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Marais a succombé aux accès de sa cruelle maladie

/*'* Octobre i891. — On télégraphie de Bruxelles que le général Boulanger s'est suicidé hier 30 septembre, dans un des cimetières de cette ville, sur la tombe de sa maîtresse, M"*'^ Bonnemain. Il s'est tiré un coup de pistolet dans l'oreille ; la balle a traversé le crâne, et le conservateur du cimetière, immédiatement prévenu, a retiré le pistolet de la main crispée du suicidé. Quelle douloureuse offense à la femme légitime !

i5. — A la séance de rentrée de la Cour d'appel, M. X., avocat général, parla avec grande émotion du décès de M. Charles Bagneris, conseiller à la Cour d'appel de Paris, mort récemment d'un refroidissement au sortir d'une audience. Il était difficile de distinguer Charles de son frère Henry, également conseiller à la Cour d'appel do Paris, en vertu d'une dispense. C'étaient de vrais menechmes, jumeaux du reste, et s'aimant plus qu'on ne le peut dire.

Que va devenir Henry qui, depuis fort peu de temps, a sa retrai te ^ ?

' Il fut nommé conseiUer honoraire ot aUa se retirer à Douai' son pays d'origine.

4 Novembre î 89 1. — Dans la rue du Fouarre, la vieille rue universitaire du moyen âge, au numéro 6, se trouve un petit hôtel, qu'y a fait élever la Société pour Vlîïstruction élémentaire. Cette Société a été fondée par Lazare Garnot, le fameux Lazare Carnot. Après Lazare, Hippolyte, son fils, s'en est beaucoup occupé ; il en a même été plusieurs fois le directeur. En mémoire de. son grand-père, notre Président, Sadi Carnot, a envoyé à la Société un superbe buste de bronze de Lazare. Ce buste a été placé aujourd'hui avec beaucoup de solennité sur un socle au-dessus de la grande porte d'entrée de l'hôtel. Il y fait très bien.

A l'étage au-dessus se trouvent quatre médaillons de faïence reproduisant les traits de quatre savants, et tout en haut une grande bande d'ornemefits en faïence coloriée.

6. — Thiron, l'hilarant Thiron, le désopilant acteur de l'Odéon, puis des Français, vient tout récemment de mourir. Je l'ai connu fort longtemps à TOdéon où il débuta vers 1858, au moment où je passais mes derniers examens de droit. Il jouait merveilleusement. En souvenir, je le vois encore s'escrimer avec sa mine si drôlette et son petit bedon si bizarre, dans le rôle de M. Boursoufflé de la comédie de Voltaire. Les étudiants en étaient engoués et à l'occasion de khacun (le ses nouveaux rôles lui faisaient des ovations enthousiastes.

En dehors du théâtre, il plaisait aussi beaucoup. Etudiants et bourgeois le fréquentaient ; mon beaupère, qui demeurait près de l'Odéon, faisait tous les jours avec lui sa partie de dominos. Il me vantait sa constante bonne humeur et sa conversation pleine de spirituelles saillies. Voilà notamment ce qui m'a été raconté à propos des saillies si renommées de son

esprit : Un soir (je ne sais si c'était à TOdéon ou aux Français), il se trouva mal en scène. Il eut une quasi congestion qui lui enleva tout sentiment pendant quelques minutes. Revenu à lui, il articula faiblement, mais gaiement, ces mots du Malade imaginaire : purgare, seignare^ cU/sterium donare.

Pour faire complètement revenir à lui Tami Thiron, on suivit, dit-on, le troisième conseil ; ce qui fut facile ; car, aussi bien à TOdéon qu'à la Comédie- Française, se trouvent toujours préparés, dans la salle des accessoires, les fameux instruments nécessaires au lustre de la réception du docteur Argan, savantissimi doctoris Argan.

