ÉD MARS
détruire les racines ou les ronces autour des haies ; c’eft dans ce mois qu’on y doit planter des pommes de terre en rayons , qui y réufhront à merveille, à caufe du bois pourri qui eft tombé de la haie, & qui fait une forte d'engrais ; elles feront bonnes à cueillir à la fin de Septembre, & la terre n’en fera que plus propre à produire enfute de lherbe.
C’eft une attention que fouvent beaucoup de fermiers négligent , parce que la pl.s petite dépenfe les effraie, & qu'ils ne calculent pas que vingtquatre fols dépenfés à propos leur rapportent dix fois plus au bout de l’année : ces bordures fur lefquelles on a jeté toutes les terres forties du foflé, deviennent un excellent fond. Ce font de ces attentions qu’un fermier intelligent ne manquera jamais d’avoir.
En fuivant les principes de la nouvelle culture avec la houe à cheval, pour les pommes de terre, on doit laifler deux pieds d'intervalle entre les rayons, pour que le cheval ne foule pas la plante; cette méthode eft bien plus économique que la houe à bras, on prétend même qu’elle peut difpenfer de fumer; mais je ne confeillerai jamais à
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deflus , des terres enclofes de haies & de do & de l'entretien de ces borgures.
un fermier, tant qu’il aura des engraïs , de ne pas en mettre fur fes terres le plus qu'il pourra.
Des Choux.
Il y a des faifons pour planter les choux , depuis la fin d'Avril jufqu’au commencement de Mai, ou au milieu de l'été. Dans tous les cas, le premier labour a dû être donné à Noël. Si le deuxième n’a pas été fait en Février , il faut le farre en Mars, au plus tard; furtout, fi c’eft pour planter en Avril; il doit être en fillons & non à plat.
Le commencement de ce mois eft aufi le bon tems pour femer la graine de choux ; il faut proportionner le terrein pour cela à celui que vous voulez enfuite replanter , en calculant fur une livre de graine pour trois acres que vous aurez à replanter. Ilfaut prendre la meilleure des terres de la ferme pour cette femence , & y mettre du fumier abondamment & bien pourri; ce qui fera facile, puifque vingt perches de terre fufffent pour en-replanter dix acres : la terre doit être bien herfée & bien unie, mais 1! n’eft pas néceffaire de la pañler au rateau. |
Quant aux efpeces de choux, il y en a plu-
fieurs ; les meilleures efpeces font les choux d'E- E à
coffe & le chou Américain, pour nourrir les vas ches & les bœufs jufqu’a la mi-Mars , & le chounavet pour nourrir les moutons jufqu’à la mi-Maï. Par ce moyen vous pourrez facilement faire pafler lhiver à vos vaches & moutons , ce qui eft un article très-important en agriculture. Les choux qu’on replante en Avril & Mai doivent être des deux premières efpeces dont on vient de parler ; car tout ce que l’on a dit de la graine à femer dans ce mois-ci, ne regarde que ceux à replanter Vété,
Des terres à Turneps,
Les terres deflinées à cette culture ayant été, comme je le fuppofe , labourées à Noël, doivent recevoir une feconde façon ce mois-ci, & être bien herfées ; & fi la terre eft fort couverte. de mauvaifes herbes, on la labourera encore une fois en Avril ou Mai, pour les bien détruire, la terre ne pouvant être trop meuble pour recevoir cette femence.
Des femés de Tref.
Mars eft le tems propice pour femer cette gras minée avec les avoines ou les orges. On met quinze à vingt livres de graines par acre, Il y a deux
manières de les femer, ou le lendemain que l’on a femé le grain, en l’enterrant à la herfe , ou après que l’orge ou l’avoine eft levée , en l’enterrant avec le rouleau. Cette dernière méthode a l’inconvénient de gâter la première femence, fi on la pratique dans un tems humide.
Un bon fermier ne doit pas négliger cette culture , & je crois que c’eft une excellente méthode de femer du trefle fur tous les bleds & avoines ; on ne doit même femer de ces mêmes grains que dans des terres où l’on peut mettre de l'herbe avec ; fi on fait autrement , c’eft une mauvaife économie.
