaux n'y peuvent plus faire de mal.
Un grand point eft de favoir à quel âge chaque efpece de bois acquiert fon plus grand poidss pour cela on peut prendre des brins égaux de chénes, d’ormes, de hêtres, &c. à fix ans, à douze ans &t à vingt-quatre, & voir quel eft le plus péfant; c’eft un effai bien aifé à faire en petit , cer en grand il demanderoit trop de foin.
Dans les bois de hètre de Buckinghamchire, on
fuit une autre méthode; on coupe les brins de trente à quarante ans, & au lieu de les couper en taillis à plein, on élite les arbres les mieux venans , &c on laifle toujours les plus beaux ; on fait cela pendant plufieurs années, ce qui rapporte dix-huit à vingt liv. Pacre par an , & on en forme par la fuite de belles futaies, on fcie les arbres ainfi abattus , à la longueur propre pour faire de la charpente , & les bouts fe mettent en bois à brüler qui fe tranfporte facilement au marché de Londres par la Tamife , ce qui fera d’un bien plus grand rapport qu'un taillis.
Dans les pays humides , où le hêtre , le frêne & l'orme ne viennent pas , les faules & peupliers y viendront très-bien, ces deux bois font propres à beaucoup de chofes ; dans le comté d’Effex on en fait des tuyaux ou auges couvertes, pour mettre dans les tranchées dont nous avons parlé pour le defléchement des terres ; dans ce pays-là un acre ainfi planté eft d’un auffi bon rapport qu’un de terre labourable.
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N. B. Cet article fur le bois eft abfolument particulier à l’Angleterre, & je ne l’ai traduit que pour ne rien omettre de Ouvrage que j'ai entrepris : il y en a plufieurs dans le même cas ; le leéteur intelligent ne s’attachera qu'à ce qui eft analogue au pays qu'il habite,
: 37 SE —— ++ MRCE V R L'UIR:
DE SRE PIE (&
ox le mois où il faut femer des feves , fi on ne l’a pas fait en Janvier , à moins que les terres ne foient trop molles ; car lorfque la récolte en vient trop tard, on n’a pas le tems de donner les labours pour mettre du bled.
Les uns les fement avant de labourer , & les enterrent à la charrue , d’autres fement fur le labour & herfent après ; mais dans tous les cas ils les mettent par rayons & labourent à plat; de la dernière manière , une perfonne marche devant la charrue, qui met les feves dans la raie que la charrue recouvre ; lorfqu’on veut les biner, on fait pafler la charrue à cheval entre deux.
Mais je le répete, je préférerois pour cet ouvrage qu’on fe fervit d’une charrue à femoir, qui abrégeroit bien l’ouvrage: on peut encore fe {ervir d’un petit femoir en forme de brouette à bafcule , cela épargneroit bien du tems & de largent,
Un fermier qui a un bon fol pour les feves,
doit donner tous fes foins à cette récolte qui ef très-avantageufe ; en en faifant ufage, il peut bannir la méthode pernicieufe des jachères. Le binage que l’on donne aux feves , eft une efpece de labour de plus encore pour la terre; mais 1l faut abfolument donner cette façon avec la houe à cheval, car à bras d’hommes cela feroit trop difpendieux, & ne feroit pas un auffi bon ouvrage.
Si un cultivateur veut calculer la dépenfe & la recette des terres pourfuivies en jachère, ou des feves cultivées ainfi, il verra combien la dernière méthode eft préférable,
es feves viennent parfaitement dans les terres fortes , dans les terres rouges , mais dans le fable ou dans le gravier 1l faut y fuppléer par une autre récolte. |
Le cultivateur doit fe rappeler que, fi dans ce mois k$ terres font molles , & que le cheval enfonce & emporte la terre avec fes pieds, il faut remettre aux Mars tous les labours,
De lAvoine noire (1),
Voici le tems de cette femence, la terre doit
(1) Avoine noire. I] y a en Angleterre de l’avoine blanche & de la noire, qu’on feme en tems différens ; la première eft beaucoup plus péfante & meilleure,
avoir été labourée d’abord , & on l’enterre à la herfe ; il faut quatre boifleaux par acre dans les bonnes terres, & cinq ou fix dans les médiocres & les mauvaifes,
L’avoine réuflit bien mieux dans les terres labourées avant l'hiver & herfées au printems ; il y a un double avantage, puifque cela occupe les charrues l'hiver.
