‹ Calendrier du fermier; ou, Instruction, mois par mois, sur toutes les opérations d'agriculture qui doivent se faire dans une fermeChapitre 20 sur 48 · MA · texte numérisé non relu

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les cultivateurs qui en feront la vérification , éprou veront qu'il n’eft pas une manière plus économi+ que de fumer , il n’y en a pas qui ne monte plus haut de trois à quatre fois, & au-delà,

Il y a même des endroits où les autres engrais font fi rares, que fi l’on n’emploie cette méthode , on ne peut parvenir à fumer toutes les terres , & il eft bien peu de fol qui puifle fe pañler d’en-

grals,

Des Befliaux nourris dans Les Herbages.

Il ÿ a deux régimes ufités pour nourrir les beftaux à l'herbe , lorfque la faifon eft arrivée de leur faire quitter le fec : une partie des herbagers font dans lufage de mettre tous leurs animaux à la fois dans une grande & vafte prairie, où ils courent çà & la, à leur volonté ; d’auttes divifent leurs herbages en petits enclos, où ils les enferment fucceflivement, & ne les font pañler de l’un à l’autre , que lorfque toute l’herbe eft mangée. Chaque cultivateur qui emploie l’une de ces deux méthodes , croit toujours la fienne la meilleure : mais cela eft impofhble , l’un d’entr'eux fe trompe aflurément. Je penfe qu’en général, pourvu que la quantité de terrein à paître foit en proportion du nombre des beftiaux qu’un fermier a à nourrir, il y a toutes fortes d'avantages à avoir les enclos

MAT tie divifés par des haies ou des paliffades, avec des portes qui ferment; par ce moyen , les animaux mangent toujours de l’herbe fraiche , ils ne la foulent point aux pieds: & comme d’ailleurs tous les herbages ne font pas également gras, on peut mettre les animaux les plus maigres dans les meilleurs cantons.

Il y a deux manières de fpéculer fur l’engrais des beftiaux. La première eft d’acheter des animaux maigres, en Otobre ou Novembre, de les nourrir avec de la paille jufqu’au mois de Février, enfuite jufqu’au mois de Mars avec des turneps, & enfin depuis cette époque jufqu’au mois de Mai, avec des choux-navets ou de grands choux d’Ecofle ; alors on les met à l’herbe pour les achever d’engraifler , & on les tue en Août ou Septembre.

L'autre méthode eft de ne les acheter qu’à la mi-Mai, à la pointe des herbes, & de les revendre en OËétobre ou Novembre fuivant. Lorfque les fourrages ou racines ne manquent pas dans une ferme, & furtout les pailles pour les litiéres, la première méthode eft plus lucrative; mais dans le cas contraire , le fermier trouvera plus de profit à fuivre la dernière,

112 MA Du Bled de Turquie.

La dernière quinzaine de Mai eft la bonne faifon pour femer le bled de Turquie, plutôt ou plus tard, fuivant que l’on a eu le tems néceffaire pour donner tous les labours , afin de détruire toutes les -mauvaifes. herbes & de rendre le terrein bien meuble. Si les façons d’hiver ne fufffent pas, on donne un dernier labour dans cette faifon , & on feme à la herfe. Cette plante vierit dans toutes fortes de fols, excepté les terres fortes ; il eft d’un bon produit , furtout pour remplacer l'orge, fi un hiver trop pluvieux vous a fait arriver jufqu’à la fn de Mai, fans pouvoir en femer; ou dans des terreins où l'orge ne réuffit pas. Le bled de Turquie réuffit dans les terres fraiches & humides ; 1l fe vend bien, & tous les animaux s’en nourriffent auf bien que d’orge moulu, il les engraïfle parfaitement ; enfin un de fes grands avantages eft de ne pas épuifer la terre.

CETTE TERRES 2 De la Luzgerne.

Ce mois-ci eft encore très-propre pour enfemencer cette plante; le terrein doit être bien purgé

de toutes plantes nuifbles, en bon ordre de culture,

Mat. 113 ture, & préparé comme pour femer de loignon, €e qui ne peut guère fe faire avec avantage en Avril. Si on eme cette plante en rayons avec un femoir , on la feme toute feule ; mais fi on la feme à la volée, on peut la mêler avec du bled de Turquie.

