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9) N a trouvé par l’expérience de plufieurs provinces, auffi bien que par des effais particuliers , que ce mois eft la véritable faifon pour femer le bled. Dans la première quinzaine , on pourra femer les jachères , &t dans l’autre, les terres en trefle, bien engraiflées. Il faudra cependant obferver que cette regle n’eft pas génerale; au contraire, fi le mois de Septembre eft très-fec, il fera néceflaire d'attendre la pluie ; mais en Septembre, il en tombe ordinairement en abondance ; & en général, ce mois-ci eft toujours plus préférable que celui d'Octobre.
Un écrivain de mérite qui vient de l’éprouver après avoir fait bien des expériences , s’en explique ainfi :
Le bled femé de bonne heure, dit-il, avoit befoin d'être bien farclé avant l'hiver , à l'égard donc du labourage après l’enfemencement , celleci étoit la feule différence pour la dépenfe , (ex-
cepté celle de la charrue, ) en le faifant en Juillet
ou Août , & en Septembre ou Oftobre. L’objection principale du fermier pour femer de bonne heure le bled , étoit la néceflité de le farcler. « Si nous femons de bonne heure, difent les fer- » miers, nous aurons le bled rempli de mauvai- » fes herbes, qui finiront par détruire la récolte ». Cette objeétion feroit frivole, fi on pouvoit en tirer quelque avantage : car admettant qu'il feroit difficile de nettoyer promptement la jachère comme il faut, le bled néanmoins demande d’être bien - farclé.
Je me fuis fouvent fervi de la manière commune de faire farcler à la main, dans des champs femés à la volée en pin, & quand le bled eft femé de bonne heure , l’ouvrage eft beaucoup plus facile à faire. Si cette méthode ne plait pas, lon peut fe fervir d’une houe à quatre pouces, laquelle , fans doute , détruira en effet toutes les mauvaifes herbes ; mais je puis aflurer, par l’expérience de plufieurs années , que la dépenfe de faire farcler dans un champ femé en plein, ne va jamais au-delà de fix livres par arpent , pourvu que la jachère foit labourée à l'ordinaire , c’eft-àdire, qu'on ait commencé à y travailler dans l’automne ou auparavant; car dans la manière inconcevable de fe fervir de la charrue pour femer lorge ou le bled, ils courent grand rifque d’être totalement abimés, La feconde quinzaine de Sep-
tembre ,
tembre, ou la première d'O&tobre , font les époques pour femer le bled, & c’eft un mois entier avant que les fermiers de Sufolk fement le leur ; toute objettion donc à cet égard devient inutile, car l’expérience prouve le contraire.
Ce n'eft pas qu'il n’y ait des fermiers qui s'imagment que la meilleure faifon pour femer le bled eft vers la fin d'Oftobre , mais ma propre expérience m'a toujours convaincu du contraire 3 & je ne me fuis jamais apperçu qu'il y ait la moin- . dre différence entre le bled femé à différentes époques ; ils n'ont pas plus fouffert les uns que les autres, & le vent ne les à pas couchés davantage.
Pour femer , la première confidération eft la qualité de la femence , il y en a de tant de fortes, qu'il eft difficje d'indiquer la meilleure. Cependant le froment blanc, en général , & le rouge du Comté de Kerr , font regardés comme les plus propres à donner la plus belle fleur de farine ; mais dans plufeurs pays argilleux & humides , les fermiers préfèrent ce qu'ils appellent gros froment, & dans quelques provinces Clog ou Rivers; mais fon nom véritable eft froment barbu, il fe vend ordinairement trente-fix ou quarante-huit fols le minot moins que les autres fortes , mais par fa confiflance & fa durée, l’on eft sûr d’avoir une
récolte plus abondante, & conféquemment on eft indemnifé.
D'après le réfultat de mes expériences, 1l me fera permis d’en tirer les conclufons fuivantes :
Premièrement , 1l eft à préfumer que le bled étranger , même celui des climats les plus oppo- {és, eft fupérieur au nôtre.
2°, Le bled qui a été recueilli pendant plufeurs années dans le voifinage, ne fait pas grand profit, il eft même pire que tout autre.