13. Les séminaristes soldats ayant terminé leur année de service militaire sont rentrés tous au séminaire de Saint-Sulpice. Il n'y a pas eu la moindre défection. Beaucoup de personnes ont cru que la loi militaire appliquée aux élèves des séminaires découragerait les vocations. Il n'y paraît guère. Cette loi du sac au dos pour tout le monde est, suivant mon humble avis, surtout bonne pour les séminaristes. Dorénavant, on ne pourra plus les soupçonner de s'être faits prêtres dans le but de se soustraire au service militaire. Leur influence ne pourra que s'accroître, surtout dans les campagnes. Les souvenirs communs rapprocheront le prêtre et le paysan.

14. — Un religieux de Saint- Jean-de-Dieu, que j'ai l'occasion de voir en allant visiter un malade, et que j'interroge au sujet de ses jeunes confrères revenus du régiment, me dit : « Tous nos jeunes frères sont rentrés dans de bonnes dispositions. Certes, il y a bien quelques rugosités à raboter chez ces enfants de Mars ; mais on les aplanira sans trop grande difficulté ».

15. — Hier, beau jour pour le sexe 1 M"*" Leclerc, jeune (ille de 21 ans, passa son examen de pharmacienne à l'Ecole de Pharmacie, sous les yeux de la belle Hélène. I^ belle Hélène, en effet, est représentée dans le curieux tableau de la grande salle d'examen en train d'offrir au jeuneTélémaque un produitpharmaceutique: le îiepenlhès, afin de lui rendre ses forces très affaiblies en courant, sur toutes les mers, après son papa Ulysse.

17. - Deux grands ducs de Russie, accompagnés de M. Goron, chef de la Sûreté, ont visité, rue des Anglais, le cabaret du père Lunette,

28. — La neuvième chambre vient de condamner une masse de camelots qui vendaient sur les boulevards des cartes transparentes. Je me promenais un jour, boulevard SaintrMichel, avec mon ancien camarade de collège N., alors proviseur au lycée X. ; nous longions les ruines des Thermes-de-Julien ; personne n'était près de nous. A ce moment, un camelot s'approche de N. mystérieusement et lui montre une carte transparente des plus corsées. N. . le repousse énergiquement et me dit d'une voix désolée : « Voilà pourtant ce que l'on offre à mes lycéens jusque devant la porte de mon lycée ; c'est profondément regrettable ; Oh ! je vais me plaindre de nouveau » — « Mais, à propos, ajouta-t-il, en continuant, comment se fait-il que l'on m'ait proposé les cartes plutôt qu'à toi? » — « Mais, parce qu'avec ta belle barbe blanche en éventail, tu parais bien plus vénérable que moi avec mes maigriottes côtelettes d'avocat ; or, les clients des camelots sont de préférence des messieurs à l'air très respectable ». Je suffoquais tant je riais et lui se mit également à rire, mais ses yeux semblaient cependant me dire : « Ah l si nous étions encore à

Louis-le-6rand, quelle belle paire de calottes' tu recevrais. »

9 Décembre 1891. — Sur le boulevard Saint- Germain, passage des obsèques de don Pedro, empereur du Brésil. Au-dessus du char figure une immense couronne impériale. C'est vraiment bizarre (quoique, néanmoins, de très bon ton) de voir notre République présider aux obsèques d'un Empereur, chassé par une autre République. Le char a servi aux funérailles de M. Thiers.

— En revenant de voir ces obsèques, je rencontre Hickel, mon vieux copain à l'Ecole de Droit, ami intime de Gambetta, caissier, pendant longtemps, mais caissier sans appointements, qu'il n'a jamais voulu recevoir, du journal la République Française. Il m'a parlé du monument que l'Alsace vient d'élever à Gambetta sur une place de Ville-d'Avray. A la cérémonie, c'est lui qui, en sa qualité d'Alsacien, tenait le bocal plein d'esprit de vin où baignait le cœur de Gambetta. Ce cœur fut mis (ians une retraite pratiquée en plein soubassement du monument. Voici ce que Hickel m'apprit : « Ce cœur, préparé par Paul Bert, fut respectueusement conservé par lui d'abord, puis par M"® Paul Bert après la mort de son mari. Il était si bien conservé qu'il était aussi frais qu'Un cœur de bœuf à l'étal d'un boucher. Il était très gros. » Rentré chez moi, rue de Seine, je transcris exactement les paroles de Hickel.

