PRÉFACE DUE LL A UT FER
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L ES Jardiniers ont reconnu depuis longtems l'utilité dont leur étoient les calendriers publiés jufqu’à préfent, pour leur enfeigner les ouvrages qu'ils avoient à faire chaque mois : nulles profeffions n’ont autant de rapport que la leur & celie des Fermiers , & ces derniers ne manqueront pas de fentir le prix dont fera pour eux un Ouvrage femblable.
Le but de ce Livre n’eft pas d’infiruire d’anciens fermiers expérimentés , qui favent prefque tout ce qui y eft contenu; mais comine malheureufement ce nombre n’eft pas le plus grand , les jeunes - gens. qui commencent leur état y trouveront des détails três-inftru@tifs, & doivent s’en faire un compagnon inféparable.
Au commencement de chaque mois , un fermier, foit qu'il ait ou qu'il n'ait pas un ouvrage de cette efpece , doit réfléchir aux divers travaux qu'il a à faire pendant'le mois , il doit tout prévoir pour faire les approvifionnemens néceffaires.
Maintenant je laifle à juger au lefteur fi cela À
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eff fort facile , & fi l'on n'oublie pas aifément bien des chofes, quand on n’a rien pour vous remettre fur la voie; & fi un livre comme celuici, quand il ne rappelleroit au cultivateur qu’une fois dans l’année, un ouvrage important qui auroit échappé à fa mémoire , ne le dédommageroit pas amplement de la petite dépenfe qu'il auroit faite pour fe le procurer. Je dis cela, parce que plufieurs fermiers font très-regardans pour les dépenfes qu'ils croient fuperflues; c’eft pourquoi, je veux leur démontrer qu’un livre de cette efpece peut leur être de quelque utilité , vérité dont ils ne font pas tous convaincus.
Tous les calendriers qui ont paru dans ce genre jufqu’à préfent, n'étoient qu’une efquifle diffufe & très-imparfaite de chaque objet , omettant les chofes les plus importantes |, & malgré cela aflez longs pour rendre l'ouvrage d’un haut prix, ce qui a dégoûté les cultivateurs d'acheter tous les autres ouvrages qui ont paru dans ce genre.
Il y a environ cinquante ans qu'un Anglois, célebre en agriculture , M. Tu/!, fit fur la culture des terres , plufieurs expériences dont le but étoit de prouver l’inutilité des engrais. Dans ce tems-là il eut plufieurs imitateurs ; ceux qui fuivirent fon fyflême multiplièrent leurs labours , ce qui, felon lui, peut fuppléer aux fumiers. On ne devoit mettre aucun engrais fur les terres , & les garder pour
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fumer les herbages & pâtures. Heureufement ce fyflême n’a pas été généralement fuivi, car il en feroit réfulté une perte réelle pour lagnculture ; & 1l eft bien à defirer qu’on ne retombe pas dans de pareilles erreurs , tant pour la perte du tems que pour l’augmentation néceffaire de bras & de chevaux qu’elle entraîneroit. Le grand avantage des engrais eft bien généralement reconnu , & tout fermier bien inftruit en fent tout le prix. Cette partie de la culture ne peut jamais être trop recommandée , & malheureufement elle a été fort négligée par tous les écrivains ; excepté un ou deux, à qui il faut rendre la juflice de dire qu'ils ont traité cette matière de main de maître, les autres ne l’ont pas trouvée digne de leur attention.
Un autre objet, négligé aufh par les anciens écrivains en ce genre, eft d’avoir recommandé aux cultivateurs de tenir un regiftre exaét de leur recette & dépenfe , au moyen duquel ils puflent à chaque moment de l’année fe rendre compte à eux-mêmes. Comme on ne peut pas traiter cela particulièrement dans un mois plutôt que dans un autre , (marche adoptée dans cet Ouvrage) , nous allons en dire ici deux mots.
Il a déja paru depuis quelques années plufeurs modeles de regiftres dans ce genre, comme font ceux des marchands; mais ils étoient fi mal faits, qu'ils étoient plus capables de dégoüter un fermier
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d’un pareil foin, que de l’y encourager. La fe:le chofe néceffaire eft de tenir un regifte | où l’on écrive chaque article qui concerne la ferme , ayant une page pour chaque champ , ou au moins une pour chaque champ labourable |, & une pour tous les herbages enfemble.
Le fermier doit infcrire fur ce regiftre toutes fes dépenfes ; mais pour le faire avec fruit, il faut qu’il tire à part le prix de fon loyer , & le divife en autant de parties qu’il a de champs enclos(1}; de forte qu’en les additionnant , cela fafle le prix total , fans faire un article à part du loyer, à moins que cela ne foit pour mémoire : il faut qu'il divife de la même manière toutes fes autres dépenfes , comme la dime, la taxe des pauvres, & autres objets divers.
Pour entendre ceci, fuppofons que pour Particle dime , il ait payé en argent au curé , pour dimes de grains , d’herbages , menues dîmes , ce qui varie tous les ans, & fait une grofle dépenfe pour la ferme entière, une fomme de cent louis: s’il a quatre cens acres de terre , il en entrera en compte pour fix francs par acre.
Il faut faire la même opération pour la taxe
(2) Il faut, pour entendre cela, favoir qu’en Angleterre tous les champs font clis ce haies & de foffés.