Il ne faut jamais retarder cette femence que lorfque l'humidité de la terre empêche de labourer, car il eft fort important que cette récolte fe fafle de bonne heure.
Des Pois a Cochons.
C’eft aufli la faifon de femer cette efpece de pois , fur la culture defquels il y a la même obfervation à faire que fur les feves, pour le tems & la manière de les femer , & les binages à y donner à la houe à cheval.
Cette méthode a tant d'avantage pour détruire les-mauvaifes herbes , que tout bon cultivateur doit préférer de faire fuccéder ces récoltes aux bleds, par préférence à l’avoine ou à l’orge, ce qui vaut mieux pour les terres , & en même tems rend
davantage. On peut femer ces pois comme la- C iv
voine noire , fur des terres labourées d’hiver , & enterrées à la herfe.
Dans quelques endroits on les plante avec des plantoirs à quatre pointes, alors il n’en faut qu’un boifleau par acre, au lieu de deux.
Il faut remarquer qu’en général les laboureurs ont la mauvaife habitude de ne mettre leurs pois que fur des terres qui ne peuvent pas porter autre chofe, croyant que la faifon favorable fait plus fur cette récolte que le fol, & qu'en général c’eft une récolte très-incertaine ; le fait eft qu’ils ne réufliffent pas quand les terres font mauvaifes ou mal cultivées, & qu'ils demandent d’être nettoyés de la mauvaife herbe pendant leur croïffance; c’eft au point que, fi un fermier trouve dans fa ferme une piece de terre que fon prédéceffeur a laiffé infeéter de mauvaifes herbes, une récolte de feves ou de pois cultivés à la houe à cheval, les détruira bien plutôt qu’une récolte d’avoine qui n’y réufhroit pas ; au lieu qu'après celle-là l’avoine ou l'orge y viendra bien , & pourra de nouveau être fuivie de ces légumes. Une progreffion pareille de récoltes pendant quelques années, maintiendra la terre en bon état, & les pois ainfi cultivés n'auront plus la réputation d’être une récolte incertaine que parmi de mauvais laboureurs.
Des Bordures (1 ).
C’eft le bon tems pour remettre ces bordures en ordre, elles ont prefque toutes le défaut d’étre trop hautes, ce qui provient des terres que lon y laïffe lorfque l’on cure les foflés, & que lon n’a pas attention d’enlever auffitôt , & aufli du peu d’attention des charretiers, en tournant leur charrue ou leurs herfes; elles font fouvent garnies de buiflons ou racines, ce qui gâte l’herbe.
On doit alors commencer par faire couper Îles buiflons & les mettre en petits fagots, & enfuite mettre les racines en cordes ; on paie quarante-huit fols par cent de fagots de trois pieds, & vingt-quatre fols par corde de feize pieds de long, & trois pieds fur tous fens, bien entaflés, pour lequel prix ils doivent bien régaler & unir la terre ; fi la bordure eft trop haute, il faut ôter de la terre, la mettre en berge dans le milieu pour que les voitures puiflent l'emmener dans la cour de la ferme ou fur des prés , alors on donne deux fols de plus de la corde pour faire cet ouvrage.
(1) Bordures. L’on doit fe rappeler ce que jai dit qu’étoient les bordures le long des haies.
Si un fer de bèche ne fufft pas pour mettre la bordure de niveau avec l’herbe, il faut en donner deux & y refemer de l’herbe , car ces bordures bien entretenues fourniflent d’excellens fourrages , au lieu que chez des fermiers négligens, elles font pleines de ronces & d’épines qui +s’élargiffent toujours , & finiflent par gagner la terre & y répandre de mauvaifes graines.
Des Bois.
Ce mois-ci, comme le précédent, eft le meilleur pour couper les tailis & les exploiter en marchandifes dant on croit avoir le plus de débit. Dans des endroits c’eft le cercle qui fe vend le mieux , dans d’autres , l’échalat à houblon ou les fagots ;1l y a des endroits où les fagots de méchans buiflons fe vendent à merveille; les claies font en général d’un débit très-afluré.
