‹ Calendriers d'un bourgeois du Quartier LatinChapitre 30 sur 46 · degrés au dehors, 27 dans mon cabinet · texte numérisé non relu

degrés au dehors, 27 dans mon cabinet

1 Dons ies Propos de Félix Faure pat Salntr-Simoniiiy on lit ce propos à la page 59...

« Je reiUrerai chez moi, où je retrouverai les quatre-vingt-dix mille f rafles de rente que j'avais en entrant iei, et que je n*aurai ni Viornes, ni augmentés >».

Ecornés : est à l'adresse de Casimir-Périer qui dépensait au-delà de sa dotation.

Augmentés; est à l'adresse de M. Gréyy qui dépensait en-deçift.

rr- 187-

8. - Nouvel attentat contre les Rothschild, Jeudi, 5 septembre, une boîte de cacao Van-Houten fut lancée dans les bureaux de leur maison de banque. Mais, comme les moyens des Rothschild leur permettent de s'acheter des tapis et d'en mettre en beaucoup d'endroits, la boîte de cacao, qui contenait un mélange de poudres diverses, tomba juste à un endroit où il y avait un tapis; le choc fut amorti et la bombe n'éclata point *.

26. — Assisté, à Péronne, au dîner de baptême d'Yvonne M..., petite-fille d'un vieil ami de mon père. Sur la table un superbe buisson de fleurs blanches envoyées par sa. jeune voisine, M"® Adèle ;Lévéque, âgée de 19 mois Je néglige cent ans de; mois de nourrice

Samedi 5 Octobre 1895. — Sous mes fenêtres passe le convoi funèbre du grand savant Pasteur, mort le 28 septembre dernier. Le corbillard est Celui qui servit au président Garnot et au maréchal, Canrobert. Couronnes splendides et innombrables, comme maintenant, du reste, dans les grands enterrements solennels. Mais, ce que je n'avais jamais vu, c'est la curieuse cohue des costumes. Les Facultés sont accourues aux obsèques, tout entières, sans délégation. La foule immense, triste, éplorée contemplait ce curieux spectacle le long des trottoirs où elle s'était rangée. Presque sous mes fenêtres, au coin du boulevard Saint-Germain et de la place Saint-Germain-des- Prés, un camelot canaille, mais maUn, a débité.

1 Le coupable, attrapé, passa le 26 septembre suivant en police correctionnelle, où il fut régalé de trois an^ de prison, moins agréables à déguster que le , cacao Van Houten.

moyennant 50 centimes le morceau, les fragments d'une vieille redingotte qu'il prétendait avoir appartenu à Pasteur et lui avoir été donnée par le domestique de ce dernier.

Le convoi se dirige vers Notre-Dame.

7. — Félix Faure assista au service de Notre-Dame, Le cercueil de Pasteur fut mis ensuite dans une chapelle de la cathédrale ; il en sortira lorsque la sépulture sera prête à l'Institut de la rue Dutot. Le Gouvernement s'est empressé de donner à la famille l'autorisation de l'y ensevelir; il avait même été plus loin, car il avait proposé le Panthéon.

9. — Quoique né àDôle, M. Pasteur avait été élevé à Arbois où son père était venu s'établir comme tanneur. C'est très bien de la part de M. Félix Faure d'avoir assisté au service funèbre de M. Pasteur; mais il le devait à un double titre, d'abord comme président de la République française, puis cpmme ancien tanneur,

« De Vécorce du chêne naissent les demi-dieux, »

14. — Mort de M**® Lévêque, la vieille amie de ma famille, dans sa cent deuxième année. Elle était presque aveugle. Mais si elle n'avait plus bon œil elle avait encore bon pied et tous les jours elle se promenait au bras de sa domestique. Voici la lettre de faire part, que je transcris ici, car je n'en reçois pas souvent de semblable.

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement de

Mademoiselle Adèle Lévêque

décédée à Péronne, le 14 octobre 1895, dans sa

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ceiit deuxième année, munie des sacrements de FEglise, qui auront lieu mercredi 16 courant, à dix heures trois quarts...

De la part de ses parents et de ses amis.

Priez pour elle.

M"® Lévêque était la cousine de Firmin, le fameux et élégant acteur de la Comédie-Française qui donnait la réplique à M"* Mars. Elle allait souvent à Paris et faisait, par son esprit, le charme des fêtes que M. et M""** Firmin donnaient très souvent à la société artistique de Paris. C'est là où elle admira, m'a-t-elle dit, Caroline, la gracieuse femme de Talma.

23. — Hier soir le bruit courait dans le quartier qu'un train de Bretagne était arrivé à une vitesse vertigineuse dans la gare Montparnasse, qu'il avait défoncé le mur du premier étage et la grande verrière du côté de la place de Rennes, enfin qu'il s'était précipité sur cette place, située^ en face la gare, avec un horrible fracas et... cent morts d'hommes I

Aujourd'hui, tout au matin, je suis allé voir le désastre. C'est aii premier étage que les trains arrivent et sont d'ordinaire arrêtés par les butoirs ou heurtoirs. Mais des butoirs ont été brisés par la violence du choc, causé parla vitesse effrayante du train. La locomotive et le tender plein de charbon, se sont précipités sur la chaussée de la place et restent suspendus comme une énorme grappe de raisin à une treille. La rue de Rennes est sillonnée d'une foule immense qui vient voir ce spectacle extraordinaire. Heureusement paâ autant de morts qu'on le disait. Il n'y a que quelques blessés, et une pauvre marchande de journaux, écrasée par la locomotive qui s'est, pour ainsi dire, calée sur elle.

25. — MagniOque cérémonie officielle du centenaire de l'Institut à la Sorbonne, dans le grand amphithéâtre, en présence de FéHx Faure. Après le discours de Jules Simon, les artistes de l'Opéra ont exécuté Touverture de Joseph^ par Méhul, le premier musicien qui ait fait partie de l'Institut.

La veille il y avait eu, à Saint-Germain-des-Prés, paroisse de Tlnstitut, un service funèbre célébré par M»' Perraud, de TAcadémie française, à la mémoire de tous les membres de l'Institut, décédés depuis sa fondation.

La cérémonie était purement officieuse, mais elle avait attiré tout le monde savant. M^ Perraud a prononcé un fort beau discours sur le culte des morts,

3 Novembre i 895. — M. Félix Faure vient d'avoir une excellente pensée qu'il a exécutée très nçhlement, très simplement. Le 2 novembre il s'est rendu au Panthéon pour rendre visite à tous les hommes remarquables qui y sont ensevelis. Il a parcouru posément toutes les galeries ; il s'arrêta quelques instants devant le caveau de M. Carnot.

Toutefois ce n'est pas à Garnot seulement qu'il venait porter ses hommages, mais à tous les glorieux morts.

18. — Hier, on a élevé, place de l'Odéon, un monument à Emile Augiei:. Il est de Barrias. Deux longues femmes, sans grand caractère, accompagnent son buste, l'une debout montre à l'autre qui est assise, le nom d'Augier, qu'elle grave en lettres d'or sur une colonne de marbre rose. La femme assise représente, paraît-il, V Aventurière, personnage d'une des œuvres dramatiques d'Augier. Derrière le monument s'escrime un petit bonhomme, armé du fouet de la Satire, c'est

C — .yi-T-o- -

oe qu'il y a di9 plus réussi ; ça o'est du Barrias; je regrette que ce qu'il y a derrière ne soit pas devant. Quant au buste d'Emile Augier il est très bien, il a fait bon effet quand on a soulevé le voile qui Temmaillotait. On le voit immédiatement en débouchant de la rue de FOdéon. Emile Augier a été dignement loué ; Déroulède, son neveu, a vivement remercié les orateurs. Emile Augier, quoique né à Valence, était devenu un enfant du Quartier, car il fut élevé à Hanri IV, et c'est à l'Odéon qu'il avait fait représenter sa première pièce : la Ciguë.

