‹ Calendrier du fermier; ou, Instruction, mois par mois, sur toutes les opérations d'agriculture qui doivent se faire dans une fermeChapitre 19 sur 48 · À VARIE · texte numérisé non relu

À VARIE

leure des graines pour femer de l'herbe avec , cela lui donne le mème abri que l'orge, & ne lui enleve pas tout le fuc de la terre.

Du Trefle.

On feme le. trefle, comme nous lavons dit ; avec l’avoine ou l'orge ; 1l en faut quinze livres de graine par acre dans un terrein bien fumé & dans un bon fond , dans le cas contraire , il en faut mettre au moins vingt livres; car une bonne terre produira plus de trefle avec moins d'engrais, qu’une. médiocre avec plus. Il y a des tables de comparaifon & de calcul à linfini pour cela ; mais le principe que j'avance n’y eft fondé que fur ce que j'ai éprouvé moi-même, chacun doit donc là-deflus eflayer la quantité de femence que . fon fol demande; par exemple, j’obferverai qu'à cet égard, l’argile & la terre graveleufe font dans le cas d’être traitées de même , ce qui prouve que plus ou moins de graine dépend moins de la qualité du fol, que de la manière dont il eft engraïflé: cette réflexion eft faite de même dans les voyages de M. Yong , fameux écrivain anglois ; fur la partie de l’agriculture.

De la Garance.

Voici le vrai tems pour femer la garance fur une terre qui doit avoir été labourée au mois d'Octobre, bien égoutée l’hiver par de bons maitres qu'on y aura tirés; on doit redonner un fecond labour au commencement de ce mois, & herfer la terre plufeurs fois; & enfin les derniers jours d'Avril recommencer le labour & le herfage :

alors la terre eft en état d’être plantée. Les plants doivent être pris dans un vieux champ de garance ; lorfque les tiges ont deux pouces au plus de haut, il faut les arracher, car plus le plant eft petit, mieux cela vaut, & les mettre dans leau à mefure qu’on les arrache ; un autre ouvrier les reprend tout de fuite dans l’eau pour les planter, afin de ne pas leur donner le tems de fe fécher. Il faut des gens au fait pour faire ce dernier ouvrage, & difpofer les rangs avec ordre, à deux pieds de diflance l’un de Pautre, & relevant un peu la terre en rayons, parce qu’alors les eaux s’égouttent l'hiver, fans avoir befoin de tirer des maîtres dans la terre, qui au refte doit avoir été labourée à plat ; des hommes ou femmes pañlent devant, & relevent la terre en efpece de foffé , un enfant fuit derrière & met le plant dedans, -

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Si on admet la culture de la houe à cheval , il faut laïfler des intervalles de trois à quatre pieds, mais alors on peut mettre deux rangs de plant dans chaque rayon ; cette méthode eft plus économique , comme je lai déja dit pour d’autres plantes , celle-ci devant être nettoyée avec beaucoup de foin. On ne doit pas s'inquiéter beaucoup fi la plante poufle peu le premier mois; fi cependant il venoit de grandes féchereffes, 1l feroit à propos d’arrofer.

La garance ne réuffit pas dans toutes fortes de terres , les opinions font très-partagées fur la nature de celles qui lui font propres: aufli ce que je puis confeiller de mieux à celui qui voudra entreprendre cette culture, eft d’en effayer en petit avant de s’y livrer.

Une autre chofe à confidérer eft la difficulté du débit. Un fermier éloigné de la ville ira trèsfouvent quatre ou cinq fois de fuite au marché porter fa garance, fans être préparée, ( fon état n'étant pas de le faire}, fans trouver à la vendre: ou fouvent, pour en favoir le cours , il écrira à un marchand, qui lui répondra qu’elle vaut quatre louis le quintal, & fi d’après cela, il en mene au marché fuivant , on ne lui en offrira plus que trois, on lui répondra qu’elle eft baïffée : il n’en eft pas mois vrai qu'il en fera pour fon voyage. Quant 4 moi, fans décrier la culture de la garançe, je

AVRIL, 87 dirai que je naime point à cultiver une plante dont le débit n’eft pas afluré , ni le prix réglé , & où il faut s’en rapporter à la confcience des marchands.