En général, le fermier doit diriger l’exploitation de fes bois fuivant les demandes qui lui font faites : cet avis n’eft pas néceflaire aux vieux fermiers , mais les jeunes ne le trouveront pas de trop.
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De P? Orge.
Voici le tems où l’on doit choifir, dans les. champs qui ont porté des navets, celui que l’on croit le plus propre à l'orge, & principalemene ceux où les racines ont été mangées dans le champ ; fi la terre ne paroît pas trop compalte, de forte qu’un feul labour y fufhfe , on attendra pour cela le mois de Mars ; mais fi la terre ef foulée & battue , il faudra donner la première façon ce mois-ci, fans quoi cela rejetteroit les femences trop tard.
Des Carottes.
Cette culture eft fort importante pour les fermiers qui l’entendent ; Mars eft le tems propre pour. les femer , mais il faut préparer la terre, ce mois-ci, Je fuppofe que la terre ait reçu un labour bien profond en Oétobre, il faut en donner un léger dans ce mois-ci, par un tems fec, ce qui préparera la terre à en recevoir un bon le mois fuvant pour femer. Les terres propres aux carottes , font les terres fortes , les fables ou terreins decs , de forte que l’on pourra toujours
les labourer ce mois-ci; ce labour ne feroi® pas. bien néceflaire fi la terre étoit en bon état ; & fi même, après être labourée , la terre étoit bien meuble & fe hersât bien, on femeroit fur ce labour , fans en donner un nouveau en Mars; car quoique ce mois-là foit ordinairement celui des femences , c’eft plutôt la température de lair qui doit régler que le refte , & la graine de carotte craint tant l'humidité en général , qu'il vaut mieux la femer en Novembre qu'en Mars s'il eft humide.
Des Choux.
Les terres deftinées du mois d'Avril de l’année précédente pour cette plante, & qui ont été labourées en rayons en O&tobre , doivent ce moisci recevoir une façon pour renverfer les rayons, mais non pas pour labourer à plat ; cela rendra la terre bien meuble , la façon d’Oftobre n’ayant fait que retourner les chaumes : car la culture des choux doit toujours être confidérée comme une jachère qui laïfle repofer la terre , mais qui cependant eft d’un grand profit.
Comme ce labour eft principalement celui qui défigne les choux, { ceux d'automne étant en ufage pour tirer les grains, } il eft à propos de traiter ici en détail cette culture; tant d'auteurs
ont parlé de l'utilité de ce légume pour engraifler les beftiaux , qu’il feroit impardonnable de le pañler fous filence.
Les choux font fi avantageux dans les terres fortes ou argilleufes, qu'ils mettent à même les fermiers qui ont de telles terres, de nourrir lhiver autant de beftiaux que le font ceux qui ont des terres légères avec des turneps.
Le grand inconvénient des fermes où il ny a que des terres argilleufes , eft le défaut de nourritures vertes l'hiver , qui oblige les fermiers à ne nourrir les beftiaux qu’en foin pendant toute cette faifon , & qui les empêche d’avoir un grand nombre de beftiaux , & de bénéficier fur cet objet, tant pour les éleves que par la grande quantité des engrais , qui ne fe forment jamais fi bien qu’en ayant de forts troupeaux l’hiver.
Mais tous ces inconvéniens font remédiés par la culture des choux, qui eft, comme je le dis, bien fupérieure à celle des turneps dans les terres fortes : le calcul fuivant fera voir la différence de bénéfice des deux cultures. Un acre de terre glaife demande au moins trente-fix livres de dépenfe pour la jachère ; mais la récolte des choux en dédommage bien, & l'orge ou l’avoine qui fera femée après , fera d’un bien plus grand rapport, ainfi que le trefle que l’on femera parmi, au lieu que les turneps n’auroient pu réuflir dans cette forte
46 FÉVANE
de terre; mais un des grands avantages des choux pour la nourriture des bètes à laine, eft qu'ils paffent tout l’hiver en terre, & peuvent les nourrir jufqu’au printems ; les choux-navets ou choux verts durent tout le mois d'Avril, & même jufqu’à la mi-Mai , les fix dernières femaines où les beftiaux font le plus difficiles à nourrir ; les turneps ne font pas de même , de forte que tout fermier qui a quelques terres propres aux choux, doit toujours en faire quelques acres exprès pour cela.
