Malgré les dyqamitards, la rente monte
Aujourd'hui 25 juin 1892, date fameuse ! le 3 "/o est monté a:ii-delà du pair, à 100 fr 30. Lés uns disent : « Quel triomphe pour la République ! » Les autres : « Quelle honte pour la République ! l'avenir est si peu sûr que l'argent n'ose se mettre dans le commerce et va se nicher daris la rerite. » Voilà qui est d'un es|)rit inventif !
2 Juillet 1892. — Le boulevard Saint-Michel est en ébuUition. Une jeune fille. M"* Chauvin, devait soutenir sa thèse de doctorat en droit ; les professeurs voulurent la lui faire passer dans une petite salle presque déjà rempïiè par {ôutès les àmiès et conhaSssances de la candidate ; fureur des étudiants qui ne
purent entrer. La porte, qu'on avait fermée, fut brisée; le président de thèse, M. Beudant, tout affolé, leva la séance. Le bruit se continua au dehors de l'Ecole. A un autre jour la thèse, dans une grande salle et au milieu des camarades de tout sexe, le beau et le laid.
6. — Aujourd'hui, soutenance de la thèse de M"® Chauvin, cette fois dans une grande salle. Les étudiants l'eurent bien vite remplie. Ils ont été très calmes, mais ils n'ont pas cependant encore été suffisamment aimables. La thèse contenait certaines théories en faveur de l'émancipation des femmes, ce qui ahurissait les professeurs, vieux légistes partisans de la dépendance féminine ; naturellement ils faisaient des objections à la candidate et les objections étaient chaque fois accueillies par les vigoureux applaudissements des étudiants mal appris.
Il faudra pourtant vous y habituer, les gars î On va changer le fameux article : la femme doit obéissance à son mari. Les femmes, après tout, ont été assez longtemps dépendantes. Il y a de graves projets en l'air. Une fois nés, les bébés devront être portés, nettoyés et pomponnés par les maris ; à chacun son tour. Tenez vous ça pour assuré, beaux fils. Quand la loi sera changée, il ne s'agira pas de faire des manières, et si vous en faites, maris récalcitrants, on ira chercher les agents qui vous diront : « Ah ! ça, pas de rouspétance ; nettoyez 1' marmot I ou au poste. »
M^^^ Chauvin a été reçue docteur en droit ; sa thèse était du reste remarquable.
11. — Ravachol a été exécuté sur la place publique de Montbrison ; pourvu que les dynamiteurs ne veuillent pas venger sa mort comme ils ont vengé son arrestation.
30. — Vient d'être nommé à l'Institut (Académie des Beaux-Arts) M. Prémiet, qui a fait la statue de Jeanne d'Arc, sur la place des Pyramides, c'est-à-dire cette insignifiante paysanne * campée sur un énorme percheron ; mais il a exécuté d'autres œuvres, magnifiques celles-là, qui se trouvent au Jardin des Plantes : V Homme de Vâge de pierre et le Gorille emportant une femme. C'est lui aussi qui a créé les beaux chevaux de la fontaine de l'Observatoire ; ces chevaux se cabrent en recevant dans les naseaux l'eau que leur jettent d'affreuses tortues, pour les empêcher de trop contempler les quatre belles parties du monde de Carpeaux.
Dans sa jeunesse Prémiet travailla longtemps à la clinique de l'Ecole de Médecine et lui fournit de superbes pièces anatomiques en cire.
31. — M'"® Véry, guérie, mais complètement ruinée par l'explosion qui a détruit son restaurant et tué son mari, ayant de plus une petite fille de treize ans à sa charge, vient d'obtenir de M. Poubelle, préfet de la Seine, la concession d'un kiosque (de choix probablement) pour vendre des journaux. M. Garnota déjà donné mille francs à son mari ; tout ceci est bien peu.
Le bruit court que Lhérot, le frère de M"^ Véry, l'auteur de l'arrestation de Ravachol est parti à l'étranger pour éviter des vengeances.
5 Août i 892. — Hier, 4 août, un incident des plus comiques eut lieu à la Madeleine, ou plutôt sur le trottoir, bordé par la grille de la Madeleine. Un officier
^ Il m'a été dit que cette statue était tout à fait réaliste et représentait le type de beauooup de paysannes lorraines.
de dragons, M. de N..., venait de se marier La jeune épousée, accompagné de son époux, descendait le grand escalier ; derrière elle un appariteur à chaîne lui tenait sa traîne de robe. Tout le monde admirait la mâle beauté de Tépoux, la grâce de l'épouse, la splendeur de la traîne et les opulents mollets de l'appariteur; tout allait bien et chacun de s'écrier: « quel beau mariage ! » Mais, au moment précis où la traîne de la robe dépassait la grille de l'église, deux vigoureux commissionnaires se ruèrent sur l'appariteur et cherchèrent à la lui arracher des mains. Lui ne voulut pas la lâcher, eux s'y efforcèrent ; la qiieue cria, gémit, s'effilocha et se déchira lamentablement. M. de N... fut obligé de donner une rude correction aux commissionnaires. C'était un tumulte affreux sur le trottoir que la foule des invités avait envahi. « Mais qu'est-ce que ça veut dire ? » disait tout le monde. « Ça veut dire, criaient les commissionnaires, que l'appariteur n'a pas le droit de porter la queue de la mariée une fois qu'elle arrive sur le trottoir; c'est plus l'église ; le trottoir, c'est la rue ; or la rue nous appartient. » D'un moment à l'autre attendons-nous qu'à Saint-Séverin et à Saint-Sulpice, les coriimissionnaires émettent de pareilles prétentions. Ces deux églises sont séparées également de la rue par une grille. Si pareille chose se présente, que le marié suive l'exemple de M. de N...
11. — M. Gidel, proviseur de Louis-le-Grand, est définitivement déchargé de son travail de galérien. Il va à Condorcet se reposer , Condorcet étant un simple collège d'externes, dont l'administration est facile. Il n'a pas volé son demi-repos, ce pauvre monsieur, car cette situation de proviseur à Louisle-Grand équivaut à une situation de garde-chiournfite.
Il lui fallait une énergie peu commune {jour contenir une population considérable de jeunes gens plus ou moins disciplinés. Enfin nous n'allons plus entendre ces cris qui nous assourdissaient à chaque instant sur le boulevard Saint-Michel : « Conspuez Gidel 1 Conspuez ! »
— Aux magasins des Domaines, rue des Ecoles, 22, on a procédé à Tadjudicatiou d'une foule d'objets inutilisés par suite de la clôture d'instructions criminelle, tels, notamment, que la malle où fut enfermé l'huissier Goufïé. La famille la racheta^ fnême assez cher, pour en empêcher l'achat dans un but de spéculation.
15. — Peu de petites voitures aujourd'hui, les cochers se disputent encore avec M. Bixio, le directeur de 'la Compagnie générale.