Dans les tems médiocres furtout , un fermier qui agiroit autrement feroit sûr de perdre au bout de l’année. Dans ces fortes d'emplois , le profit ne dépend que du grand nombre de beftiaux que cette culture vous met à même d’élever; quelle perte n’en réfulte-t-il pas fi on n’en feme pas aflez !
Tout fermier qui fentira la vérité de cette affertion , ne femera jamais une raie de mêmes grains fans trefle, quand il fentira que cela n’augmente fa dépenfe ‘que de la femence, qui eft un objet de douze livres au plus’, tandis que le rapport eft un des plus lucratifs, parmi les plantes que l’on fauche. S'il eft bien gouverné , cela donne
au moins deux coupes. Ce fourrage eft excellent E iv
pour les chevaux , pour les moutons , pour les vaches , & même les cochons.
Un autre grand avantage du trefle , eft de nettoyer parfaitement la terre de mauvaifes herbes, & d'améliorer le fol. Si vous le femez fur une terre qui porte du grain (1) pour la première fois, vous pouvez le laifler un an fur pied, & y faire fuccéder une récolte de bled, ou de mêmes grains fur un feul labour fans fumier, & fans crainte d’avoir une feule mauvaife herbe ; grande diminution de tems & de dépenfe , chofe bien effentielle à confidérer en agriculture. Une preuve bien convaincante que le trefle n’épuife pas la terre , & la bonifie , eft de voir les fuperbes récoltes de bled que lon y fait l'année fuivante fur une feule façon.
Un fermier qui aura la pratique de ne jamais “emer de mêmes grains fans y mettre du trefle, peut être sür de faire les plus belles récoltes du canton, par les engrais que cela lui fournira , fans compter le profit qu'il retirera des beftiaux , dont :l peut élever le double de fes voifins avec la même quantité d’arpens de terre,
(1) Pour entendre cet article, on doit fe rappeler qu’en Angleterre on ne met jamais de grain deux ans de
fuite ; mais on le feme toujours après de l’herbe ou des légumes,
Du Ray-graff.
Cette plante eft bonne dans quelques pays , & fous quelques rapports , mais les laboureurs doivent bien y regarder avant de la cultiver. Elle vient dans les terres légères , dans les terres fortes, il faut la méler avec du trefle ; fon plus grand avantage eft de fe faucher de bonne heure ; on peut la donner en verd aux troupeaux : dans de bons fonds on peut la faucher au commencement d'Avril. Si on la feme pure , il faut quatre boiffeaux à l’acre , fi on la mêle avec du trefle, deux fufhfent avec douze livres de trefle ; ce fourrage d’ailleurs ne vaut rien fumé (1).
Des Troupeaux. »
On doit finir ce mois-ci de nourrir les troupeaux avec des turneps , car fi on les laïfle plus longtems en terre, la récolte d'orge ou d’avoine
(1) L'auteur a fans doute voulu parler du ray-graff à large feuille ; car le ray-gr4f] ou faux feigle eft un excellent fourrage , cultivé dans le Suffex & le midi de l’'Angieterre,
qui doit fuivre en fouffrira ; d’ailleurs, dès que la végétation commence, ces racines ne valent plus rien , & les animaux n’en veulent que lorfqu'ils font bien affamés. Le fermier doit difpofer les chofes , de manière que fes turneps finiffent à la fn de ce mois, & mettre fon bétail aux choux. Ce changemeut de nourriture ne leur peut faire que grand bien, & fait furtout profiter beaucoup les agneaux.
Voici la fafon en général où les troupeaux de toute efpece, les brebis , les agneaux & les moutons , pour engraifler , doivent être bien nourris ; car s’ils jeunent en cette faifon , ils dépériront bientôt, 8 ce fera une grande perte pour le propriétaire. Un fermier intelligent doit réferver pour cette faifon, la vefce en verd, le ray-grafl, les choux, furtout pour les agneaux; car sil met fon troupeau en cette faifon dans les prés, fa récolte de foin s’en reffentira.