Des Rigoks pour les eaux.
Ce font ce que nous appelons des maîtres qu’il eft à propos de faire ce mois-ci dans toutes les terres où l’on voit féjourner l’eau ; car pour épargner fort peu d’argent que cela coûte, on s’expofe fouvent à perdre toute une récolte. En les faifant , il faut bien obferver la pente, pour que l’eau ne féjourne nulle part; il faut non-feulement faire des maîtres dans les terres labourées d’hiver, mais curer ceux faits dans les terres à bled.
S’ils font remplis par les terres que les eaux entraînent, ou par les taupes ou autres accidens, il faut bien en tirer toutes ces terres, car on ne fauroit avoir trop de foin de purger les terres d’eaux flagnantes,
Du Fumage des Prés.
Voici le tems de mener toutes fortes d’engrais fur les prés naturels ou artificiels , comme cendres de bois, cendres de leflive , poufhière de dréche, chaux, &c. & en général tous les végétaux que les pluies d’hiver peuvent répandre fur la terre ; tous ces engrais doivent être menés fur les prés en Février. Mais auparavant de faire un achat confidérable de Pun de ces engrais , il faut effayer en petit, pendant plufieurs années , lequel réuffit le mieux fur vos prés, fans cela vous rifqueriez fouvent de faire de grandes dépenfes, fans vous aflurer le profit: & encore ne faut-il pas juger de la bonté de lengrais au premier moment ; car, par exemple, la fie & la pouflière de drêche rendent les prés bien verds au printems ; mais c’eft au volume de foin, lors de la fauche, que l’on doit juger de cela : je l'ai moi-même éprouvé, & puis en parler favamment.
Pour calculer cela au jufte, marquez des féparations dans un pré, fupputez le prix de l’engrais que vous y mettez , fauchez & ferrez chaque morceau de pré ainfi fumé féparément ; par exemple, mettez la dépenfe du fumier à un louis l’arpent,
à la moiflon, pefez le foin de la récolte (1), vous faurez quel eft l’engrais qui a le mieux réufhi fur votre fond, & eft le plus économique ; par ce moyen vous ferez sûr de votre expérience , & du genre d’engrais que vous devez adopter en grand l'année fuivante : en eflayant ainfi, on ne fait rien au hafard , & l’on eft en garde contre les faux fyfièmes.
Du fumage des Bleds en hiver.
Ce mois-ci eft aufli le tems de mener des engrais fur les bleds , comme cendre, fuie, chaux, fiente des pigeons, terreau ou fumier de lapin de clapier , & beaucoup d’autres engrais confommés, que l’on a dans le voifinage des villes ; fi toutefois 1l gele.
C'eft un bon principe de pratique , que cette méthode en agriculture, furtout fur des bleds qui n’ont pas été fumés ; mais 1l faut calculer que la dépenfe n’excede pas le profit , & fonger que parmi tous les engrais que nous venons de citer, les vrais fumiers font encore les meilleurs.
(1) Récolte. L’on ne vend jamais en Angleterre le foin à la botte, mais toujours à la charge & au poids.
De
De la Baffe - cour.
Ce mois-ci demande les mêmes foins que le précédent pour la propreté des animaux, le foin des fumiers , & le renouvellement fréquent des htères (1 ).
Plantation de Saules.
Je ne m'étendrai pas beaucoup dans ce calen= drier , fur les plantations, qui regardent plus les feigneuts & propriétaires, que les fermiers ufufruitiers ; mais les faules étant d’une crue prompte, ce dernier fera bien d’en planter dans les endtoits aquatiques de la ferme pour boûcher des trous dans les hates. Cet arbre eft d’un trés-bon produit pour les tontures, qui donnent des pieux, des échalats, des fagots, &c.
(1) Lirières. Je préviendrai le leéteur à cet article, que l’auteur fe répétant ici beaucoup, j'ai abrégé , comme je le ferai par la fuite en pareil cas les autres mois.
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de) FÉVRIER.
Des Vefces.
