‹ Calendrier du fermier; ou, Instruction, mois par mois, sur toutes les opérations d'agriculture qui doivent se faire dans une fermeChapitre 31 sur 48 · AOUT · texte numérisé non relu

AOUT

le fermier puifle y trouver plus d'avantage à la vendre qu’à en faire du fumier.

L'on paie fouvent le moiflonneur qui coupe le bled avec la faucille , à tant par arpent, & cela peut bien fe faire, mais il faut avoir attention que l’ouvrage foit fait dans un tems convenable , il faut que la gerbe foit proportionnée à la quantité des mauvailes herbes | & à la maturité du grain. En entaflant le bled, ils ont l’art, dans certaines provinces , de l’arranger de manière que l’eau en coule, & ne s’y fixe pas ; ainfi, fans être bien ferré, 1l fe maintient aflez fec dans les tems pluvieux. C’eft une excellente méthode qui mérite d’être fuivie ; il y a des fermiers qui laiffent le bled fur la tige, jufqu’àa ce qu'il foit affez mûr pour le couper & l'emporter , c’eft-à-dire, qu'ils le rentrent auflitôt que les gerbes font liées; ceci pourra fe faire quand la récolte fera fans mauvaifes herbes ; car elles ne font jamais affez feches pour pouvoir les emporter avec le bled.

Dans une ferme de plufeurs charrues , on fait bientôt entrer la récolte avec trois charrettes; une fe charge dans les champs, une autre fe décharge a la grange, & la troifième va & vient. Il y aura aflez de anq chevaux & de cinq hommes , dont deux chargeront, un autre menera , & les deux autres déchargeront, cela ira bien vite.

Dans beaucoup de provinces l’on a coutume

d’entafler les gerbes de bled en meules : ils ont raifon ; ni les rats, ni les fouris ne peuvent y pénétrer , fi la meule eft bâtie fur des piéces de bois dreflées fur des pierres. Les bouts de la paille reftent en-dehors , de forte que les épis font à labri. Il eft sûr que le bled fe conferve mieux & a meilleure mine, quand il fort d’une meule que d'une grange.

L'air y donne une plus belle couleur; quand il * eft queftion de le faire battre, on doit tranfporter toute la meule à la fois dans la grange, car il ef dangereux de laiffer une meule entamée , expofee à l'air toute la nuit; il faut auf le faire dans le beau tems & au fec, car dans l'hiver l’on peut attendre longtems. Il feroit néceffaire de faire dreffer la meule tout près de la grange, du côté où il y aura une croifée , par où l’on pourra atfément lintroduire. Tout ce que j'ai remarqué dans ce chapitre , eft de la dernière conféquence , & l’on ne fauroit y faire une trop grande attention.

Recolte des Orges.

Il faut que Porge refle cinq ou fix jours bien féparée dans les champs , après avoir été fauchée ; on y gagne beaucoup par la pluie, car la graine fe gonfle, & il en faut moins en la mefurant ; mais

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il faut avoir grand foin que lorge ou l’avoine foient bien féches avant de les ferrer. Le bled fe gâte prefque toujours quand il eft ferré trop humide ; la chaleur pénétre dans le monceau , la grane fe décolore, & la paille fe gâte. Ce font deux grands malheurs, & particulièrement le der= nier; car la paille de l'orge eft un excellent fourrage. Après avoir coupé l’orge, il fant ratifler les champs ; on fe fert fouvent d’un inftrument qu’on appelle le rateau de la rofee, parce qu’on s’en fert le matin. Le laboureur le tire par un morceau de cuir: mais avec cet inftrument on ne fait pas beaucoup d'ouvrage ; le bras fe fatigue , & beaucoup de gerbes reftent dans les champs. Il y a dans plufieurs provinces un autre rateau qu'on appelle rateau à cheval , long de dix ou douze pouces, & tiré par un cheval; cette machine fait beaucoup mieux & plus promptement l’ouvrage : on devroït

lintroduire partout ,. car elle fait la befogne de

vingt hommes, & le prix n’en eft pas bien grand; on peut s’en procurer une complette pour quatre louis & demi.

Du Blid ou Sarrafin.

Ea récolte de ce bled ef la plus difficile à faire, car fi l’on n’en a pas grand foin, le grain fe perd.

À OU T: 169 Quand il eft mûr, il faut le faucher à la rofée, &

a le laiffer fécher dans le champ : s’il eft trop mûr, il faut le tranfporter humide avec la rofée ; car autrement il perdoit le gran en le voiturant. Comme la graine eft noire, la couleur de léchan-

tillon n’eft pas de grande conféquence. F

Des Poïs.