28. -^ Alexandre Dumas fils est mort à 71 ans ! d'un congestion au cerveau. Il avait bien recommandé qu'en guise de linceul on le revêtit de son costume de travail, c'est-à-dire de sa longue robe de chambre. L'enterrement eut lieu au cimetière Montmartre, Le deuil était conduit par son gendre, M. d'Hauterive, lieutenant au 1®"^ chasseurs à cheval.

Il voulut s'en aller seul de ce monde : sans prêtres, sans soldats, sans orateurs, même sans invités; aucune lettre de faire part ne fut envoyée.

30. — M. A. Dumas était remarié depuis seulement six mois avec la fille de Régnier, le célèbre acteur ; il laisse deux filles.

i*' Décembre 1895. — L'horloge du Palais de Justice est arrêtée ; on a enlevé les aiguilles. Gorpuie il y a, dit-on, en. ce motnent des affaires suspectes à la charge de certains hommes influents, on s'amuse à dire, dans la salle des Pas-Perdus, que le ministère veut arrêter Vheure de la Justice,

7 — Le Pape vient de nommer cardinal M»'^ Per-

raud, évoque d'Autun, qui a prononcé un si beau discours à Saint-Germain-des-Prés, lors du centenaire de rinstitul. C'est un ancien élève de TEcole normale

25. — Mort du petit sucrier, Max Lebaudy, soldat du train des équipages, fils de feu le grand raffineur. Voilà pourquoi on lui donnait le nom amical de petit sucrier. Il était populaire à cause de sa grande, même excessive libéralité. Les médecins militaires voulaient le renvoyer chez lui pour s'y rétablir, ou tout au moins y mourir ; il était tuberculeux ; mais, par ordre, il fut maintenu à Thôpital. Des gens féroces criaient et écrivaient : « Ce serait un passe-droit abominable si on lui faisait quitter Thôpital. » Du reste il y mourut plus tranquille.

6 Janmet* — Hier s^edi, 6 janvier, devant nioi passa le drapeau d*un régiment, accompagné par son colonel & cheval. La musique jouait. Le boulevard fut bientôt couvert de inonde; bien des ouvriers, probablement anciens soldats, se découvraient. Ce drapeau venait des Invalides où il était allé s'incliner, avec beaucoup d'autres drapeaux, devant celui du 200® régiment. Le ?00® fut créé pour l'expédition de Madagascar; les deux tiers de son effectif moururent, lamentablement déoimés par les fièvres paludéennes. Néanmoins son drapeau flotta h Tananarive, capitale d^ la grande {le, sur le palais de la reine. Comme il avait été h la peine, on voulut qu'il fut à l'honneur, aussi fut-il porté h Téglise des Invalides.

11. — J'ai appris d'une étrange façon la mort du doux poète Paul Verlaine ; ma domestique, Louise, me dit jeudi soir, 9 janvier : « Je ne sais si je pourrai « dormir la nuit sans avoir un cauchemar, j'ai peur « de voir en rêve le loufoc qui est mort, 39, rue « Descartes, dans le logement au-dessous de celui de <( mon parrain, le sergent de ville. C'était un homme « qui faisait des vers; il se chamaillait souvent avec la

« femme qui le soignait, du reste, très bien, et se « plaignait beaucoup parce qu'il était très malade. « Parrain le soulevait dans son lit quand on le lui « arrangeait. » — « Mais, rue Descartes, 39. dis-je « à ma domestique, c'est Verlaine ! un grand poète, qui « habitait là. » Je le savais parce qu'on en parlait beaucoup au Prooope, ^dans certaines réunions d'amis du Nord. Il était en effet.de Metz. J'ajoutai: « Gomment, ce pauvre Verlaine est mort? Eh ! bien dormez tranquille, Louise, tout « loufoc » • qu'il fût, Verlaine était un bien brave homme, il ne vous fera pas de mal ; je voudrais bien qu'il me fît l'aimable surprise de venir me voir cette nuit pour me donner des nouvelles de Vau-delày ou môme seulement pour me donner une poignée de mains. Ce serait un grand honneur pour moi. » '

12. — Dimanche. — Hier, enterrement de Paul Verlaine. Son cercueil fut entouré par les plus grands représentants de la poésie française. Il avait été bien malheureux ; très souvent souffrant il s'était promené d'hôpitaux en hôpitaux, aussi Coppée a pu dire sur sa tombe : « Adieu, pauvre et glorieux poète qui, comme le feuillage, as plus souvent gémi que chanté. »

Il avait beaucoup douté dans sa vie, mais revenu aux croyances de son enfance, il reconquit ce doux oreiller de la Foi sur lequel il voulut s'endormir et s'endormit pour toujours.

J'appris à ma domestique que le « loufoc » avait été enterré avec bien de l'honneur. Elle fut assez étonnée.

14. — Les obsèques de Verlaine eurent lieu à Saint-Etienne-du-Mont. Conformément à son désir, Vanier, son éditeur (le libraire-éditeur du quai Saint-

Michel), lui fit chanter une fort belle messe en musique. On l'enterra ensuite dans le cimetière des BatignoUes. Il a été placé dans le caveau d'une famille qui a voulu s'honorer en le mettant au milieu des siens.

Il paraît que Coppée a été admirable dans son adieu sur la tombe du disparu. C'était un ami de jeunesse, ayant comme lui longtemps habité le quartier latin. Ils se lisaient respectivement leurs vers ; aussi, dans son agonie, Verlaine appelait-il sans cesse Coppée.

Quand je dis que Verlaine était un habitant du quartier latin..., pas toujours ; point pendant les nuits où il était sans gîte. Coppée a pu dire : « Quel est le poète qui n'accepterait pas les jours sans pain et lies nuits sans gîte du pauvre Lélian, s'il était certain, comme lui, de laisser à ce prix quelques pages durables et de voir fleyrir sur sa tombe l'immortel laurier. »

Paul Verlaine signait souvent : Pauvre Lélian. C'était l'anagramme de son prénom et de son nom *.

19. — Vingt-cinquième anniversaire de la terrible sortie de Montretout. Je me rappelle encore la désolation qui envahit notre âme, lorsqu'aux Champs- Elysées, mes camarades du 21* et moi apprîmes la funeste issue de cette sortie. Nous avions passé la nuit au Palais de l'Industrie pour soutenir, au besoin, l'effort vers Versailles.

— Floquet est mort hier ; il eut bien des joies dans la vie, mais je crois que c'est moi qui lui procurai l'une des plus douces lorsque, maître clerc de

1 Hujsmans vient de recueillir quelques-unes des œuvres de Verlaine pour montrer quel grand poète était Verlaine.

LacoHïïpe; avpu^J, j'3,lj.ais |ffi porter des dossiers. Aussi quand i} deviiif. préfet de }ft Seine, il m'invita aux belles soirées du Petit Luxembourg. IJ avajt épousp la plus jeun^ de^ deux ûUes d'un manufacturier alsacien, M. Kestner. La fille aînée s'était marié avec un M. Risslep dont elle eut elle-même une fille qui épousa Jule.s Ferry. Ferry devjpt donq Jq neveu de . Floquet, l'oncle n'avait quQ quatre ans de plus que le neveu ; Floquet était né pn ^828 et Fqrry en 1832; dans le§ dîners d§ famijlp, jamais on ne parlait politique.

Les moqueurs appelaient Floquet BobespierrQt parce qu'il portait le gjlet à grandes pointes de Robespierre ; mais \l av^it une si belle allurq qu'il pouvait à la rigueur ^e permettre le luxe d'un petit ridiculQ.