Quel original que cet Hickel» que j'appelle toujours Nickel par plaisanterie. Jamais il n'a consenti à ce que Gambetta le fît décorer à cause des services qu'il avait rendus non pas seulement à la Républiquejournal, mais encore à la République-Gouvernement et aussi au vieux pays de France. C'est un ancien

notaire de Mulhouse, fort patriote, qui n'a pas voulu rester notaire sous la domination des Prussiens. Il a épousé une demoiselle DoUfus, de la grande famille des DoUfus, une femme des plus distinguées à qui j'eus plusieurs fois l'honneur de présenter mes hommages respectueux *.

iOr. — Gomme je parlais du cœur de Gambetta à un docteur en médecine, celui-ci m'apprend que le cerveau de Gambetta est dans une vitrine au Musée d'anthropologie (à l'Ecole de Médecine). Ce n'est guère convenable ! Pourquoi ne pas l'avoir mis auprès du cœur ! Il y a un très noble précédent.' Le cerveau de Jacques II, le dernier roi catholique anglais, se trouve dans l'ancienne chapelle du Collège des Escossois ' en un très gracieux monument funéraire.

Corporis ipsius pars, quâ maxime animus viget, dit l'épitaphe.

24. -— Mort de Mk' Freppel, député de Brest, évêque d'Angers. C'est un prêtre qui a grandement marqué au quartier latin. Quand l'empereur Napoléon III installa des chapelains au Panthéon, rendu au oulte, l'abbé Freppel concourut pour une place qu'il emporta de haute lutte. Pendant plus de trois ans il fit, à l'église de Sainte-Geneviève, des conférence très suivies par les jeunes gens ; bientôt il fut nommé

1 Hickel est mort depuis quelques aimées à mon bien grand chagrin. Son fils est aujourd'hui avocat à la Cour d'appel de Paris.

> Elle sert aujourd'hui de bibliothèque à l'Institution Chevallier, rue du Cardinal-Lemoine. Le monument funéraire a été conservé avec beaucoup de soin. Il est surmonté d'une urne dorée dans laquelle est conservé le cerveau du roi.

professeur d'éloquence sacrée à la Sorbonne. La jeunesse accourut encore à ses leçons.

30. — Il y a quelque temps le docteur Bertillon, chef de la statistique de la ville de Paris, épousait une charmante doctoresse. Celte dame vient d'être nommée médecin du lycée des filles de la rue des Rochers.

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10 Janvier. — Le Conseil de TOrdre des avocats a prononcé la radiation de M® Laguerre, député, et, le motif de cette grave mesure ? M. Laguerre a fait acte de commerçant en administrant le journal la Presse. C'est donc, pour MM. les avocats, déshonorant de faire du commerce ? me dit-on ; non, sans doute ; mais le Conseil de l'Ordre défend aux avocats de faire du commerce dans l'appréhension d'actions judiciaires trop nombreuses devant les tribunaux même où ils exercent, et surtout dans la crainte d'une mise en faillite. On ne peut nier qu'une multitude d'actions judiciaires, qu'une mise en faillite, en déconsidérant un avocat pourrait déconsidérer l'Ordre en même temps. La mesure est dure, sans doute, mais prudente.

27. — Cette semaine deux suicides grâce aux poêles mobiles de l'inventeur russe Choubersky. Les malheureux suicidés ont eu plus confiance, en ces poêles, que l'inventeur lui-même, qu'on a, ily a quinze jours, trouvé dans son usine, la tempe percée par une balle de revolver. * ^

Le malheureux eut probablement un moment d'aberration ; tous ces inventeurs n'ont pas la tête très forte. Il avait une forte somme dans sa poche, ce qui éloigne toute idée de mauvaises affaires.