3°. Le bled des terres fablonneufes du comté de Norfolk ef três-mauvais , 1l ne réuffit pas même dans un fol aroilleux.
4°. La femence que produit kh vallée d'Evesham, eft excellente; la rouge de la province de Kert eft auffi très-bonue, celle de la province de Cambridge pareillement ; mais elle ne vaut pas les deux efpeces ci-deflus défignées.
j°. Il n’y a pas grande différence entre le froment rouge &t le blanc ; le baïbu produit davantage, mais fa qualité eft inférieure,
Go, Le feul changement de fol eft de grande conféquence , comme le prouve la fupériorité du bled dans des terres argilleufes , fur celui des terres fablonneufes, & comme le prouve encore celle du bled qui eft le produit d’un fol fablonneux , fur celui qui a été longtems recueilli dans le voifinage pour préparer la femence, L’ufage de l'infufion des
liqueurs eft tout-à-fait aboli, mais il eft néceffaire de le laver plufieurs fois dans de l’eau très-propre, pour Ôter les particules noires & la pouflière ; par cette méthode vous aurez certainement une plus belle récolte : cette opération eft bien néceflaire ; car par-R vous pourrez découvrir les grains légers & pailleux. Tous ceux qui ne vont pas vite au fond doivent être Ôtés tout de fuite, & alors vous ferez sûr de ne femer que les plus fans & les plus remplis. L’infufñon de la graine dans de l'urine ou de la faumure a ce grand avantage, celui de préferver le bled d’être rongé des vers, vercoquins , &tc.; mais elle n’augmente ‘pas la moiflon. Après l’infufñion ou le lavage , il eft d’ufage de l'entafler & d'y mêler du fel; on le feche, après avec de la chaux. Dans des faifons feches le fel eft excellent pour rendre le bled moîte, ce qui le fait pouffer beaucoup plus vite.
On n’eft pas d'accord fur la manière de labourer la terre pour le bled , s’il eft mieux de rendre le terrein plus ou moins plat, ou de former des petits fillons à une perche de diflance, & les raies pour les eaux, à trois pieds. Dans la première méthode , on enterre la femence avec la herfe , & dans la feconde avec la charrue , en formant les raies ; fi la terre eft trop mouillée & que l’eau ne coule pas , 1l faut les faire au moins de trois pieds, parce qu’alors chaque fillon devient une efpece de
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canal, & quand il eft bien creufé, pas une goutte d’eau ne reftera fur le fol. Dans des terreins fecs, 1 vaut beaucoup mieux labourer la terre à plat, parce qu’alors on coupe le bled plus également.
On feme ordinairement deux boïffeaux fur chaque arpent de terre: on a pourtant introduit la méthode d'employer moins de femence.
Tableau des Expériences de M. Young.
Poiffeaux. Picotins.
Deux picotins ont rendu . . 6 .u..3- Un boiffeau , SE AUS NA OT OP NN Un boïfléau &c demi," 50208 0 CPR Peux boifeañs, (7 AE MER Deux boifleaux & demi, . . 20! . . 18 Trois boifleaux, M0: 5 7 OR Trois boïfleaux & demi, . . 13 .
Quatre boiflemie 4 ROME LODNENMS Quatre boifleaux &r dem, .n, 8 © . »
Cina Doilfeaux 2 ON Te, TOUTE ER
Ce qu prouve que le trop de femence ne fert à rien.
Il eft très-important, dans la culture du bled,
de former des fillons pour faire couler l’eau; cette opération cft néceffaire dans toutes les terres , ex-
PRE n scsi :
cepté celles qui font feches pendant tout lhiver, ou qui ne font pas deflinées au bled. Il faut les creufer avec la charrue , aufitôt qu’on a fini de labourer & de femer, & au bout de ces fillons ou petits canaux , il eft néceffaire d’en faire un grand , en rejettant les mottes fur la terre, & ouvrir les fillons afin que l’eau puiffe couler aifément dans les petits canaux qui aboutiffent au grand. A l'égard du nombre de ces petits canaux , cela dépeud de la furface de la terre ; il eft néceffaire d'en faire autant qu'il en faut pour qu'il ne refte pas d’eau du tout autour du bled , même dans les faifons les plus humides. Dans les champs où il n’y a pas de pente , il eft néceffaire de faire creufer des doubles fillons pour faire couler l’eau, à douze pieds de diftance lun de l’autre,
L'on feme fouvent le bled dans des terres ert trefle | & c’eft la culture la plus avantageufe. En labourant cette terre , c’eft une excellente méthode que de faire entrer une charrue, d’abord pour en Ôter une petite quantité, à-peu-près à quatre pouces de profondeur , enfuite un autre foc dans le même fillon , environ à trois pouces , fou= levant le terreau & enfonçant le gazon , en même tems la herfe rend après la furfacé bien unie, & le bled trouve un lit de terreau pour y germer, au lieu de fillons fimplement labourés une fois, où il ne peut pivoter.