23. r— Jeudi dernier, 17 janyier, était l'anniversaire de la démission de Gasimir-Périer qui tint à passer la soirée ^ l'Elysée qù Bion successeur, Félix Faure, donnait grande réception. Avec une désinvolture de grand seigneur, il offrait le bras aux dames et les conduisait au buffet» Il était joyeux comipe un échappé de collège,

2 Février 1896, — Félix Faure vient d'avoir ses 55 ans ; il est né à Paris le 31 janvier 1841.

8. ~ Les étudiants sont très excités en ce moment à propos de l'ex-capitaine Dreyfus. Pour mieux exprimer leur indignation contre les juifs, et la crier déplus haut, ils grimpent sur toutes. les impériales d'omnibus et de tramw^ays. Ils passent ainsi et repassent, devant chez moi, sur le boulevard Saint- Germain. Mais tous les étudiants ne sont pas antisémites. Ainsi hier ^oir, dans la grande salle de l'hôtel

des Sociétés sàyàiltès, rue Serpente, il y avait, sous la présidence de M. Leroy-Beaulieu, une cohféfenôe sûr les questions du jour faite par lin professeur dé sciences politiques, M. Raphaël Lévy. Celui-ci n'a pii dire un seul mot, tant le tapage fut horrible. Les étudiants, n'étant pas du même avis, à propos de Dreyfus, se sont jetés les uns sur les autres ; six ont été blessés.

12. — On annonce la mort, à Montmartre (la nouvelle Athènes), du fameux modèle-femme, Sarah Brown, imniortalisée par la gaminerie des étudiants de TËcole des BeauxrArts, lors de leur fameux bal des quat-z-arts. Sarah Brown avait été portée dans un palanquin à travers la foule des invités, vêtue d'un simple filet ou résille comme on la voit, du rest^, figurer dans le célèbre tableau de Rochegrosse : le Festin de Balthazar,

Elle servit aussi de modèle à Jules Lefebyre pour le non moins célèbre tableau de lady Godiva, la bonne comtesse de Goventry, promenée toute nue, à cheval, à travers la ville de Goventry (Angleterre). Ce tableau se trouve aujourd'hui au musée d'Amiens. Sarah Browti était d'une beaiité de corps tout-à-fait exceptionnelle* .

13. — Continuation de la nécrologie. Notre grand compositeur Ambroise Thomas est mort aujourd'hui

< Le ttkbleau de làdy Godivà fut exposé en 169Cf ; il eut un, gros succès. Voici à peu prôs ce que mentionnait le livret : Les habitants dé Goventry étaient réduits à la misère par les impôts dont les àâeablait le ôomte de Goventry; sa femme, lady Godiva^ intercéda pour eux. Il répondit: m je ne remettrai aucun impôt que vous ne vous alliez promener à cheval^ nue, d'un bout de. Ift ville à Vautre, » Il pensait mettre ainsi une condition impossible.

jeudi 13 février. Il a conservé sa présence d'esprit jusqu'au dernier moment. Ainsi il a envoyé une carte de remerciement au prêtre qui Pavait extrémisé. C'est à ne pas y croire.

— On ne parle que de la découverte d'un professeur de la ville savante de Wurtzbourg, Rœntgen, qui réussit à photographier l'ossature d'une main à la lumière électrique. Cette photographie à travers les corps opaques, les muscles, dans notre espèce, peut révolutionner la médecine et la chirurgie. Mon ami N. a pu assister au cours d'un professeur de l'Ecole de Médecine qui, lui aussi, photographia une main. L'opérateur dit à l'opéré : « Mon pauvre monsieur, vous avez bu trop de bon bourgogne, vous avez des déviations goutteuses dans le squelette de votre main. »

L'opérateur ensuite demanda un portemonnaie à un de ses amis, docteur comme lui, et placé à côté de lui. Au bout d'un certain temps apparut la configuration de ce qui se trouvait dans ce portemonnaie, pas de ronds, mais de petites barres allongées comme des clous. « Vous avez donc des clous dans votre portemonnaie ? » lui dit-il. — « Mais non, je n'ai que de la monnaie. » On ouvrit le portemonnaie, il n'y avait pas même un sou, mais des clous que sa femme y avait mis en lui demandant de lui en acheter de semblables. Un éclat de rire général accueillit cette

« Je, ferai ce que vous dites pour sauver ces pauvres gens ». Très marri de son imprudence, le comte ordonna qu'au jour de Vépreuve on ne mît pas le pied dehors, que les portes et fenêtres fussent closes ou aveuglées, et que quiconque hasarderait sur sa femme un regard indiscret serait puni de mort,

Ladj Godiva paroouruty nue, toute la Tille, sur un cheval conduit par une vieille matrone.

découverte. Le pauvre docteur rougit jusqu^au blanc des yeux.

29, — Nous sommes dans une année bissextile.

C*est la Saint-Arille, un saint qui n'a pas son compte d'hommages, puisque sa fête ne revient que tous les quatre ans.

11 Mars 1896. — J'ai assisté à la grande séance de la Société de géographie, donnée à la nouvelle Sorbonne. Dans cette séance, le représentant du ministre du commerce a remis au prince Henri d'Orléans la croix de la Légion d'honneur, pour son grand voyagé de la mer de Chine au golfe du Bengale. Le président de la Société de géographie lui a offert également une grande médaille d'or. Le prince est beau garçon et bien découplé ; il a 28 ans et en paraît 22 ; blond, comme en général les d'Orléans, il a fort bien lu la description de son voyage. Le duc de Chartres, son père, l'embrassa devant tout le monde sur les deux joues. J'ai suivi sur une carte, qu'on m'avait remise en entrant, tous les incidents du voyage.

C'est un crâne garçon,, très bon, bien trop bon même, car on fut obligé de lui donner un conseil judiciaire ; il prêtait sa signature à des gens qui ne valaient pas cher.

12. — Couru à Montmartre pour voir la Vachalcade ou cortège de la vache enragée, nourriture assez ordinaire des artistes montmartrois. Willette est le dessinateur des chars de cet original cortège. Il est là en costume de pierrot. J'ai parié à différents figurants, notamment à saint Denis qui, avec la main gauche, retient sa tête. « Ce n'est pas lourd, me dit-il, mais

oe triaudit veut ballotte riioii mannequin d'osier, j'ai fort à faire. »

Les chars sont suivis par une foule d'hommes et de femmes admirables. J'ai rarement vu des hommes aussi beaux et des femmes aussi belles, tous modèles. J'ai reconnu Gérôme, daiis sa voiture, arrêtée au coin d'Onè rue, en dehors des regards mais avec vue directe sur le cortège qui l'intéressait vivement. Beaucoup de sa jeunesse lui remontait au cœur.

13. — Un poète et auteur dramatique, Jacques Lelorrain, fatigué de manger de la vache enragée* malgré tous les honneurs qu'on vient de lui rendre à Montmartre, a pris le parti de venir s'installer comme savetier, rue du Sommerard, n*» 25, dans le quartier latin où l'on ne mange de la vache enragée que dans les fins de mois

Ce poète, si honteusement porté sur sa bouche, vient d'adresser aux étudiants un prospectus en vers, que l'on distribue sur le boulevard Saint-Michel; voici quelques-uns de ses bouts rimes :

Vous viendrez donc chez moi, gentils hurluberlus.

Braves étudiants, bons petits camaros

Et vous ai^si rimeurs et confrères cossus

Qu'avez tous la veine d'écrire dans les journaux.

Auteur, je fis jadis des pièces illisibles,

Gnaff, je mets aujourd'hui des pièces invisibles.

Eh bien, sage poète, devenez habile en l'art de mettre des pièces invisibles ! Vous les célébrerez ensuite comme le perruquier Jasmin a célébré ses papillottes et le menuisier maître Adam ses chevilles *.