31. — Un décret installe au Collège de France la nouvelle chaire d'histoire générale des sciences au profit de M, Pierre Laffitte^ M. Pierre Laffîtte le chef du « Positivisme » en France, le disciple bien aimé d'Auguste Comte. Celui-ci fo*nda le « Positivisme, » nouvelle religion, dont le sanctuaire a été pieusement conservé, rue Monsieur-le-Prince, dans Tappartement où est mort le philosophe.

De temps en temps M Laffitte y réunissait ses adhérents et y faisait des conférences, des homélies positivistes. Cette nouvelle religion tend à régénérer le monde, ni plus ni moins. La rue Monsieur-le-Prince commençait à devenir sacro-sainte. Mais, pour M. Laffîtte, la chapelle positiviste de la rue Monsieurle-Prince était trop petite, aussi avait-il déjà obtenu de faire des conférences dans une grande salle du Collège de France ^

1 M. Lucien Roure, dans son ouyrage intitulé : Doctrines et Problèmes (Betaux^ éditeur, Paris), parle ainsi du nouveau cours de M. Laffîtte :

« Les libres-penseurs se pressèrent au nouveau cours. Ils furent parfois bien étonnés, car Pierre Laffîtte avait dans l'esprit une grande indépendance qui lui permettait de s'arrêter avec admiration devant certaines idées, tombées en discrédit ou rabaissées avec intention, quand lui-même les trouvait belles. Ainsi il ne se gênait pas pour prétendre, suivant du reste, l'opinion de son maître, Auguste Comte, que la meilleure compréhension de l'esprit et du cœur humain se trouve dans l'Imitation de Jésus- Christ ; pour lui il n'y avait pas de génie au-dessus de celui de saint Paul. Les protestations, il est vrai, ne manquèrent pas. Elles partirent surtout du Brésil, oii le Positivisme avait conquis beaucoup d'adhérents. Le Chili vint h la rescousse et bientôt autel fut élevé contre autel. M. Georges Lagarrigue, originaire de Valparaiso, installa un nouveau temple positiviste au n" 13 de la rue de Poissy ».

M. Llttré était aussi un positiviste, mais avec im esprit porté» comme celui d'Auguste Comte, vers tout ce qui lui semblait beau. Les dissidents avaient horreur aussi bien du Littréisme que du Laffittisme.

i 2 Février i S9^, — Beaucoup de bijoux disparaissaient de vitrines du ^usée dg Çluny. On les a retrouvés dans les ruines des T^l^ermes-dp- Julien où, la nuit venue, les cachait un gardien. Il n'avait pas peur^ lui, de Tombre effrayante projetée par les murs romains, ombre qui, bien souvent, glaça d'effroi les soldats mis la nuit en faction au milieu de ces ruines.

Ift, — Sain te- Julienne.

Le jour de la Sainte- Julienne^ Point n'est rare que neige vienne

dit le proverbe.

Et en eflfet. la neige est venue pour la première fois, delà saison; splendide aspect, de Riiris à 7.^^^^^es du matin ; nàais à 10 heures ! , mais à midi ! grâce au sel, répandu à foison sur la neige, quel gâchis noir! Oh! sainte Julienne I (juel potage vous nous servez!

27. — En remplacement de M* de Freycinet qui a donné sa dértiissioh, M. le président Carnot a choisi M. Loubet comme président du Conseil des ministres.

7 Mçrs 1892, — Récemment est mort, en tombant de cheval, mon confrère Genêts qui, comme avocat, était destiné à un fort bel avenir. Il aimait à causer avec moi sur les bancs de la salle des Pas-Perdus. Là donc, un jour il me raconta qu'il était uni par les liens de la plus affectueuse amitié avec Godefroid Cavaigpac qui, justement, vient d'être nommé ministre.