On le feme quelquefois dans des terres où il y a eu des feves, & c’eft une manière excellente quand les feves ont été bien confervées; mais fi elles n'ont pas été fumées & bien houées , il faudra labourer la terre trois fois. Dans ce cas on pourra retarder l’enfemencement jufqu'au mois d'Oftobre, mais jamais plus tard ; auflitôt qu’on aura ferré les feves , il faudra donner le premier Hibourage , & avant la fin du même mois, le fecond.
La culture du bled n’eft avantageufe que po r ceux qui la foignent avec toute l’attention poflble ; car s'ils la néghgent , ils font sûrs d’être dupes de leur travail. Les remarques fuivantes font très-juftes à tous égards.
10. Si on vend le bled au marché, voilà où lon peut commencer à tromper, parce qu'il diminuera beaucoup dans le tranfport , fi le maître ne le fait mefurer devant lui avant de le livrer: enfuite celui que l’on confomme pañle entre les mains de ceux qui doivent le moudre ; alors il y a mille occafions pour voler le fermier, en fubfütuant au poids, du fel , des cendres, de la chaux, &c. On peut encore en voler davantage dans le tems de la moiflon, les glaneurs & les glaneutes ôtent tou- Jours quelque chofe des gerbes , & l’ajoutent à leur glanure; & dans le tems du battage, le fermier perdra le cinq, le fix, & même le dix pour
.cent de la récolte; s'il n’a pas l'œil à toutes les différentes opérations. Tout le monde fait que les ouvriers ne battent jamais le bled qu'avec des habits qui ont des poches dans la doublure , qui contiennent la moitié d’un picotin chacune; d’ailleurs ils ont l’art de remplir des facs , & de les cacher fous de la paille ou en quelque recoin près de la grange, pour l'emporter quand ils peuvent : il y a du danger aufli quand on le mefure , & quand on le fait pafler au grenier ou chez les perfonnes qui l’ont acheté; car il eft trés-aifé à un charretier de laifler un fac de bled, chemin faifant, chez un ami , ou en chargeant la charrette. Je fuis fâché de parler un peu trop librement de l'honnêteté des domeftiques ; mais la néceffité eft bien fouvent la caufe des aétions déshonorantes , & l’on voit à préfent les pauvres voler publique-e ment le bois, fans qu'on y fafle, pour ainfi dire, attention , ou qu'ils croient eux-mêmes commettre un vol.
Bled fèmé en rayons.
Tableau de bled produit dans les terres femées en plein ou en rayons :
Livres tournois.
