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> EST dans ce mois que le fermier doit donmer toute fon attention à la récolte des bleds après un an & demi, & peutêtre deux de travail, & d'inquiétudes de toute efpece, il s’emprefle de la reflerrer faine & fauve dans fa grange. Le mauvais tems lui peut faire bien du tort, c’eft pourquoi il lui faut beaucoup de monde pour profiter du moment, pour ne pas mériter le reproche de fermier indolent, comme nous l'avons dit pour les foins. Il y a deux façons de couper le bled , lune avec la faucille , l’autre avec la faux; la première eft la plus ufitée & très-ancienne ; la dernière eft une nouvelle méthode pour éviter la peine. Il y a eu bien des difcuffions à ce fujet dans ces dernières années , & même d’affez vives, Quelques perfonnes ont foutenu que les avantages de la nouvelle façon de faucher le bled étoient fi certains , que les fermiers ne pourroient que perdre en ne la fuivant pas ; le parti op-
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pofé foutient auffi que la manière ordinaire eft pré- +
férable. "
Dans la nouvelle manière, les hommes font tomber ce qui eft coupé fur le bled qui refte fur pied pour pouvoir le ramafler plus aifément ; deux femmes fuivent chaque faucheur , pour en faire des tas, que les hommes qui les fuivent forment en gerbes. Cette méthode eft très-expéditive, & épargne beaucoup de dépenfe ; car de faucher ne coûte pas . moitié tant que de le couper avec la faucille, d'autant plus qu’une partie de l’ouvrage eft faite par des femmes , & cela eit de grand avantage. Par cette méthode, l'on gagne aufhi beaucoup de paille , que le fermier fait mettre dans fa grange, & qu'il vend ou emploie fort bien, & qui fans cela refteroit dans les champs après la récolte.
D'un autre côté, il faut confidérer que le bled s’égraine davantage , & on en perd, fans compter que le bled coupé fi bas contient plus de mauvaifes herbes ; d’ailleurs , il eft néceffaire de laifler plus longtems les gerbes dans les champs pour fécher; car les tiges des mauvaifes herbes en maturité retiennent une efpece de moiteur qui les empêche de fe flétrir, tandis que celles du bled deviennent paille, même avant d’être coupées. Cette objettion eft de grande conféquence ; car il eft toujours dangereux de laiffer les gerbes longtems
# dans les champs, à caufe de lincertitude de la fafon.
Le battage arrive enfuite , dont la dépenfe fera plus confidérable pour du bled fauché qu'avec du bled fcié, car plus la paille fera longue & remplie de mauvaifes herbes, plus l’opération deviendra enmuyeufe & pénible, & par conféquent plus coûteufe : les avantages & les défavantages des deux façons pourront fe comparer de la forte (1). À l'égard de la dépenfe pour le faucher, on y gagne une bagatelle, peutètre trente-fix fols par arpent, ou tout au plus quarante-huit fols , ce qui n'eft pas équivalent aux inconvéniens ; d’ailleurs, la différence du battage rendroit prefque égale cette épargne. *Suppofez qu’un acre vous donne cinquante boiffcaux de bled, & qu’il vous coûte trois livres pour le faire battre quand il eft fcié ; vous ne pouvez vous attendre que les batteurs le feront à moins de trois livres cinq ou fix fols, quand il eft fauché, Cette différence eft de plus de fix fols par arpent , & dans les faifons où il y a abondance de mauvaifes herbes, la &ifférence feroit encore plus remarquable : & quelle proportion y a-t-l entre cette fomme d’argent & le hafard de
1) L'auteur auroit dû ajouter qu'il n'y avoit d’avantage à faucher , que dans les mauvaifes terres, où les
paillés font courtes & rares.
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laïffer le bled plus longtems-dans les champs? Le: point principal eft certainement la paille, car elle fe vend dans le voiñnage de Londres, trente-fix francs , deux louis la charretée ; il n’y a donc pas de doute , que de faucher le bled ne foit plus. avantageux.
Dans les provinces où l’on eft accontumé: à ‘{cier le bled , le fermier fait ramafler le chaume après la récolte, & le fait mener dans cour pour en former de la litière & du fumier. Voilà un autre avantage qui rélulteroit de la coutume de faucher, car la faux coupe prefque ras la terre: la dépenfe donc de ramafler le chaume feroit épargnée; mais d’un. autre côte, elle eft fi petité, (trente-fix fols par acre,) qu'il ne vaut pas la peine d’en parler. D'ailleurs, il y a grande différence d’être obligé de faire entrer le tout dans les tems preflés de la récolte, ou de le faire après, quand on a du loïfir ; plus Les gerbes feront longues, plus il faudra de tems ou de bras pour les voiturer, © 1l eft certain qu'il ne fera guère économique d'employer des bras farnuméraires dans cette faifon , où les manouvriers demandert un prix exorbitarit.
Jobferverai donc pour eonclure, que la coutume de fancher le bled ne peut convenir que dans les endroits où l’on vend bien la paille, ceft-à-dire, à un prix confdérable, au point que
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