M"*** C^vaignac l'avait, pour ainsi dire, choisi comme ami de son fils parce qu'elle lui reconnaissait beaucoup de sérieux dans l'esprit. Ils étaient ensemble à Charlemagrie. En 1868 il organisa, au Concours général, la prbteàtatiori (certains ont dit cabale) contre,

le Prince Impérial qui devait couronner Gavaiignac, Uuréat en version grecque. Mais je laisse parler Michel Kanne qui vient, au sujet de cette protestation, de publier quelque^ curieux souvenirs dans le Figaro :

« Lié à Gavaignac par les liens d'une amitié déjà ancienne, fort de l'appui de son camarade, qui était décidé à rester à sa place, malgré Tappel de son nom. Genêts organisa la résistance ou, pour mieux dire, la protestation ; je le vois encore, le jour de la distribution, à la porte de la Sorbonne, réchauffant le zèle des tièdes et groupant autour de lui la petite troupe qui devait faire au lauréat, non pas un cortège, mais un rempart de ses applaudissements. Ce fut lui qui donna le signal à Tappel du nom de Gavaignac ; et, en que^ues instants, les bravos, comme une traînée de poudre, roulèrent sur les bancs des autres lycées, complices improvisés de cette petite démonstration républicaine.

« A la suite de cette aventure, Godefroid Gavaignac quitta Gharlemagne avec Genêts, pour Louis-le-Grand, où ils achevèrent leurs études. »

11. -^ A neuf heures moins un quart du soir un formidable coup de canon se fait entendre. Il semble être tiré h. deux pas de mon domicile.

12. — Tout au matin, ma cuisinière en revenant de chercher son lait, vient me dire que le prétendu coup de canon d'hier était le bruit causé par une explosion de dynamite. On a voulu faire sauter le n° 136 du boulevard Saint-Germain, parce que dans cette maison demeure M. Benoît, conseiller à la Gour d'appel, qui a présidé les débats d'un procès contre les anarchistes. La maison est dans un triste état, dit-elle ; toutes les portes ont été arrachées de leurs gonds et tous les carreaux cassés.

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Je dégringole en bas de mon escalier pour aller voir immédiatement cette maison située à deux pas de chez moi ; mais un sergent de ville ne me permet pas de m'arrêter devant. Je vais sur le trottoir, de l'autre côté du boulevard ; heureusement il n'y a que des dégâts matériels ; c'est précisément l'appartement de M. Benoît qui a le moins souffert.

23. — M. le juge d'instruction Athalin a reçu une lettre anonyme le prévenant que l'attentat a été commis par un nommé Ravachol.

27. — A huit heures et demie du matin, autre explosion plus épouvantable au n« 2 de la rue de Berlin, où demeure M. Bulot, substitut du procureur général. Ce magistrat a conclu dans l'afî'aire dont M. Benoît a connu comme président. L'escalier s'est effondré et cinq personnes ont été blessées.

M. Pournier, pharmacien, neveu de ma vieille amie, M"® Pournier, de Péronne, a été obligé d'emporter sa femme qui venait d'accoucher une heure auparavant. Tous les meubles de la maison ont été réduits en miettes.

28. — Je n'ai jamais vu une pareille terreur à Paris. Ces explosions des 12 et 27 mars ne sont pas cependant les premières ; déjà une explosion de dynamite eut lieu dans l'urinoir, placé à côté de la caserne Lobeau et une autre dans une maison appartenant à. M. le comte de N. .

M. Loubet, président du Conseil, demeure aun**93 de la rue de Seine, avec les sénateurs Hugot et Marcou. Leurs co-locataires ont exigé qu'il y eût toujours deux sergents de ville à la porte pour empêcher de jeter dans le corridor des matières

explosibles Je les vois de mes fenêtres. Que ces pauvres agents ont Tair de s'amuser I

31. — Arrestation, boulevard Magenta, n* 22, au restaurant Véry, sur Tindication du garçon serveur, de Tanarchiste Ravachol, déjà désigné dans une lettre anonyme, comme le dynamiteur du boulevard Saint- Germain.

.5 Avril 1892. — Ravachol avoue.