Pour les moutons à tuer , le bon tems pour les vendre eft à la fin de Mai, terms où ils fe vendent le plus cher; aufli un fermier intelligent aura toujours deux enclos de choux pour mettre fon troupeau , en fortant au quinze Mars de ceux des turneps. Avec un pareil foin , il fera sûr de faire un grand profit fur fes moutons.
Cette nourriture demande quelques attentions; s’il fait fec, on peut faire confommer ces choux
| MARS, 7$ dans le champ , comme les turneps, en mettant feulement des claies, pour que le troupeau n'en foule pas aux pieds plus qu'il n’en peut manger en un jour ; s'il fait humide , il vaut mieux les faire arracher, & les leur donner fur une pâture feche près le champ.
Des Vaches.
Dans ce mois-ci on doit nourrir les vaches ; génifles ou veaux à l’étable, & ne les laifler aller dans aucun champ ni pâture , parce que n'y ayant pas encore de quoi les nourrir en verd; s'ils mangeoient feulement une ou deux poignées d'herbe, cela les dégoûteroit enfuite du fourrage fec, fans compter qu’ils abimeroient les herbages avec leurs pieds, & qu’on perdroit un bon engrais que lon trouve en les laïffant courir dans la cour de Ja ferme, que l’on peut tenir fermée , fi toutefois 1l y a de l’eau dedans , ce qui eft bien préférable à s’en rapporter aux domeftiques pour les faire boire Il faut que la cour foit toujours parfemée de litière, foit paille , chaume ou fougère; car plus il y en a, plus ces animaux vous feront de fumier , ce qui eft la grande richefle des cultivateurs.
Un fermier qui éleve des veaux , ou qui en a
en févrage dans ce tems-ci , doit les faire foigner bien fcrupuleufement dans une cour à part, où il ne leur mañque rien ; ces animaux doivent toujours avoir le véntre plein, il faut leur donner en verd des choux, comme aux vaches à lait, & en fec de bon fon.
Des Chevaux 6 Bœufs.
Le tems des femences eft celui où ces animaux travaillant le plus doivent être le mieux foignés , ils doivent travailler dix heures (1) par jour, mais pour cela il faut que les charretiers ou bouviers qui labourent n'aient que cela à faire, & ne foient pas occupés du foin de leurs chevaux ; il doit y avoir un garçon de cour, qui dès le matin harnache les chevaux après les avoir fait boire & manger , & en fait autant à midi & le foir ; par ce moyen les charretiers vont à l’ouvrage à fix heures, & ramenent à onze heures les
(1) On voit par-là la différence du travail dans ce royaume. Les chevaux ne font toute l’année que’ huit heures de travail en une feule attelée , le refte de la journée , les charretiers travaillent dans la cour. Les chevaux ne fortent jamais qu'à fept heures du matin, jufqu'à trois après midi,
chevaux pout diner , l:fquels trouvant leurs rateliers garnis, ont aflez d’une heure & demie pour diner , &t retournent jufqu’à fix heures du foir. De cette manière , deux chevaux peuvent labourer un acre & demi par jour. Les labours de . Mars, quand le tems n’eft pas trop humide , font les meilleurs de l’année , & font préférables à deux qui ne feroient donnés que dans le mois de Mai,
Des Maïtres pour tirer Les eaux.
Dans toutes les terres femées & labourées ce mois-ci , il faut tirer des maîtres pour égoutter les eaux, on les fait à la charrue , & enfuite on les fait curer à la bêche. Beaucoup de fermiers n’ont pas cette attention, ce qui cependant les expofe à perdre les plus belles récoltes, par un orage ou une mondation.
Des Feves,
On doit les femer la première femaine de ce mois-ci, mais pas plus tard; 1l faut fe rappeler que plus on feme tard, plus on doit fumer ; cette culture eft fort importante dans des terres fortes , furtout fi on renonce au principe abufif des jachères,
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