Voici le tems de femer cette graine fur une terre qui a été labou£e l'hiver; fi ce mois-ci eft fec , donnez une feconde facon, & femez-en trois boifleaux par acre , le tout bien herfé , fi c’eft pour faucher en verd, & deux boifleaux par arpent feulement , fi c’eft pour récolter en graine. C’eft une excellente culture que la vefce en verd fur une jachère , car on la fauche avant qu’elle en -ait tiré le fac; cela, détruit parfaitement , les mauvailes herbes, & fi vous la femez de bonne heure en Février, la terre fera très-bien prépañe pour femer des turneps fur un feul labour.
Il ne faut pas récolter la vefce à graine dans ne terre où on veut mettre du bled; car il n’eft pas d'une bonne agriculture de mettre deux fois de fuite du gran dans une terre. Par exemple , il ne faut jamais femer de bled après l’orge ou l’avoine, ni faire fuccéder ces grains au bled, mais faire entre chaque une récolte de turneps, vefce en verd, trefle ou autre fourrage.
Un bon acre de terre en vefce donnera une tonne & demie (1) ou deux tonnes de fourrage,
(1) Tonne. La tonne de fourrage en Angleterre fait environ deux mille livres , poids de marc,
FÉVRIER. $ï
ce qui fera bien fupérieur à la feconde récolte d’un grain que l'on auroit fait fur la même terre.
De Parrofement des Pres.
C’eft une partie très-négligée dans prefque toute l’Angleterre , & cependant bien importante, que d’arrofer un pré ou une pâture quand on le peut, en y amenant de l’eau de quelque hauteur voifine , foit par une rivière, un canal ou des tranchées. Quoique cela foit un peu coûteux , c’eft un des meilleurs engrais que lon puifle donner à un pré, & l'ouvrage néceffaire pour amener les : eaux au printems quand il fait fec, doit fe faire ce mois-ci. S'il y a dans le pré des trous ou creux où l’eau refte , il faut les combler avec la terre des tranchées , & répandre le refte fur le. pré, ce qui y fera encore un engrais de plus; file pré eft en pente & qu'il. y ait {ur le haut un ruifléau ou un foflé plein d’eau, il faut faire de diftance en diflance des faignées avec de pe= ttes vannes, pour lâcher , quand on veut, l’eau
dans le pré.
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Des Pommes de terre.
Cette racine eft une des plus lucratives que le fermier puifle faire , puifque le rapport n’en dépend pas uniquement de la vente de la récolte au marché ; elle rapporte bien plus lorfawon la fait confomimer à divers animaux , furtout aux cochons.
En Irlande, on en nourrit les vaches, les chevaux , les moutons, & généralement toutes fortes de beftiaux.
La terre deflinée aux pommes de terre doit avoir été labourée l’hiver & en Janvier , fi ce dernier labour n’a pas eu lieu, 1l le faut donner ce mois-ci fi le tems eft fec, car il ne faut jamais mettre la charrue en terre dans un tems mol; il ne faut préparer de terre pour cette racine qu’autant que l’on en peut fumer , à raïfon de trente charges de fumier par acre; car un acre bien fumé vaut mieux que deux qui le feroïent mal.
Des Compors.
Nota. Il eft difficile de traduire ce mot en françois, ce qui fait que Je l'ai mis tel qu'il eft, c’eft un compofé de fumier & de terre mélangée en-
E*É V RIÆIR! 53 femble. Un-fermier tirera le plus grand avantage des compots faits ce mois-ci avec des matières végétales bien mélangées.
Il y en a de plufieurs efpeces , on peut les claffer comme il fuit: 1°. La glaife ou terre fotte,: des cendres de leffives , du fumier, de la chaux, du tan , des végétaux pourris, pourvu qu'il n'y ait pas de graine, & on recommence à remettre de la terre , des cendres, &c. autant de lits que l’on veut , fuivant la hauteur de la couche. On peut aufli fe fervir de chaux vive en eau, de plantes maritimes, de fable de mer, fi on en ef à portée , qui non-feulement excitent la fermentation des autres engrais , mais fervent aufh à divifer le fond de la terre avec laquelle ils s’'amalgament, On fait ces couches fuivant la longueur que l’on veut, mais chaque lit doit avoir fix pouces d’épais , jufqu’a un pied même fuivant quelques auteurs, mais cette épaifleur eft trop forte pour que la fermentation puifle s’opérer , furtout à travers la terre forte ou la glaife , ce qui oblige , quand on retourne les compots, à broyer avec la main les parties qui ne font pas divifées , & à les remettre en couche de nouveau, ce qui eft un furcroit de travail & une perte de tems, fans compter que les autres ingrédiens qui fermentent plus vite perdent de leurs forces.
