D E L'ORGE
T L $2ORGE qui n’a pas été femée en Mars, doit l’être au plus tard le quinze de ce mois, fans quoi la récolte n’en vaudra rien; fi on la feme fur une terre qui a porté du bled l’année précédente , elle doit avoir reçu un labour avant l’hiver, & un fecond en Mars ; fi au contraire la terre a porté des turneps, une feule façon bien herfée dans ce mois-ci fuffit; il y a des fermiers qui, pour pouvoir donner deux façons, remettent à femer leurs orges la première femaine de Mai, mais ils y perdent plus qu'ils n’y gagnent. Voici un calcul qui a été fait, fur ce que l’orge femée en différens mois rapporte de boïfleaux pour un de femence , d’où il ef facile de partir pour un calcul. -
En Février , douze & demi pour un.
En Mars, onze & demi.
En Avril, huit & demi. w En Mai, fix.
En Juin , trois & demi.
Ce tableau prouve l'avantage de femer de bonne heure : cependant je crois qu'il y a une grande quantité de terres où on ne peut pas femer ni labourer en Fevrier , comme les terres fortes, les fonds humides ; mais dans les fables ou les terres graveleufes que l’on a pu labourer l'hiver , il peut ÿ avoir un avantage à femer de bonne heure, mais jamais , je crois, aflez fort pour rapporter ce qui eft dit dans la table ci-deflus.
Il y a même encore une chofe à craindre en femant les orges de fi bonne heure, c’eft que s’ vient des gelées ou neiges après qu’elles font levées , c’eft autant de perdu.
Au refle, fi le terrein ou le tems n’a pas permis de femer de bonne heure, 1l faut ce mois-ci ne labourer qu’au moment de femer ; car fi vous laïffiez les terres trop longtems labourées , les pluies qui font communes pendant ce mois, battroient la terre , & feroient que l’on ne pourroit plus y entrer pour herfer ni femer, ce qui retarde alors les femences , & caufe une perte réelle au fermier.
On doit conclure, de tout ce que nous venons de dire, que dans les terres fortes on doit commencer à labourer la terre l’hiver , en rayons , pour que les eaux s’imbibent , en y faifant des maîtres pour les égoutter; enfuite les labourer , femer & herfer de bonne heure au printems, en ayant foin que le femeur & les herfes fuivent de près les
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charrues, pour qu’en cas de pluie, on puifle femer fans donner le tems à la terre de fe plomber , & ne jamais laïfler, moyennant cela, une terre labourée à moitié femée , tandis que l’autre. ne left pas.
Beaucoup de fermiers, pour lappât d’avoir quelques champs de plus pour leurs troupeaux , ne labourent pas l’hiver leurs terres deftinées à l'orge, ce qui eft fort mal fait, car au printems ils labourent tard, la terre ne s’ameublit pas bien , & ils fement trop tard.
Les meilleures récoltes d’orge en Angleterre fe font dans des terres argilleufes, labourées en rayons avant l’hiver, fumées enfuite par la gelée, & {emées à la fin de Février ou au commencement de Mars. La plus grande partie des cultivateurs d’Angleterre foutiennent, aïnfñi que tous les écrivains, que les meilleures récoltes fe font fur des terres qui ont porté des turneps ; je ne combattrai point cette opinion, mais feulement j’examinerai fi ce font les turneps qui ont amélioré la terre , ou les fumiers qu'on y a mis, je crois que c’eft plutôt ce dernier engrais , car on fume très-bien pour les turneps, on donne trois façons aux. terres , on y met les
-moutons pour manger les turneps pendant les mois de Janvier, Février & Mars, ce qui équivaut prefque un fecond parcage. Mais faites une épreuve : divifez une piece de terre en deux parties égales; dans
l’une,
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lune, cultivez des turneps & de l'orge, comme nous venons de dire , & dans l’autre , qui aura porté une autre récolte quelconque , recueillie en Oétobre, donnez un bon labour à la fin de ce mois, fumez l’hiver, & femez-la en orge , de fort bonne heure, au printems, je fuis sûr que vous aurez une récolte fupérieure à l’autre moitié de la piece.
Si on a affez d'engrais dans une ferme pour fuivre cette dernière méthode , je là crois. préfétable, & on fait alors fuccéder aux turneps une récolte que lon peut femer tard fans inconvénient, comme par exemple du bled de turquie, qui, quand ef bien cultivé, eft d’un excellent rapport, & n’épuife point la terre.
On voit qu’en général, lorfque la terre eft bien préparée , 1l eft plus avantageux de femer de bonne heure ; ce premier point eft furtout très-important pour le trefle , que l’on doit toujours femer avec l'orge , dans les principes d’une bonne agriculture, & c’eft principalement pour préparer la terre à cette plante, que les labours d’hiver font néceffaires.
Les auteurs font très-partagés , ainfi que les cultivateurs , fur la quantité de femence que lon doit employer ; quatre boiffeaux par acre font, ordinairement aflez : dans la glaife pourtant, ainfi qæ dans les terres .graveleufes, il en faut cinq. Il y a des fermiers qui prétendent que deux boiffeaux