Il ne faut pas faucher les pois, mais les arracher , & avoir foin de les retourner après la pluie ; car les tiges & les feuilles font fi remplies de fuc, que la paille fe gâteroit, fi on néglgeoïit cette précaution. Cette efpece de fourrage eft excelfente pour la plupart des beftiaux. Si on veut la mettre en meules , 1l faut le faire tout de fuite, & le faire bien , car la moindre humidité nuiroit. aux pois. [l y a des perfonnes qui ont confeillé aux fermiers de faire nourrir leurs cochons avec les plantes entières des pois, fans les écoffer, pour en éviter la dépenfe ; mais c’eft un très- mauvais confeil ; l’épargne n’eft pas grande, & la perte eft très-confidérable. Les cochons maigres mangeront tous les pois qu'ils trouveront ; mais les gras ne . toucheront que ceux qui feront fous leur nez, & fouleront le refle aux pieds.

170 AOUT, Des Feves.

Les feves font toujours coupées avec la faucille & hées en gerbes; il faut les laiffer longtems aux champs; c’eft pourquoi les gerbes doivent être petites. On peut les lier avec des liens de paille, ou avec de la filaffe qui durera deux ans, fi les batteurs ont foin de les conferver. On peut trés-bien entañler les feves en meules.

Semence de Navers ou de Coljat.

La récolte des femences de navets, colfat, ou

choux verts, non-feulement eft très-incertaine , mais fujette à toutes fortes d’inconvéniens. Le point effentiel eft de ne pas laïffer échapper le beat tems ; car comme :l les faut battre , auflitôt qu’elles font cueillies, ou du moins fans les rentrer ou entaffer, comme les autres graines, elles demandent plus de bras qu'aucun autre produit de la terre, Cette récolte eft trés-vétilleufe ; car fi le laboureut n’y apporte pas le plus grand fon, comme auff dans le tranfport à l'aire pour ks battre; il perdra beaicoup de graine. Pour les tranfporter, on fe fert de petites charrettes à quatre roues &t àleffieux de bois, couvertes en drap, & tirées par un che-

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val; les roues doivent avoir deux pieds de diamétre, la couverture fix de long , cinq de large & deux de tour, toute cette dépenfe ne doit guère monter à plus de trente-fix francs , ou deux louis. J'ai vu plufieurs de ces machines travailler tout à la fois dans un feul champ. On fouleve la graine très-doucement , & on la jette dans ces machines fans là moindre perte; on la porte aux batteurs qui commencent à travailler fans relâche , ayant des hommes qui fournifflent à leur ouvrage par le moyen des charrettes, & d’autres qui emportent la paille de Paire, & lorfque les bras ne manquent pas, plufieurs arpens de terre font finis dans un jour ; mais s’il vient à pleuvoir , tout eft arrêté, & la récolte endommagée ; il ne faut donc pas épargner le monde , hommes , femmes & enfans, pour profiter du beau tems.

Du Glanage.

L’ufage de glaner eft univerfel & très - ancien en Angleterre ; cependant les pauvres n’en ont pas le droit fans la permiflion des fermiers ; mais on le tolère. Cet ufage eft quelquefois porté à l'excès, il faut donc que le fermier y mette des bornes, que le glaneur ne puifle pañfer fous aucun prétexte. Les glaneurs commettent bien fouvent des

infdélités : ils enlevent même quelquefois jufqu’aux gerbes. Il faudroit donc une loi qui interdife aux glaneurs lentrée d’un champ, jufqu’à ce qu'il foit dépouillé de la récoite, & ne pas permettre non plus aux beftiaux d’y entrer, qu'après les glaneurs.

Des M oiffonneurs.

Le prix que l’on donne aux moiflonneurs dans les d'férentes parties de l’Angleterre varie confidérablement, & dans la même province l’on trouve des fermiers qui paient différemment les uns des autres. La méthode commune dans quelques endroits et de s’arranger par acre, foit pour faucher, pour couper , pour retouriier ou faner, pour fecouer, pour lier, pour charger , pour entaffer , pour mettre en grange, &tc. enfin, pour faire tout ce qui concerne la récolte. C’eft une très-bonne manière , mais cela demande autant d’attention de la part du maitre, que s'ils étoient à la journée ; car 1l faut être bien attentif à la manière dont fe fait chacune de ces opérations , & furtout prendre garde que les ouvriers ne coupent pas le bled hors de fafon; qu'ils aient fon de le laiffer faner après la pluie, & de ne le mettre en grange ouen meule , que bien fec. Si l’on s’eff arrangé de payer les hommes par mois, par femaines , ou par jour , il efè

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