Feves femées en plein, . . 49liv. $ fols N iv
Orge , de la même manière, . 36 lv. » { ble" ide. à) RMS HN 8
Fpément , 2dems iii eee 8
IL paroït que le froment femé en plein ou pêlemêle, eft bien fupérieur en produit à celui qui eft en rayons; mais il n’en eft pas ainfi pour les feves, elles” produifent plus quand elles font en rayons. Le trefle femé en plein réuflit prodigieufement, & produit l'avantage confidérable de préparer la terre pour femer le bled. L’orge femé en plein vous donne un profit de trente-fix livres par arpent, & après la terre fe trouve préparée pour le trefle , qui eft de grande importance. Le réfultat donc des deux manières de femer eft, felon le tableau fuivant, par ordre de culture:
‘La première année, feves en rayons;
La feconde, orge ; Semés
JA en plein, La troifième, trefle ; P La quatrième , froment ;
En fubfütuant le profit des feves, ainfi femées, à celui de celles femées en plein, ces quatre récoftes donneront un profit annuel de 277 liv. 16 f. de France, ou 69 liv. 11 f par arpent: dans des terres légères 1l ne faut pas penfer à cette méthode,
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. Je vous dirai franchement que la dépenfe pour faire cultiver en rayons eft confidérable , il m’en a coûté un petit écu par arpent ; d’ailleurs , toutes les charrues pour houer font mauvaifes , ou du moins ne font pas parfaites , comme il faudroit . qu'elles fuffent, Si quelqu'un m’engageoit à faire läbourer cent arpens de terre avec de pareilles charrues , je ne confentirois pas à le faire à moins de trois livres par arpent; c’eft une grande fomme il eft vrai, mais les outils font mauvais, & fouvent ont befoin d’être raccommodés. Depuis la publication de cet Ouvrage, on a inventé plufieurs charrues pour cet ufage; mais malgré tout cela, je fuis encore de même avis. Ces charrues font excellentes pour ceux qui cultivent ainfi le bled pour leur amufement , mais ne ferviront jamais aux fermiers qui fouhaitent avoir une bonne récolte ; ils n’examinent pas les particularités de linftrument , & ils aiment à donner leurs ordres d’une manière bien fimple, Ils aiment à dire , par exempl: «Les charrues iront demain dans la piece de » vingt arpens; deux herfes les fuivront, deux au- # tres iront quelqu’autre part; le rouleau travail- ». lera dans la piece de dix arpens ; les charrettes » mont chercher de la marne , & le tombereau » à un tel endroit pour du fumier; Jean un tel » fémera un fac de grain par arpent en fuivant la » charrue ». Ces ordres font bien donnés , bien en-
tendus & bien exécutés , fans la moindre diBculté, Le fermier fe leve de bonne heure pour voir fi tout le monde eft forti, il s’en va à une certaine heure aux champs, pour voir comment fe fait l’ouvrage , &t s’il manque. L'homme qui eft à la tête des ouvriers peut lui en rendre compte , & conduire le labourage, fi le maître eft à dix lieues de diftance ; mais fi au contraire il falloit dire: « En- » ‘voyez quatre charrues dans la place de vingt » arpens; que deux herfes les fuivent, & enfuite » la charrue pour rayonner; il faudra avoir foin » de ne pas fraifer plus que cinq picotins d’orge »# par arpent; & fouvenez-vous , Jean, de ne pas » aller plus profond que de quatre pouces. Avez- » vous pris garde à ce fer qui guide la charrue? » 1l faut avoir foin de le varier, comme je vous » ai montré , & de le faire mouvoir oblique- » ment ». Après de telles inftruétions, fi Jean a beaucoup d’efprit, les affaires iront bien ; mais malheur au fermier qui fe fie au hafard. D'ailleurs, la machine eft fujette à mulle accidens dans les nains d’un payfan, elle eft trop compliquée, & fi on laifle pañler la faifon , adieu tout efpoir de récolte. Dans la manière ordinaire rien ne peut arriver pour empêcher le labourage. Malgré ous ces inconvéniens , cette charrue eft de grand avantage , particulièrement pour les feves; & il ef dommage que nous n’ayons pas de machines plus
fimples & moins compliquées , ou du moins des machines exprès pour les feves.
Trefe.
La feconde fauchaifon pour le trefle n’eft prête en plufieurs terres que la première femaine du mois de Septembre. Cependant en engraïffant la terre comme il faut, on aura l’avantage de faucher de bonne heure. Les jours courts & pluvieux, fi communs dans cette faifon , ne font pas favorables au fauchage. Il ne faut pas deftiner les champs de trefle, qui ont fervi de nourriture aux troupeaux , pour y femer le bled, & il vaut mieux labourer pour cela ceux d’où fortent les cochons, parce qu'ils peuvent alors fe nourrir de glands.
Des Moutons.
C’eft dans le mois de Septembre qu’il faut penfer à fe pourvoir de moutons ; il eft néceffaire de bien examiner la fituation de la ferme , añin de favoir quelle forte de troupeaux font les plus avantageux. C’eft ainfi qu’ordinairement on les choifit, on prend , ou