Je confeillerai donc une autre manière de faire
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des compots ; il faut d’abord marquer la place pour en faire deux, & y imettre un lit de fumier. Un homme fe place entre deux, on amene tous les matériaux néceffaires qu’il prend avec une pelle, & il en foupoudre les couches avec chaque matière , l'une après l’autre, les lits étant plus minces, la mixtion eft plus facile , & en deux mois de tems la fermentation fera plus forte qu’en quatre ou cinq de l’autre manière , & ils n’ont befoin que d’être retournés une fois feulement avant de les mener fur les terres , ce que l’on fait en les coupant à la bêche , & les remélant enfuite comme auparavant ; il ne faut pas après être trop longtems fans les mener fur les terres, après cette feconde mixtion , éar ils perdroient toutes leurs forces, Si on voyoit que la fermentation ne fe fit pas aflez vite, il faudroit faire de grands trous avec un gros pieu au milieu de la couche, & y jetter de l’urine de befhaux , ou du jus d’une fofle a fumier. Un compots fait ainfi va améliorer toutes fortes de terres, mais furtout des prés ou des pàtures grafles,
On fe fert pour ces derniers d’une charrue à cinq coûtres fans foc qui fend le pre, & y laïfie des incifions dans lefquelies le terreau du compots s’introduit ; l’eau des pluies contribue même au bien de la chofe. Un pareil engrais fait tant d’effet for un bon pré, que l’année fuivante il porte trois fois plus qu'auparavant.
IL'eft à obferver qu'il vaut bien mueux faire pafler cette efpece de charrue dans les près avant d'y mener les engrais ; cela feroit bien moins d’effet fi on ne la fafoit pañler qu'après.
Si on a uncompots confidérable à faire pour engraifler une terre loin de ia maïfon , il eft \ PI à tops de le faire fur le haut de la piece même, où on prend la terre pour la mélanger , on n’a que le fumier à y mener , ce qui abrège fort les charrois. La meilleure place pour faire un com pots, eft un terrein plat, parce que le jus qui en découle ne fe perd pas fi promptement, & on peut le ramafler autour pour l’arrofer de nouveau, ce qui excite la fermentation.
Il eft encore bien plus avantageux de les fie dans le milieu de la cour de la ferme, dans un creux en forme de baflin qui reçoit, par ce moyen , tous les égoûts des étables & écuries autour de la cour ; on a foin , lorfque l'on cure les beftiaux , de ne. pas jeter le fumier en tas , mais de le répandre bien également, & de Jeter deflus de la terre que lon arrofe enfuite avec l'urine des befliaux. On continue cette opération , comme nous avons expliqué ci-deflus , pour la confiruétion du compots , il faut feulement avoir foin, fi on y jette des refles de fourrage qui puiflent y introdure de mauvaifes graines , de ne point mcmer l’engrais fur des terres
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56 FÉVÆRHTIER,
à grains , mais fur des herbages ou des terres deflinées à porter des turneps , pommes de terre & autres plantes deftinées à être binées, ce qui détruit les mauvaifes hérbes que cet engrais fait poufer. #
PIS ON ENGLELS
&/E mois eft le plus propre pour femer des orges , 1l réuflit fouvent femé en Avril, mais il eft préférable de le femer de bonne heure , la terre demande d’être bien préparée; celle qui a porté des turneps eft bien la meilleure , d’autant que c’eft le tems où les beftiaux achevent de manger ces racines dans le champ ; on peut alors fêmer l'orge fur une feule façon, la terre ayant été bien préparée pour les engrais & Jabours avant les turneps.