1 Sa gentille échoppe était située au coin de la rue Saint*- J^6qùes et de la rue du Sommerard. Il y resta longtemps, jusqu'au y^ai oii û trouva à se oaser dans tm ^oip^oi à SaSite-Barbé.

w-^-^BanT>-V--

19. — On parle beaucoup du mariage d'une fille du dUd de Chartres, Marguerite d*Orléans, aVec le commandant Patrice de Mac-Mahon. Le duc de Chartres a réuni, dans un dîner intime, les membres des deux familles : Orléans et Mac-Mahon.

20. — Depuis une douzaine de jours on donne à rOdéon une reprise des Danicheff^ de Pierre Newsky et d'Alexandre Dumas, dont le nom ne figure pas, il est vrai, sur Taffiche. Toute la haute aristocratie russe retient les avant-scènes et, au moment de la fameuse prophétie de Talliance franco-russe, elle éclate en bravos et applaudissements enthousiastes.

C'est qu'en e l'et cette prophétie, faite en 1876, efet vraiment fort curieuse. M. de Taldé, gentilhomme français, attaché d'ambassade, est en scène, avec Wiadimir Danichefî. Il raconte une émouvante chasse à l'ours. L'ours s'était, pour ainsi dire, couché sur lui et allait l'étrangler quand quelqu'un lui tira deux coups de fusil et l'étendit mort... C'était, ajoute de Taldé, le comte Wiadimir Danicheff qui m^avait sauvé la vie tout bonnement.

Le comte Wiadimir continue ainsi la phrase :

,,. Et qui fit, bavard, ce que vous eussiez fait à sa place : un Français qui lutte avec une bête fauve^ un Russe qui voit cela et qui tue la bête, c'est tout ce qu'il y a de plus simple et tant qu'il y aura des Français et des Russes et des bêtes fauves, espérons que ça sera toujours comme ça * .

L'aUiance russe, qui fut plus tard conclue, ne pouvait être plus nettement désignée, et l'on comprend que l'enthousiasme déborde du parterre au paradis.

1 Aebe dettxièsie, scène III.

23 Avril 1896. — Le mariage civil du commandant de Mac-Mahoneldelaprincesse Marguerite d'Orléans, flUe du duc de Chartres, vient d'avoir lieu à la mairie du VHP. Le maire, mon aimable confrère Beurdeley, bon républicain, mais républicain de bonne compagnie, a fait un discours charmant dans lequel il a parlé, discrètement, de l'histoire des deux fatnilles ^ Il est, du reste, passé maître dans ce genre d'allocutions matrimoniales auxquelles tiennent beaucoup les familles parisiennes, parce qu'elles attiédissent quelque peu les glaces d'une cérémonie civile. On ne trouve pas très belle la nouvelle duchesse de Magenta; mais néanmoins on la dit de très grand air et de superbe distinction.

25. — M. Félix Faure n'est pas sur un lit de roses ; il va lui falloir chercher un nouveau ministère. Le ministère radical, que présidait M. Bourgeois, est obligé de s'en aller devant l'hostilité du Sénat, qui ne veut pas de l'impôt sur le revenu. Les cris : « A bas le Sénat ! » retentissent dans nos rues, car les journaux avancés font tout ce qu'ils peuvent pour ameuter l'opinion contre lui.

28. — Vient de mourir inopinément d'une maladie de la gorge, Ferdinand Duval, ancien préfet de la Seine pendant la présidence de Mac-Mahon. Il s'occupa, avec beaucoup de soin, de l'édilité parisienne et c'est bien grâce à lui que le quartier latin et

^ « Notre cérémonie de mariage civil est terminé. Il me reste une tâche à remplir ; je dois adresser les félicitations d'usage aux jeunes époux, à leurs témoins, à deux familles qui appartiennent à Thistoire et qui comptent dans leur passé des rois de France, un roi des Français, un président de la République, etc. »

le faubourg Saint-Germain n'attendirent pas trop longtemps Touverture du boulevard Saint-Germain. Il était d'une taille énorme que sa robe d'avocat grandissait encore. Aussi les Anglais qui, en venant à Paris, ne manquent jamais de visiter la salle des Pas- Perdus, ne pouvaient le voir sans stupéfaction, surtout quand N..., le plus petit avocat du Palais, venait à passer à côté de lui.

Ce Porthos est tombé somme un chêne frappé par la foudre. Il se présentait comme conseiller municipal dans le quartier Saint-Germain. Ses affiches furent apposées partout sous nos yeux. Elles ne servirent qu'à accuser la cruauté de la mort à son égard.

30. — M. Paure a réussi à mettre la main sur M. Méline, comme président du Conseil des ministres, ayec un ministère modéré.

— Dans la séance d'avant-hier, le Conseil municipal invita le préfet de la Seine à acheter, au nom de la Ville, un grand immeuble, sis rue de l'Hôtel Colbert *. C'est là qu'autrefois siégeait la Faculté de Médecine, bâtie, dit une inscription, des deniers du chanoine de Notre-Dame : Lemasle.

Dès mon arrivée à Paris, en 1846, c'est-à-dire il y a 50 ans, je visitai l'amphithéâtre de la vieille école, transformé en lavoir. Il fallait que les constructions fussent bien solides pour résister à un: pareil abus de jouissance. Je n'ai pu réussir à voir un tombeau de cuivre qu'on avait montré précédemment à un de mes amis, ayant probablement l'air plus calé que moi. Pour

1 L'acquisition eut lieu le 22 août 1896.

le lui faire voir on avait, si je me rappelle biéii, été obligé de déi)làoer en partie le plancher du lavoir.

Dans le vieil immeuble C[u'on se propose d'acheter s'exerce une industrie autorisée, très autorisée. Oh ! bon chanoine Lemasle, que feont devenus tes écus !

19 Mai 1896, — Toujours des morts. Avant-hier, jour de l'Ascension, mon camarade de Louis-le-Grand, Gaillebotte, ôuré de Notre-Daiiiè-de-Lorette, est allé dîner en ville ; reïitré chez lui très souffrant à ÎO h. 1/2, il dit à son domestique : « Que j'ai mal à la tête ! » Ert même temps il porta la main à son cœur; il était morti Une véritable vocation Tavaitpôrtéâ la prêtrise, car il avait une grande fortune ; la famille Gaillebotte était une des grandes familles commerçantes de Paris. Ses deux frères se sont adonnés aux arts. L'un d'eux vient de mourir en laissant une collection de peinture impressioniste à la ville de Paris. Mon camarade curé était la bonté môme. A Louis-le-Grand, lors d'une révolte, il osa seul rentrer en classe, les élèves voulant rester dans la cour ; Il risquait d'attraper un mauvais coup L'affaire, heureusement pour lui, se calma. A titre de récompense, il demanda la grâce d'un camarade qui allait être renvoyé. Gaillebotte n'était pas seulement la bonté même, maià c'était encore la bonne humeur personnifiée : il y a un mois, seulement un mois I je le rencontrai ; il était devenu fort gros, comme je l'étais devenu aussi pas mal. ïl s'arrêta, et, en me regardant malicieusement, il me dit : « Quoique demeurant bien loin l'un de l'autre, nous voilà dans le même arrondissement. »

27. — Zola est candidat pour le fauteuil d'Alexandre Dumas, mais il ne réussira pas ; car l'Académie ne peut lui pardonner les obscénités de ses romans. De

plus elle est ranounièrQ. Se r^ppellp-t-il ce qu'il a dit d'elle, il y a longtemps, il est vrai ; « la vieille Académie mourra dans un accès de toux. »

39. — En effet Zola n'a pas été admis. M. Zola, vous ne serez admis que quand, h votre tour, vous serez devenu catarrheux * .