Si l’on vouloit encourager la culture de cette plante, & établir dans le royaume des manufactures pour la préparer , il fe formeroit bientôt des … foires aux environs, où les cultivateurs feroient affurés de vendre : fans cela , cette culture ne s’accréditera jamais beaucoup dans le royaume,

De la Luzerne.

Cette plante eft une des plus fameufes que lon cultive en Angleterre , & depuis quelques années elle a été, plus qu'aucune autre , un fujet de differtations , & les opinions ont bien varié à cet égard. Je n’entrerai pas dans tous les détails fur les trois principales manières de la cultiver dont les auteurs ont traité « favoir, en la femant à la volée, avec un femoir, ou par tranfplantation.

Si vous ufez de la première méthode , il faut que ce foit avec du bled de Turquie (1) fur une

(1) Je crois cette aflertion bien générale; car en France | où cette méthode n'eft pas connue , on ré-

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bonne terre, peu humide , bien nettoyée de toute efpece de mauvaifes herbes , & dans le meilleur état de culture pofhble ; il faut vingt livres de graine par arpent , on la feme à plat fur la terre, & on pafle deux ou trois fois la herfe deflus ; avec ces foins , la luzerne ne peut manquer de téuflir fur un bon fonds : mais dans du fable, du gravier de craie ou de chaux , elle manquera prefque toujours, |

Pour la cultiver au femoir , le mois d'Avril eft le tems propre. La terre ayant été labourée l’hiver, bien égouttée , & enfin ayant reçu un dernier labour en Mars & un au premier de ce mois-ci , au dernier labour on forme des planches de cinq raies, & on herfe bien enfuite; à la fin de ce mois, on met fur les planches de bon fumier ou compots bien confommé , de mamière qu'il n'arrête pas la herfe n1 le femoir, enfin, à la fin d'Avril on enterre ce fumier par un dernier labour , dans les planches de cinq pieds feulement , en les relevant un peu, & on feme enfuite le grain en rayons, à un pied l’un de l’autre: cinq livres de graines par acre fufhfent pour cette culture. La tranfplantation {era traitée un autre mois,

éolte de fuperhes luzernes avec de l'orge ou de l’ayoine.

À v.R NÉ: 89 :

La culture de la luzerne au femoir eft trèsavantageufe dans de bonnes terres , & bien fumées : un bon fermier doit toujours en avoir une certaine quantité, pour en difpofer pour les différens ufages auxquels elle eft propre.

D'abord, pour nourrir les chevaux au verd, en la fauchant tous les jours , pour les vaches à lait , les génifles d’éleve, les bœufs qui travaillent, & même pour engraifler. Mais le premier objet eft le meilleur, & un bon fermier doit mettre dans le printems tous fes chevaux à cette nourriture , &t avoir toujours un certain canton de luzerne deftiné à cela. Un bon acre de luzerne, bien ménagé , peut nourrir quatre ou cinq chevaux , du dix Mai au premier Oftobre , ce que nulle autre herbe ne pourra faire, Je ne puis trop confeiller à tout bon cultivateur d’avoir un nombre fuffifant d’arpens de luzerne bien préparée, bien foignée , & où, furtout, on ait bien foin de détruire les mauvaifes herbes qui létouffent & en altèrent la quantité. |

Du Sainfoin,

Il y a des parties de l'Angleterre où les fermiers ne pourroient pas payer moitié de leurs fermages, fans la reflource de cette plante dans

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des terres de gravier , de fable, ou des terres à chaux : quelque pauvre que foit le terrein, le fainfoin y réufhra.

Avril eft le bon tems pour le femer ; la feule attention à avoir eft que la terre foit bien nettoyée de mauvaifes herbes , & bien meuble, On le feme fur une facon , avec de l’orge ou du bled de Turquie , & on l’enterre avec un tour de herfe feulement; il faut que la herfe foit un peu péfante, fans quoi il faudroit deux tours; & le faire par un tems bien fec.