Quoique j'aie dit qu’il étoit plus avantageux de femer les orges aux Mars , cependant comme ce grain demande une terre feche, il faut, après un hiver pluvieux, attendre que la terre foit bien refluyée ; ainf il eft poffible que tout le mois fe pañle fans que la charrue puifle entrer dans la terre; car un confeil important à donner à tout laboureur , eft de ne pas femer dans des terres molles quelques graines que ce foit. Si la terre eft bien meuble & fe herfe parfaitement, cinq boïffeaux par acre fuf-
fifent; mais fi le terrein eft en motte, & ne s’ameublit pas bien, il en faudra fix; fi vous n’avez pas de terre à turneps pour lorge , ou que votre fol foit glaifeux , il ne faut pas attendre que le hâle le prenne , & on peut femer l’orge dès la fin de Février & le commencement de Mars. Il y a des laboureurs qui, dans ces fortes de terre, ont une autre méthode de cultiver l'orge ; après la moiflon , ils tirent de diftance en diftance des rayons bien creux , qui reçoivent les eaux de Fhiver ; par la gelée, ils mettent du fumier fur cette terre, qu'ils laiflent en tas dans ces raies ; au moment de le femer , ils le répandent , & jettent deflus la femence qu'ils enterrent à la charrue, & herfent le terrein après , c’eft une excellente manière, & qui me peut manquer de donner de füperbes récoltes; on peut la pratiquer fur des terres qui ont porté des feves, des pois , &c. on peut alors ne femer que quatre boifleaux l’acre , il faut enfuite herfer plufieurs fois dans tous les fens. Le meilleur ufage que l’on puifle faire de l'orge, ef de le mettre fur des terres deftinées à porter du trefle en fuivant l’ordre de culture ci-après.
On feme d’abord des turneps , choux ou feves , aprés de l'orge, fur lefquels on met le trefle, on laifle le trefle fur pied toute l’année fuivante, & la troifième on le retourne après la deuxième coupe , pour y mettre du bled ; quelque culture que
| MARS. 59 vous faifiez la premiére , l’orge doit toujours fuivre une récolte pour laquelle on a fumé, & être femée avec le trefle qui fe reflent de cet engrais.
Quelques fermiers peu avifés ne fentent pas l'avantage de cette culture; s'ils ont des près naturels, ils diront que ferons-nous de tant de trefle ? Comment un homme qui a quelque argent dans fa poche, peut-il faire un raifonnement aufhi faux , &t ne pas acheter des befliaux tant que fa ferme en peut tenir? d’ailleurs quelle récolte feroit-on fuivre à l’orge, les grains ne doivent jamais fe fuccéder lun à lautre , fans qu'il y ait une récolte d’herbe ou légume entre deux , fuivant les meilleurs principes d'agriculture. L’herbe prépare même mieux la terre encore que les feves, turneps ou la vefce. Le bled fe feme après un trefle fur une feule façon & réuflit à merveille (1) D’ailleurs il n’eft pas de récolte de grain qui paie fon maître aufli bien qu'une de trefle, qui fert à nourrir les chevaux , les bêtes à cornes & à laine, mieux que tout le refte , fans compter qu'il rend
(x) J'ai vu, par moi-même, en Angleterre, la preuve de ce que l’auteur avance , & j'ai remarqué , à mon grand étonnement , que le bled ainfi femé fur une façon, étoit aufll beau qu'un à côté qui en avoit eu quatre.
la terre parfaitement meuble , pour porter enfuite du bled ou de l’avoine.
Il y a deux manières de le femer; la première, de le femer après que l’orge eft herfé , & de l’enterrer par un fecond herfage ; la feconde , eft de le répandre fur la terre lorfque l'orge eft levé, & de l’enterrer après avec le rouleau.
L’inconvénient de la première méthode, ef que la poufle du trefle nuit fouvent à celle de l'orge; il eft vrai que fi le trefle montoit très-haut tout de fuite, il y auroit peutêtre du profit de faucher le tout avant que l’orge ne monte en épi pour le former comme du foin, ce fourrage rapporteroit plus pour la nourriture des beftiaux , que la récolte du grain que l’on manqueroit (1).
De L Avoine.
L’avoine blanche doit être femée ce mois-ci par préférence , & les fermiers doivent bien fe garder de donner dans l'erreur commune de ne la femer
(1) Je n’ai pas achevé ni entré dans de grands détails fur ce chapitre, ne croyant pas cette méthode praticable en France, à moins d’une grande fécherefle ou tout le foin manqueroit , & alors je doute que le trefle poufsât affez pour cela.