16. — Le Conseil municipal de Paris a offert une médaille d'or à Jules Lhérot, le garçon de café du restaurant Véry, qui a fait arrêter Ravachol.

26. — Réponse des amis de Ravachol : hier soir, à 9 h. 1/2 du soir, explosion au restaurant Véry.

Lhérot, le beau-frère de Véry, ne fut pas du tout atteint. Il dînait dans Tarrière-boutique. Son beaufrère Véry (38 ans), fut, au contraire, cruellement blessé. Il était au comptoir. M*"® Véry et sa fille, âgée de 13 ans, ont été également blessées, mais pas gravement. Lhérot avait reçu une lettre de menaces.

— Ce n'est plus deux, mais quatre sergents de ville qu'on a postés à la porte de M Loubet.

M"® Loubet est partie pour Montélimar. Elle paraît enceinte. Je comprends qu'elle ne tienne pas à accoucher à la dynamite, comme la pauvre pharmacienne de la rue de Berlin.

27. — Hier, Ravachol passait en Cour d'assises pour avoir tenté de faire sauter la maison du boulevard Saint-Germain et celle de la rue de Berlin. 11 ne niait nullement. De son vrai nom il s'appelle Kœnigstein

{pierre du roi, en allemaiid) ; il est étranger; sa mère s'appelait Ravachol. Il s'en est tiré avec une condamnation à une peine de travaux forcés à perpétuité. L'impression produite par ce quasi-acquittement est déplorable. Mais ce n'est pas raisonnable de penser ainsi. Aucune mort d'homme n'est à regretter. Les moellons et les bocaux du pharmacien Fournier ont eu seuls à souffrir. Du reste Ravachol va être renvoyé devant la Cour d'assises de Montbrison pour répondre à une prévention d'assassinat. Il aurait, dans les environs de Saint-Etienne, assassiné un ermite de 80 ans, après l'avoir volé. Le ronpan se mêle au drame.

31. — M. Garnot est allé voir M. Véry à l'hôpital Saint-Louis II lui a donné 1.000 îr. et 600 fr. à d'autres blessés, notamment à un pauvre ouvrier typographe qui prenait un verre au débit Véry au moment de l'explosion. Les habitants du quartier de l'hôpital Saint-Louis ont fait une ovation à M. Garnot quand il est sorti de l'hôpital.

i®"^ Mai i 892, — Je vais à l'Exposition de peinture. C'est iin drôle de jour d'ouverture. Les salons sont pleins d'officiers de cuirassiers. Le palais de l'Industrie est en effet gardé par plusieurs escadrons appelés à Paris pour empêcher la manifestation que veulent faire certains révolutionnaires. Les officiers se promènent avec de minuscules matelas autour du buste. C'est sur ces matelas que se fixent les cuirasses. Ils ont, de plus, des bottes molles et de gracieux bonnets de police. On les regarde plus que les tableaux. .

: 9. — Je retournai à l'Exposition pour y admirer le

tablçau de mon compatriote, Francis Tattegrain,. qui

•a fait, pour l'Hôtel de Ville, l'entrée à Paris de

Louis il, tiiiil jeûne roi. La recôhistitùtiônclel^hcien Paris est fort réussie.

10. — L'ouvrier typographe, blessé lors de Texplosioh du restaurant Véry, est décédé.

13. — M. Véry, lui aussi, a succombé à ses blessures. Il fut enterré au Père-la-Ghaise A .la tête du cortège marchait le ministre de l'Intérieur, M. Loubet, qui a prononcé sur la tombe entr'ouvjerte des paroles fort émues. Il a dit que M. Véry était tombé comme un soldat sur un champ de bataille. Il s'est, en effet, sacrifié à la société. Combien de gens auraient laissé partir Ravachol sans rien dire, dans la crainte d'attirer sur eux la vengeance des dynamiteurs.

24 Juin 1892. — La Cour d'assises de Montbrison a condamné Ravachol à la peine de ^ mort pour vols, incendies et assassinat d'un ermite. Il avouait.

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