Cette plante eft d’un rapport immenfe , & quorqu’elle ne foit en pleine valeur qu’au bout de trois ans, la feconde année elle donne déja cent

écus de produit par acre : il n’eft certainement

pas en agriculture de plante d’un rapport fi certan & d’une culture plus facile, fans être difpendieufe.

Le fermier doit feulement , pour jouir de ces avantages , defliner les meilleures terres de fa ferme à cette culture, & ne pas épargner les engrais avant de la femer, & même après, fi elle ne leve pas également partout. Quel eft le genre de récolte qui puifle rapporter à un fermier cent écus par acre tous les ans, une fois la premiére dépenfe faite , & même plus, s’il renouvelle l'engrais ?

On peut nourrir cinq chevaux pendant les vingtfix femaines de l’été , dans un acre de luzerne, ce qui ne fait pas quarante fols par cheval ou vache, chaque femaine , ou vingt fols par géniile, Ef-1l aucune autre manière de nourrir. autant de

befliaux avec la récolte d’auffil peu de terreinà | H

Un fermier qui aura vingt chevaux, les noutrir4 fix mois de l’année avec le produit de quatre arpens de terre, qu'il aura feulement attention de réferver à portée de fon écurie , pour être à même d'apporter l’herbe &t d’y mener de l’engrais; par les mêmes calculs, un fermier nourrira cent vachss avec vingt arpens de luzerne , & un cheval avec trente-quatre perches ; le tout pour les fix mois d'été. Quel produit plus réel en agriculture ?

Quelle quantité confidérable d'engrais fera tous les ans un cultivateur qui aura cette reflource pour doubler le nombre de fes beftiaux? Je nourris ainfi mes chevaux à l'écurie tout l’été , en leur faifant ample litière pour me faire beaucoup de fumier. Il en eft de même des vaches, bœufs ou éleves ; ces derniers fe mettent fouvent dans un petit clos pour être en liberté ; on leur y donne du fourrage verd dans des berceaux. On pourroit employer cette dernière méthode pour tous les befliaux ; mais on en retireroit bien moins d’engrais, qu'en les nourriffant à l’étable, On compte ordinairement dix voitures de fumier par été, pour chaque tête de gros bétail, ce qui, d’après les données ci-deflus, feroient cinquante par acre de luzerne , & cela fans forcer beaucoup en paille pour litière, objet fur lequel je n’épargnerai ni ne confeillerai jamais d’épargner. Il y a bien plus d’a-

MA 115 “Vantage pour les fermiers , de nourrir ainfi les beftiaux , que de les laïfler courir ça & là dans une pâture , à laquelle ils ne font aucun bien; leur fente fait poufler l'herbe inégalement & par touffes, où elle tombe , &t ne fume pas la vingtième partie du terrein,

Ainfi, fans calculer ce que pourroient ajouter ces cinquantes voitures de fumier, (les frais de litière déduits, ) à la valeur de la luzerne , on peut , fans exagérer , dire que cette plante fournit par chaque acre fon engrais, & plus de moitié d’un autre, pufquil ne faut que trois voitures par acre : une culture aufli profitable peut-elle être trop recommandée ?

Si on me confulte , d’après tout ce que je viens d'avancer , fur la manière de cultiver Îa luzerne par rayons, je répondrai en peu de mots: Choïfiflez dans votre ferme la terre qui a produit la plus belle récolte de grain , labourez & famez-la bien une année avant, à trois voitures larpent; fi elle eft plate & humide, defféchez-là, plantez-ÿ des turneps par rayons, cultivez-les deux fois dans l’année , & après qu'ils auront été récoltés | donnez encore deux labours à la térre ; lorfqu’elle eft en bonne culture, femez votre luzetne en rayons, à un pied de difance , & ayez foin , la première année, de la bien dégarnir des mauvaifes herbés ; enfin, fumez votre luzerne tous

les ans, à demi-fumier feulement , avant l’hiver ; pour garantir la plante des fortes gelées : je ne vous garantis pas que cette méthode foit la mellleure, mais du moins qu’elle vous rendra plus tous les ans que les récoltes ordinaires de bled que vous feriez.