^ Juin iB96. — ïjier, le bourdon de Notre-Dame semblait gémir. On célébrait le vingt - cinquième anniversaire de la mort de Farohevêque de Paris et des victimes de la Commune.

3. — Féli}^ Faure s'est marié, par pure affection., avec une jeune personne d'Amboise, fille d'un avoué, aujourd'hui décédé, qui laissa beaucoup de créanciers. On soutient que Félix Faure doit rembourser les dettes à cause de sa haute situation. La prétention paraît excessive à notre Président. Sa femme, du reste, eut une très modeste dot donnée par un oncle, l'ancien sénateur Guinot. La méchanceté, en matière politique, est insondable, incommensurable, et voilà ce qu'elle a inventé : un industriel a créé de curieux joujoux qui reproduisent le chant de la caille, et Ton sait que le chant de la caille est rappelé par les enfants au moyen de trois petits mots : « Paie tes dettes! Paie tes dettes! » prononcés avec rapidité. D'autre part, les camelots vocifèrent dans la rue une complainte dont le refrain est celui-ci :

Ah ! quel malheur d'avoir un beau-père.

Que le Président doit souffrir î

1 Cette plaisanterie par^t maintenant bien funèbre, quand oq songe que M. Zola est mort asphyxié par une fuiite de gaz,

4. — Antoine, si connu au théâtre, vient d'être nommé directeur de TOdéon.

10. — Hier matin, 9 juin, Jules Simon est mort à quatre-vingt-deux ans. Il s'est éteint dans la maison de la place de la Madeleine, qu'il habitait depuis si longtemps.

14. — Aujourd'hui, monôme des Taupins ou candidats à l'Ecole polytechnique * ; ils ont tous des lanternes jaunes au bout de leurs cannes. Ils promènent un buste en plâtre qu'ils vont briser tout à l'heure, c'est celui de Jules Simon, qui vient de mourir. Jules Simon était, avec le sénateur Bérenger, à la tête de la Société contre la licence des rues ; or les jeunes gens ont l'horreur de cette Société -et de ceux qui en font partie.

15. — Les journaux nous apprennent que le soidisant buste de Jules Simon était celui de Cicéron acheté chez un brocanteur.

16. — J'ai rencontré récemment le directeur de V Œuvre des petits ramoneurs et âes jeunes ouvriers des rues. Il les rassemble de temps en temps impasse des Bœufs^ cette pauvre et misérable impasse, qui doiine sur la rue de l'Ecole polytechnique. Des élèves de cette école viennent souvent leur raconter des histoires. L'un d'eux, élève de première année, est Marc Sangnier, fils d'un de mes confrères, petit-

1 Le qualioatif de Taupins s'applique aux élèves qui se préparent à Polytechnique ; en argot do lycée, la classe de mathématiques spéciales s'appelle la Taupe; on ne sait pourquoi.

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fils de Lachaud, et arrière-petit-fils de M. et M"* Ancelot. Il a, m'a dit ce directeur, une facilité de parole admirable et une imagination extraordinaire qui lui permet d'improviser de merveilleuses histoires ; question d'atavisme !

26. — Le duc de Nemours vient de mourir à l'âge de quatre-vingt-deux ans. Son cercueil sera transporté à Dreux, quoique sa femme soit ensevelie en Angleterre. Il lui a même fait faire, par Ghapu, un admirable monument que fort peu de personnes connaissent ejt que j'ai eu le bonheur de voir parce que M. Chapu me l'a montré dans son atelier. Le duc de Nemours n'a pas voulu qu'il fut exposé au Salon annuel, ce qui sem^blait faire gros cœur à l'artiste.

Il était excessivement religieux. Je passais un jour rue Saint-Jacques, devant Saint-Jacques-du-Haut-Pas, j'y vis s'arrêter une belle voiture de maître. Je m'empressai d'entrer par curiosité dans l'église, et je fus fort étonné d'apercevoir Henri IV en chair et en os. Ce n'était pas, bien entendu, Henri IV ; mais le duc de Nemours, dont la ressemblance avec Henri IV était surprenante. Il aidait, du reste, à la ressemblance en se taillant la barbe comme le Roi taillait la sienne.

27. — Anniversaire de l'inauguration du buste d'Henri Murger au Luxembourg. Tous les bohèmes en titre se sont réunis au pied du monument et y ont déposé une couronne. Ils se sont rendus ensuite à un café de la place Saint-Michel où ils ont banqueté à quatorze sous.

A la table d'honneur avait pris place un vénérable personnage, sans doute le Bonhomme Jadis^ entre Mimi-Pinson et une femme du Quartier surnommée

PiD3oimette, très bonne chanteuse. Elle enleva avec beaucoup de brio la chanson de Musette :

Hier* en voyant une hirondelle , Qui nous ramenait le Printemps, Je me suis rappelé la belle Qui m'aima quand elle eut le temps ^,

i4 Juillet 1896. — Le Président n'a pas été le héros de la revue de Longchamps, ce fut Tambassadeur de la Chine avec son chapeau à plume de paon, son caraco de soie jaune et sa robe de soie bleue. Pour calmer les amertumes de Félix Faure, il lui apporta, dans sa loge, une boîte de laque remplie de thé cueilli dans les jardins de T^mpereur de Chine. On chuchotte que, suivant l'habitude des Célestes, atteints de dyspepsie, l'ambassadeur accueillait par des crépitations répétées les belles évolutions de l'armée française.

26. — 5 heures du soir. — Je suis encore tout ému, car je viens d'échapper à un grand danger. Jérevenais des Invalides et me trouvais dans la grande avenue de Villars ; la chaleur devint tout à coup étouffante ; le tonnerre roula, la grêle tomba, et après la grêle, un

1 L'année Buivante, même hommage de fidélité fat rendu au eouvenlr de Murger pour le second anniversaire de l'érection du monument. La belle jeunesse aUa dîner pour quatre-vingt-quinze centimes au Bœuf aaignant, rue de Vaugirard, no 5. Il y a 1^ au premier étage un petit salon et un grand salon dan^ lequel certains prétendent que Lekain est mort. La maison appartint autrefois à mon beau-père. C'était une joie pour moi, quand j'étais seul à Paris pendant les vacances des enfants, d'aller manger dans ce petit boui-boui du quartier latin, au mUieu des accès de bonne humeur et de gatté des convives habituels.

inouï torrent d'eau. Le vent était effroyable, et pas de porte où se réfugier dans cette grande avenue de Villars remplie de couvents et d'établissements publics. Les arbres tournoyaient, moi aussi ; je crus que j'allais être enlevé. Ce vrai cyclone dura environ huit minutes.

Je rentre chez moi à moitié mort et change de vêtements ; je compte, pour me restaurer, sur un bon gigot, malheureusement la cuisinière ne peut le faire cuire ; le four ne veut pas s'allumer tellement la cheminée est pleine de grêlons.

27. — Les parcs, les jardins, les squares ont été hachés hier. Comme c'était dimanche, il y avait des lâchers ^e ballons qui furent retournés. Les malheureux areonautes sont tombés. Deux ont été tués. Il n'y a pas eu beaucoup d'autres victimes. Les pompiers ont été appelés au secours des habitants de la rue de THôtel Colbert, tant l'inondation fut énorme du côté de la place Maubert ; si ça pouvait la nettoyer à fond ! Les bouquinistes des quais ont fait de grosses pertes, car leurs boîtes ont été toutes bouleversées. Le vent les a jetées en bas du parapet et les a disloquées.