Sur un terrein à fainfoin on ne doit pas héfiter d'en femer , car aucune plante ne rapportera autant dans des terres médiocres qu’on loueroit à peine un écu lacre pour labourer ; & en fainfoin , elles rapporteront deux cens & demi ou trois cens bottes l’arpent, à la première coupe, & fournira enfuite un excellent pâturage.

Le produit de ce fourrage eft excellent , il n’en refte jamais au marché, & la confommation en eft sûre, tous les animaux en étant friands.

Les terres de la qualité de celles où on feme du fainfoin, en les mettant en labour , ne rapporteroient jamais autant que femées ainfi, quand ce ne feroit que pour en faire un pâture pour les bêtes à laines.

La quantité de femence néceffaire eft de quatre

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ou cinq boïfleaux par acre; on le feme à la va- Jée, & il réuffit prefque toujours.

De la Pimprenelle (1).

Voici le bon tems pour femer cette plante, & la meilleure manière de la cultiver eft d’en femer un boiffeau par arpent , avec de l'orge, de lavoine ou du bled de Turquie, dans un terrein frais, & d’y donner trois tours de herfe. Il n’en eft pas comme du fainfoin, cette plante vient dans les terres médiocres, mais plus le fol où on la met eft bon , mieux elle réuffit, & plus elle eft abondante,

Le grand ufage de la grande pimprenekle eft pour nourrir les moutons au printems: çar fi on la lafle un peu haute l’automne , fans la couper , elle pouffe tout l'hiver , malgré les plus grands froids , même fous la neige, & fera bonne à faucher de très-bonne heure au prirfèms. Elle a pour cela l'avantage fur toutes les autres plantes artificielles ; elle réuffit fort bien auf mêlée avec du ray-graff, en en mettant trois picotins avec deux boifleaux de ce dernier fourrage par acre,

(1) L'auteur anglois l'appelle burnet, c'eft ce nous appe= lons en France grande pimprenelle,

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Des Troupesaux.

Il ny 2 ren qui demande plus les foins du fermier , que la nourriture de fon troupeau, en Avral & Mais le degré de perfe&üion fur cet article. prouve le plus ou le moins d'intelligence du fermier , &t eft plus important que tous les autres travaux de la ferme.

Ces fois dépendent de l’abondance des turneps & du foin, que l’on aura ménagée lhiver ; car fi cette nourriture vient à manquer, on ef forcé de faire manger au troupeau quelques cantons de trefle ou de pré, ce qui nuit à la fauche. On peut leur faire manger quelquefois du : bled. ou feigle en herbe, quand il eft trop fort.

Beaucoup de fermiers manquent dans le royaume à un objet f important, de forte qu’une grande partie ne peut pas garder autant de bêtes à laine qu'ils le voudroient , #ar défaut de nourriture, Ces deux mois-là , il y a des cultivateurs affez intelligens pour ménager leurs turneps, au point que non-feulement les racines puiflent nourrir les brebis , mais encore pour que les feuilles & rejets de ceux qui montent à graine puifient leur faire une pâture verte de bonne heure ; ils font aufh tous les ans un clos de ray-graff ou de trefle,