MARS. 6i qu'après les autres grains ; elle demande les mêmes préparations que l’orge , & cette récolte paie bien le cultivateur de fes foins ; c’eft encore une erreur de croire que l’orge rend plus que lavoine blanche bien cultivée ; j'ai été témoin de plufeurs effais à cet égard, où la récolte d'avoine éoaloit & quelquefois furpafloit celle de orge, la quantité dédommageant bien par fa fupériorité de linfériorité du prix.
Quelle bonne raifon peut-on donner pour croire que fi une terre n’eft pas aflez bien préparée pour mettre de lorge, l’avoine y réuffiffe ? il n’y en a, je crois, aucune. L’argument ordinaire , mais faux, eft de dire qu’elle donnera une récolte fuffifante pour payer les frais, mais le profit fera nul; ce qui eft un fyflême toujours faux dans un bon agriculteur. Quel profit retirera-t-on d’un champ où l’on fera fuccéder l’avoine à une récolte d'orge, ou à une de bled , fi on füuit le fyftême des jachéres ; le grain après un autre réuflira toujours mal, au lieu qu’en la femant après une récolte de légumes, comme nous l'avons dit pour l'orge , elle fera trèsavantageufe , & on y pourra femer aufh du trefle deflus : cette méthode eft bien préférable en tout point , à celle de mettre l’avoine fur un chaume de bled.
Pour toutes les raifons ci-deflus, je confeillerai à tout bon fermier de femer également ces deux
grains aprés une récolte de légumes, & de donner la préférence à celui auquel il aura éprouvé que fa terre convient le mieux, & toujours y femant du trefle. Dans les bonnes terres il faut quatre boiffeaux par arpent , & dans les terres légères il en faut mettre fix.
Des Pois.
C’eft le tems de femer toutes fortes de pois, qui ne lont pas été en Février, & il ne faut pas attendre plus tard , fi le tems eft beau; les pois blancs fe fement les derniers, & fur une terre lgére , car ils ne réufhiflent pas dans les terres fortes où il y a de la glaife. Cependant il n'y a pas de foi où les pois ne viennent , en cherchant l’efpece qui convient à la terre ; dans la glaife il faut mettre des pois à cochons , fur les terres de fable ou graveleufes , les petits pois tendres réuffiflent ; on les feme tous avant le labour , ou on les enterre à la herfe. Le premier moyen a de l'inconvénient. Si la terre eft battue par la pluie, ils ne leveront pas du tout, n’ayant pas la force de percer la croûte, qui fe fera formée fur la terre; d’un autre côté, en les enterrant à la herfe, il y a l'inconvénient que fi la terre n’eft pas bien meuble, & qu'ils ne s’enterrent pas , les pigeons & Les
oifeaux en mangent la plus grande partie , ce que lon peut parer, en mettant quelque chofe fur les femences , qui éloigne ces animaux. Si la terre fe fépare bien , il vaut mieux en tout les enterrer à la herfe; mais fur les autres terres , il eft plus avantageux de fe fervir de la charrue , pour les garantir avant la lévée, de la grande ardeur du foleil qui les brûle, furtout dans les terres féches.
Il faut femer les pois après du grain , comme bled , avoine , &c. mais furtout après le bled, parce que dans une bonne agriculture , il doit toujours y avoir du trefle de femé fur les orges & avoines ; la manière fuivante de difpofer les récoltes , eft auffi très-avantageufe : 1°, Des turnéps ou choux , fuivant le tetrein ; 2°. de l’orge ; 3°. du trefle ; 40, du bled ; $°. des pois. Quand le bled a fuccédé au trefle, vous pouvez tirer après, une bonne récolte de poix , & vous revenez après au - premier ordre ci-deflus. Il eft-plus avantageux fouvent de femer les pois à la charrue à femoir, parce qu’ils font bien plus faciles à biner à la main; il n’y a point de récolte qui paie mieux ces fraislà que celle-ci; lorfqu'ils font femés à la charrue ordinaire , ce travail devient beaucoup plus difficile : un autre avantage eft la femence que cela épargne, on y gagne un boiffeau &t demi par acre; il feroit même plus avantageux d’avoir une charrue