30. — J'étais à la Bibliothèque nationale quand une rumeur s'éleva ; je levai le nez de dessus mon livre et j'aperçus le vice-roi du Petchili, l'ambassadeur extraordinaire que nous a envoyé la Chine.» Il était accompagné de plusieurs autres notables porte-queues ; c'est un grand vieillard a l'air rusé, à lunettes rondes et énormes, qui fait son tour d'Europe et vient tout inspecter ; on le reçoit aux frais de la France et avec beaucoup d'honneut*. En retour, lui ne se gène pas et crépite souvent pour ne pas altérer sa santé, très délicate, il est vrai. « Vice-roi du Pet-Chili, ne vous gênez pas, trop honorés I Comment donc I »

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31. " J*ai oublié de noter qo^ua architecte du Quartier a décroché la grande médaille d'or d'architecture au dernier Salon ; le lauréat est M. Scellier de Gisors, le petit-fils de M. de Gisors, qui fut si longtemps Tarchitecte du palais du Luxembourg. Comme son grand-père, M. Scellier de Gisors, est aussi architecte du palais.

Quand je dis architecte dans le quartier je devrais ajouter et enfant du Quartier^ car il fut élevé chez son grand-père, dans cette jolie habitation ornée de pampre, de lierre, de clématite qui se trouvait près de la fontaine de Médicis, là où passe aujourd'hui la rue de Médicis.

S Août 1 S96. — Sur l'initiative du journal V Intransigeant^ grande manifestation, hier, place Mauberi, devant la statue d'Etienne Dolet, qui y fut pendu, puis brûlé le 3 août 1546, il y a 360 ans. L'énorme statue, effrayante dans son énormité, est encore enveloppée de l'écharpe rouge dont on l'a drapée hier. Sur une grande couronne, également rouge, se détachent ces mots : Après la mort plus rien, allusion sans doute aux doctrines de matérialisme et d'athéisme reprochées à Dolet et qui le firent, dit-on, condamner par le Parlement de Paris. Au xvi" siècle, nos messieurs du Parlement ne badinaient pas avec les principes.

21. — A ce que prétend haute, puissante et radicale dame Lanterne, une curieuse discussion aurait eu lieu entre notre cher Président et le directeur de la Manufacture de Sèvres. Pour sa villégiature de Rambouillet, le Président voulait un service de table qui n'existait pas au château. Il en commanda un à Sèvres avec les lettres P. F. (Félix Faure). Le directeur répondit: '( Très volontiers, mais si vous voulez les deux F, il

faudra payer de votre argent ; si, au contraire, vous vous contentez d'une seuJe F, accompagnée d'une R, R. P. ce sera la princesse qui paiera. » Notre Président fut suffoqué et protesta. Mais le directeur, qui ne voulait pas offrir à ses frais un service au Président, tint bon et P. P. n'insista plus. Il se contenta d'une seule P.

30. — C'est de la loge VEquerre que dépendrait, paraît-il, le P.*. Félix Paure. Indignée de toutes les attaques dirigées contre le Président, à propos du père de sa fennme, elle a fait la déclaration suivante : « La logé s'applaudit que la première magistrature de la République soit occupée par un homme qui a su mépriser le préjugé de la transmission des fautes ».

i4 Septembre 1896. — Voici la lettre de faire part que je viens de recevoir :

« Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et tt enterrement de Georges Lachaud, avocat à la Cour « d'appel de Paris^ décédé le 11 septembre 1896, « muni des sacrements de notre mère la Sainte Eglise, « en son domicile, place Charles Lachaud, à Treignac « (Corrèze) , qui se feront à Paris le lundi 14 septembre, « à midi très précis, en l'église Saint-Thomas-d'Aquin, « sa paroisse. Priez pour lui. — On se réunira à son « domicile de Paris, 8, rue de l'Université.

« De la part de M Félix Sangnier, son beau-frère, « de M. Marc Sangnier et du comte de Chennevières, « ses neveux.

« L'inhumation aura lieu au cimetière Montpar- « nasse ».

— Notre confrère Georges Berryer, le neveu du grand orateur, a fait, d'une façon très réussie, le

discours funèbre sur le bord de la îcmsQ de Georges Lachaud. Il c^ vanté son amour des lettres, ses succès littéFaires, et surtout son charmant esprit.

Il m'a raconté, dans la salle des Pafcj Perdus, qu'un jour Georges plaidait en province et que le procureur de la République, qui portait la parole dans j'affaire, se prit à dire d'un ton prétentieux et cavalier: « Vous voulez faire monter votre client au Capitole. » — « Oh ! non, reprit finement Georges I^achaud, je sais bien que vous seriez là pour noqs en empêcher, ».

La famille de Lachaud est représentée aujourd'hui par M"** Félix Sangpier, sa fille ; M^rc Sangnier, son petit-fils *, et la comtesse de Chennevières, sa petitefille.

15. — Jeudi dernier, 10 septembre, une trombe, bien plus terrible que celle d'il y a un mois, a sévi sur notre quartier. Beaucoup d'arbres ont été déracinés. La place Saint-Sulpice est privée de ses plus beaux. Beaucoup de personnes, roulées dans le tourbillon, ont été blessées ; on parle même de morts. Didio, mon confrère, sortant du Palais, fut terrassé parle vent. En tombant, il se luxa une épaule ; on le transporta à T Hôtel-Dieu.

Les personnes qui se sont trouvées dans le centre du tourbillon ont entendu un bruit analogue à celui d'un train de chemin de fer lancé à toute vitesse.

16. — Didio reste consigné à l'Hôtel-Dieu ; on ne peut encore le transporter chez lui. Cinq personnes sont mortes à la suite de l'ouragan.

1 Maro Sangnier est le jeune homme dont j'ai dit un mot dani ma note du 25 juin 1896.

Mardi 6 Octobre 4896^ — Le Gzar et la Çzarin^ sont arrivés aujourd'hui à Paris. A titres de réjouisr sance on a tiré un feu d'artifice sur la tour Eiffel ; de mon balcon, je voyais des cascades de feu tomber des deux premières plate-formes. Le spectacle était merveilleux.

7. — Aujourd'hui mercredi, le czar Nicolas et la Czarine, fille du grand-duc de Hesse-Darmstadt,^ passent en voiture sous mes fenêtres.

Mon balcon est plein de monde. Le czar Nicolas est assez joli garçon ; il porte un petit bonnet d'astrakan qui lui va bien, il a Fair d'avoir 20 ans, et il en à 26. La Czarine a 23 ans, elle a bien Pair de les aVôir, mais elle, est très gracieuse.

, Les souverains sont descendus pas bien loin de chez moi, à l'ambassade de Russie, rue de Grenelle, presqu'au bout de la rue Saint-Simon qui donne à son autre extrémité sur le boulevard Saint-Germain. L'hôtel qui fait le coin de la rue ei du boulevard, est un hôtel renaissance, splendide, qui est décoré d'une façon charmante. Les arbres du jardin, situés jbu face de cet . hôtel, sont couverts de fleurs artificielles blanches et roses ; on dirait un verger au printemps, or nous sommes en octobre.

8 — Le Czar est repassé sous mes fenêtres ; il est allé porter sa carte au Sénat. Les souverains russes sont venus, avec leur fillette, la princesse Olga, ou plutôt la grande-duchesse Olga. L'Impératrice ne voulut point s'en séparer. La gouvernante, qui est toujours avec l'enfant dans une calèche,' lui fait envoyer de petits becs devant la foule ravie. Le fameux Monjarret, le piqueur de Félix Paure-galoppe toujours devant la Daumont où se trouvent l'Em-

perëur, l'Impératrice et M. le Président. C'est un personnage que ce Monjarret! D occupe beaucoup la pensée des Parisiens et des Parisiennes. Leur coôur bâti h cfes dernières, quand elles voient 6e joli personnage avec sa veste bleu barbeôu, âon gilet rouge, sa culotte blanche et son chapeau doré sur tranche.

Vive l'Empereur! Vive le Président! Vive Monjarret!