À VRI L: 93 dans‘ une terre bien préparée , à demi-femence, * pour faire un bon pâturage au printems, jufqu’au quinze de Mai, tems où il y a aflez d'herbe dans les pâtures ordinaires : cela eft d’autant plus néceffaire que, 1°. fouvent les feigles & bleds ne font pas aflez forts pour pouvoir , fans inconvénient, y mettre le troupeau ; 2°. Rien ne fait plus de tort aux pâturages , que d’y mettre les moutons trop tôt, au printems ils arrêtent la première poule d’herbe ; 3°. Rien ne nuit plus à la récolte d'orge qui doit fuivre les turneps , que de les arracher ou faire manger top tard , en retardant le tems des labours & celui de la femence, fans compter qu’une fois que les turneps commencent à monter, la racine eft creufe & ne vaut plus rien. Je confeillerai donc d’avoir, comme je l'ai dit, un petit champ de trefle & ray-grafl, qui dès le commencement d'Avril doit avoir trois pouces de haut; cela fera un excellent pâturage pour fix femaines au printems. Mais il ne faut pas compter fur cette nourriture feule , pour peu que lon ait un fort troupeau, car il faudroit bien des acres de terre pour le nourrir , &t l’emploi de la terre ne feroit pas proportionnée avec le profit que l’on feroit fur le troupeau , qui feroit toujours inférieur. Mais voici ce qu’un cultivateur prévoyant doit faire.

Il ne doit pas lui refter un feul turneps fur pied après le mois de Mars, mais il doit alors avoir

un champ de choux-navets tout prêt pour mettré le troupeau, ce qui fera d’un excellent rapport & occupera bien moins de terrein , fourniffant bien plus de nourriture , en peu d’efpace, & ne retardant par conféquerit la femence d’orge que fur un bien petit terrein; & fi le tems même.eft beau, cela n’y fera prefque pas de tort ; les gelées ne font aucun mal à ces choux que l’on peut conferver jufqu'au 1$ de Mai, tems où ils montent à graine, & ne valent plus rien à manger ; on feme auffi pouï le mêrne objet des grands choux d’Ecoffe & d'Amérique , mais ces deux efpeces durent moins, parce qu’elles montent à graine plutôt. Je confeillerai de préférer les choux - navets, Plufieurs auteurs s’accordent à dire que de ces derniers un arpent peut nourrir pendant fix femaines un demi-cent de bêtes ; d’après ce calcul , il eft aifé à un cultivateur de favoir ce qu'il en doit femer tous les ans,

Une autre plante fort bonne à cultiver pour nourrir les bêtes à laine, eft, comme nous l’avons dit plus haut , la grande pimprenelle ; un arpent en vaudra mieux que trois de trefle ou raÿ-grafl ; car fi cette plante a fix pouces de haut en Novembre , & qu’on ne la fauche pas, elle gtandira encore de deux pouces, quelque grand froid qu'il fafle, jufqu’au mois de Février ; cette nourriture fera excellente dans le commencement du prin

AVRIL 95 tems , non-feulement pour les brebis, mais pour les chevaux & vaches, cela en nourrira bien plus, & fera bien plus profitable pour manger dans les champs , que toute autre efpece d’herbage.

Des Vaches,

Il n’y a pas de profit pour un bon fermier de fortir fes vaches de la cour ce mois-ci, s’il a une bonne provifion de choux & de paille , elles lui feront plus de bénéfice à la cour, par la quantité du fi mier; & il faudroit qu’il eût bien de l’herbe de trop, pour les y mener ce mois-ci; car ces bêtes n’y trouvant pas aflez de quoi vivre fe dégoûteroient , malgré cela , des fourrages fecs après, fans compter que cela fait tort à lherbage. Les vaches à lait & les vieilles deftinées à lengrais doivent toujours avoir des choux à difcrétion, & ne jamais manquer de litière,

Des Chevaux,

Les chevaux doivent encore être nourris à l’écurie ce mois-ci, & on ne doit pas fonger à en mettre aucuns à l’herbe , ni leur ménager la litière , pour qu'ils vous faflent plus de fumier , non

plus que la nourriture; car voilà le tems où les forts ouvrages commencent , & où les chevaux travaillent dix à douze heures par jour,

Des Bœufs.

On fera la même obfervation fur les bœufs, qui doivent aufhi être bien nourris: les choux ne doivent pas leur manquer ; fi c’eft de gros bétail , il leur en faut à chacun cinquante livres par jour : ce calcul prouve combien il eft avantageux & néceflaire de cultiver cette plante avec une certaine étendue,

Des Cochons.

