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lierre en bronze courent autour d'un piédestal fort élégant; un moineau, le petit bohème des rues, a été placé près du buste. Il bat des ailes et piaille en regardant le grand bohème. Kéloge de Fauteur des : Scènes de la Vie de bohème^ du Pays laiin^ du Bonhomme Jadis^ et de tant d'autres œuvres de jeunesse, a été prononcé par M. le ministre Poincaré, jeune lui-même. Un groupe d'étudiants, corrects, très corrects^ se tenait devant le monument, mais d'autres étaient venus pour protester contre la littérature bourgeoise des inaugurateurs, A peine le ministre avait-il dit quelques mots, que ces autres^ jetant aux pieds du monument une gerbe de fleurs des champs, crièrent : « Vive Murger I Vive la bohème ! On nous vole Murger^ » L'un de ces étudiants bohèmes portait une grande perche, nantie d'un écriteau, et ce, afin de convoquer les admirateurs de Murger aux voluptés d'un dîner à quatorze sous. C'était pour faire pièce aux inaugurateurs officiels qui devaient, après la cérémonie, ô luxe scandaleux! aller banqueter, à 6 fr. par tête, dans la grande salle des conférences de l'hôtel des Sociétés savantes.
En guise de De profundis une élégie de M. de Bornier, fort jolie, mais furieusement triste. En voici une stance :
// mourut pauvre^ jeune et sombre ; D'autres ont sur leur front joyeux . Tout le soleil. Il n'eut que Vombre ; La gatté pleurait dans ses yeux,
29. — Le Quartier ressemble à une mer orageuse. Les étudiants agitent leurs crinières de combat- Laurent Tailhade, un homme qui, cependant, eut l'honneur d'être blessé <5hez Foyot, en plein quartier latin, Laurent Tailhade doiïc s'est permis de houspiller les
étudiants, d'une façon tout à fait déplaisante, dans un article de Y Echo de Paris, Il ti*ou vêles étudiants d'une sottise telle, qu'elle étonne même les servantes d'amour et que ces pauvres flUes regrettent à bon droit, près des voyous à diplômes, les Daphnis de barrière... Un étudiant, M. d'Elissagaray, s'est battu avec lui. Tailhade fut légèrement blessé au bras droit.
2 Juillet i 895^ — Tailhade n'est pas corrigé. Il a de nouveau attrapé les étudiants. M. Emile Merwart, président du comité de l'Association des étudiants, s'est, à son tour, battu avec Tailhade. Quatre balles ont été échangées sans résultat. Tailhade s'est, somme toute, montré courageu}^, car il aurait pu . refuser le duel puisque, dans le précédent, il avait été blessé au bras droit.
Il fait, depuis, quelques jours, un temps fort orageux. Les chaleurs sont pour beaucoup dans là dispute. La prose de Tailhade est sans doute fort injuste, mais néanmoins, c'est un avertissement pour quelques jeunes gens de bonne famille, de moins se commettre dans les brasseries.
9. — Depuis quelque temps, une actrice de petit théâtre, mais excellente artiste, Eugénie Buffet, va chanter dans les cours, accompagnée de deux camarades, hommes ou femmes. Elle ramasse beaucoup d'argent et le consacre à de bonnes œuvres. C'est ainsi qu'il y a quelques jours elle a envoyé 220 fr. aux sinistrés, actuellement sans travail, du grand incendie de l'établissement Godillot ; c'était la recette d'un jour. Venue à l'Ecole de Droit, elle a voulu entrer dans la cour. Le concierge s'y est refusé avec énergie. Les étudiants, accourus, sont allés trouver le doyen pour obtenir la permission, mais ils n'y purent réussir.
Pendant les pourparlers, les jeunes gens arrivaient les uns après les autres, si bien que la place du Panthéon fut bientôt remplie de monde. Eugénie alla dans quelques cours où elle fut fort bien reçue ; mais, dans la maison de Veriaine, qui reste derrière Saint-Etienne-du-Mont, elle fut obligée de battre en retraite devant la concierge qui lui serra fortement le bras pour la mettre à la porte. Elle fut donc, la brave fille, obligé de se retirer. Ce n'est pas qu'elle comptât sur l'obole de Verlaine, non, mais elle voulait probablement lui faire honneur en chantant sous ses fenêtres.
10. — Fort vexés, les étudiants ont prié Eugénie Buffet de venir chanter hier soir, 9 juillet, au Procope* Elle y fut admirablement reçue et applaudie. Le commissaire de police du quartier vint, lui-même, avec des sergents de ville pour maintenir Tordre dans la rue de l'Ancienne-Gomédie, car on pense bien que Procope n'avait pu recevoir toutes les écoles, qui s'y étaient rendues en bandes.
23. -^ Mariage de ma fille G... avec le capitaine Louis B..., fils du colonel en retraite B... En 1870, le colonel du génie B... fut précipitamment appelé de Pau, pour mettre en état de défense plusieurs places du Nord: Valenciennes, Gondé, Le Quesnoy. Il le fit avec promptitude et décision et assura ainsi en cas de besoin une retraite à Paidherbe. Plusieurs détachements prussiens vinrent flairer, pour ainsi dire, la ville de Valenciennes, mais la voyant en parfait état de défense ils se retirèrent.
25. — Les regards de la France ne sont plus dirigés vers Pont.-sur-Seine, comme l'année dernière, mais
vers le Havre, Notre nouveau Président y possède une superbe villa dans laquelle il vient de s'installer pour la belle saison.
M. Félix Paure passe pour avoir quatre- vingt mille livres de rente*.
Dimanche 25 Août 1895, — Une grosse lettre, qui avait payé beaucoup de port, fut envoyée hier à M. Adolphe de Rothschild en son hôtel de la rue Baint-Florentin. Or, c'est M, Alphonse de Rothschild qui habite en cet hôtel.' Il était du reste absent de Paris. Comme cette grosse lettré pouvait être une lettre d'affaires, le concierge l'envoya rue Lafiitte, aux bureaux de la banque des Rothschild. Un employé l'ouvrit avec un canif pour en mieux conserver l'enveloppe ; immédiatement une explosion se produisit, et l'employé reçut dans la cornée de l'œil droit un fragment de carton qui lui fît une légère déchirure. On se perd en conjectures sur cet ingénieux et hypocrite attentat, très probablement anarchiste.
6 Septembre 1895, — Grande chaleur; 25 degrés dans mon cabinet situé au nord et jamais visité par le moindre rayon de soleil.