9. — Le Czar a quitté Paris en laissant cent mille francs aux pauvres. Le nougat russe a un suct5ès fou auprès des enfants, qui, de cette façon, eux aussi^ célèbrent l'alliance russe ; Il n'y a qu'une voix pour dire: « Félix Faure, avec sa belle prestance et son vrai chic, était superbe auprès des souverains russes.

Dimanche S Novembre 1896, — Aujourd'hui, fut inauguré, au Luxembourg, le monument de Watteau. Le statuaire Gauquié a mis au devant du buste de Watteau une adorable grisette qui regarde avec amour le peintre de l'Amour et lui offre des fleurs. Elle n'a pas la collerette du temps, de sorte que toute la poitrine se voit et s'apprécie, ce qui, sans doute, vaut beaucoup mieux au point de vue de l'art, mais, sans contredit, beaucoup moins bien au point de vue de la vérité du costume.

Baiilet, de la Comédie-Prancaise, a récité, avec beaucoup de charme, ces vers d'Ernest Blémont :

En ce vert Luxembourg j toujours plein de jeunesse, Maître^ pour que ta gloire à jamais y renaisse^ Parée^ à chaque avrils de plus fraîches couleurs, Nous dressons ton image, et nous VoffYons des fleurs. Ce beau jardin, parmi les roses et les marbres,

Jadis te vit passer rêveur sous les grands arbres, Vàme de ce Paris léger ^ qui te fut cher y Caressante y flottait dans la douceur de Vair ; Et comme d'une fée, aux fêtes d'un baptêmCy Là tu reçus le don de la grâce suprême.

9. — Aujourd'hui, lundi 9 novembre 1896, nous avons célébré, à l'hôtel Continental, la cinquantaine d'exercice, comme avocat, du cher confrère, ancien bâtonnier, Cresson. Il nous raconta d'amusants détails sur sa prestation de serment devant la première chambre de la Cour, comme quoi l'appariteUr surveillait ses mains, dans la crainte qu'il ne se trompât et ne prêtât serment de la main gauche, ce qui aurait pu attirer une terrible algarade de la part de Monsieur le premier président Séguier qui n'était pas commode.

Je me trouvais au repas à côté de Périn, le juge de paix, l'ancien secrétaire de Jules Pavre pendant le siège de Paris* Je venais de faire paraître mes Griffonnages, qui contiennent mes notes journalières pendant ce siège. Un de nos amis communs les lui avait prêtées. Il m'en parla, et, sachant m'intéresser, il me narra, sur ce siège, une foule de choses excessivement curieuses, notamment celle-ci : Périn alla à la Préfecture de police, le 1®*" janvier 1871, voir son bon ami Cresson. Cresson était avocat à la Cour d'appel, et lui Périn, avoué à la même Cour. Ils se connaissaient beaucoup . Cresson le fit passer dans les serres de la Préfecture de police, serres créées par M. Piétri, le préfet de police de Napoléon III. Ils entrèrent donc tous deux, et leurs veux furent immédiatement frappés par Tappariiion d'un lis rouge qui venait d'éclore pendant la nuit. Ce n'était pas des esprits superstitieux, loin de là, et cependant leur cœur fui extrêmement ému. Il l'eût été bien davan-

tage s'ils avaient connu Tavenir ; car ce lis rouge était comme le symbole de la Commune sanglante qui s'épanouit, deux mois après, en pleine Préfecture de police.

i/ Décembre 1896. - Plusieurs de nos principaux littérateurs ont organisé l'apothéose de Sarah Bernhardt ; 450 admirateurs ont festoyé, en son honneur, au Grand Hôtel. Sardou a porté un toast à la grande et bonne Sarah. Il est de fait qu'elle est très bonne fille. Elle a répondu : « Oh merci I je vous dis merci à vous du plus profond de mon cœur. » Ce ne fut pas tout; en effet les convives se transportèrent à la Renaissance oii Sarah, toute drapée d'un crêpe blanc, brodé d'or, joua divinement le 3® acte de Phèdre.

toi qui vois la honte où je suis descendue.

Implacable Vénus ^ suis- je assez confondue ! Hippolyte te fuit^ et bravant ton courroux^ Jamais à tes autels n'a fléchi les genoux.

Ton nom semble offenser ses superbes oreilles Déesse^ venge-toi^ nos causes sont pareilles.

Jamais Sarah n'avait mieux donné de sa voix d'or ; l'admiration était à son comble. Elle monta sur un vrai trône, qu'entouraient les organisateurs de l'apothéose et les auteurs ordinaires de la Renaissance. On vit alors s'avancer un jeune homme, représentant la Jeunesse des écoles. Après l'avoir couverte de fleurs naturelles et de fleurs de rhétorique, il la remercia du bon accueil qu'elle a toujours fait aux étudiants, Plusieurs fois, elle joua exclusivement pour eux, notamment la Dame aux Camélias. Les étudiants seuls étaient admis dans la salle. S'ils sont reconnaissants, elle aussi doit être reconnaissante. Les étudiants n'ont-ils pas commencé sa grande réputation

en fêtant, comme seuls des jeunes gens savent le faire, sa première apparition triomphale dans la pièce du Passant, à TOdéon.

12. — Le Journal d'Amiens, tout dernièrement, racontait que sous le règne du roi Louis-Philippe, le général Sébastiani, Tun des héros les plus étonnants de Fépoque impériale, entra à la cathédrale d'Amiens, lors du voyage qu'il fît à Londres pour occuper l'ambassade d'Angleterre. Il était en petite tenue militaire avec le képi sur la tête. Le suisse Cozette, un ancien soldat, lui dit : « Mon général, on ne reste couvert ici qu'en tenue de service. >> Le général ne daigna même pas le regarder. Cozette de reprendre : « Mon général, vous n'êtes qu'en petite tenue militaire; vous n'avez pas le droit de rester couvert. » — « Ah ça, mais, dit le Général en s'arrêtant impatient, savezvous qui je suis ? » — « Oui, je vois bien que vous êtes général. » — « Et qui plus est, ajouta le Général, ambassadeur de France k Londres. » — « Et bien, moi, répartit Cozette, je suis le suisse de la cathédrale d'Amiens, »

Ahuri, le général ôta son kèpi.

Cette historiette, si joliment racontée par le Journal d'Amiens, me rappelle un vieux souvenir deLouis-le- Grand. Ce même général Sébastiani, devenu maréchal de France, vient un jour à Louis-le-Grand, pour demander un renseignement au proviseur, M. Pierrot d'Esseiligny. Il fait passer sa carte et attend. Il attend, même longtemps. Au bout du premier quart d'heure, le Maréchal s'agite violemment sur sa chaise; au bout du second, il se met à arpenter rageusement la grande antichambre qui précédait le cabinet du proviseur. Puis, tout à coup il saute, comme un fauve, sur le garçon et en le secouant lui dit : « Entrez dans le

cabinet, et rappelez à M. le proviseur que le maréchal Sébastian! attend depuis près de trois quarts d'heure et qu'il n'attend jamais plus d'un quart d'heure dans l'antichambre du Roi. »

de n'était pas que le maréchal Sébastiani fut méchant, mais, avec son sang brûlant de Corse, il était parfois peu commode. Il lui était permis du reste d'être légèrement désagréable, lui qui l'avait été si grandement pour les Autrichiens à Arcole et à Marengo, pour les Anglais k Constantinople, pour les Espagnols à Grenade, et pour les Russes à la bataille de la Moskowa. Néanmoins on l'aimait beaucoup et la France toute entière compatit à sa douleur, quand il perdit, d'une façon si tragique, sa fille unique, la duchesse de Praslin, assassinée par son mari dans un moment de folie.