Les truies doivent en ce mois-ci être prêtes à mettre bas , elles demandent beaucoup de foins, ainfi que les cochons de lait & les cochons à l’engrais ; elles ne trouvent encore rien dans les champs , 1l faut les tenir enfermées dans la cour de la ferme, où les batteurs, qui doivent encore travailler tout le mois, leur fourniront d’amples nourritures : outre cela , vos. débris de turneps, carottes, panais, & les eaux de la laiterie, doivent

les

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les éntretenir en bon état, pourvu que les foins &t la litière ne leut manquent pas.

Des Patates:

Les patates ou pommes de terre doivent comimencer à être binées à la fin de ce mois, pour y détruire toutes les mauvaifes herbes ; cette opération eft néceflaire , & dédommage bien de la dépenfe par le profit qu’elle donne,

Des Carottes.

Si elles ont été femées de bonne heure , elles feront auf bonnes à biner à la fin de ce mois. La regle eft de commencer cette opération dès que la plante dépañle les mauvaifes herbes; mais il ne faut jamais la faire par un tems mou. On fe fert pour cela d’uné houe de trois pouces de large , avec un manche de deux pieds ; l’ouvrier doit être à genou, comme les jardiniers pour farcler l'oignon ; s’il y a beaucoup d'herbe , cet ouvrage vaut trente-fix livres l’acre , & le profit de la literie en augmentera bien de trente fols pa jour.

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Des Choux.

Avril eft le tems de replanter les choux femés d'automne; c’eft un ouvrage très-aifé & peu difendieux , mais il faut avoir de lattention pour le bien faire. Un peu avant de planter, on doit avoir achevé de labourer & d’enterrer le fumier; ce dernier labour doit être en grandes planches, un peu bombées & bien herfées , fi c’eft pour planter en rayons de cinq pieds & biner à la houe à cheval; mais fi c’eft pour cultiver à la man, on doit mettre la terre en rayons, & planter un rang fur chacun.

Des enfans pofent d’abord les plantes de diftance en diflance , le long des raies où on doit les planter , alors un homme fuit avec une houe, & lès plante ; par ce moyen, la befogne eft trèspromptement faite, & on peut la faire faire pour cent fols ou fix francs l’acre. Si le tems eft beau, on fera travailler le foir , le plus tard poffble, car la rofée & la fraicheur ne peuvent faire que du bien aux plantes.

La culture de cette plante eft très-utile pour nourrir toutes fortes de beftiaux ; un bon acre de choux peut rendre de trente-cinq à quarante tonnés péfant (1), & rendre par-là cinquante écus NE LION re ARS US

(1) La tonne pefe douze cens.

AVRI 69 üu deux cens francs, jufqu'au mois de Janvier , frais faits , ce qui vaudra mieux que trois récoltes de bled , demandant moins de dépenfe : aufi je ne puis trop confeiller cette culture en grand.

Le choux-navet a l'avantage fur toutes les aus tres efpeces, à caufe du tems où cette plante fe prolonge dans le printemns : car , comme je lai dit à l’article soupeau , le plus loin que les turneps puiflent aller eft la fin de Mars, & c’eft le moment où 1! eft le plus difficile de nourrir les troupeaux ; au lieu que les choux-navets les conduifent à la mi-Mai (1).

Cette culture a le grand avantage de réufhir parfai tement dans les terres fortes , où les turneps manquent , & de ne point épuifer la terre, ce qui ef une découverte trèszutile pour les fermiers qui n’ont que de ces fortes de terre, & qui fe ruineroïent en foin au printems,

Cette plante demeurant en terre jufqu'à la mi- Mai , il neft plus terns d'y femer des mêmes grains ; 1l y a dans ce cas deux méthodes à fuivre : la première , c’eft d’y faire fuccéder du bled de Turquie, dans les lieux où il réuffit; la fe conde eft d’avoir toujours un enclos defliné aux choux-navets à la fin, Dès que la confommation

(x) L'auteur anglois répète à ce fujet tout ce qu'il 4 dit à l’article sroupeau , ce qui m’a paru inutile,

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en eft finie, on retourne la terre & on la fumeÿ à la mi-Juin, on donne un fecond labour ; nous verrons ci-après la fuite de cette méthode (1).