Du Sainfoin.

Semez cette plante avec du bled de Türquie ; ê& fi votre terre y eft propre, vous en tirerez un bon profit: car dans les pays où le foin & les pâturages font rares , le fanfoin eft d’un excellent rapport , & devroit être plus cultivé quil n’eft. Cn a la prévention de croire qu'il ne vient que dans la pierre ou dans la chaux , & c’eft mal à propos que l’on fe figure cela; il eft certain que la racine de fanfoin craignant l’eau, n’en trouve pas dans de pareil terrem ; mais ce préjugé empêche que cette herbe ne foit cultivée dans beaucoup d’autres parties du royaume, où elle réuffroit d'un bout à l’autre, Il eft malheureux qu’il n’y ait pas quelques réfultats d'expérience qui prouvent qu’elle vient dans les terres fablonneufes, comme dans les terres fortes; car les fermiers en- racinés dans leur préjugé, ne peuvent fe convaincre que par des exemples , & les raifonnemens ne font le plus fouvent rien fur eux,

Mar 117

n ® Des Curotres.

Si ces racines n’ont pu être eflerbées & cultivées le mois dernier , il eft à propos de le faire ce mois-ci, & même de recommencer cette opération, fi la première a été faite de bonne heure ,

& que l’herbe ait repouflée,

Des Pommes de terre,

On peut faire la même obfervation que pour les carottes , avec la différence que cette culture fe fait avec une charrue à cheval, qui détruit bien toutes les racines des mauvaifes herbes , lefquelles feroient fort nuifibles à cette plante,

Des Choux,

Voici auffi le tems de donner un binage à ceux qu’on a plantés en Avril, pour les féparer des mauvaifes herbes ; on peut aufli ce mois-ci donner un labour à la terre, où l’on a deflein de les replanter au mois de Juin.

Hi

Des Jachères,

Les fermiers qui fuivent encore le fyflème défavantageux de laffer leurs terres en jachères , doivent ce mois-ci labourer les terres qu'ils deftinent à porter du bled, pour détruire les mauvaifes herbes qui y font pouflées , & en dévorent le fuc, au lieu des bonnes que l’on auroit pu y mettre, Il eft effentiel de ne pas tarder plus longtems à

étruire ces plantes qui fans cela monteroient à graine ; il eft même effentiel de bien herfer la terre après , pour ne pas la laiffer en groffes mottes qui cacheroïient les racines des plantes que l’on auroit détruites ; car on les verroit bientôt repouffer , au lieu que la herfe en divifant la terre, les ramenera deflus ; le foleil les féchera & les empêchera de reprendre, J’ai éprouvé moi-même, ainfi que plufeurs fermiers expérimentés, l’avantage de cette pratique, d’après cela on ne peut trop répéter les labours dans les terres les plus brûlantes de l'été, quand on voit furtout que la terre fe couvre d’herbes. Le chiendent feul ne peut fe détruire de cette manière , il faut le couper entre deux terres, l’emporter , & le brüler hors du champ.

Des Grains femés en rayons (1).

Le bled , l'orge & l’avoine qui auroient été femés en rayons pour être cultivés avec la petite chatrue à un cheval, doivent recevoir une facon ce mois-ci pour détruire les mauvaifes herbes , & renchaufler les plantes avec la terre qui fortira de la raie; on doit avoir lattention de faire ramafler & enlever les racines de ces herbes, à mefure que la charrue les arrache,

Des Troupeaux.

Je fuppofe que les nourritures du printems aient conduit le fermier jufqu’au dix de ce mois , ïl faut mettre les troupeaux dans les herbages d’été qu'on aura difpofés fuivant le nombre des bêtes qu'on veut avoir, Si c’eft un troupeau de brebis qu'on a feulement pour en tirer le profit des agneaux & des laines, & pour les faire parquer, il faut avoir foin de les entretenir en bonne fanté, fans leur donner trop de nourriture, fans quoi la

(x) Cet article, & quelques autres femblables , font abfolument propres à l'Angleterre |; où l’on fuit cette pratique dans quelques parties, avec le plus grand fuccés,

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