16. — Nous sommes dans une période de jours sombres. Hier, à la septième chambre, on a dû allumer les lampes toute l'après-midi.

Aujourd'hui 17, Ce fut encore pis. Tout le Palais dut être éclairé en plein midi. Je n'ai jamais vu pareille chose. Du reste ce matin, à dix heures, voulant, chez moi, lire lés pièces d'un dossier, je fus forcé de m'approcher de la fenêtre. Mais là, près de la fenêtre, impossible encore de lire ; je demandai ma lampe.

Toute la faute n'est cependant pas au soleil ; mes 65 ans 1/2, y sont pour quelque chose. Il y a quelques jours je fus fort décontenancé en plaidant: j'avais oublié mes lunettes. Les lorgnons de mes confrères, tous plus jeunes que moi, ne purent me servir : je fus forcé d'analyser mes pièces de mémoire. Heureusement je gagnai mon procès ; si je l'eusse perdu j'aurais été désolé, car j'aurais pensé que mon oubli de lunettes

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avait nui à mon argilhietitàtlon. C'est égal, mon piiuvre vieux, tu seras obligé, d'ici quelque. temps, de te retirer. Après quarante-trois ans de biarreau, cela t'est bien permis... Du reste il faut faire de la place aux jeuiies.

22. — La ville de Pontarlier envoie à la Chambre un député musulman. C'est un docteur qui, ayant longtemps demeuré en Algérie, s'est converti au nlahométisme. A Pontarlier il fait ses ablutions dans le Doubs ; tout le monde s'attend à ce qu'il les fasse dans la Seine, au pont de la Concorde, devant la Chambre; on se promet de bien s'édifier. Ce musulman d'occasion s'appelle Grenier; il a un beau burnous blanc qu'il ne quitte pas. Le député Thivrier a bien conservé sa blouse, à la Chambre, pourquoi M. Grenier ne conserverait-il pas son burnous? Il ppnohce siDuvent avec respect le nom de Dieu, ce qui va donner des crispations h certains députés de la Chambre. Dans sa profession de foi il a écrit ceci: « Dieu étant le Souverain Maître de toutes choses, il faut tout rapporter à lui dans nos actions, et, si nos gouvernants s'inspiraient de ce principe, oh verrait une plus grande fraternité. Il faut s'inspirer dans sa conduite du Koran, de la Bible et de l'Evangile. »

27. — On a inauguré, hier, rue Dutpt, à l'Institut rabique, dans uhe crypte, le tombeau que M. J.-B. Pasteur fils, M. et M™* Vallery-Radot, ses gendre et fille, ont élevé à Pasteur. Beaucoup de discours ont été prononcés; parmi eux, on a remarqué celui de M. Georges Perrot, directeur de l'Ecole Normale. C'est, en effet, dans les greniers de l'Ecole Normale que Pasteur a commencé ses belles expériences. Le directeur du nouvel Institut rabique a prononiîé l^ès

adieux. Cinq mille personnes ont défilé devant la tombe. L'intérieur en était resté à découvert afin qu'on put contempler le cercueil d'ébène.

29. — Les étrangers aiment beaucoup nos sous, bien supérieurs aux leurs par le poids et la beauté. Ils les enlèvent prestement, et introduisent en France des sous légers, innommables, frustes, ignobles*. Le Gouvernement a défendu la circulation de ces sous et en a ordonné la saisie. Malheureusement la mesure a été prise trop tard. Les sous français ne sont plus en assez grand nombre et le commerce de détail souffre beaucoup de cette rareté. Le Gouvernement, en conséquence, fait fabriquer, à la Monnaie, une immense quantité de sous. On en fabrique jusqu'à mille par jour. Sans cette mesure des troubles seraient à craindre à Paris et dans les grandes villes, surtout celles du Midi voisines de l'Italie. Par hasard, j'ai reçu dans mon cabinet un employé des Finances ; j'ai profité de sa présence pour, en bon bourgeois raisonneur de Paris, critiquer les agissements du Gouvernement. « Comment a-t-il pu se laisser acculer à cette impasse ?» — « Mais tout simplement, me répondit-il, à cause des relations internationales. Ce n'est pas facile de refuser une monnaie étrangère, quelque défectueuse qu'elle soit ; mais à force de zèle on rattrapera le temps perdu. Tous les jours, à six heures, un de nos garçons reçoit un gros stock de

^ Une grande bouchère de Paris, de ces vieilles familles intelr ligentes de bouchers parisiens, me disait h ce propos : « Il y a de tout dans ces sous; croyez- vous, Monsieur, que des ménagères me paient parfois avec des sous romains pu plutôt avec des médailles romaines ; elles me les avancent timidement et sont fort heureuses de ne pas se les voir refuser ; moi je n'ai garde de les rejeter et je les mets de côté. » .7

sous nouveaux pour Marseille et remporte au plus vite au chemin de fer de Lyon.

Nous allons donc avoir dans les mains des sous bien propres.

Janvier. — L'Archevêque a défendu formellement aux ecclésiastiques d'aller aii théâtre en soutane, et voici à quel propos. L'Odéon donne en ce moment des matinées où Ton joue des pièces antiques précédées de conférences ; quelques prêtres y allaient. Jeudi, veille du 1"' janvier, il y avait à TOdéon une conférence de Léon Becque. Sujet : le Plutus d'Arisphane. J'étais sur le dernier rang de l'orchestre; derrière moi, sur le premier rang du parterre, se trouvait, en habits ecclésiastiques, un prêtre fort distingué. En le voyant, je fus quelque peu étonné ; mais •mon étonnement ne dura prs longtemps, parce que je songeai au milieu tout littéraire dans lequel il se trouvait : professeurs de lycées, élèves se préparant à la licence, bourgeois lettrés. Personne ne prit garde à ce costume ecclésiastique, néanmoins l'Archevêque a bien fait; il faut toujours prendre garde aux malappris que la vue d'une soutane peut mettrs en rage.

23. — Le gouvernement est autorisé à donner maintenant, dans la Légion d'honneur, 12.000 croix de chevalier au lieu de 10.000. Malicieusement, le rapporteur de la loi a dit : « Les décorations sont loin d'être toutes injustifiées ! ! »

En tous CAS, ces deux mille croix de supplément ne feront pas de mal au budget. Pour nous, contribuables, c'est le principal.

24. — Le Bulletin municipal du 21 janvier 1897 constate que Paris, d'après le dernier recensement, a 2.511.629 habitants ! Deux millions et demi.

Beaucoup de villes, de villages viennent s'absorber en Paris; c'est un grand malheur pour la France, dont la tête s'augmente saris cesse au détriment du corps. C'était déjà vrai du temps de Henri III qui le constata des hauteurs de Saint-Cloud, quand il vint, avec Henri IV, assiéger sa capitale.

26. — Comme on le pensait bien, le député musulman de Pontarlier fait ses ablutions en Seine : Coram populo ; mais pas au pont de la Concorde. Tous les jours de séance, vers les trois heures, il se rend près du pont de Solférino à un endroit de douce déclivité, et se plonge les jambes dans Teau après avoir relevé son large pantalon jusqu'aux genoux. Il prend de Teau du fleuve, et s'en arrose la figure et la tête. Mais, avant de faire ses ablutions, il ôte son vaste burnous et apparaît en bon bourgeois parisien, ce qui le dépoétise un peu. Puis, quand tout est fini, il remet ce burnous et rentre dans la salle des séances.

La Seine est toute heureuse, elle est si peu habituée à ce que Ton rende justice à la limpidité et à la pureté de ses eaux.

ier février i S97 . — Notre président a deux filles : Taînée est mariée à M. Berge, qui à souffert beaucoup des injures prodiguées à son beau-père. S'il n'avait pas été retenu par la raison et la prudence, il l'aurait

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