Des Bois & re

Dans ce mois-ci , tout doit être fini dans les bois, tant pour la coupe que pour les charrois qui abiment les rejets ; il faut auff bien relever les foflés, pour empêcher les beftiaux d'y entrer. C’eft auff le moment d’avoir achevé de tondre & nettoyer les haies, & ramañler les fagots, pour ne pas arrêter la poufle de lherbe,

Du nettoyage des Prairies artificielles.

Il faut, au commencement de ce mois-ci ; avoir foin de bien farcler les herbages femés l’année d’auparavant, n’y pas laifler une feule mauvaife herbe , arracher le long des haies toutes les

(1) Dans les deux articles qui fuivant celui-ci, l’auteur recommande de tirer des maîtres dans toutes les terres à avoine & orge, & de donner un bon labour bien herfé aux terres pour les turneps, ce qui ne méritoit pas un chapitre entier.

AVRIL. 101 ronces & épines qui auroient pu y poufler, & bien répandre toutes les buttes & taupinières. Cette opération étant faite, on doit faire pañler fur ces prairies le rouleau à cheval , qui unit bien le terrein, & le difpofe de manière que la faux puifle également pañler partout. On doit pour cela fe fervir d’un rouleau plus péfant & plus grand que ceux dont on fe fert pour rabattre les orges. Plufieurs cultivateurs ont porté aufli à un fi grand excès le poids de leurs rouleaux, qu'un cheval ne pouvoit plus les mener , ce qui eft parfaitement inutile.

On a imaginé à préfent en Angleterre une nouvelle opération pour amélioration des prés, dont dont j'ai déja parlé, c’eft d’y faire pañler l’hiver une charrue fans foc, à laquelle on ne laiffe que le coûtre; cela fend la terre, & la difpofe à recevoir les engrais , de telle nature qu’on veuille y mener , & les pluies entrant dans la terre, y font plus d'effet pour la végétation : cette préparation eft fouvent plus avantageufe pour les prairies, que d'y pañler un rouleau trop péfant, furtout lorfque les plantes font en train de poufler, cela les comprime trop & arrête leur croiffance : il y à de lexcès à tout. Le rouleau doit écrafer feulement les trous des taupes ou des vers, & non pas rendre la terre trop compaéte , un excès dans le poids praduit ce dernier efet, êt devient une

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dépenfe confdérable & inutile; fa nature du ter: rein plus ou moins ferme doit auf fervir de regle en cette occafion.

Du Houblon.

Le commencement de ce mois eft le tems propre pour en planter. On doit avoir labouré la terre bien profondément en hiver , l'avoir fumée & relabourée en Mars , puis bien herfée ; après cela on fait pafler un charretier habitué à tirer des maîtres dans les champs, qui , avec fa charrue , trace des raies bien creufes , de huit pieds en huit pieds, ce qu'il fera auffi bien qu’avec un cordeau, s’il en a l'habitude. Quand il a fini, on lui fait refaire la même opération en travers, ce qui divife la piece en quarrés de huit pieds fur tous fens ; alors on forme des buttes aux angles, & par ce moyen on peut donner toutes les façons à la houe à cheval, ce qui eft bian moins cher que de cultiver le houblon en fofles, comme au trefois,

Du Lin.

La fin de ce mois eft le bon tems pour {e-

mer cette graine; la terre qui lui convient eft un fol gras , bien ameublé par les labours , fitué dans quelque vallée, au bord d’un ruiffeau, ou encore mieux , fur des terres que les rivières ont couvertes pendant quelques mois , comme nous lavons dit pour le chanvre : un fond de terre tremblante, où il y a de l’eau deflous à une certaine profondeur, convient aufli au lin, ce qui fait qu'il a fi bien réufhi dans la Zélande depuis quelques années, mais 1l faut que de pareils fonds foient bien cultivés & fumés |, & rencontrent une année feche. |

On a remarqué, dans les Lettres de la Socièté de Dublin, que les fonds humides avoient fourni de fortes récoltes de lin, même avec une moitdre quantité de femence ; M. Duhamel , dans fes Ouvrages , recommande les terres fortes pour cette plante , préférablement à tout autre fol.

Dans les provinces méridionales du royaume ; plufieurs cultivateurs fement leur lin en Septembre & OGobre; cette pratique réuffit affez bien : la plante foutient bien l'hiver , & dès le commencement du printems elle entre en végétation, & fe récolte par ce moyen beaucoup plutôt. Is en fement aufli d’autres au commencement du printems ; mais ils remarquent que cette dernière femence réuflit toujours beaucoup moins bien ; c’eftà-dire , pour la quantité, car la qualité du lin ef

G iv

plus fine que celui qui a pañlé l'hiver déhors. M. Duhamel parle aufli beaucoup pour le lin femé avant l'hiver. Cependant il y a tant de rifques à courir pendant les gelées, les neiges & les grandes pluies, pour cette plante qui eft fi tendre , que nous ne traiterons ici que de la culture du lin: au printems. | | ” En général, la terre definée à cette plante ne fauroit être trop meuble & en trop bon ordre de culture, par les différens labours & les meilleurs engrais que l’on y peut mettre : par exemple , fi c’eft une pâture défrichée à laquelle on veuille faire porter du lin, :l faut préparer la terre pendant dix-huit mois ou deux ans, pour qu’elle foit en état de produire une belle récolte de lin. Il eft vrai que pendant cette intervalle, pour ne pas perdre abfolument fon travail, on peut faire porter à la terre qu'on y defline , des plantes qui ne féjournent pas longtems en terre, comme feves , pois & turneps, qui demandant plufieurs labours & binages, entretiendront toujours la terre en bon état, & détruiront à la longue les mauvaifes herbes qui tueroient le lin.

L'Ouvrage fameux intitulé : Corps d’obfervations de la Société d’agriculture de Bretagne , nous dit que la meilleure terre pour mettre du lin , feroit un bois défriché où l’on brüleroit les fouches & racines fur place, comme font les Livoniens. :

AVRIL. 10ÿ

Si le terrein deftiné à porter du lin eft argilleux , il faut bien prendre garde de ne pas le labourer par un tems mou , il deviendroit trop compaét. Si la terre aufhi a été longtems fans être labourée , 1l faut qu'elle le foit avant l'hiver, en rayons bien creux, pour que les pluies & les gelées la rendent meuble pour recevoir les façons fuivantes.

En Février, s’il ne fait pas trop mou, on y conduit du fumier bien pourri , & on lenterre tout de fuite, en Mars dans les provinces du midi, & au commencement d'Avril dans celles plus feptentrionales : on donne un dernier labour ,‘& on a foin alors de rendre la terré auffi meuble qu'il eft poffible ; on fait cafler les mottes avec un outil à la main, puis on répand la femence qu’on enterre légérement avec une herfe où l’on met des épines , qui n’enterre pas la femence de plus d’un pouce. Si le terrein eft mou ou froid, il faut femer un peu de fiente de pigeon avec la grame, car cet engrais réuflit parfaitement pour le ln; mais il ne faut pas le faire fur une terre légère ou fur un terrein fec , car cela brüleroit.

Il faut auffi avoir bien attention , fi la terre n’a pas beaucoup d’égoût, de tirer de bons maï- * tres pour bien deflécher la piece; car rien n’eft fi nuifible à cette plante que d’avoir le pied dans. l'eau,

106 Av: HI;

Notre meilleure graine de lin vient du Nord, principalement de Riga dans la Zélande ; mais nous en pouvons récolter d’aufl\ bonne en fuivant les inftruétions indiquées ici. La graine de lin eft réputée bonne , quand elle eft large , huileufe , lourde & d’une couleur brune & foncée; on connoît facilement fi elle eft huileufe, en en écrafant quelques grains ; elle eft affez lourde ; quand en en jettant dans un vafe d’eau , elle va tout de fuite au fond. Pour connoitre fi elle n’eft pas trop vieille, il faut en compter un certain nombre de grains, que l’on feme fur une couche bien chaude , & on compte enfuite fi tous les grains levent,

Quand la bonté de la graine eft reconnue, on en feme plus ou moins épais, fuivant que l’intention du cultivateur eft de récolter du lin pour graine, ou avoir de belles tiges pour filer ; dans ce dernier cas, on le feme un peu épais pour que les tiges pouflent un peu ferrées , & foient par conféquent plus minces, ce qui ajoute beaucoup à la fineffe des fibres de la plante; fi, au ëbntraire, on feme le lin pour en récolter de la graine, il faut le femer beaucoup plus clair , pour que les plantes étalent davantage, & prennent par confequent plus de vigueur. |

Plufieurs cultivateurs fement des graminées avec le lin, s'ils font dans l'intention de faire enfuite une pâture de la piece. La plante pouffe lentement

AvVRII 107 fous le lin, mais après qu'il eft arraché , elle reprend de la vigueur ; couvre bientôt le champ, & donne un nouveau profit. Le lin eft quelquefois endommagé par les infectes , lorfqu'il n’a que trois ou quatre pouces de haut ; on dit que pour les détruire , il faut y répandre une légère femence de cendres : il eft certain que, fi cette opération ne détruit pas les infeétes, elle donnera toujours de la vigueur à la plante , pour laquelle ce fera encore un nouvel engrais,

De la Cour de la Ferme.

une le douze de ce mois, le fermier doit examiner s’il a aflez d'herbes pour cefler de raffourer ; mais il ny doit pas fonger avant: car s’il met fon bétail dans un herbage , avant que l’herbe foit bien pouflée, 1l lui en faudra une fi grande étendue , qu'il ne lui reftera prefque rien à faucher.

Dés que les befliaux font lâchés ; il faut ramaffer tous les fumiers de la cour , & en former des compots avec de la terre , de la chaux , de la marne , comme nous avons dit plus haut ; 1l faut employer à cet ouvrage le plus de bras poffbles pour l’expédier , afin que cet engrais refte quelque tems mélangé avant qu'on ne le mene fur les terres, fans quoi la fermentation ne fe fait pas fi bien, La méthode que l’on doït fuivre pour cela , eft de commencer par relever les furmers du milieu de la cour le long des murailles , & enfuite de creufer au milieu un foffé de trois ou quatre pieds, pour recevoir l’égoût des fumiers;

M A 1. 108 aprés cela on commence à faire les lits, comme nous l’avons expliqué , & avec une pelle creufe, on arrofe à mefure chaque couche de terre ou chaux avec le jus de fumier qui fera dans le fofé , on fait enfuite des tranchées dans le compots, avec des bâtons ferrés , pour y faire introduire ce jus , ou même de l’eau de marne ou d’égoût, s’il y en a quelque réceptacle à portée de la cour : par ce moyen, vous aurez un excellent mélange d’engrais , pour mener fur les terres qui doivent porter des choux ou des turneps ; c’eft dans le fon & le fuccès d’un pareil travail que lon reconnoit un bon fermier , fi tout ce qui fort des étables eft bien employé, il aura de quinze à vingt charges de fumier , par tête de grande bête, &t environ dix par chaque porc, en ne comptant pas les petits, le tout compris un tiers de terre ou chaux mélangée avec le fumier, ce qui d’une voiture en fera fix.

Il y a plus, fi une pareille couche eft faite fur terre & refte ainfi tout l'hiver , la terre fur laquelle elle à été faite eft fi imbibée d'urine & de jus de fumier , ainfi que de urine des beftaux , qu’elle formera un aufli bon engrais à mener fur les terres que le compots lui-même, & même préférable à la chaux & à la marne.

Un des grands avantages de cette manière d’engraifler les terres eft le bon marché dont elle eft;

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